‹ À propros de La vassale: lettre à m. Jules LemaîtreChapitre 14 sur 18 · LXIV LETTRE · texte numérisé non relu

LXIV LETTRE

Tel, il se lamente dans le fumoir, chez les X"*, après le diner où, grâce à un bon voisinage de table, il a amorcé quelque fructueuse affaire. Et, entre deux bouffées de son cigare gluant, il aperçoit, dans le salon, sa femme, jolie, gracieuse, épaules et bras nus, qui sourit aux hommes, leur parle, les provoque, se promet mensonge rement, du regard et du sourire, à des amants futurs.

Louise s'est tenu le raisonnement suivant :

"Henri m'a humiliée tout à l'heure, hier, et toujours ; je vais le menacer de mes coquetteries, il viendra à moi, me dira : Je souffre, et je lui répondrai : Gesse de m'humilier, sois équitable avec moi, faisons la paix, prendsmoi, car, au fond, c'est toi que j'aime et que je veux aimer.

Henri ne fait pas la démarche. II n'a que des fureurs, il ne connaît que l'injustice de

cette provocation, et l'obéissance qui Ja riîpriméra. Il n'a pas le temps de faire davantage.

Mais pourquoi, me direz-vous, si elle est si intelligente, cette Louise, pourquoi ne comprend-elle pas son mari et les exigences sociales ? pourquoi ne l'accepte-t-elle pas « tel quel? 1) pourquoi ne se soumet-elle pas, par pitié î

Je réponds. D'abord, si Louise agissait ainsi, t t( elle se montrerait extrêmement supérieure à son mari. Alars, d'après les principes hiérarchiques de notre société, non seulement elle ne devrait plus obéissance, mais c'est son époux qui la lui devrait. Mais Louise ne prétend pas à la supériorité, — parce que, probablement, ce terme paraît faussé, dans ses exploitations, à l'auteur de la Vassale, — elle veut seulement traiter sur le pied d'dgalitd, œil pour œil, dent pour dent, qui est le

IXVI LETTRE

mot de passe de toutes les révoltes. Se soumettre, ce serait, sans compensation pour elle, faire le jeu de l'adversaire, ce qui vulgairement s'appelle payer les pots cassés. Pourquoi elle, plutôt que lui ?

Maintenant, est-il très nécessaire de formuler, chapitre par chapitre, les revendications de Louise ? Ne voyez-vous pas avec suffisamment de clarté que ces deux êtres, dont l'un se lihère de l'autre, ne peuvent, ne doivent s'entendre; qu'à l'un et à l'autre l'atmosphère où ils vivent est irrespirable ; que c'est le choc de deux puissances, l'inextricable procès Orgueil contre Orgueil ? Que la pièce soit de telle ou telle qualité, je ne m'en soucie plus à présent. Mais il me semble qu'ea dehors de la facture scénique, ce procès offre quelque autre intérêt, si attentivement on écoute les dépositions des deux parties, si

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