Tyre pes Delesseria
Delesseria parisiensis, Wat.; Sap. et Mar., É'v. du règne végétal. Cryplogames, p. 103, fig. 35. Delesseria Reichii, Schimp., Traité de Pal. vég.,t. 1, p. 178. (PL I, fig. 1-2.)
Les Algues dont il sera question dans ce premier paragraphe n'avaient ni assez d'épaisseur ni assez de fermeté pour donner lieu à des moules creux ou à une reproduction en demi-relief. Sur les empreintes qu’elles ont laissées, la substance du thalle comprimé, mais présentant à l’état vivant une certaine consistance, est demeurée visible à plusieurs endroits et se discerne par une coloration un peu différente de celle du reste de la plaque. Le mode de fossilisation ne diffère donc réellement pas ici de celui qui caractérise la plupart des feuilles fossiles de Phanérogames, etla détermination des espèces est d’autant plus sûre que l'absence de nervures vraies et d’un réseau veineux, la transparence et la finesse du tissu végétal servent à diriger l’analogie.
Je croirais faire injure au sens phytologique d'un grand nombre de savants autorisés, parmi lesquels Brongniart, Unger et Schimper figurent au premier rang, si je m'efforçais de prouver l'existence du genre Delesseria Lamx. dans l’éocène de Monte-Bolèa. Les Delesseria Gazzolana Schimp. et Agardhiana Schimp. représentent certainement dans la flore de ce dépôt célèbre le type spécifique du Delesseria sanquinea Lamx. des côtes de la Manche.
L'attribution à ce même genre du Delesseria parisiensis Wat., dont J'ai figuré, de concert avec M. Marion, un échantillon provenant des collections de la Sorbonne ne saurait entrainer plus d'incertitude. La forme, la consistance, la délicatesse du tissu et les plus petits détails de la fronde dénotent dans cette espèce une algue contemporaine el en même temps congénère de celles de Monte-Bolca. Seulement, tandis que ces dernières rappellent le D. sanguinea, celle du calcaire grossier parisien se rapproche sensiblement du Meesseria ruscifolia Lamx.
Bien qu'il m'ait paru inutile de reproduire ici le Delesseria parisiensis, figuré une première fois dans l'ouvrage de M. Watelet et dernièrement par M. Marion
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et moi, dans l'Évolution des Cryptogames (1), j'ai tenu pourtant à faire ressortir un phénomène dont cette espèce offre l'exemple et que nous allons voir se confirmer dans une foule d’autres. Je veux parler de la grande taille relative que l'on doit attribuer à la plupart des Algues fossiles, lorsqu'on est amené à les comparer à leurs proches homologues des mers actuelles. Ainsi, la figure 4, pl. [, représente la partie d’une fronde de Delesseria ruscifolia Lamx., à laquelle correspond trait pour trait le fragment de 1. parisiensis que nous avons figuré, en suppléant ce qui manque à ce fragment, c’est-à-dire sa terminaison supérieure (2). Ainsi complété, celui-ci atteint une longueur d'environ 20 centimètres, tandis que le segment du D. ruscifolia, figuré iei sous un grossissement d'environ sept fois le diamètre, ne mesure pas même un décimètre. Selon toute probabilité, le Delesserites parisiensis avait done des frondes quatorze fois plus grandes, dans toutes leurs proportions, que celles du D. ruscifolia.
Il en était à peu près de même d’un Delesseria beaucoup plus ancien que ceux qui viennent d'être signalés et surtout remarquable par son étroite analogie avec l’une des formes vivantes les mieux caractérisées. Je veux parler du Delesseria Reich Schimp. (Halyserites Reichii Sternb.), du grès vert de Niederschæna en Saxe, dont la présence suffit, tellement l'espèce est sûrement déterminée, pour reculer jusqu'au delà de la craie moyenne la date de la diffusion des Floridées, dans les mers européennes. Getle date se trouve dès lors reportée plus loin que l’époque approximativement indiquée dans l'Évolution des Cryptogames (p. 102), où nous la faisions coïncider avec la craie de Maëstricht. Elle pourra redescendre encore : il me suffit de faire observer qu’en l’état actuel des connaissances, elle s'arrête au cénomanien et que, par conséquent, l’élage qui renferme en Europe les plus anciennes traces de Dicotylées est aussi celui qui fournit l'exemple des premières Floridées. |
Les figures { et 2, pl. 1, représentent deux fragments détachés d'une fronde du Delesseria Beichii (3). La disposition si remarquable et si distinctive qu’offrent les segments de cette fronde, accompagnés d’une bordure échancrée à l’intérieur, vers les bifurcations de la côte médiane, et décurrente le long du bord extérieur de celle côte, cette disposition se retrouve fidèlement et identiquement reproduite dans les frondes du Delesseria alata Lamx., des plages de l'Océan: de telle sorte qu'il est impossible de révoquer en doute l'attribution de l'espèce de Niederschæna, en même temps que son affinité avec la forme vivante actuelle.
Seulement, celle-ci dont je figure un fragment détaché, pl. [, fig. 3, comme
(1) Voy. l'Évolution des Cryptogames, p. 103, fig. 35 (Bibliothèque scientif. internat., t. XXXIX).
(2) Il convient d'observer que la figure 35 de l'Évolution des Cryptogames est réduite au moins de moitié.
(3) D'après un échantillon du Muséum de Paris que mon ami M. B. Renault a bien voulu me communiquer.
terme de comparaison, sous un grossissement de quatre fois le diamètre, est environ « huit fois » plus petite que sa congénère de la craie saxonne. Dès que l'on consent à faire abstraction de la taille, on constate que tout est pareil des deux parts; les derniers lobes, que laisse voir le fragment, fig. 2, étaient cependant un peu plus élancés et atténués au sommet, dans l'espèce fossile, que dans celle de nos jours. Cette différence, si peu accentuée qu'elle soit, est cependant la seule qu'un @il exercé puisse raisonnablement signaler entre deux espèces séparées pourtant par un aussi long intervalle.
