PEER
Nous avons eu l’occasion d'observer un fait qui, dans le cadre de cette hypothèse, mérite l'attention :
Un homme jeune, après pleurotomie pour pleurésie purulente grippale, conserve une température en permanence élevée que rien ne paraît expliquer. À plusieurs reprises on tente de supprimer le drain ; chaque fois il doit être rétabli. La suppuration persiste, importante. Une contre incision antéro-latérale n’apporte aucun changement. Le malade est complètement examiné, cliniquement et radiologiquement : sans résultat. La température prend au cours du deuxième mois une allure franchement hectique, oscillant de 37 à 400. Les hémocultures restent négatives. Les lavages antiseptiques de la plèvre, l’enfumage iodé, les thérapeutiques générales anti-infectieuses restent vains. Le malade finit par succomber au cours du quatrième mois, sans que rien n'ait pu avoir raison de la suppuration de la cavité pleurale.
L’autopsie n'ayant pu être faite, il est impossible d'affirmer avec certitude que la pleurésie seule ait été en cause. Cependant il semble improbable qu’une autre suppuration ait pu rester méconnue pendant la longue durée de cette évolution. Quant à l'hypothèse d’une cavité pulmonaire suppurée communiquant avec la plèvre, elle paraît difficilement admissible ; le volume même de la cavité supposait un collapsus pulmonaire considérable et il n’existait pratiquement aucune expectoration.
Nous insistons sur cette notion d'état pleural suppuratif fébrile, parce qu’elle nous a paru être habituellement méconnue, parce qu’elle peut dans certaines conditions fournir un éclaircissement valable et, peut-être, déterminer une orientation thérapeutique particulière. Mais elle est évidemment le type même de l'explication à ne faire intervenir qu’en dernière analyse, lorsqu'une scrupuleuse observation a établi qu’il ne peut s’agir d'autre chose. Sa pire destinée serait de devenir une explication trop facile.