‹ A quoi servent les parlements, 1815-1830, 1848-1870Chapitre 17 sur 34 · CHARLES X FIDÈLE AUX LIBÉRAUX · texte numérisé non relu

CHARLES X FIDÈLE AUX LIBÉRAUX

Charles X quittait Saint-Cloud, 1er 31 août (1828), suivi du dauphin, de M. de Martignac et d'un grand nombre d'officiers se rendant au camp de Saint-Omer. L'accueil qu'il reçut (et dont nous prenons les détails dans le livre d'un républicain * offrit dès les premiers pas un caractère d'allégresse et d'enthousiasme que pas une des visites royales dans les diverses parties du royaume n'avait encore présenté. A Épernay'; à Châlons, à Verdun et Metz, on ne remarquait pas seulement l'éclat des cérémonies officielles et la curiosité un peu banale de la foule; on peut dire que, de Paris jusqu'en Lorraine, la population rurale, accourue de plusieurs lieues à la ronde, formait • comme la haie sur le passage du prince. En Alsace, à Saveme, les démonstrations empruntent aux habitudes locales des populations un caractère particulier; chaque commune envoie une députation composée de cavaliers et de . jeunes filles richement vêtues ; à leur arrivée à

i. Histoire des deux Restaurations j par M. A. de Vaulabelle,

Strasbourg, ces cavaliers sont au nombre de quinze cents, suivis de huit cents chariots ornés de fleurs éclatantes, attelés chacun de six chevaux et portant de nombreux groupes de jeunes alsaciennes magnifiquement habillées.

L'enthousiasme fut aussi vif à Colmar et à Mulhouse qu'à Strasbourg, et, sans doute pour que personne ne pût se tromper sur les causes politiques qui avaient amené une si heureuse et si rare entente entre les gouvernants et les gouvernés, les députés extra-libéraux de ces contrées, MM. Benjamin Constant, Kœchlin, Casimir Périer, avaient tenu à se faire présenter au roi, qui de sa main avait décoré ce dernier : « Heureux de c^ empressement, écrit TVI. de Vaulabelle, Charles X laissait déborder sur tous ceux qui l'approchaient la joie dont lui-même était rempli ; il avait des paroles gracieuses, prévenantes pour les hommes dont l'opposition avait acquis le plus de notoriété : Un jour que les applaudissements et les acclamations de la foule retentissaient autour de lui avec une force qui ne se lassait pas, il se tourna vers M. de Martignac et lui dit: « Ah! monsieur, quelle nation ! que ne devons-nous pas faire pour elle ! »

Le prince, de retour à Paris et occupé des

soins de Ja politique, n'oublia pas ses amis les libéraux et permit à ses ministres d'ouvrir leurs rangs, pour y laisser entrer deux d'entre eux; de grandes directions politiques devaient éga-

• lement être confiées à quelques amis des nouvelles Excellences : cependant, le roi qui avait l'habitude d'un conseiller intime, d'un homme à qui il pût tout dire, avait pensé à faire revenir de Londres notre 'ambassadeur, M. J. de Polignac, pour remplir ce rôle. Dès que cette nouvelle^ eut franchi le cercle de la cour et parvint aux oreilles des députés, nos libéraux jetèrent les hauts cris et ne consentirent à faire silence que lorsque M. de Polignac fut retourné à son poste; ils préludaient, ainsi, à la conduite qu'ils tinrent 6 mois plus tard, en prétenda^nt dicter au roi le choix de ses ministres.

Charles X, cependant, continuait à ses adversaires de la veille et du lendemain non

. seulement ses bonnes paroles, mais ses bonnes actions. Le discours du trône, prononcé le 26 janvier 1829, annonçait la présentation d'un projet de loi sur l'organisation des conseils municipaux et départementaux, projet vivement désiré par l'opposition; son discours se terminait par ces paroles significatives: « Chaque jour me révèle davantage l'affection de mes peuples et

me rend plus sainte Tobligation que j'ai contratée de consacrer ma vie à leur bonheur. Cette noble tâche que vous m'aiderez à remplir, messieurs, doit devenir de jour en jour plus facile. »

C'était encore une grande avance aux modérés de toutes nuances; elle fut saisie et par suite attaquée avec la dernière violence par le côté droit de l'Assemblée : « Vainement, disaitM. de Conny, on s'efforce de croire à un calme trompeur : pense-t-on fortifier la monarchie en flattant la Révolution qui devient menaçante à l'instant même où elle cesse de trembler? un changement de dynastie, comme en Angleterre, ne serait-il pas le résultat, plus ou moins éloigné, qu'appellent en France les moteurs de révolution? N'est-ce pas sous Charles I" que les] communes (allusion au ['projet de loi sur les attributions des communes) usurpèrent sur le roi et sur les pairs cette autorité qui amena la révolution de 1648? et les moteurs de cette révolution ne parlaient-ils pas sans cesse aussi d'une coalition de papistes, de jésuites et d'évêquesl »

La Chambre, malgré ces sinistres prophéties, adopte successivement toutes les phrases de l'adresse en réponse au discours du trône. Au moment du vote définitif, tous les membres du

côté droit s'abstinrent et la boîte du scrutin

recueillit 221 boules blanches.

Ces vainqueurs étaient, dès cette époque, les maîtres incontestables du pouvoir : allaient-ils user sagement et politiquement de leur puissance? Après avoir vu le roi se séparer de ses amis de jeunesse et d'exil pour leur complaire, pousseraient-ils l'oubli de toute prévoyance jusqu'à exiger de ce prince le renoncement

^ absolu à toute initiative propre ? On ne sait que trop que l'instrument politique dont ils étaient armés leuj: permettait d'aller jusque-là. Abuseraient-ils d'une erreur commise par tous, car personne n'imaginait en France, à cette époque, que le mécanisme parlementaire découronnait réellement le prince, et remettait sa couronne entre les mains de l'assemblée? Au mépris de leurs vœux les plus chers, ces 221, qui ne rêvaient assurément aucun changement dynastique y qui se disaient très sincèrement rattachés à la légitimité, renverseraient-ils sans le vouloir, par des exigences maladroites, cette antique maison de France, qu'ils faisaient profession publique de respecter, avec laquelle ils étaient en coquetterie quotidienne et dont ils acceptaient les sourires, les croix et les portefeuilles?

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