Ainsi, en résumé, sans sortir du genre Delesseria, j'ai pu établir, à l’aide des espèces fossiles, légitimement déterminées, qu’il comprend : 1° l’étroite analogie de ces espèces, même de la plus ancienne, avec leurs congénères des mers actuelles ; 2° leur grande taille relative lorsqu'on rapproche les fossiles de leurs homologues vivants; 3° enfin, la présence certaine des Floridées dans les mers européennes,
à l’époque de la craie moyenne.
2. — Halymenites Arnaudi, Sar. et Mar., Évol. des Cryptog., p. 104, fig. 36.
Pi. 1, fig. 5; IL, fig. 1-2 et III, fig. 1 a.
Gelidium anceps, Sar. PI. Ill, fig. 1-6.
Il faut maintenant revenir en arrière pour reprendre et analyser un autre type de Floridée, figuré par M. Marion et moi, fig. 36 de l'ÆÉvolution des Cryptogames, et dont les caractères n’ont prêté à la controverse que par l'unique cause de l'insuffisance de la gravure intercalée dans le texte. L'affirmation des auteurs aurail pourtant mérité plus de créance : en choisissant l’Aalymenites Arnaudi comme un exemple éclatant de Floridée tertiaire, ils ne s’'aventuraient pas sans être en possession de preuves que je vais maintenant exposer, en m'aidant des figures 5, pl. 1: 1et 2, pl. IT; 1 4, pl. IE, qui reproduisent les principaux échantillons de l'Algue recueillie à Bonnieux par mon collègue et ami M. Émile Arnaud, géologue bien connu.
Le dépôt de Bonnieux, non loin d’Apt (Vaucluse), a de quoi fixer l'attention el par les fossiles qu'il renferme et aussi par suite des particularités straligraphiques qui le distinguent. — Ce sont des schistes rubanés sur la tranche, par la succession répétée et l'alternance de feuillets blancs et gris. Les lits se décomposent sur un point en schistes papyracés et font visiblement partie d’une formation d'eau douce. Ils ont fourni des poissons décrits par M. Sauvage, quelques insectes
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et un certain nombre de plantes, parmi lesquelles il convient de citer le Z'amutes epibius Sap., cette Cycadée tertiaire qui retrace fidèlement les caractères des Zamites jurassiques. Ces mêmes lits, également lisérés sur la tranche et séparables en minces feuillets, reparaissent plus loin à l'extrémité orientale du bassin d’Apt, toujours sur le flane nord du Léberon, à Ceyreste, où les fouilles intelligentes de M. Goret ont permis de recueillir une riche série d'oiseaux, de poissons, d'insectes et de plantes. Celles-ci sont des plus variées et d’une remarquable conservation. On remarque parmi les espèces caractéristiques le Zygodium Gaudini Mr, le Libocedrus salicornioides Hr., le Callitris Brongniartii Endl., plusieurs Myricées, Rhamnées, Mimosées, ele. Ces plantes accusent incontestablement la base du miocène, probablement l’aquitanien inférieur. A Bonnieux où je fais relour, Immédiatement au-dessus des plaquettes aquitaniennes, la formation devient marneuse, puis marno-sableuse; sa structure feuilletée s’altère insensiblement, comme si de nouveaux éléments de sédimentation étaient venus s'ajouter aux précédents, entraînés par des eaux plus troubles et plus chargées. La roche passe supérieurement à une assise marneuse que couronne enfin la mollasse marine à peignes et à huîtres. En apparence, la transition entre les deux formations, schisteuse et lacustre dans le bas, marine et marneuse dans le haut, s'opère d’une façon graduée ; on est conduit pourtant, par l’examen des groupes lacustres remarquablement puissants des vallées d’Apt et de Manosque, à une autre conclusion. Ces groupes, très complexes là où rien ne vient interrompre la continuité de leurs étages superposés, font voir que la mer de mollasse n’a dù s’introduire que bien postérieurement à l’âge auquel correspondent les schistes avec poissons, insectes et plantes de Bonnieux et de Ceyreste. La concordance, si intime qu’elle paraisse, entre Îles schistes aquitaniens et les lits marins qui les recouvrent est plus apparente que réelle ; il faut placer nécessairement entre eux une lacune correspondant au groupe entier des lignites de Manosque, aux grès et marnes versicolores qui surmontent celui-ei et finalement à la zone à limnées, qui couronne tout le système. C’est seulement après le dépôt de la zone à limnées que la mer où vivait l’Ostrea longirostris fit invasion au centre de la région provençale, et cette invasion qui procédait de l'ouest dut commencer par Bonnieux dont les lits, conservant leur parfaite horizontalité, reçurent les premiers sédiments marins disposés en plaques séparables, formées d’un limon marneux grisâtre et d'une marne sableuse jaunâtre entremêélés.
C'est dans ces plaques que M. E. Arnaud a recueilli, en très beaux exemplaires, l'Æalymenites qui porte son nom. Cette Algue devait abonder sur ce point puisque les plaques sont couvertes de ses débris sur les deux faces ; il est
visible également qu'elle était de grande taille, puisqu’une seule des empreintes,
pl. HI, fig. 1, se montre terminée, au moins inférieurement. La plus grande des plaques recueillies, pl. If, fig. 1, sur une longueur de près de 30 centimètres, ne laisse voir que la terminaison supérieure d'une plante dont la base se prolongeait encore au delà. Les frondes de l’Aalymenites Arnaudi s’étalaient au loin en donnant lieu à des segments capricieusement découpés. Cette circonstance, ainsi que l'exécution relativement grossière de la figure donnée dans l'Evolution des Cryptogames (fig. 35, p. 104), ont pu faire croire à une erreur qui aurait consisté à confondre avec une Algue des linéaments dus au hasard. Pourtant c’est bien réellement une plante marine que M. Arnaud a découverte à Bonnieux; il est facile de l’établir d'une facon indiscutable.
