‹ A quoi servent les parlements, 1815-1830, 1848-1870Chapitre 16 sur 34 · EXIGENCES IHPOLITIQUES DES LIBÉRAUX · texte numérisé non relu

EXIGENCES IHPOLITIQUES DES LIBÉRAUX

On se rappelle, en effet, qu'à cette époque les

vainqueurs abusant de leur victoire voulurent mettre les anciens ministres en accusation; c'était bien impolitique et bieniûutile à la fois:' impolitique, parce qu'on risquait fort de mécontenter le roi qui montrait de si favorables dispositions; inutile, aussi, puisque chaque jour révélait la force qu'on avait acquise et permettait de faire voter tous les projets raisonnables.

La discussion tour à tour violente, confuse et embarrassée se termina par une espèce de renoncement au projet primitif, et ne fut remarquable, au point de vue de rhistorien, que pour la preuve qu'elle donna de l'attachement très vif et très sincère de la majorité nouvelle pour la personne du] prince. La proposition de M. Labbay de Pompières débutait ainsi: J'accuse les anciens ministres de trahison envm le roi qu'ils ont isolé du peuple ; je les accuse de trahison envers le peuple qu'ils ont privé de la confiance du roi,

M. de Martignao, tout en acceptant le fond du débat, de concert d'ailleurs avec les anciens ministres impatients, disait-il, d'en finir avec ce ridicule procès, déclare qull ûe peut admettre les termes de la proposition : « Non, messieurs, s'écrie-t-il, le roi n'est pas isolé de de son peuple, ni le peuple de son roi. Non, ce

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divorcé funeste, déplorable, entre ce qui doit être uni pour le bonheur et la gloire de la France, n'a jamais été consommé ni tenté : j'en atteste les cris d'enthousiasme autour de la personne sacrée de Sa Majesté; j'en atteste les sentiments qui s'emparent de tous les cœurs à l'aspect de Charles X, à la vue du père du peuple ! »

A ces derniers mots, la droite entière se lève et crie avec énergie : Vive le roi! la gauche, qui ne veut pas laisser suspecter ses sentiments se lève à son tour, et pousse le même cri avec plus de violence encore et, comme deux armées qui en viennent aux mains, c'est avec les mêmes engins de guerre qu'elles cherchent à se vaincre ; quand cette fureur de fidélité fut un peu calmée, et que la Chambre eut retrouvé son calme habituel, il devint évident pour tous que les ex-opposants, les libéraux d'autrefois, n'hésitaient plus à entrer dans le gouvernement, qu'ils entendaient donner pour base à leur programme leur dévouement au Prince, et qu'ils considéraient comme le premier de leurs devoirs, la défense de sa politique.

Le roi ne voulait pas être en reste de dévouement vis-à-vis de ses nouveaux amis, car, sur les instances de M. Martignac, il prit une me-

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sure qui leur tenait fort au cœur, mais qui coûta certainement beaucoup à ses habitudes d'esprit et à sa conscience religieuse. Il s'agissait alors, comme aujourd'hui, de cette question des jésuites, que Ton accusait de tenir entre leurs mains le gouvernement tout entier ; accusation assurément fort exagérée, mais à laquelle l'administration de M. de Villèle avait donné créance, en affectant d'associer, en toutes occasions, le gouvernement et la religion, ce qui est, en France au moins, un moyen infaillible de compromettre l'un et l'autre.

Les aménités échangées à cette occasion entre les adversaires et les partisans de l'enseignement parles prêtres, aussi bien à la Chambre que dans la presse, ne le cèdent en rien aux violences dont nous sommes encore aujourd'hui les témoins. « Le système déplorable que vous avez flétri, — dit à ses collègues de la Chambre M. Petou — un très riche manufacturier d'Elbeuf — n'est pas tombé avec le dernier cabinet : les actes du gouvernement continuent à être en opposition avec les besoins du pays. La France attendait avec anxiété Inexécution des lois contre une société qui encourage Tintolérance religieuse et trouble le royaume. La commission chargée par les ministres d'exami-

