LETTRE XXVII
Gela est très juste et sincère. Mais, pourrait-on ajouter, qu'est-ce qu'être ému, si ce n'est précisément comprendre, et plus profondément, plus intimement que par le moyen de la raison didactique? C'est par la; sensibilité que nous pénétrons entièrement l'âme de nos semblables. Un battement de notre cœur, la capture de notre intérêt, notre sympathie ou, au contraire, notre antipathie instinctive, suffisent h tout éclairer. Cela est plus net, plus décisif, plus sûr que la plus limpide des thèses. A ces signes, on ne se trompe point.
Si donc la Vassale est écoutée du public avec attention, si elle procure une émotion à l'auditeur qui en suit les phases sans distraction, si elle étreint les cœurs môme péniblement, si on y pleure, si on approuve ou si intérieurement on proteste, c'est que le sujet
LEITIIB
en est clair, qu'il s'explique delui-mfime, que la communication nerveuse établie entre les acteurs et les spectateurs y suffit.
Ce sujet, c'est un duel, un duel à outrance, la Révolte contre TAutorité, — non pas une révolte pour rire, un « froufroutage », une mutinerie qu'apaiserait soit un petit cadeau venant à point, soit un escamotage scénique du dramaturge, — mais la révolte pour de bon, logique, tenace, irréconciliable, qui va jusqu'au bout, sans larmoiement, la gorge sèche, le cœur durci par la lutte, ia voix âpre, toujours plus haute, — voulant la victoire, en même temps qu'insoucieuse de la défaite.
Voilà qui est excessif, certainement, de la part d'une femme surtout, qui s'arme en guerre contre l'homme, contre les lois sociales, contre la famille, contre le bon sens
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LETTME
conaacTL^, contre sa propre tranquillité, conlre la nature même.
Tout ce que vous lui direz, ne servira de rien désormais. Elle ne se soumettra pas, pour cette simple raison que Vavare de Molière, par exemple, ne doit pas finir ses jours dans la peau d'un prodigue. Quels conseils avez-vouB à son service qu'elle n'ait entendus avant vous. Ecoutez plutôt la douceur persuasive de cette objurgation, à travers la virulence d'ironie de Baudelaire :
Un ange furieux fond dn ciel comme un aigle, Du mécréant saisil à plein p'iïnff les cheveux. Et dit, le secouant : t Tu connaîtras la règle 1 (Cor je suis ton lion Ange, entends-tu ?) Je le veux I »
Évidemment, et puisque c'est son bon Ange qui parle, qui prend la peine de le torturer " de ses poings de géant », le reLelte
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n'a plus, s'il est raisonnable, qu'à connaître la règle, à la suivre. Anathème sur lui, s'il est incrédule, s'il résiste, si, convaincu ou non, il n'acquiesce pas.
Uaia le damna râpond toujours ; u Je ne veux pas ! »
Louise Deschamps, de la Vassale, répond, elle aussi ; Je ne veus pas !
A-t-ellc donc lu les Fleurs du mal ? ôtesvous peut-être tenté de riposter en niillaut.
Non. Ou oui. Je n'eu sais rien. C'est moi qui les ai lues. Louise ne répèle pas un vers. C'est moi qui le meta en face d'elle, afin qu'elle s'y reconnaisse tout entière — et qu'elle se sente moins seule.
Car ce miroir est magique. 11 conserve toutes les images qu'il a rélK'-iiïos. De sa profondeur, que mesure l'infini des temps.
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