D'abord, il s’agit bien certainement d'une empreinte, et non seulement le manque de profondeur de cette empreinte dénote une plante mince, comprimée, dépourvue de nervures et de parties différenciées, ce qui convient parfaitement à une Algue, mais des traces de substance végétale sont encore visibles sur plusieurs points. Ces traces ont eu pour effet de colorer en brun certaines parties, spécialement le côté gauche de la fig. 1, pl. Il, et toute la figure 5, pl. L — Mais la preuve principale et la plus évidente que l’on à bien affaire à une Algue consiste dans la présence répétée d’un Bryozoaire vivant en parasite sur l’ancienne fronde et dont les colonies sont nettement visibles. J'ai eu soin de soumettre ce Bryozoaire à l'examen de mon ami et collaborateur le professeur Marion, compélent en qualité de zoologiste pour le déterminer, et j'ai obtenu de lui une figure de lPexemplaire principal (pl. I, ig. à a) sur lequel la zoécie affecte la forme d'une plaque largement lriangulaire ou en forme d’éventail, étroitement appliquée contre le thalle et composée de nombreuses séries divergentes de cellules accolées, dans un état de conservation qui ne laisse rien à désirer. Cette circonstance permet de définir l'espèce sans hésitation : d'après M. Marion, elle représente un Membranipora à peine distinet des Membranipora membranacea (1) et pilosa qui vivent maintenant en colonies parasilaires sur une foule d'Algues, entre autres sur le Ahodymenia (Halymenia) palmetta Grev.. l’'Halymenia lacerata Dub., sur plusieurs Delesseria, Fucus, Laminaria et sur les zostères. La figure grossie 5°, pl. 1, due à M. Marion, représente bien l'aspect de la principale des zoécies de ce Bryozoaire, auquel je donnerai le nom de Mernbranipora Marioni. Sur un autre segment, figuré pl. Il, fig. 2, sous un grossissement de 2 ‘/, diamètres, j'ai
observé une autre zoécie de ce même Bryozoaire dont les cellules ont moins de
(1) D'après des échantillons en très bon état et parfaitement déterminés de ces deux Membranipora dont je dois la communication à M. Albert Gaudry, c'est surtout au Membranipora membranacea que l'espèce fossile devrait être comparée. Il serait même difficile de signaler quelque différence qui pût servir à distinguer celle-ci
de son homologue tertiaire. M. Perrier, qui s’est employé à cet envoi, ainsi que M. de Rochebrune, ont également droit à mes remerciements.
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saillie et se montrent sous l'apparence de cavités séparées par de minces bourrelets commissuraux (fig, 2 a, pl. 11). J'ai reconnu des traces à peu près semblables sur des frondes de ÆAhodymenia à des endroits où avaient adhéré d'anciennes colonies de Wembranipora, laissant après leur chute l'empreinte d’une sorte de réseau à la surface du thalle.
Il est donc certain que l’on a ici sous les yeux une Algue véritable d’une admirable conservation, et dont il est possible d'observer tous les caractères extérieurs, sans avoir, il est vrai, la faculté de recourir à ceux qui dépendent de l'analyse microscopique. — La fronde de l’Æalymenites Arnaudi était plane, comprimée, lisse, étalée en forme de ruban sinué, capricieusement découpée, le long des bords, en lobes et lobules et partagée en ramifications de second et de troisième ordre toujours dirigées dans le même plan, mais donnant lieu assez fréquemment à des segments oblongs ou lancéolés-linéaires, découpés en dents ou lobules marginaux, suivant un ordre régulier dont la symétrie est aisée à saisir.
La planche Il, fig. 1, représente la plus grande partie d’un échantillon de celte espèce qui, malgré une longueur totale de 25 à 30 centimètres, ne laisse cependant pas voir sa terminaison inférieure. Si l’on néglige les fragments isolés, groupés sans ordre autour du principal, on reconnait que celui-ci se compose de deux segments Juxtaposés el sans doute combinés entre eux, qui s’élancent en se subdivisant plusieurs fois, de façon à se terminer supérieurement par des lobes allongés, étroitement lancéolés, obtus au sommet, et découpés en lobules le long de la marge. La ramification située à gauche de la figure témoigne encore par une coloration brune, parfois très intense, de la présence des résidus de la substance végétale.
La figure 1, pl. IT, reproduit la contre-empreinte de l'échantillon représenté p. 104 de l'Évolution des Cryptogames. On voit bien que les contours sont identiques des deux parts, mais seulement disposés en sens inverse et sans réduction des dimensions de l'original. Cet échantillon offre la terminaison inférieure d'une fronde, terminaison qui ressemble effectivement beaucoup à celle de la partie correspondante des Zalymenia et Rhodymenia. Les segments latéraux, lancéolés et découpés en lobules marginaux, sont ici très nettement visibles ; seulement on distingue sur le côté droit un second thalle à subdivisions plus menues et plus nombreuses, que J'avais cru d’abord avoir appartenu à titre d’appendice à la fronde principale. Mon opinion était basée sur le dimorphisme fréquent de certaines Algues. On peut l’observer fréquemment chez l’Halymenia (Rhodymenia) Gmelini Dub., et récemment M. le professeur Marion vient de le remarquer sur une fronde du Z’hamnocarpus Mertensii, des mers d'Australie, type voisin de celui
des 7amnophora dont je vais parler. Selon M. Marion, cette sorte de dimor-
phisme, qui consiste dans l'association de segments plus grêles, « gigartiniformes », aux segments normaux, serait plus spécialement propre aux frondes stériles de certaines Algues actuelles et pourrait avoir caractérisé également l’Æ/al/ymenites Arnaudi. Cependant, en y regardant de près, J'ai constaté dernièrement que la ramificalion 4 de la figure à était sans connexion directe avec le segment « ou segment principal de cette même figure, qu'il paraissait posé fortuitement à côté de celui-ci et montrait une base nettement terminée. Je le décrirai done à part un peu plus loin.