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ner la question n'a pas craint de prendre une résolution funeste. — A une voix de majorité en effet, cette commission avait décidé que la direction des écoles secondaires ecclésiastiques, confiée aux prêtres qui suivent la règle de saint Ignace, n'est pas contraire aux lois du royaume ; — une majorité d'une seule voix prétend nous imposer une société poursuivie par les lois, cette société des jésuites qifeîa France repousse avec horreur comme la cause de ses maux présents et futurs ! » Ces exagérations étaient dans le goût du jour, et M. Petou n'étonnait aucun de ses collègues en s'écriant : «Un bruit sinistre vient d'apprendre à la France étonnée qu'une commission a eu l'audace de proclamer la légalité des établissements des jésuites, en présence d'une Chambre comme la nôtre! Le roi, dans le discours du trône, a fait appel à notre franchise ; eh bien ! il est de notre devoir de lui déclarer que les deux plus grands fléaux de son royaume sont les jésuites et la congrégation! »

Il ne faudrait pas croire que l'ancienne opposition eut le monopole de la violence sur ces questions qui ont le triste privilège de faire perdre la tête à tout le monde : à l'apparition des ordonnances qui donnaient satisfaction au parti libé-

raly et déclaraient qiià partir du \^^ octobre d828 les établissements j connus sous le nom d'écoles secondaires ecclésiastiques, dirigés par des personnes appartenant à une congrégation 7'eligieuse non autorisée, et actuellement existant à Aix, Billion, Bordeaux, Dole, Forcalqider, Montmorillon^ Saint- Acheul et Sainte - Aimed'Auray, se?'ont soumis au régime de V université, la colère de la droite ne connut plus de bornes : l'Église était ramenée au temps de Néron et de Dioclétien ; ces libéraux n'étaient que d'affreux hypocrites, qui n'ont que le mot Charte à la bouche et qui seraient bien embarrassés de concilier leur conduite avec l'article de cette charte, qui porte que : tous les Français sont également admissibles à tous les emplois civils et militaires. Quant à- la presse royaliste, ayant à sa tête un homme de talent,^ que la génération actuelle a connu et respecté (M. de Laurentie), elle s'écriait : « Applaudissez, race d'impies et de sacrilèges, écrivains factieux, applaudissez! voilà un prêtre (Mgr Fautrier, évêque de Beauvais) qui vous livre le sanctuaire, voici un magistrat (M. Portalis) qui vous livre le pouvoir ; vous vouliez que Tépiscopat fut enchaîné, on fait plus, on l'immole! ce que la Révolution n'eût jamais songé à arracher à Bonaparte,

deux ministres le font faire à la monarchie légitime ; tous les deux rivalisent de zèle pour exterminer le sacerdoce dans sa racine et pour accomplir ainsi l'œuvre de la Révolution. » Et l'on terminait ce plaidoyer furibond en rappelant que Tévêque de Beauvais était un ministre lâche et perfide, un nouveau Julien, traître à ses frères, à sa foi, à son roi et que l'Eglise compterait désormais au nombre de seâ plus cruels persécuteurs !

On sait la fin de la querelle, et comment le pape engagea publiquement le clergé de France à obéir aux ordonnances. Que devenaient alors ces accusations de trahisons adressées si légèrement à des prêtres qui n'avaient fait qu'obéir à leur prince et qui se trouvaient d'accord avec ' Sa Sainteté? Elles allèrent rejoindre dans Toubli les déclama^tions insensées de l'opposition. Si de nos jours, une question pareille semble exciter les mêmes ardeurs, sans qu'on puisse espérer de les voir éteindre de la même ma^ nière, il faut en faire remonlerta responsabilité à une administration politique, qui a prouvé maintes fois que c'est à la religion qu'elle en veut, et non pas seulement à certaines attributions de ses ministres.

11 est malheureusement certain que le pape,

n'adresserait pas à nos évoques une communication semblable à celle de cette époque : « Le roi, disait le ministre des cultes, ayant daigné me faire communiquer les réponses de Rome relatives aux ordonnances du 14 juin, et m'ayant invité à vous en donner connaissance, j'ai l'honneur de vous informer que Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans réserve des évêques de France pour Sa Majesté, ainsi que de leur amour pour la paix et pour tous les autres véritables intérêts de notre sainte Eglise, a fait répondre : que les évêques doivent se confier à la sagesse du roi pour l'exécution des ordonnances ^ et marcher d* accord avec le trône, »

Le prince avait donc largement payé sa part dans le contrat nouveau qui s'établissait entre la couronne et la bourgeoisie, en donnant à cette dernière une satisfaction d'autant plus vive qu'à cette époque, cette classe politique avait des jésuites une horreur égale à Tadmiration qu'efle professe aujourd'hui pour eux. Cette chaude réconciliation entre le roi et ses adhérents de la première heure, fut comprise et fêtée en province avec un éclat inaccoutumé.

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