L’'ALIMENT AZOTE
. . Un deuxième facteur encore plus important est celui de l'addition de substances azotées nécessaires à la constitution définitive du milieu synthétique.
La plupart des chercheurs ont utilisé comme base de l'aliment azoté la peptone. Or, nous savons qu’il existe non pas une peptone constante, mais des peptones; ainsi les résultats varieront suivant la nature de ces peptones.
SABOURAUD (1), après de longues recherches sur les Teignes insiste sur la nécessité d'employer exactement les mêmes matériaux que lui, et il spécifiait bien, que: «Si l’on voulait obtenir des résultats comparables entre eux, il fallait opérer sur un milieu ou sur des milieux identiques, faits avec la même peptone ou le même sucre».
En effet, la fabrication de la peptone et par conséquent son action sur les bactéries est différente suivant l’emploi d’une peptone d’origine diverse. Même les différents lots de fabrication d’un même établissement varient au point de vue de leurs propriétés chimiques et nutritives. Dans ces conditions des recherches effectuées dans différents pays peuvent aboutir à des résultats contradictoires concernant un même germe.
L'action des peptones ne varie pas seulement par la teneur en acides aminés en relation avec leur mode de fabrication et leur origine, mais elle est encore en rapport avec leur taux en substances accessoires ou facteurs de croissance qu’elles contiennent toujours en qualité et quantité variables suivant leur provenance et qui devront donc être considérés comme des impuretés inhérentes à la peptone envisagée.
Voilà bien le gros inconvénient des peptones employées pour la confection des milieux; on risque toujours, dans le pays même de leur fabrication, de ne pouvoir se les procurer constamment identiques à elles-mêmes.
Nous allons donner dans un chapitre suivant (Chapitre premier: Les milieux de culture concernant les Teignes), les essais effectués par divers chercheurs en vue d'élaborer un milieu pour la culture des Teignes.
L'ensemble de ces considérations démontre qu'il est souhaitable de trouver une formule qui demeure toujours identique à elle-même. — C’est pour cette raison que l’emploi des peptones dans les recherches doit être évité. — Nous nous sommes fixé comme but de notre travail en ce qui concerne l’aliment azoté la recherche des éléments azotés chimiquement définis en employant divers acides aminés purs et des corps puriques soit seuls, soit associés, pour étudier d’une part le besoin azoté et de l’autre pour préparer un milieu chimiquement défini aussi favorable que possible, et répondant aux exigences des Dermatophytes.
3° L'ALIMENT HYDROCARBONE.
Comme aliment hydrocarboné on fait appel le plus souvent aux sucres tels que glucose, maltose et saccharose. Cette facon d'opérer est susceptible d’entacher d'erreurs l’interprétation finale.
SABOURAUD (1) insiste sur l’emploi de produits rigoureusement identiques et écrit: «Il serait inexact de croire que toutes les maltoses ou les glucoses pures anhydres de différentes marques sont identiques entre elles».
Et sa conclusion: «Si l’on veut obtenir les mêmes Dermatophytes, sous le même aspect que leur donnent.les planches de ce volume, on se servira de la maltose brute ou de la glucose massée de CHANUT, comme il a été dit, et de la peptone de CHASSAING».
E. Bonn (2) écrit: «Il importe de noter que pour la fabrication de ce milieu, dit milieu d’épreuve, SABOURAUD a utilisé une maltose impure qui ne se trouve plus dans le commerce».
SABOURAUD en se servant des sucres purs a subi des échecs. Ce fait s'explique par la non-adjonction, aux sucres employés, des éléments convenables et indispensables pour établir un milieu de culture de choix. L’épuration des sucres les prive des substances minérales qui doivent être considérées comme impuretés inhérentes au sucre envisagé.
On voit donc qu’il faut employer des sucres purs pour établir un milieu synthétique stable; car les sucres bruts contiennent des éléments minéraux en qualité et quantité variables selon leur méthode de purification.
D'autre part, les sucres peuvent contenir une quantité appréciable de Biostérol, facteur énergétique accessoire de la Biotine. DEVLOO (3) l’a démontré. Ce facteur peut exercer une influence stimulatrice sous la croissance d’un germe donné. Dans certains cas, il ne fait preuve d’aucune action favorable. Selon l’un ou l’autre cas, les résultats se montreront complètement divergents.
Si l’on veut donc constituer un milieu synthétique ne devant subir aucune variation, il est nécessaire d'employer
des sucres purs pour les raisons que nous venons de citer tout à l’heure.
Signalons encore que les sucres sont souvent la cause du pléomorphisme. J. ALTWEGG (4) donne la définition suivante: «Le pléomorphisme est done un produit artificiel de laboratoire dû à l’action de milieux trop riches en glucides de structure trop simple. C’est en somme une maladie de laboratoire. Cette maladie n’existe pas dans la nature, car il n’y a généralement pas de pléomorphisme sur les milieux naturels.
Il ne se montre que sur les milieux artificiels mal équilibrés.»
Nous nous contenterons de cette remarque en ce qui concerne le pléomorphisme.