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LES MISSIONNAIRES ET LA PROSPÉRITÉ COMMERCIALE

savoir aucun gré puisqu'enfin ce n'est pas là ce qu'ils recherchent. » Joli raisonnement, en vérité ! Parce que les missionnaires (« ne le font pas exprès » de travailler à la prospérité commerciale de leur pays, il convient d'ignorer les services qu'ils rendent à ce point de vue spécial ! Vous partez un beau matin pour faire en mer une promenade sur un amour de petit yacht. Votre idée en montant sur ce bateau ? C'est de respirer l'air du large, c'est déjouer au marin, c'est de pécher tous les poissons qui se laisseront prendre à l'appAt, comme des électeurs aux promesses de leur candidat. Il vous arrive de trouver, en cours de traversée, une barque de pêcheurs en perdition, vous faites monter les hommes de la barque dans votre yacht et vous vous félicitez d'avoir sauvé des vies humaines : « C'est bien heureux, vous dites-vous, que je sois allé aujourd'hui en mer, sans quoi ces gens-là auraient bu le bouillon ! » Vous êtes quelque peu fier de votre action : eh bien ! vous avez tort, si l'on s'en remet, pour vous juger, à la logique des gens de la libre pensée! Vous avez sauvé des vies humaines, oui, mais est-ce que c'était là le but que vous vous proposiez ? Vous alliez en mer pour votre plaisir, n'est-ce pas. et pas pour autre chose ? Vous n'êtes pas sauveteur de profession, hein? Vous ne l'avez pas fait « exprès « de sauver ces gens-là? Alors, taisez- vous !

C'est derrière un raisonnement de cette force que s'abritent nos jacobins pour ne pas rendre aux missionnaires catholiques l'hommage qii'ils méritent comme pionniers et auxiliaires de l'expansion commerciale française.

10 A QUOI SERVENT LES lUSSIOJfîlAIRI»

Cette induencc du missionnaire sur la prospérité commerciale, nos maîtres voudraient pouvoir la nier, révidencc des faits le leur interdit. C'est un princi[)e économique de premier ordre que l'exportation va toujours vers les contrées où s'exerce l'inlluence morale d'une nation. Or, qui donc favorise l'influence d'un pays, sinon le missionnaire? Dans la très grande majorité des cas, le commerçant ne pénètre jamais le premier chez un peuple sauvage, neuf. C'est le missionnaire catholique qui, presque toujours, ouvre la voie, et jusqu'ici la joie ne nous a pas encore été de voir MM. Villejean, Ribière, Loup et autres u législateurs » abandonner leur siège à la Chambre, ce beau siège de moleskine rembourré de quinze billets de mille, quitter la redingote pour le pagne africain et s'en aller travailler à l'expansion de l'influence morale de la France chez les nègres du Congo.

Pour accepter un pareil rôle qui vous expose à être mangé tout cru, sans même vous donner la perspective de recevoir, un jour, les palmes académiques, il n'y a encore que les missionnaires catholiques. Vouloir citer des exemples à l'appui, ce serait s'obliger à retracer toute l'histoire des missions, qui n'est trop souvent qu'un martyrologe. Pourtant, il est bien permis de faire observer que si nous avons contribué à la mise en valeur de l'Egypte, de l'Asie Mineure, de la Syrie, c'est que les ingénieurs français, pénétrant chaque jour plus avant dans les provinces de l'intérieur, rencontraient des populations déjà conquises, connaissant notre langue, et sympathiques à notre accès. Les missionnaires

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