‹ A quoi servent les missionnairesChapitre 6 sur 27 · LES MISSIONNAIRES ET LA PROSPÉRITÉ COMMERCIALB · texte numérisé non relu

LES MISSIONNAIRES ET LA PROSPÉRITÉ COMMERCIALB

de la grandeur nationale en Orient. » Nous n'avons aucune raison d'exalter Guillaume II ; nous avons même quelques trop bons motifs de le regarder comme l'ennemi de notre pays et de notre race, mais pourtant, la simple vérité nous force à avouer que lorsqu'il s'agit de a richesse commerciale », de « grandeur nationale n pour l'Allemagne, Guillaume II a bien quelque compétence, lui qui, par tous les moyens, infatigablement, n'a cessé de travailler, pendant tout son règne, à établir, dans toutes les branches de l'activité humaine, la suprématie de la race allemande. Son témoignage est donc d'une valeur incontestable, émanant d'un empereur luthérien et qui aime à se poser parfois en pape du protestantisme. Sans doute, Guillaume II parle des missionnaires catholiques allemands, mais pourquoi C€ qui est vrai de ceux-ci, ne le serait-il pas de ceux-là, des missionnaires français? Par quel prodige les prêtres catholiques allemands seraient-ils de w puissants facteurs de la richesse commerciale », alors que les prêtres catholiques français seraient tout le contraire? Ce que sont les premiers, au dire du plus autorisé des juges, pourquoi les seconds ne le seraient-ils pas? Il y aurait là vraiment un mystère troublant que les conseillers généraux de l'Yonne, même en se mettant à treize, n'arriveraient pas, je crois, à éclaircir. La vérité est que nos missionnaires ont, au point de vue commercial, une influence plus heureuse et beaucoup plus considérable que les missionnaires allemands puisqu'ils sont beaucoup plus nombreux.

Pour rendre, sur ce point spécial, à nos mission-

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naircs l'hommage qui leur est d»j légitimement, il serait pénible de n'avoir à invoquer que la parole de l'empereur allemand, mais heureusement, d'autres voix 86 sont élevées pour proclamer la bienfaisance du rôle de nos prôtres au point de vue de la prospérité commerciale de la France. Le 3o octobre 1860, le général Cousin-Montauban, comte de Palikao, écrivait au maréchal Randon : <( L'un des résultats favorables des traités que nous venons de conclure doit être la conséquence de l'art, a, car notre influence en Chine se base complète^ ment sur les missions catholiques, et c'est, en ce moment, le seul contrepoids que nous puissions opposer à l'influence commerciale de l'Angleterre... Ainsi que je vous l'ai déjà dit, nos plus sérieux moyens (Tin- Jïuence dans ces vastes contrées sont entre les mains des missionnaires catholiques. Les Anglais ne l'ignorent point : aussi font-ils tous leurs efforts pour les contrebalancer par l'envoi de missionnaires protestants. »

Ce qui était vrai en 1860, et pour la Chine, l'est toujours en 191 2, et pour toutes les régions du monde où le zèle apostolique conduit nos missionnaires. Il est démontré que, comme conséquence secondaire de leur action sur les âmes, ils collaborent à la prospérité matérielle de leur pays d'origine. C'eût été, de la part du gouvernement républicain, faire de la bonne et intelligente économie politique que de se servir de l'influence de nos missionnaires pour donner aux Français de nouveaux centres d'activité commerciale. L« gouvernement de la République n'y a point songé, et

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déjà il est bien tard. Il y a soixante-dix ans, la France avait, pour ainsi parler, le monopole de l'évangélisation dans plusieurs régions et tout particulièrement en Afrique. Nous nous trouvons aujourd'hui en face d'un© situation tout autre : toutes les grandes nations européennes rivalisent maintenant d'ardeur et le continent noir est ouvert à leurs convoitises. Nous avons à compter avec de redoutables concurrents, l'Anglais et l'Allemand qui chaque jour s'avancent et ne reculeront plus. Ils ont mis à profit nos erreurs, nos fautes, nos défections, et on peut tenir pour certain qu'ils sont trop avisés, trop « patriotes » pour dédaigner le concours de leurs missionnaires comme agents de prospérité économique. Là où les missionnaires leur auront préparé le terrain, ils sauront envoyer des agents avec mandat de conclure des traités de commerce : ils donneront ainsi aux produits de leurs nationaux de nouveaux débouchés, des millions de consommateurs que la France eût pu attirer à elle et que nous ne retrouverons pas. La leçon est dure ; et ce qu'il y a de plu» triste, c'est qu'elle sera perdue pour nous.

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