‹ À propros de La vassale: lettre à m. Jules LemaîtreChapitre 2 sur 18 · SIX · texte numérisé non relu

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tique se donne un peu de peine. Nous nous en donnons bien, nous. Il ne vient pas au théâtre pour s'amuser, il y vient pour travailler, comme nous'.

Vous, dès le début de votre article, vous jetez cette phrase languissante, où l'on sent autant de fatigue que de mauvaise humeur :

« Encore une femme à revendications et qui nous rebat les oreilles de ses droits : droit à. la liberté, droit au travail, droit à la pensée, droit au développement intégral de son être, droit au bonheur, droit à l'adultère, etc. Cela devient insupportable. »

' La critique, relevée à a& vraie place, n'est plus leUre morte, elle vit, elle agit, elle crée. Elle a une inQuence, celle, par exemple, qu'exerce actuellemeot sur de jeunes esprits libres ud critique remarquable tant par son érudition générale et l'abondance des idées que par un sens otfiné de la vie moderne, M. Gustave Katin, le poète des Palais nomades, de Chansom damant, de Limbes de lumiii-e, etc.

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/ Qu'est-ce qui est insupportable ? que la femme réclame des tiioils nouveaux? C'est ainsi. Dans ioiis les pays, en Angleterre, en France, en Scandinavie, en Russie, en Italie, en Hollande, en Finlande, en Amérique, partout, les femmes entonnent actuellement la m&mc chanson. Cela vous agace. Encore en prendriez-vous aisément votre parti, si les auteurs ne s'avisaient pas do porter cette insurrection féministe au théâtre et ne vous imposaient pas l'ennuyeuse obligation de réfléchir à des questions inhabituelles, ardues, difficiles à éclaircir.

C'est cela qui est insupportable.

H serait si simple, n'est-ce pas, de laisser doucement aller les choses de leur petit train-train ordinaire ; de ne pas soulever de lièvres inopportuns ; de ne pas pi-fter sa sympathie aux écervelés ou écervelées qui ont

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te mauvais goût de ne pas être satisfaits de leur sort; de ne pas écouter, plus qu'il ne convient, son imagination ou sa conscience.

Pourquoi des revendications ? pourquoi des émeutes, des échauITo urées, et même du mouvement? Pourquoi ne pas rosier iranquille, sagement? On serait si lieurciix dans son fromage des Deux Mondex, ou dans tel autre, soil à copieusement pérorer sur do respectables siècles défunts, soit, en eEjiii-'gIc qui [ue le temps, à tracasser les passants et les passés, d'Euripide à tel autre.

Le rOve de l'homme, dont v le si^go est fait ", a toujours été qu'on ne le dérange pas, — rêve mitigé do cauchemars ; car toujours on l'a dérangé, cet ami du sommeil.

Vous non plus, vous n'aimez pas qu'on vous dérange. Quand vous parlez de Dumas fils, et m?mo d'Augier (défenseur pourtant

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des traditions), vous relatez sans parti(;u- Hère considt'ratiiju leurs visées sociales. Vous reconnaissez de la pensée dans leur œuvre, mais vous ajoutez aussitôt, avec quelque dédain ; <c Après tout, ce qu'on peut mettre de pensée au théâtre ne sera jamais grandchose. "

D'où votre conclusion qu'il est inutile d'essayer là oil on ne récoltera que de maigres et insignifiants résultats.

Mais si votre bonne fortune vous conduit, par exemple, à quelque théâtre, « profondément et presque universellement sceptique, ironique, irrévérencieux, » où en une seule pièce vous pouvez (avec quelle joie !) constater que sont gentiment tournés en dérision " l'amour, la virginité, la poésie pastorale, la littérature romanesque, le donjuanisme, la royauté, les principes de 89, la

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croyance au libre arbitre, la science et finalement la mort », — en un mot. tout ; si vous reconnaissez que l'auteur est entièrement « délivré du souci dos questions essentielles, — et insolubles, — qu'il n'en il jamais été tourmenté d, qu'il est " un contemplateur de futilités et de fugitivités jolies ", — alors vous respirez à l'aise, vous souriez, vous êtes heureux, voire critique entre en repos, vous parlez avec facilité et ravissement de théâtre « néo-racinien », de théâtre « psychologique ■>, de théâtre h fort », du » sourire de l'Ecclésiaste »...

Une minute, pardon.

Je ne saisis pas le rapport entre les vocables que vous guiliemetez et le théâtre qui vous cjouit, pour lequel j'aurai toute l'admiration qui lui revient, mais qui, habile dans son exécution, preste, spirituel, farci de

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r,u3,!U{53 pélîllanlc-s, " (leur de civilisation volupliicuso. sensuel et sceptique, » appcllo lout autres qualificatifs que ceux quo vous employez. Je ne vois pas par quollo route vous arrivez à de si amples expressions. Aesurémcnt, vous avez dévié. Et c'est moins le tlié^lrci dont vous parlez qui est en cause q:ic votre goût personnel — travesti d'une liicnjéantc ironie — pour le non important et le pas sérieux, qui exalte votre palais et vous entraîne à ta dispropoi'lion. L'éciirl s'accuse encore, lorsque, cgar.- par votre enlbousiasmc, vous gralliiez di! " Loiil.' "lesinnom- Lralilcs personnages qui psuplenl ce théàti'e. B.ins I En quoi, [lojrijaoi le sont-ils? Ils ne tiennent de la réalité que juste ce qu'il faut de rose sous la pe:ui pour donner l'illusion de la vie; ils sont allci^és, atténués; ils ne rendent pus sur les plunclies toute la vie

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qu'ils vivent dans 1-a société ; ils sont dégagés des grandes passions, ainsi que des problèmes et des drames réels. Diminués, adoucis, volontairement pi'éparés pour un public qui demande ses aises, ajustés au jeu délicat de fines et spifituelles comédies, à quoi pouvezvous reconnaître qu'ils sont bons ?

A ceci peut-être, qu'ils le sont pour vous, parce qu'ils ne vous forcent pas à grand effort pour les suivre dans leurs psychologies et leurs fins morales.

La thèse déjà, précise, dialectique et qui, vous prenant par la main, vous conduit d'argument en argument à la conclusion de l'auteur, — vous ne l'aimez guère, dites-vous.

Vous ne vous amusez pas suffisamment.

Mais si on vous met en présence de la vie simplement, sans poteaux indicateurs, sans d'autre guide que la bonne volonté de voire

clairvoyance, alors vous vous refusez ii rogarder, à écouter, à comprendre. Vous craignez l'aventure. Vous avez vite fait de rentrer dans la citadelle de Bon-Secours de vos « truismcs faciles et honnêtes », d'où n(''gli gemment vous arquebuse/ l'auteur, sans plus vous soucier de ce qu'il dit.

Vous pourriez vous donner un peu plus de mal. Vous nous contraignez à vous mesurer l'estime que mérite votre talent.

M. Francisque Sarcey écrivait dernièrement cette ptirase ; « Le meilleur au théâtre, ce n'est pas de comprendre, c'est d'Être ému, ')

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