LÀ RÉVOLUTION
Lô roi avait i*empli tous ses devoirs de prince ; y nWait jamais pensé, en effet, qu'il fût un roi parlementaire, pas plus d'ailleurs que ses mi-
nistres, pas plus qu'aucun député, même de ceux qui faisaient partie de Topposition. Le scrutin ouvert pour les nouvelles élections n'allait pas tarder à faire tomber toutes les illu^ sions; le 23 juin, dans les collèges d'arroridissement, le cabinet n'obtient, sur 198 députés à élire, que 55 nominations, et, le 3 juillet, dans les collèges des départements, il ne se relève pas de sa défaite. L'opposition restait maîtresse du champ de bataille : non seulement les 221 avaient été réélus, mais le nombre de leurs adhérents politiques s'était sensiblement accru. Le roi, vaincu au scrutin, ne voulut pas céder à des exigences qu'il regardait comme illégales, de quelque part qu'elles vinssent; il répétait à ses ministres, démissionnaires, qu'il ne s'agissait plus d'une question de ministère, mais de monarchie, et que jamais il ne consentirait à leur renvoi et à se soumettre ainsi aux prétentions de la Chambre, qui ne tendaient à rien moins qu'à confondre tous les pouvoirs et à réduh^e la Couronne au dernier degré d'avilissement. Le roi, s'armant donc de l'article 14 de la Charte qui pouvait s'interpréter dans le sens d'une liberté entière d'action laissée à la royauté, d'une sorte de dictature dans les cas d'une extrême gravité, fit publier dans
LE FAKLKMENT DE 18au 169
le Moniteur du 9 août les célèbres ordonnances que chacun connaît.
On a beaucoup disputé à cette époque sur le sens et la portée de cet article 14, car, suivant l'interprétation qu'on lui donnait, le roi était sorti de la légalité, ou y était resté; ce sont là de vaines querelles ; chaque parti pouvait assurément trouver dans ce texte élastique des arguments favorables à sa, thèse, mais, ce n'est pas faute d'avoir éclairci un point obscur de di'oit public que des deux parts on en vint aux mains. La situation était fausse, et sa conclusion logique était la bataille. Le roi défendait en sa personne et la dignité et les justes prérogatives d'un chef d'État français, qu'il s'appelle roi ou président de la république, et la Constitution, la Charte donnait aux députés le pouvoir d'outrager cette dignité et de se jouer de ces prérogatives. Les députés usèrent de leur pouvoir, et renversèrent le trône avec la prétention ingénue de le remettre dans le droit chemin.
Le moment de l'action était arrivé pour les hommes politiques qui avaient rêvé le renversement du trône et la fin de la légitimité. Les journaux mettaient à leur disposition une influence alors presque toute-puissante, et les
jeunes hommes de la société Aide-toi attaieni prouver qu'ils ne craignaient pas de risquer leur vie pour le triomphe de leur cause.
Quant aux députés, ils voyaient clairement, quoique un peu tard, la catastrophe arriver à grands pas ; ils se désolaient et se refusaient obstinément à prendre une résolution qui pût faire suspecter leurs sentiments de fidélité au trône ; ils avaient voulu renverser un ministère et prendre sa place : leurs désirs secrets, leurs plus grandes audaces n'avaient jamais été au delà de ce programme, qui alliait dans une juste mesure, c'était au moins leur prétention, la dignité du Parlement et le soin de leurs intérêts personnels.
Cependant il était impossible, après un si grand fracas parlementaire, de ne pas se montrer, et les plus hardis convoquèrent tous leurs collègues présents à Paris, le 28 juillet à huit heures du soir, chez M. A. de Laborde. Dans la matinée, M. Dupin, consulté sur la manière la plus fructueuse de résister aux ordonnances, avait brusquement fermé la porte aux fâcheux en leur disant qu'il donnait des consultations sur le df'oit et non sur la politique; chez M. de Laborde on ne se trouva que douze: les généralités firent d'abord les frais de la couver-
saliou, puis on proposa timidement une protestation bien dynastique, bien modérée, se fondant exclusivement sur l'interprétation de Tarticle 14. C'était trop pour ces révolufionnaii'es éplorés, et déjà repentants ; on se rejeta, pour refuser, sur le très petit nombre de membres présents, et Ton s'ajourna au lendemain, à trois heures et demie, chez M. Casimir Perier. Le 29, au lieu de douze députés seulement on en compta le double ; ils étaient presque tous, a dit un témoin occulaire *, en proie à une frayeur qu'ils ne prenaient pas la peine de dissimuler; les jeunes gens en armes, qui commençaient à avoir maille à partir av^c la gendarmerie, étaient venus offrir leurs services à la réunion et au maître de la maison ; mais ni Tun ni l'autre n'était encore d'humeur à se compromettre, et on refusa opiniâtrement de les laisser entrer. Un des membres, s'approchant de M. Villemain, lui dit à l'oreille, en lui faisant remarquer l'aspect abattu de ces révolutionnaires consternés, que la séance se passerait probablement comme la précédente ; en conversations : « Je le crois comme vous, répondit
