LES MISSIONNAIRES ET LA PROSPÉRITÉ COMMERCIALE II
les avaient partout précédés, créant des écoles, bâtissant dos hôpitaux, multipliant les dispensaires, distribuant à tous leurs services.
Si l'influence morale de la France fut si grande autrefois, qu'aucune nation du monde ne pouvait lui disputer la primauté, si sa prospérité matérielle — qui était en rapport direct avec son influence morale — lu! valut d'être enviée par tous les peuples, c'est, en très grande partie, à nos missionnaires catholiques que nous le devons. Ils travaillaient à l'extension du règne de Dieu, et, en même temps, ils agrandissaient la France ; ils collaboraient à sa prospérité matérielle, si bien qu'amoindrir ou annihiler le rôle du missionnaire, c'est, du môme coup, s'attaquer aux intérêts de son commerce, de son industrie. A la diminution d'influence morale correspond toujours pour un pays la diminution des exportations. A la diminution des exportations correspond toujours la diminution de la fabrication. A la diminution de la fabrication correspond toujours la diminution des salaires. Et la raréfaction des salaires, c'est pour l'ouvrier la gène, la misère. Si bien, qu'en fin de compte, c'est l'ouvrier qui paie les frais de la farce anticléricale qui se joue chez nous sous les regards amusés de l'univers.
Si cette vérité n'est pas clairement perçue en France, s'ils sont nombreux ceux qui la nient avec une sincérité pour le moins suspecte, on doit reconnaître que l'influence du missionnaire, au point de vue commercial, n'est pas ignorée à l'étranger. Nous avons bien le droit de constater que les nations européennes envient
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toutes la fécondité de la France en missionnaires. Ce n'est pas s'avancer trop que de dire que l'Allemagne» pour ne citer que cet exemple, serait trop avisée, trop soucieuse de ses vrais intérêts, pour ne pas favoriser de toute sa puissance les missionnaires catholiques allemands, si elle disposait à l'étranger d'un contingent de nationaux égal au nôtre. Guillaume 11, Empereur d'Allemagne, sur ce point spécial, voit les choses avec d'autres lunettes que celles des gens du Conseil général de l'Yonne. Chaque fois qu'il peut protéger les missionnaires catholiques allemands, il le fait hautement. Son chancelier M. de Bùlo>v insista même auprès du Pape pour avoir un nonce à Berlin et proléger ainsi plus efficacement les missions catholiques allemandes. Les négociations n'aboutirent point parce que le Pape, qui pourtant n'avait pas trop à se louer des procédés de la France à son égard, ne voulut point, malgré tout, nous enlever la situation privilégiée que nous occupons ; mais le fait seul d'avoir demandé l'établissement d'une nonciature à Berlin montre éloquemment quelle importance l'empire allemand attache à cette question. Nous avons, du reste, une attestation publique et formelle ; elle est partie de si haut que ceux-là seuls n'ont pu l'entendre qui voulaient être sourds, ou, ce qui revient au même, avaient dans les oreilles quelques phrases des discours de M. Combes. Durant son voyage en Palestine, l'Empereur Guillaume, à propos des missionnaires de Han-Kéou, prononçait les paroles suivantes : « La religion, les missionnaires sont les facteurs les plus puissants de la richesse commerciale et