En même temps que ces échantillons et plusieurs encore que je néglige faute d'espace, M. Arnaud en a recueilli un autre qu’il m'a communiqué en dernier lieu et dont j'ai déjà parlé à raison du Bryozoaire dont il porte les traces. M. Marion a exécuté à mon intention le dessin que reproduit la figure 5, pl. [; il est surtout destiné à rendre l'aspect de l'empreinte dont la coloration foncée est due à la persistance de la substance végétale. On distingue même plus d'intensité et par conséquent une plus grande épaisseur relative sur le milieu des segments qui doivent avoir été en s’amincissant vers la marge; cette trace médiane bien visible simule une sorte de fausse nervure et constitue un caractère qui devait être mentionné. Les segments latéraux de l’échantillon, au moins trois d’entre eux, sur la gauche, sont découpés en lobules eux-mêmes lobulés qui, par l'intensité de la teinte dont ils sont revêtus, semblent marquer l'emplacement d'organes reproducteurs qui auraient été accumulés sur ces points en amas ou sores; mais il est impossible d’aller au-delà et d'en préciser les détails. |
C'est très légitimement que, de concert avec M. le professeur Marion, j'ai nommé celle Algue fossile Æalymenites Arnaudi. En effet, elle rappelle par son aspect, la structure apparente et le mode de ramification de sa fronde, plusieurs Halymenia : je citerai spécialement l'Halymenia ciliata Lamx., VA. punctata Dub. représenté pl. HT, fig. 7, enfin l’Æ. floresia Ag., de la mer Rouge, si l’on a soin d'agrandir les subdivisions du thalle de celui-ci. Parmi les Rhodymenia, e'est en grossissant les segments du #h. impleæa que l'on obtiendrait des éléments de comparaison ; mais ces points analogiques ne sont pas les seuls, eten cherchant à les préciser, 11 m'a paru tout récemment qu'il existait un rapport réellement frappant entre l’AHalymenites Arnaudi et le Thamnophora corallorhiza Ag., des mers du Cap, dont la fronde reproduit avec une rare fidélité les caractères de l'espèce de Bonnieux. — La fronde de ce Thamnophora est effectivement comprimée-cartilagineuse, munie de subdivisions émises dans le même plan et d’un renflement longitudinal parfois assez sensible, quiimite l'aspect d’une côte médiane; de plus, cette fronde présente des sinuosités, des lobules et des dentelures le long des segments secondaires.
Le 7hamnophora, comme le nom l'indique, porte des fructifications en forme
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de petites boules pédicellées et agglomérées au fond des échancrures ou vers Île sommet des lobules du thalle, d’après une disposition qui semblerait avoir existé aussi sur celui des segments de l'Algue fossile qui parait pourvu de fructfications. Ce rapprochement a done pour lui beaucoup de vraisemblance, sans que l'on puisse pourtant en affirmer la réalité. Quoi qu'il en soit, j'ai eu soin de figurer comme terme de comparaison, pl. HE, fig. 2, un segment de 7’hamnophora, grossi deux fois, afin de rendre l’analogie encore plus sensible. En effet, l'Aalymenites Arnaudi est plus grand dans toutes ses parties que l'espèce actuelle des mers australes. De plus, comme pour ajouter à la vraisemblance de celte liaison présumée, le segment de Thamnophora que je figure présente une petite zoécie de Membranipora (probabl. 47. ciliata), qui diffère assez peu de celle de Péchantillon fossile et dont la présence est un indice de plus de l'affinité que je viens d'indiquer. La figure 2, pl. II, représente cette colonie de Wembranipora notablement grossie pour faire voir les différences respectives des deux zoécies, différences qui ne sont peut-être qu’accidentelles, puisque dans la nature actuelle ces sortes de colonies prennent plus ou moins d'extension selon les cas, jusqu'à recouvrir parfois la plante tout entière d'un réseau membraneux et transparent.
Je veux maintenant dire quelques mots de la seconde des deux Algues de Bonnieux, de celle dont le thalle accidentellement projeté sur le côté droit de léchanuüllon fig. 5 (en 4) m'avait paru d'abord n’en être qu’un prolongement ramifié. En réalité, cette Algue constitue, à ce qu'il me parait maintenant, une espèce à part que le hasard seul aurait couchée sur la même plaque que la première. Je m'en suis assuré en dégageant le pied de l'empreinte 5”, au point où il rejoint la marge de l'échantillon d'Æalymenites qu'il échancre légèrement. A partir de cette base, le thalle s'élève latéralement et se prolonge en se ramifiant à droite et à gauche par un mouvement alternatif. Les ramules subdivisés eux-mêmes en ramuscules se terminent généralement par deux segments inégaux, atténués en pointe et plus ou moins divariqués, de même que les ramifications principales. Toutes les ramificalions de divers ordres sont linéaires, plus ou moins comprimées et fort étroites, si on les compare surtout à celles de l'/alymenites. On voit qu'il n'y a au fond presque rien de commun entre les deux formes.
Je remarquerai avant tout que si une empreinte semblable provenait de l’un des élages du terrain secondaire, on lui appliquerait immédiatement la dénomination de Chondrites et, comme 1l s’agit ici d’une Algue incontestable, on ne voit pas sur quoi on se baserait pour dénier la même qualité à toute espèce jurassique ou crétacée, revètue d’un aspecl identique, — Ainsi, le Chondrites distans Hr., du Jura (1),
(4) ET, foss. Helv., tab. 50, fig. 4.
le Chondrites Garnieri Sap. (1), le Chondrites æmulus Hr. (2), n'ont rien qui s’oppose à un rapprochement basé, il est vrai, sur la seule apparence extérieure, mais qui implique pourtant et justifie une commune attribution à la classe des Thalassophytes.