1. Souvenirs historiques sur la Révolution de 1830, par Bérard .
J 'interlocuteur, je ne m'attendais pas à trouver autant de poltrons réunis. »
Cependant on propose de nouveau Tanodine protestation de la veille, mais elle n'a pas plus de succès le 29 que le 28 ; et Ton allait se séparer en sq donnant rendez-vous pour le lendemain chez M. Audry de Puyraveau, lorsque les délégués d un groupe nombreux d'électeurs parisiens (M^M. Boulay de la Meurthe et Méri- Ihou) demandent à être introduits et à suivre la direction des députés réunis. On hésite longtemps, on discute avec vivacité : les recevoir, c'est se compromettre vis-à-vis du roi; les éloigner, c'est se compromettre vis-à-vis du peuple, qui allait devenir maître de la rue de Paris c'est-à-dire maître de la France. On décide enfin qu'on les recevra, mais qu'on ne leur dira rien. La réunion remplit avec fidélité ce programme négatif, et les délégués reçoivent l'assurance que les députés se maintiendront tous à la hauteur de leurs devoirs, mais on leur affirme aussi que, pour le moment, la position est délicate, extrêmement difficile, et que ces hommes d'Etat ne peuvent encore rien décider, ni rien faire.
Après cette réponse héroïque, les députés sortent deux à deux par des couloirs différents.
LE PARLEMENT DE 1830 na
Le maître de la maison se trouvait seul lorsque arrive un collègue qui raconte avejc feu les progrès de l'insurrection, qu'il a, dit-il, encouragée. Le président de la réunion lui répond sèchement : « Vous nous perdez en sortant de la légalité, vous nous faites perdre une position superbe. »
Chez M. Audry de Puyraveau, on se retrouva à peu près en nombre égal : vingt à trente députés ; MM. de Lafayetteet Laffitte absents de de Paris et revenus en toute hâte, assistaient à la séance. La fusillade était vivement engagée sur tous les boulevards, auprès de la maison où se tenait la réunoin, et ce sinistre accompagnement n'était guère de nature à rendre aux plus entreprenants des 221 non pas une énergie individuelle, qu'on n'a jamais niée, mais cette énergie politique, qui s'empare des gens qui ont un but à atteindre et qui savent y consacrer tous leurs efforts. Un membre s'écrie en entrant: «C'est une révolution que nous avons à conduire , j e demande la formation d'un gouvernement provisoire.» Bouleversée parcette audace, la réunion n'a qu'une voix pour répondre qu'elle ne veut pas sortir de l'ordre légal, et que la seule chose à faire sans se compromettre consiste à se rendre auprès du maréchal duc de Raguse,
pour arrêter Teffusion du sang et arriver à une trêve qui permettrait aux députés et aux corps constitués de joor^er leurs doléances au pied du trône, La motion est accueillie et MM. Périer et Mauguin, les généraux Gérard et Lobau sont chargés de la mission fort périlleuse en ce moment, de traverser les rues et les barricades, pour se rendre au quartier général de Marmont (les Tuileries). Avant de partir ils assistent à la lecture de la protestation deux fois proposée et deux fois ajournée, dont les termes permettent de juger avec certitude Tétat d'esprit des quelques rares députés qui osaient se montrer, et confirment surabondamment nos réflexions : au milieu de la lutte, alors que le sang coulait de toutes parts, que les rues étaient partout barricadées, les réverbères éteints, les arbres arrachés, ils ne voulaient pas se séparer du trône, et, loin d'avoir jamais souhaité la Révolution déchaînée par eux, ils cherchaient tous les moyens de l'arrêter et d'arriver à un accommodement.
