‹ À propros de La vassale: lettre à m. Jules LemaîtreChapitre 5 sur 18 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

qu'elle lui fait. Elle apporte plus qu'elle no reçoit, puisque les toilettes, le luxe, etc., dont elle consent à se priver, ne peuvent balancer la perte de ia liberté. Elle espère qu'il lui sera tenu compte de sa dot morale, qu'une tendresse infinie lui fera oublier son emprisonnement, son vasselage de fait, sa servitude consentie, que l'amour sera, sinon l'amplification, la reconnaissance, le respect de sa petite personne. D'avance, elle sourit, et elle se sent capable, à ces conditions, de rendre l'homme heureux. Elle se souvient bien de quelques-unes de ses compagnes, mariées avant elle. Qu'elles aient fait ou non des confidences, elle a su démêler qu'elles n'étaient pas heureuses, qu'un malaise planait sur toutes, que quelque chose peut-être était pourri dans le mariage. Mais elle veut se taire ces dernières inquiétudes. Elle croit

que CR sera différent pourefle, que cène sera pas comme pour les autres, — fond de tout espoir humain.

D'ailleurs, il est trop tard pour réfléchir à présent. Klle aime celui dont elle est aimée.

Qui est cet iiomme ? un monstre î una Lrute ? un débauché ? Rien de tout cela. C'est simplemont l'homme de tous les temps, avec (juelques caractéristiques qui dénoncent la minute, la seconde de temps, dans laquelle il est né.

Il appartient non pas à la haute société, ce qui ne veut plus asaez dire dans nôtre paya actuellement, mais à la classe instruite et laborieuse, qui, par le travail, par la persévérance, par la valeur, a pris le pas sur la vieille noblesse, retirt^e et ruinée, sur l'oisiveté de la bourgeoisie opulente, sur le prOtre qui ne dirige plus rien. Il représente la force

Digit

LETTHE

Page 1