Comme à l’époque, relativement récente, à laquelle remontent les dépôts marins de Bonnieux, la présence des genres actuels d’Algues n’a rien que de vraisemblable, J'ai recherché avec soin le rapprochement le plus naturel à établir entre ce Chondrites miocène et les types encore vivants au sein de nos mers. Il m’a paru que l’analogie était des plus étroites et particulièrement frappante avec le Gelidium coronopifolium Lamx., dont je reproduis ici, pl. HI, fig. 3, une portion de thalle «grossie deux fois », comme terme de comparaison avec la plante fossile. Celle-ci, malgré cette amplification, est encore plus forte dans toutes ses parties que l'espèce moderne, dont elle à dù offrir l’aspect sous des dimensions triples au moins. Je la désignerai sous le nom de Gelidium anceps. W est difficile de dire en effet si nous avons sous les yeux une race entièrement disparue ou une forme ancestrale dont le Gelidium coronopifolium ne serait qu'un rejeton amoindri, ou bien encore si tout ne se réduirait pas à un simple cas de dimorphisme.
(4) F1. Foss. Helv., tab. 41, fig. 2%.
(2) Ibid., tab. 41, fig. 11.
ant
Tyee pu SPHÆROCOCCITES LICHENOIDES, Sar., Vég. jur., I, p. 205. PI. XXV, fig. 3.
Lithothamnites Croizieri, Sap. (PL. I, fig. 6.)
M. Nathorst, dans la partie de son mémoire où il discute la vraie nature des Chondritées, se trouve porté par l’exagération de son point de vue à ne considérer comme de vraies Algues que celles de ces plantes dont l'empreinte à conservé des traces de substance végétale (1); mais c’est évidemment, je l'ai déjà observé, un criterium trompeur : les végétaux ont affecté plusieurs modes de fossilisation et, dans bien des cas, l’ancien organe après sa destruction n'a donné lieu qu’à un moule de sa surface. Le moule ainsi formé constitue un vide plus ou moins profond, selon la dimension ou l'épaisseur du végétal moulé. S'il s’agit d’un organe ligneux très dense ou imprégné de résine, comme le fruit des Conifères, il persiste ordinairement un noyau ou résidu charbonneux qui se retrouve au fond du moule; mais cette particularité est loin d’être générale et le moule demeuré vide peut persister dans cet état, si la roche encaissante est devenue solide et imperméable, ou se remplir d’une substance variable, pulvérulente ou cristalline, dure ou tendre, qui tient la place du végétal disparu et en reproduit la forme extérieure sans en présenter l’organisation. Dans d’autres cas, comme je l'ai expliqué plus haut, il se produit une pression des lits supérieurs ; le sédiment en voie de dépôt descend dans le moule au fur et à mesure de la décomposition du végétal et remplace celui-ei en se moulant contre la paroi inférieure de l'empreinte qu'il a laissée. C'est alors une fossilisation en demi-
(1) Dans la traduction française du Mémoire de M. Nathorst, qui vient de paraître à Stockholm (nov. 1882), avec des additions, l'auteur, s'appuyant sur de récentes communications du prof. Th. Fuchs, de Vienne, va jusqu’à révoquer en doute l’origine végétale de toutes les Ghondritées, même de celles dont la coloration noire lui avait paru révéler des vestiges de résidus charbonneux. Il inclinerait maintenant à considérer la totalité de ces Algues, y compris celles du Flychs, comme répondant à des trous de vers qui auraient fouillé la vase en tout sens, de telle sorte que la teinte noire du remplissage proviendrait « ou de sédiment cimenté par une excrétion ou des excréments du ver ». — Il est réellement impossible de suivre M. Nathorst sur ce nouveau terrain, toute détermination d'un fossile végétal étant exposée à se trouver remise en question, si l'on tient compte de ‘ pareils arguments. Je répète donc que la persistance de résidus charbonneux ou d’une coloration noirâtre ne constitue par elle-même qu’une présomption et qu'elle est sujette à des variations et à des altérations de tout genre. Les résidus, de mème que le test des coquilles, ont pu et là changer de nature et subir des transformations, quand ils n’ont pas totalement disparu, ce qui est le cas le plus ordinaire, dès qu'il ne s’agit pas de lits de combustibles. S'attacher à de pareils indices et vouloir qu'ils soient exclusivement invoqués à l'appui de toute attribution au règne végétal, équivaudrait à l'abandon à peu près absolu de la science des plantes fossiles. (Voyez Trad. abrégée du texte suédois et des additions de l'auteur, par F. Schulthess, p. 94-96.)
relief, sur laquelle je reviendrai plus d’une fois. Les moules creux et vides ne sont pas moins naturels dans certaines circonstances déterminées et les Algues spécialement ont dù leur conservation à ce moyen lorsque, emprisonnées encore debout ou inclinées dans une roche en voie de formation, rapidement consolidée, elles étaient elles-mêmes assez fermes et assez résistantes pour se prêter à un moulage exact de leur superficie. Ce doit être effectivement le cas des Algues cartilagineuses, comme Île sont les Chondrus, Gelidium et Sphærococcus de l'ordre actuel, encore plus les Algues incrustantes, Nulliporées et Lithothamniées. On conçoit que ces plantes ou d’autres ayant leur port rigide aient eu la facilité de demeurer verticales au sein d'une assise en voie de formation. L’assise une fois constituée, la plante enveloppée a dù se détruire en faisant place à un moule, et maintenant si l’on partage la roche dans le sens de ce moule et que l’on applique sur lui une subslance plastique on obliendra l'exacte reproduction du relief primitif de l'organe fossile.
