XL VII
analyse de la Vassale, ne soufflez-vous pas mot do ce personnage, important cependant, puisque c'est de son contraste avec Louise, bien plus que de tout féminisme préconçu, que naît le dratne, depuis son point de départ jusqu'à la catastrophe ? Votre article y eût gagné en plénitude, en exactitude surtout.
Bien des ténèbres dont voua vous plaignez se seraient dissipées devant vous. Quoi ! vous m'accusez d'obscurité, et c'est vous qui n'allumez pas vos lanternes ! vous piquez dans îe tas, au hasard !
Votre opinion sur Henri Deschamps m'eût été précieuse. Je Tattendais. Vous auriez finement dit sur le sujet des choses que nous pensons certainement l'un et l'autre, par exemple, que cet homme n'est pas entièrement insensible.
En effet, s'il m'est odieux, s'il l'est à
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chacun, si le spectateur le reconnaît sur la scène pour l'avoir rescontré trop souvent dans notre autoritaire démocratie, il n'inspire pas que de la répulsion. Il est avant tout une victime, il est malheureux, il souffre, je le plains, je sympathise avec lui, et, à tout enfant, je dirais volontiers, inquiet de son bonheur futur : « Travaille bien, mais pas pour devenir plus tard semblable à cet homme ; autrement sois plutôt cancre : il y a plus de ressources, pour la joie, chez les derniers que chez les premiers. » Q'est presque de l'Evangile.
Cet homme, ce jeune homme, a été dépossédé de ses qualités de nature qui auraient pu se développer normalement, sans le surmenage qui a fait de lui une sorte d'être artificiel pour qui toutes questions se résolvent soit avec la rigueur d'un problème
de matliiSmatiques, soit avec l'intransigeaDce des vieux tniismes faciles. II n'a pas eu l'occasion des cumparaisons, l'étude l'a absorbé entièrement, il a peu rêvé, il n'a pas communiqué avec l'extérieui", il l'ignore. Et lorsqu'il arrive à la vie, ce n'est pas en Jébutant, qui va enlla apprendre par lui-même ce qu'on ne lui a pas enseigné, il sait déjà, au contraire, la manière de s'en servir. Son siège est fait, il est ;irmé de pied en cap pour les besognes qu'il va entreprendre, pour les devoirs qu'il va remplir. Rien n'a été abandonne à son initiative individuelle. II continue de marcher à la prussienne. II est sans souplesse, sans pitié, sans compréhension de la nature riante et libre qui l'environne. II est vieux, rien ne le rajeunira.
Il est pourtant destiné à la femme, cet être, à une créature bien différente de lui, qui
lie [lense pas coainie lui, qui ne sent pas comme lui, qui ne conclut pas comme lui.
Le heurt est violent, la lutte est courte.
D'un tour de main, il la terrasse et lui dit : H Maintenant obéis. » La femme a à choisir, ou de rester à terre, ou de se relever. Louise s'est relevée.
Alors commence le supplice de cet homme.
Il a besoin de bonheur et de tendresse apr^s tout ; il a peiné, toute son enfance et toute sa jeunesse, pour des ri^compenses ; il travaille du matin au soir, il partage ses gains, il enrichit une femme, c'est bien le moins qu'elle ne lui marchande ni ses caresses ni sa soumission. On lui refuse le tout. 11 souffre, — sans savoir que, lui, fait souffrir. Comment s'en douterait-il? Il est si content de lui-même !
Il ne s'explique pas l'hostilité de sa com-
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pagne dont il a été vîsîbJftoient aimé. Caî-îLà; été aimé, durant ses courtes fiançailles. C'est qu'alors, et pendant quelques mois, la nature a été la plus forte, elle a soulevé les revêtements sous lesquels elle étouffait, elle a surgi au soleil, elle s'est montrée — pour la première et dernière fois, — dans sa douceur d'émotion, dans sa supplication de désir, dans sa bonne volonté, respectueuse de la liberté, de racquiescement, du caprice d'autrui. Le lendemain, le soir m&me des noces peut-être, cet être " humain )i qui inspirait confiance s'était évanoui. C'est le produit scolastique qui reparaît, ou autoritaire et brutal, sur de son droit, comme Henri Deschamps ; ou façonné de philosophie hautaine , comme le mari de l'Enfant malade de M. Romain Coolus, qui entoure la femme d'une pitié douce, mais bien méprisante, humiliante ; ou
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.Sj .'la ïiitiguo scolaire l'a énerv(?, sceptique, pervers, exigeant de sa compagae les satisfactions que procure la prostituée, et ne reculant pas devant les initiations qui la dépraveront, la rendront pins apte aux fonctions, aux pUiisirs rapides qu'il réclame d'elle, sans grands frais de sa propre part.
Dans chacun de ces trois cas, mou cher confrère, il me semble que la femme est excusable de sa révolte. Car, enfin, il faut être logique. Ce n'est pas d'aujourd'hui, ni mCme d'hier, que la femme est rentrée en possession de son âme, qu'on a relevé sa condition, qu'on ne la fait plus servir à table, qu'on ne la considère plus uniquement comme un joujou à plaisir ou comme un magasin à maternité. Il n'est plus temps de vouloir la maintenir sous les dominations et les dédains d'antan. Ce n'est plus possible. La libérée ne
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