« Les soussignés, disait Fauteur de la protestation (M. Guizot), se regardent comme absolument obligés, par leur devoir envers le roi et la France, de protester contre les mesures que les conseillers de la couronne, trompant les inten-
lions du monarque, ont fait naguère prévaloir pour le renversement du système légal des élections et la ruine de la liberté de la presse.
« En conséquence, les soussignés, invariablement fidèles à leur serment au roi et à la Charte constitutionnelle, protestent dun commun accord non seulement contre lesdites mesures, mais aussi contre tous les actes qui pourraient en être la conséquence. »
Cette pièce, singulièrement pâle, si on regarde aux circonstances au milieu desquelles elle vit le jour, parut cependant encore bien compromettante aux membres de la réunion, qui refusèrent absolument de la signer.
Cependant, les députés envoyés auprès de Marmont avaient réussi à pénétrer jusqu'à lui; M. Laffttte, qui a raconté lui-même sa conversation avec le commandant en chef des troupes royales, donne par ce document une preuve de plus de la fidélité qu'en ce moment encore les 221 gardaient au roi, puisqu'ils ne demandaient au maréchal que le retrait de? ordonnances et un changement de ministère : « Il était seul, dit le narrateur, je lui peignis en termes énergiques l'état affreux de la capitale, les dangers qui en résultaient pour le pays et
ne LES PARLEMENTS
pour le trône lui-même. Le duc de Raguse m'écouta avec un sentiment très prononcé de bienveillance et aussi avec un sentiment non moins prononcé de ce qu'il regardait comme un devoir, d'obéir aux ordres qu'il avait reçus. Il s'établit entre lui et moi une discussion à ce sujet. Le duc me dit que les ordres étaient positifs, et que l'honneur l'obligeait à les exécuter.
« Il croyait que le seul moyen de s'entendre et d'arrêter Teffusion du sang était d'obtenir d'abord de la population de Paris l'obéissance aux ordres de l'autorité. Je lui dis que, lorsque tous les droits du pays avaient été violés, il ne fallait pas s'attendre à l'obéissance ; que nous ne pouvions exercer quelque influence snr les masses qu'en annonçant pour première condition le changement de ministère et le retrait des ordonnances.
« Le duc de Raguse montrales sentiments les plus honorables en nous parlant de la difficulté do sa position, de ce qu'il regardait comme une fatalité de sa vie; il nous répéta qu'il partageait nos sentiments, mais qu'il était enchaîné par son devoir. Je lui demandai s'il n'avait pas un moyen certain et prompt de faire connaître au roi l'état des choses et notre démarche. Il
répondit qu'il s'en chargeait avec empressement, et qu'il en désirait le succès de tout son cœur, mais il ne nous dissimula pas qu'il n en espérait rien. »
La fierté du soldat, comprenait sans doute ce que les politiques de profession, ses interlocuteurs, ne voyaient qu'imparfaitement; après avoir cédé devant l'émeute le roi, en effet, était irrémédiablement perdu, et sa couronne lui aurait pesé comme un affront jusqu'au jour prochain où le peuple l'aurait brisée. Ce malheureux prince céda quelques jours plus tard pour sauver l'existence politique de son petit-fils ; mais on ne se bat pas impunément avec Paris révolté : si le chef cède, il le traite d'imbécile, et s'il résiste, il le chasse.
Le lendemain, les députés qui s'étaient rassemblés chez M. Audry de Puyraveau se réunirent chez M. Bérard; M. Laffitte et ses collègues rendirent compte de leur mission ; on entendit ensuite M. Coste, le gérant du Temps ^ qui refusait d'imprimer la fameuse protestation si elle n'était pas signée. Après bien des pourparlers on fînitpar obtenir de ce gérant, qui ne paraissait pas comprendre la fin des choses, que le document serait affiché avec la mention : Etaient présents.
A dix heui'es du soir, on se réunit de nouveau chez M. Audry de Puyraveau ; à ce moment les sommations légales des 221 n'ayant pas été écoutées, rémeute tournait décidément à la révolution, et le nombre des députés présents devint fort petit : ils étaient dix ; et, encore, des discussions fâcheuses s'étant élevées entre eux, le général Sébastiani s'était écrié avec violence qu'à ses yeux le drapeau national était toujours le drapeau blanc, et il sortit en enmenant avec lui M. Méchin.