Ces réflexions étaient indispensables au moment de signaler un type des plus curieux, plus incertain que les précédents comme attribution à un groupe déterminé, mais qui me semble avoir appartenu à un genre allié de plus ou moins près aux Lithothamniées, spécial aux mers secondaires. —
J'ai figuré dans la flore jurassique (1) une espèce appartenant à ce Lype sous le nom de Sphærococcites lichenoides, d'après le moule d'une empreinte creuse communiquée par M. Terquem et provenant du corallien de Verdun. L’échanüllon consiste dans l'extrémité supérieure d’un thalle comprimé, mais épais el solide, dont les segments allongés, sinués et lobulés sur les bords, dilatés et renflés par places, présentent une terminaison obtuse, noduleuse et comme épaissie à l'extrême sommet des subdivisions principales et secondaires. La superficie est visiblement parsemée de fines ponctuations granulées.
Le nom générique de Sphwrococcites s'appliquait assez bien à cette plante, ainsi que le fait voir une portion très grossie du Sphærococcus coronopifolius Ag., des mers d'Europe (pl. II, fig. 6), et une autre du Sphærococcus cartilagineus (pl. TL, fig. 5), des mers du Cap, figurées ici comme terme de comparaison. Le dernier exemple surtout montre bien comment par le grossissement des parties du thalle des formes vivantes on peut être amené à constater des analogies d'aspect entre ces formes et celles que l’on découvre à l’état fossile.
Je crois pourtant plus naturel de reconnaitre dans le type oolithique dont il est question l'empreinte d'une Lithothamniée qui ne différerait de celles de nos
(1) Paléont. française, 2° série, Vég., I, p. 205, pl. XXV, fig. 3.
LITHOTHAMNIÉES. 93
jours que par sa grande taille et par la conformation de son thalle élancé et ramiié, au lieu d'affecter l'apparence en gazon court ou en coussinet que présentent les thalles des Zithothamnium actuels et des espèces tertiaires, attribuées à ce même genre. J'ai fait ressortir la grande dimension relative de la plupart des Algues fossiles rapprochées de leurs homologues vivants. Il à pu en être aimsi des Lithothamniées et les mers jurassiques en ont peut-être renfermé qui seraient des géants, comparées aux formes qui peuplent de nos jours les mers chaudes, mais offrant la même structure caractéristique. C’est ce que semble démontrer le bel échantillon que je figure iei (pl. I, fig. 6), sous le nom de Zathothamnites Croizieri et qui reproduit le moule en relief d’une empreinte creuse, dirigée dans le sens vertical, extraite par M. Louis Croizier d’une assise sous-oxfordienne, exploitée comme carrière à La Rochefoucauld (Charente). Cette empreinte, dans le sens naturel du mot, m'a été communiquée avec une parfaite obligeance par M. Croizier sur les indications de M. de Lapparent. La situation verticale a été vérifiée avec le plus grand soin et c’est d’après un moule en argile de la cavité sinueuse qui constitue l’échantillon que j'ai dessiné la figure de la planche 1, qui donne une idée fort exacte de l’aspect originaire de cette élégante espèce.
On reconnait la partie supérieure de deux segments dépendant sans doute d'une même fronde, mais ne se joignant pas inférieurement, l’un plus court, l’autre beaucoup plus haut, tous deux ayant le même aspect et le même mode de subdivision. Le thalle était érigé, solide, à la fois comprimé et cependant convexe sur la face visible, découpé le long des bords par des sinuosités capricieuses, bien qu'elles n'aient rien de plus irrégulier que celles des frondes du Sphærococcus cartilagineus reproduites pl. HI, fig. 5. Ce sont de part et d'autre des lobes et des lobules coudés, donnant lieu à des appendices courts ou à de simples découpures le long de la marge; ce sont enfin des renflements et des bosselures qui occupent le plus souvent le sommet des appendices et servent de terminaison aux dernières partitions de la fronde. — Le segment principal se scinde vers son milieu en trois ramifications qui sortent d'une partie dilatée en un disque irrégulier. Les deux supérieures se prolongent en se subdivisant à leur tour et les derniers ramules se terminent par des lobes obtus au sommet, irrégulièrement échancrés et sinués. On distingue sur le thalle des ponetuations très fines qui communiquent un aspect chagriné et granulé au tissu superficiel.
Si l’on fait abstraction des dimensions beaucoup plus élevées et de la conformation érigée de la fronde, on restera frappé de l’analogie de structure qui rattache l'espèce fossile aux Lithothamniées en général. Le mode de ramification, l'aspect noduleux, la direction angulo-sinueuse des subdivisions offrent des deux
parts une étroite ressemblance, et la structure finement ponctuée de la surface,
parsemée de pores difficiles à distinguer à l'œil nu, se retrouve dans l'espèce sous-oxfordienne aussi bien que dans le Sphærococcites lichenoïdes du corallien de Verdun, conformément à ce que laissent voir les Lithothamniées actuelles.
Sans vouloir rien affirmer, en l'absence de toute possibilité d'examen de la structure intérieure, si caractéristique, 11 me parait done probable que le groupe des Lithothamniées, si répandu dans le tertiare et signalé également dans la crale, avait des représentants Jusque dans les mers jurassiques. Ces représentants, si nos conjectures ont quelque fondement, auraient été bien supérieurs par la taille et le rôle qui leur étaient attribués aux humbles formes des mers actuelles, d'autant plus mulüpliées, remarquons-le, et d'autant moins infimes que l’on
pénètre plus avant au sein des régions chaudes de l’océan.
ga TYPE DES LAMINAIRES
Laminarites Lagrangei, Sap. et Mar., Évol. des Cryptogames, p.101, fig.34. (PI. IV, fig. 1.) Panescorsea glomerata, Sap. (PI. V, fig. 1.)
