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Dans cette session même, à propos de ce projet d'attributions des conseils municipaux, si vivement désiré par l'ancienne opposition, si gracieusement accordé par le roi, si habilement rédigé et défendu par M. de Martignac, la confiance fera place au désaccord et les 221 et le roi seront brouillés.
1829. — Après un débat de huit jours, la discussion générale du projet étant fermée, on passait au vote des articles lorsqu'un amendement soutenu par l'ancienne gauche et repoussé par le ministère (la suppression des conseils d'arrondissement) provoqua la crise ; la droite, attentive, vota avec ses adversaires et le ministère fut frappé et tomba ; le gouvernement parlementaire est fécond en catastrophes de cette nature ; les ennemis les plus acharnés et qui ne s'entendent sur rien, s'entendent toujours pour renverser un ministère : MM. de jyiartignac et Portalis allèrent prendre, séance tenante, les ordres du roi et rapportèrent des Tuileries une ordonnance] qui retirait les deux projets de loi sur l'organisation communale et
départementale. Charles X, en recevant avec grande bienveillance ses deux ministres, leur avait dit tristement : « Je vous le disais bien, messieurs, il n'y a aucun moyen de traiter avec ces gens-là; il est temps de vous arrêter, je vous remercie de votre résolution. »
Il n'y avait en effet aucun moyen de gouverner avec ces gens-là, que Fimpatience du mieux mène toujours au pire. A partir de ce jom', la session, dépourvue d'intérêt, se traîna dans les détails du budget, donnant raison tantôt aux droites, tantôt aux gauches, sans que la raison véritable fût jamais consultée, et finit officiellement le 30 juillet, après six mois de discussions souvent passionnées et de travaux toujours stériles.
Les vices du régime politique, indépendamment des fautes qui avaient pu être commises de part et d'autre, commençaient à inquiéter les esprits prévoyants et à faire sentir leurs effets. Le roi, de l'aveu de ses amis et de ses ennemis, était monté sur le trône dans le dessein avoué de gouverner et non pas seulement de régner, et n'entendait pas abdiquer entre les mains des députés; de leur coté, les anciens partisans de la royauté réunissaient toutes leurs forces de persuasion auprès du prince, usaient de toute
leur influence auprès des populations, pour créer une résistance efficace à ce pouvoir nouveau, qui avait, disaieût-ils, tout corrompu, jusqu'à la cour, qui prétendait avoir sa politique et ses ministres, comme si, dans une monarchie française, il pouvait y avoir, après contrôle et discussion, d'autre politique que celle du roi et d'autres ministres que ceux du monarque. Us terminaient invariablement leurs critiques en ti'aitant de révolutionnaire le pouvoir nouveau; il ne méritait cependant ni cet excès d'honneur ni cette indignité, car la Révolution avait été achevée par Napoléon,, et personne ne s'était senti en mesure d'y porter une main sacrilège, malgré la bonne envie qu'on en montrait; les 221 se croyaient au contraire de très sincères conservateurs ; il ne rêvaient aucune révolution, ni grande ni petite, et ils donnèrent plus tard la mesure exacte de leurs sentiments à ce sujet, par leur étonnementet leur anxiété quand cette révolution arriva.
Les gens prévoyants, en petit nombre il est vrai, sentaient donc bien que le duel était inévitable et prochain : les anciens partisans du roi assuraient avec raison qu'on ne le dépouillerait pas sans lutte de son pouvoir ; le juste orgueil de son rang, indépendamment des exigelices de
toute saine doctrine monarchique, ne lui permettrait jamais de consentir à un pareil sacrifice. De leur côté, les perspicaces parmi les libéraux commencèrent à s'apercevoir qu'ils possédaient par la présence des ministres à la Chambre la souveraineté absolue, et ils ne doutaient pas qu'avec l'inexpérience politique dont leur parti avait donné tant de preuves il ne voulût aller jusqu'au bout de ses prétentions.
Aussi, à partir de cette époque, on entend dans les deux camps, malgré des succès politiques à l'intérieur, malgré l'accalmie profonde qui s'étend sur le pays, malgré sa richesse et sa prospérité qui s'augmentent chaque jour, les pronostics les plus désolants : rien ne semble nécessiter une révolution et tout le monde s'y attend. Nous avons rapporté quelques paroles de M. de Conny au début de cette session; il est intéressant de les rapprocher de celles du général Lamarque qui en sont comme la clôture, quand on. est si bien d'accord dans les camps opposés au sujet d'un événement futur , cet événement ne manque jamais de se réaliser*
« Mille bruits, disait le général, circulent dans la capitale et jettent l'alarme dans nos départements, où les agents, les instruments actifs de la dernière administration sont encore par^
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tout debout et menaçants. Là, en présence de ceux qui opprimaient, on craint une nouvelle oppression; là, on croit à la possibilité de ces violations de la Charte, de ces coups d'Etat dont nous menacent quelques minrstres tombés et qui invoquent le chaos pour remonter au pouvoir. Deux cents ans se sont écoulés depuis que, de Tautre côté de la Manche, on parlait aussi de violer la grande Charte, de renvoyer les Chambres, de lever Timpôt par ordonnance :
on l'essaya et vous savez quels en furent les résultats ».