‹ A quoi servent les parlements, 1815-1830, 1848-1870Chapitre 15 sur 34 · LES CANDIDATS CONSTITUTIONNELS · texte numérisé non relu

LES CANDIDATS CONSTITUTIONNELS

Pour renverser de Villèle, les libéraux et les royalistes modérés avaient fait campagne commune sous le nom de candidats constitutionnels : Ton avait pu voir recommandés par les Débats aux choix des royalistes : MM. de Lafayette, Dupont de TEure, Benjamin Constant, Laffitte, Casimir Périer, les généraux Gérard de Thiard, Tarayre, Semelay, de Marcoy; MM. Kœchlin, Labbey de Pompières, Méchin, de Montlosier, tandis que d'autre part le Constitutionnel et le Courrier français indiquaient au choix des élec-

leurs libéraux : MM. de Làbourdonnais, Delalot, de Cordoue, de Ricart, de Cambon, Hydede Neuville, Duvergier de Hauranne, de Lesardières, Agier et Bourdeau.

Cette entente politique fort sage, et qui eut probablement sauvé la Restauration, si Ion avait eu la fermeté nécessaire pour y rester fidèle, n'était pas le résultat d'un fait de hasard engendré pas la versatilité parisienne, il répondait à un vœu du pays.

Grâce à Tesprit délié du roi Louis XVIII on avait traversé, sans qu'il fût survenu de graves avaries à la machine politique, les temps les plus difficiles; Charles X, prince d'une intelligence moins ouverte et entouré des fanatiques du trône et de l'autel avait cependant fort bien compris la nécessité de ne pas donner tout le pouvoir aux représentants d'une société vieillie; ne pouvant retrouver leurs privilèges, ils auraient dû se contenter de l'influence assurément très considérable que leur donnaient les reflets d'une cour légitimiste. D'un autre côté, leslibéraux^ qui se composaient alors de bonapartistes, de partisans inavoués du duc d'Orléans et de cette haute bourgeoisie impatiente d'entrer aux affaires, commençaient à trouver bien long leur exil dû pouvoir; de tous côtés, on venait à eux;

pourquoi auraient-ils repoussé toutes ces avances? Ils n'avaient point encore compris que le régime parlementaire, imprudemment concédé par là Restauration, leur livrait le gouvernement entier, et ils se fussent défendus avec énergie, si on les avait accusés de vouloir se mettre au-dessus de leur roi légitime ; ayant remporté dans les élections une victoire dont la grandeur tout au moins était inespérée, ce succès les disposait à la conciliation. ^

A la cérémonie officielle de l'ouverture des Chambres, le roi après avoir traité la politique intérieure, ajouta : « Quelle que soit Tintimité des rapports qui doivent exister entre la religion et l'éducation des hommes, l'instruction publique et les affaires ecclésiastiques m'ont paru exiger une direction séparée et j'en ai ordonné la division.

« Voulant affermir de plus en plus dans mes états la charte qui fut octroyée par mon frère et que j'ai juré de maintenir, je veillerai à ce qu'on travaille avec sagesse et maturité à mettre notre législation en harmonie avec elle.

« Quelques hautes questions d'administration publique ont été signalées à ma sollicitude.

«Convaincu que la véritable force des trônes est, après la puissance divine, dans l'observation

des lois, j'ai ordonné que ces questions fussent approfondies et que la discussion fît briller la vérité, ce premier besoin des princes et des peuples. »

Ces derniers paragraphes, qui contenaient le désaveu explicite dç la politique de M. de Villèle et lavènement prévu de M. de Martignac, causèrent sur tous les bancs de FAsSemblée, à l'exception derextrême droite, un enthousiasme des plus vifs, et les cris d^ : Vive le roi! furent poussés avec une véritable passion par tous ces enfants prodigues qui revenaient à la couronne.

