‹ À propros de La vassale: lettre à m. Jules LemaîtreChapitre 16 sur 18 · LETTRE LXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXIX

elle doit répudier ses goûts, ses habitudes, ses préjugés, la conception m6me qu'elle s'était faite de sa moralité. Elle entre dépaysée et frémissante, dans la peau d'une étrangère, passive. Elle ne pourra y rester. Pourtant elle avait de la bonne volonté, elle demandait la conservation de son moi intégral et le droit de le développer à sa guise. Cela admis, elle s'engageait à reconnaître une supériorité chez son compagnon, à aimer par gratitude et, en échange, à se soumettre pour le bienc»mmun.

Le règlement dans le mariage lui apparaissait sous la forme du respect mutuel de deux .libertés. Mais, tout de suite, elle a compris qu'elle était « la chose » de son mari, maniable et servile, comme doit l'êlre à d'autres usages un chien de chasse, par exemple.

Le froid de cet homme, desséché par l'édu-

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cation administralive et autoritaire de notre fausse démocratie moderne, de notre siècle napoléonien, lui a gagna le cœur qui s'est serré, durci pour la résistance.

Je ne peux pas entrer dans le détail des scènes de ménage ; dire les discussions sans fin; relater les premiers sourires de l'homme, ses sarcasmes, la pûleur de la femme, ses larmes, sa honte, ses angoisses; décrire le combat secret de ces deux êtres, dont l'un veut terrasser l'autre ; affirmer quel fut le mol sur lequel ils se sont regardés en silence, comprenant que .dès lors ils étaient irréconciliables et qu'il fallait sortir les couteaux.

Se séparer? divorcer? Non. Le débat est ouvert, il faut qu'il continue. Il faut que cet homme et celle femme se vengent l'un de l'autre, qu'ils s'entre-luent, que l'Autorité écrase la Révolte. Henri ne cède pas une

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ligne de son droit, Louise va jusqu'au bout dans son insurrection. Elle sera vaincue, mais elle aura tout détruit, tout saccagé, tout brûlé, elle laissera la ville en cendres.

Mais cette femme, qui agit si odieusement, est-elle la Louise des fiançailles, la Louise que la nature et la culture ont faite? Ce n'est plus cette Louise-là, c'en est une autre, celle qu'elle est devenue, entraînée, déchatoée par lalogiqueinévitable de la révolte, transfigurée par l'irruption de tous les mauvais sentiments nécessaires à la lutte. Les célèbres batailles, — souvent justes dans leurs buts, — ne sont, dans le détail, que les résultats du concours de l'assassinat, du guet-apens, de la férocité, de la ruse, de la lâcheté morale, de tout ce qui est bas et damnable dans l'homme,

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