Le 29, à midi, on se réunit à l'hôtel Laffitte. La cause de Charles X paraissait décidément perdue. Aussi, au lieu de dix qu'ils étaient la veille, les députés se trouvaient au nombre de trente environ. Le président ou\Tit la séance en demandant à ses collègues de prendre sérieusement la direction du mouvement révolutionnaire, non à titre de gouvernement provisoire (il fallait encore ménager bien des susceptibilités), mais à titre de simples députés, et l'on décida de nommer une commission munici'pale chargée de veiller à l'ordre et à l'alimentation de Paris ; elle fut élue, séance tenante. Les nouveaux administrateurs étaient: MM. Laffitte, Casimir Périer, général Lobau, de Thonon, Audry de Puyraveau et Mauguin. Le gêné-
rai Lafayette venait d'être élu commandant de la garde nationale, et le général Gérard commandant de toutes les forces militaires ; les quelques députés qui disposaient ainsi de toutes choses, puisqu'ils étaient maîtres de Paris, en étaient là de leur besogne de souverains lorsque des feux de peloton éclatent tout près de l'hôtel, c'étaient des soldats de la ligne qui tiraient en Tair pour prouver au peuple qu'ils ne voulaient plus continuer la lutte ; à ce bruit, nos conspirateurs crient à la trahison ! la pai'ole s'arrête sur toutes les lèvres, la pâleur est sur tous les visages. Chacun se précipite vers les issues du salon ; le moment de terreur qui, en ce moment-là même, emportait les Suisses à travers la cour et le jardin des Tuileries, pousse les députés vers la cour et le jardin de l'hôtel Laffitte: les uns s'échappent par les portes, d'autres s'élancent par les fenêtres, ceux-ci s'efforcent de gagner la me de Provence par les derrières, ceux-là cherchent un refuge dans les lieux les plus retirés des appartements; deux membres éperdus se blotissent dans une écurie.
M. Laffitte, qui souffre d'une récente foulure^ est retenu dans son fauteuil, et dit en riant à son neveu : « Quand on se mêle de politique en
temps de révolution il faudrait avoir au moias la liberté de ses jambes *. »
Si les jambes du président étaient inactivei^, son esprit était fort préoccupé de la combinaison politique qui lui était chère: larrivée au pouvoir du duc d'Orléans. Ce prince avait été sondé et n'avait répondu, selon sa coutume, que fort évasivement : le moment n'était pas encore venu où il pouvait avec quelque convenance accepter la com'onne de Charles X; il fallait trouver quelque biais capable de rassurer les scrupules des uns et la timidité des autres ; les amis du Palais-Royal pensèrent l'avoir trouvé en proposant à la réunion des députés, qui se tenait ce jour-là dans la salle ordinaire du Palais législatif, de nommer le duc lieutenant général du royaume ; ce n'était pas un roi, il était donc possible à la rigueur de se dire fidèle à Charles X, et c'était un prince fort populaire dans les hautes classes bourgeoises de Paris^ ce qui permettait de ne pas heurter les révolutionnaires. Cette solution, qui conserve les apparences d'une demi-mesure, toujours chères aux assemblées politiques, est votée avec entrain et prend la forme suivante : « La réunion des
l. Vaulabelle, t. VII, p. 4lu.
députés actuellement à Paris a pensé qull était urgent de prier S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans de se rendre dans la capitale pour exercer les fonctions de lieutenant général du royaume et lui exprimer le vœu de conserver les couleurs nationales ; elle a de plus senti la nécessité de s'occuper sans relâche d'assurer à la France dans la plus prochaine session des Chambres toutes les garanties indispensables pour la pleine et entière exécution de là Charte. » On se rappelle que, dans le même temps où les députés essayaient timidement de mettre sur le trône un roi sans couronne, Charles X, vaincju par son entourage, par les rapports de plus en plus pressants de Marmont, avait commis la faute suprême et toujours inutile de céder devant l'émeute, avait remplacé M. de Polignac par M. de Mortemart, signé le retrait des ordonnances, ce qui lamenait, par une pente forcée, à reconnaître quelques heures plus tard le duc d'Orléans pour lieutenant général, à abdiquer en faveur de son petit-fils, le duc de Bordeaux, et à partir enfin pour l'exil, cette triste fin de tous nos rois qui ont confié leur couronne à la bourgeoisie.