A l'occasion de la discussion "de l'adresse, ces cris de fidélité se renouvelèrent dans l'enceinte même du palais législatif. Un orateur de ia droite ayant essayé de justifier la précédente administration, un de ces royalistes modérés qui venaient de remporter la victoire avec le concours des libéraux, expliqua très clairement le revirement qui s'était opéré dans les esprits : « S'il fut en France, dit M. Augustin de Leyval, deux peuples dans Je même peuple, ils se sont donné le signe dfe paix : on nous parle de troubles, de révolutions. Personne plu^ que moi n'a eu en horreur l'anarchie et le despotisme; ils m'ont ravi mes parents, ma fortune; ils ont abreuvé mon enfance d'amer-

lume et de misères; mais s'il m'en est resté des impressions profondes, elles n'offusquent ni mon sens ni ma raison ; des fantômes, quelque hideux qu'ils soient, ne sont pour moi que des fantômes. » A ces mots l'Assemblée applaudit furieusement, à l'exception de la droite silencieuse.

« Et la Révolution, continue l'orateur, où estelle? La charte a tué le monstre et ce n'est qu'en voulant tuer la charte qu'on peut le faire revivre... Il est des temps oîi les peuples semblent avoir besoin d'anarchie; il en est d'autres où ils ne veulent que la raison. Ces derniers temps sont venus pour la France : tant de vicissitudes dans les événements, tant de bonnes et de mauvaises fortunes, tant de joies étouffées à leur naissance, de triomphes suivis de promptes défaites ont dissipé les fumées de Tivresse politique.

« L'aménité naturelle de nos mœurs, nos habitudes bienveillantes et polies, ont rapproché des hommes ennuyés de se haïr ; dans leurs rapports plus confiants et plus faciles, les opinions se sont -par degrés adoucies et confondues. Que vous dirai-je enfin? le royalisme est devenu libéral, et le libéralisme est devenu monarchique! »

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Cette dernière phi'ase, qui peignait si justement Tétat d'esprit des auditeurs, fut le signal d'acclamations qui se redoublèrent à la vue de Fimmobilité de la droite. Les sentiments que révélaient ces cris devaient s'accuser dans les

. faits : la nomination du président est d'ordinaire le premier acte politique d'une Assemblée et celui qui permet de préjuger son attitude à l'égard du pouvoir et de ses ministres. MM. Delalot (312 voix), Hyde de Neuville (206), Royer- CoUard (189), Gauthier (187), Casimir Périer (180), ayant tous obtenu une majorité suffisante, devenaient candidats définitifs, et ne permettaient au roi que de choisir entre des libéraux et des monarchistes modérés, à rexclusion des partisans de M. de Villèle. Le prince accepta de fort, bonne grâce la nécessité qui s'imposait, et choisit M. Royer-Collard, le plus en vue et le plus autorisé assurément de tous les candidats. Ce bon accord devait se retrouver avec une signification encore plus précise, à roccasiori d'un projet présenté par M. de Martignac sur la revision annuelle des listes électorales et du jury. Les organes de ^ancienne opposition s'étaient tfouvés unanimes pour en louer les dispositions libérales, et la discussion ouverte le 28 avril présenta le spectacle intéressant d'un

projet du gouvernement chaudement accueilli par la majorité nouvelle et non moins opiniâ- 'Irément attaqué par les membres de TanGienne majorité dont la défaite se chiffra de la manière suivante: sur 362 votants, 257 avaient déposé des boules blanches; les boules noires n arrivaient qu'à 105 : l'avantage obtenu par les partisans de la loi était de 152.

C'était écrasant pour les anciens soutiens du trône et de r autel , et cette majorité allait s affirmer de nouveau ^^ à l'occasion du projet de loi sur la presse, qui fut adopté par 266 voix malgré Topposition de 116 membres de la droite/ Cependant les libéraux, qui ne savent jamais s'arrêter dans leurs revendications, et ne se déclarent contents que lorsqu'ils ont obtenu satisfaction pour l'intégralité de leurs vœux, allaient courir le risque de briser la bonne harmonie que ces votes répétés avaient amenée entre eux et le gouvernement, de renoncer à cet accord fécond, qui remettait entre leurs mains toutes les réalités du pouvoir.

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