‹ A quoi rèvent les jeunes fillesChapitre 12 sur 37 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

S'il ne reste par terre une tête coupée,

Il y pourra du moins rester un grand seau d'eau,

Que Flora lestement nous versera d'en haut.

Ce sera tout le sang que nous devrons répandre.

Les valets aussitôt le couvriront de cendre;

On ne saura jamais où vous serez passé,

Et mes filles crieront : « 0 ciel! il est blessé! »

Je n'achèverai pas cette plaisanterie.

Calculez, mon cher duc, où cela mènera. Savez-vous, puisqu'il faut enfin qu'on nous marie, Si je me fais aimer, laquelle m'aimera?

LAERTE

Peut-être toutes deux, n'est-il pas vrai, mon gendre? Si je le trouve bon, qu'avez-vous à reprendre? 0 mon fils bien aimé! laissons parler les sols.

SILVIO

On a bouleversé la terre avec des mots.

LAEUTE.

Eh! que m'importe à moi! — Je n'ai que vous au monde Après mes deux enfants. Que me fait un brocard? "Vous êtes assez mûr, sous votre tèle blonde, Pour porter du respect à l'honneur d'un vieillard.

SILVIO

Ah! je mourrais plutôt. Ce n'est pas ma pensée.

LAEUÏE.

Supposons que des deux vous vous fassiez aimer. Celle qui restera voudra vous pardonner. Votre image, Silvio, sera bientôt chassée Par un rêve nouveau, par le premier venu. Croyez-moijjes enfants n'aiment que l'inconnu. Dès que vous deviendrez le bourgeois respectable

n A QUOI RÊVENT LES JEUNES FILLES.

Qui viendra tous les jours s'asseoir à déjeuner, Qu'on verra se lever, aller et retourner, Mettre après le café ses coudes sur la table. On ne cherchera plus l'être mystérieux, On aimera le frère, et c'est ce que je veux. Si mon sot de neveu parle de mariage, On l'en détestera quatre fois davantage, C'est encor mon souhait. Mes enfants ont du cœur, L'une soit votre femme, et l'autre votre sœur. Je me confie à vous, — à vous, fils de mon frère, Qui serez le mari d'une de mes enfants, Qui ne souillerez pas la maison de leur père. Et qui ne jouerez pas avec ses cheveux blancs. Qui sait? peut-être un jour ma pauvre délaissée Trouvera quelque part le mari qu'il lui faut. Mais l'importante affaire est d'éviter ce sot.

Irus eiitie.

mus.

A souper! à souper! messieurs, l'heure est passée.

LAERTE

Vous avez, Dieu me damne, encor changé d'habit.

mus.

Oui, celui-là va mieux; l'autre était trop petit.

Exciinl.

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