Je quitte maintenant les Floridées ; après elles, je laisse encore les types qui, s y rallachant d’une façon indirecte et douteuse, à l'exemple du précédent, en sont comme un dernier vestige au sein des mers jurassiques. L’Algue que je vais décrire est bien différente et se rapporte à une tout autre catégorie; son attribution au groupe des Laminaires n’a rien de certain, il est vrai, bien qu’elle paraisse vraisemblable, mais ses caractères, sa taille gigantesque et les particularités de structure qui la distinguent méritent l’attention du monde savant, avec d'autant plus de raison que c’est en vain qu'on s’efforcerait de reconnaitre en elle des traces d'animaux en marche. Le Larinarites Lagrangei dont nous n'avions pu figurer, M. Marion et moi, qu'un morceau insignifiant, n’a pas été exceplé cependant de l’anathème général jeté par M. Nathorst sur les Algues fossiles de l'Évolution des Cryptogames.
La découverte de l’espèce est due à M. le docteur Lagrange, membre de la Société géologique de France, qui l’a trouvée dans les grès marneux infraliasiques, à pâte tendre, de Hortes (Haute-Marne). Des plaques entières étaient recouvertes par les lanières mulupliées dont le phyllome de cette Algue élait composé et qui se croisaient presque toujours, constituant ainsi deux ensembles superposés ; les échantillons ont été distribués libéralement par l’auteur de la découverte aux grandes collections de Paris, puis à moi. M. Lagrange a poussé le zèle désintéressé de la science jusqu'à extraire à mon intention des plaques d'une dimension exceptionnelle, qui m'ont été remises intactes. Elles mesuraient plus d'un mètre en tous sens; cependant les lanières ou bandelettes, disposées parallèlement et à une assez faible distance les unes des autres, ne montraient de terminaison d'aucun côté, signe certain de la grandeur inusitée de la fronde dont elles faisaient partie. Certains détails se montrèrent avec évidence dès l'abord : ainsi, quelques-unes des bandelettes étaient subdivisées par dichotomie. Sur le petit échantillon figuré p. 101 de l'Évolution des Cryptogames, une d'elles présentait deux de ces dichotomies, ouvertes en sens inverse l’une de l'autre, particularité qui dénotait l'existence d’une boucle ou espace
vide répondant à une perforation, peut-être même d’une soudure de certaines
bandelettes avec leurs plus proches voisines. En outre, le parallélisme constant des bandelettes dont la surface des plaques était recouverte sur une étendue considérable impliquait de soi leur connexion et leur dépendance mutuelle, suffisantes pour les retenir toutes à des distances régulières, étalées sur le même plan ; sans cela leur disposition devenait peu compréhensible. La difficulté provenait surtout de ce que d’autres bandelettes courant en sens contraire des premières paraissaient dans bien des cas représenter des rameaux émis à angle droit et constituaient une sorte de treillis à barreaux entremêlés, d’une nature réellement problématique.
Toutes ces bandelettes, il faut le remarquer, adhèrent à la partie inférieure des plaques de grès, par conséquent de l’assise dont les plaques ont été détachées. Examinées de près, elles ne répondent pas à une empreinte de l’ancien organe, mais elles représentent sa face inférieure moulée avec la faible convexité qui la caractérisait. — C’est donc là encore une fossilisation « en demi-relief » qui reproduit fidèlement l’un des côtés du fossile, tandis que l’autre se trouve incorporé à la substance même de la roche.
Il s'agissait avant tout de retrouver la vraie disposition de l’ancienne fronde. Un examen attentif me fit comprendre que par suite d’une particularité demeurée jusqu'à-présent inconnue, mais tenant peut-être à la structure de l’Algue elle-même, deux ensembles distincts de bandelettes superposées, mais sans relation directe l’un avec l’autre, se trouvaient étalés à la surface des plaques. De cette façon, en décroutant le plus superficiel de ces deux ensembles (par le fait le plus inférieur relativement au plan de l’assise), on devait découvrir et dégager entièrement l’autre, dont il serait dès lors facile de saisir les traits. Ce travail une fois exécuté, et la matière tendre dont le grès de Hortes est formé s’y prête heureusement, Je constatai que les bandelettes étendues en long et en apparence strictement parallèles se rejoignaient toujours, seulement à des distances inégales, allant parfois au delà de 2 mètres. D'une façon ou d'autre, 1l devenait certain qu'elles se soudaient entre elles par des anastomoses de manière à circonscrire des espaces vides, étroits et longs, en forme de mailles, qui donnaient immédiatement l’idée d’un vaste réseau, imitant sur des proportions gigantesques celui des Agarum et Thalassophyllum de la nature actuelle, types qui se rangent parmi les Laminariées.
La figure de la planche IV représente un des plus grands échantillons de Hortes, réduit au sixième de sa grandeur naturelle. Elle donne une juste idée de ce que devait être le phyllome du Laminarites Lagrangei, dont elle ne reproduit pourtant qu'une très faible partie. D’après cet échantillon et un autre de même dimension, dont j'ai communiqué. un dessin à l’Académie des sciences, les bandelettes ou lanières ont une largeur de 4 1/2 centimètres et sont séparées l’une de l’autre par
des intervalles vides d’une largeur à peu près égale. Amincies vers les bords,
LAMINARIÉES. 27
légèrement convexes et épaissies sur le milieu, ces bandelettes ont une marge faiblement sinueuse ; mais, outre ces sinuosités naturelles, on voit sur une foule de points qu’elles ne sont plus entières et que, soit accidentellement, soit par la morsure des animaux, elles ont été entamées et partiellement rongées. Les échancrures provenant de cette cause et entraïnant la perte d’une partie du tissu végétal sont irrégulières et parfois très profondes. Sur quelques points plus rares, ce sont des cassures du grès qui ont amené l'interruption des bandelettes. Dans ce cas, J'ai indiqué par une double rangée de points le prolongement des contours, faciles à restituer. Ces lanières devaient être unies à la surface et cependant marquées de rides superficielles, comme dans les Laminariées actuelles dont les stries répondent assez ordinairement à des rangées de cellules ou à des séries de lacunes intérieures. La figure que je donne, pl. IV, montre des mailles ou ouvertures vides de plusieurs dimensions. Il en est de très petites, mesurant à peine un décimètre, sur leur plus grand diamètre ; d’autres n’ont que 25 à 30 centimètres ; mais ce sont là les moindres et leur étendue ordinaire, dans le sens vertical, atteint ou dépasse 1 mètre; plusieurs allaient jusqu'à 2 mètres, et l’on conçoit que leur terminaison dans les deux sens nous échappe en dépit de la grandeur des échantillons recueillis par M. Lagrange. Il arrive donc que l’on ne rencontre que l’une des extrémités de l'ouverture ou que les lanières paraissent simplement juxtaposées sans apparence d’anastomoses; de là, la subdivision par dichotomie que nous avions attribuée en premier lieu aux segments du phyllome de cette espèce. M. le professeur Marion et M. Kowalewski qui l’accompagnait ont pu vérifier avec moi l'exactitude des détails donnés ci-dessus. Non seulement l'aspect des lanières se trouve conforme à l’attribulion proposée au groupe des Laminaires, mais la grande taille affectée par ces der— nières au sein des mers actuelles ne fait que rendre plus probable l'existence d'une Laminariée aussi gigantesque dans les mers infraliasiques. |
Des phyllomes ainsi conformés, avec des lanières larges de 4 à 5 centimètres, anastomosées en un réseau dontles mailles mesurent un à deux mètres de longueur en moyenne, pouvaient bien atteindre cinquante à soixante, peut-être même jusqu à cent mètres, On conçoit que faute de pouvoir extraire et dégager les plaques qui ont gardé les traces en demi-relief de ces lanières, ces dimensions que l’analogie permet de concevoir demeureront toujours inconnues. Pour ce qui est de l’entre-croisement ou plutôt de la superposition de deux systèmes de lanières, la cause en est due peutêtre à la structure même du phyllome, qui aurait été divisé en deux partes, tenant l’une à l’autre par le pied seulement.
Le type du Laminarites Lagrangei, maintenant bien connu, ne paraît pas avoir élé entièrement isolé. Non seulement on peut en rapprocher une partie au moins
des Cylindrites de Gœppert, mais il me parait visible que, parmi les Algues du Æ/ora
PRRNGICAL SE CS y2 \
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fossilis Helvetiæ de Heer, il en est certaines qui ne sont pas sans rapport avec l’espèce de Hortes. — Je citerai le Cylindrites vermaicularis, du Jura de Ganeï, peut-être encore le Cylindrites Cartieri Hr. (1), et enfin en dernier lieu l'Æelminthoida appendiculata Mr. (2), dont les lanières ou funicules, sous des dimensions fort réduites, sont pourtant anastomosés en réseau, de manière à circonserire de larges vides, cernés par des barreaux comparables à ceux du Laminarites infraliasique.
Le dernier de ces exemples devait être signalé comme étant l'indice de la présence de ce type amoindri jusque dans la mer du Flysch, c’est-à-dire sur l'horizon de l’éocène supérieur. Mais en remontant en arrière, par une marche opposée, plus loin que l'infralias, à la hauteur du permien récent ou permien rouge du Var, les psammites de cet étage m'ont fourni un échantillon remarquable, recueilli par M. Panescorse et dont l’attribution à un type voisin de celui du ZLaminarites Lagranger semble fort probable; je le désignerai sous le nom de Panescorsea glomerata.
L'échantillon est une plaque de psammite ou schiste marneux micacé, dont les deux faces sont occupées dans leur totalité par deux empreintes ou moules, l’un en relief, l’autre en creux, disposés sur le même plan, mais dirigés en sens inverse l’un de l’autre, à l'exemple de ce qui a lieu pour le Laminarites Lagrangei. Seulement ici les bandelettes, plus sensiblement convexes, ne se trouvent séparées l’une de l’autre que par des sillons interposés, sans aucun intervalle vide, sauf sur un seul point où une petite ouverture semble avoir existé. Les bandes ondulées et contiguës qui composent le phyllome se divisent pourtant çà et là et de plus elles sont marquées dans le milieu par une dépression longitudinale très faible et cependant visible. Le côté creux ou disposé en forme d’empreinte, susceptible d’être moulé, est plus net que l’autre et fournit d’utiles renseignements sur un organisme aussi singulier.
La figure 1, planche V, donne cette partie, réduite de moitié et très exactement rendue, avec le relief et l'aspect originaires. On reconnait des bandes sinueuses, étroitement accolées, relevées de bosselures et montrant à leur surface de légères dépressions, les unes transversales, les autres longitudinales, plus ou moins prononcées et communiquant à l’ensemble l’aspect d'une réunion de compartiments en forme de gaufrures. Il est vraiment impossible de voir là des traces d'animaux inférieurs, quelle que puisse être la manière de les concevoir; mais je ne voudrais pas non plus insister sur des rapprochements qui ne seraient basés sur rien. Un pareil type s'éloigne de tout ce que nous connaissons, bien que ces bandelettes convexes et accolées ne soient pas cependant dénuées d’analogie avec d’autres corps problématiques dont je parlerai plus loin pour en apprécier la nature. Je veux faire allusion aux Arthrophycus, aux Fræna et aux Bilobites même, si répandus dans le silurien.
(1) El, foss. Helvo., tab. 45, fig. 11-12-13, (2) Ibid., tab. 66, fig. 1*.
GROUPE DES CHONDRITÉES