182 LES PAULEMENTS
LE DUC d'oRLÉANS
Mais tous ces faits historiques n'étaient pa^s encore consommés, et la perspicacité politique de nos 221 n'allait pas jusqu'à les deviner; leur appréhension était, au contraire, très vive, car ils étaient sans nouvelles du duc d'Orléans; la commission des douze membres qui avait été chargée de porter à ce prince l'invitation d'accepter le titre de lieutenant général s'était mise sur le champ en devoir de remplir sa mission : l'un d'eux (M. Berard) a raconté les auxiétés de la commission : « En îuprivant au Palais-Royal, dit-il, nous avions bien plus l'air de gens qui venaient solliciter la commisération du duc d'Orléans que d'hommes qui venaient lui apporter une couronne dans leur poche ; notre costume un peu négligé, en raison des circonstances, ne ressemblait guère à celui d'ambassadeurs qui vont faire un roi. Le prince n^était pas au Palais- Royal; nous demandons à l'aller trouver à Neuilly. On nous répondit mystérieusement qu'il était possible quHl n'y fût pas et que nous risquerions en y allant d'être enlevés par les troupes de Saint-
LE PAllLEMENT DE 1830 183
Cloud, qui poussaient des reconnaissances fort au delà du pont. Sébastiani écrivit alors au prince une lettre en notre nom, que nous signâmes tous et qui renfermait notre message. Un jeune homme de la maison s'offrit à le porter et à nous rendre réponse au bout de deux heures chez M. Laffitte, qui était toujours notre président et chez lequel on était convenude se réunir le soir. Le duc d'Orléans nous fit dire qu'il reviendrait le lendemain dans la matinée. « Ce n'est pas demain, répondit M. Laffitte, impatienté^ c'est à l'instant même qu'il faut venir, il n'y a pas un moment à perdre. » Le messager repartit.
Les députés se trouvaient, en effet, en proie à un nouvel accès de découragement. Dominés par les impressions les plus contraires, dix fois dans le cours de cotte journée ils avaient changé de résolution. Enfin, à bout de volonté, ils s'étaient laissé entraîner à une demande décisive, ouverte, qulls avaient sanctionnée de leur signature. M. Laffitte et les autres amis du duc d'Orléans les aurait-il trompés ? Ce prince refuserait-il de répondre à leur appel? Se seraient-ils compromis en vain? En ce moment, le bruit se répand que des meubles sortent du Palais-Royal ; on parle à voix basse de démé-
nagement clandestin. La peur s'empare des esprits : bientôt chacun se tait, puis s'esquive ; rhôtel, comme la veille, devient désert, el M. Laffîtte, vers onze heures du jour, n'a plus auprès de lui que Benjamin Constant. « Eh bien, demande le président au seul interlocuteur qui lui reste, que deviendrons-nous demain ? — Demain! répondit celui-ci, avec Tinsouciance d'un esprit fatigué, d une nature usée par les passions et blasée sur toutes les émotions, demain, nous serons pendus! »
Ce n'était pas la corde qui les attendait, mais les cordons, les honneurs, les traitements et la puissance politique. Toutefois, une dernière épreuve était réservée à ces Tévolutionnaires effarés : à Paris, on n'a rien, dans les jours troublés, tant qu'on n'a pas l'Hôtel de ville, cette cathédrale laïque où sont sacrés les princes et les chefs de l'émeute.
Le duc d'Orléans et M. Laffîtte partageaient ce sentiment, et, pour tous deux, la lieutenance générale ne deviendrait un fait sérieux qu'après avoir été sanctionnée par les pouvoirs établis à rHôtel de ville, c'est-à-dire par M. de Lafayelte. alors le vrai et le seul maître de la siluatioi». puisqu'il commandait à la fois k tout ce qui portait une arme sur le pavé de I*aris, el (ju il
LE PARLEMENT DE ISIil) is:i
avait sur la commission municipale une influence prépondérante. Ce citoyen, justement célèbre, autant au moins par ses fautes que par ses vertus, n'avait pas la moindre inclination pour les Bourbons, même pour celui qui personnifiait la branche cadette ; il répétait souvent que le gouvernement des Etats-Unis lui paraissait le meilleur de tous les gouvernements, mais qu'il n'entendait imposer ses volontés à personne ; que la seule manière correcte et utile de se tirer de la situation difficile où l'on se trouvait consistait à ne reconnaître un pouvoir nouveau qu'après avoir expressément consulté le peuple tout entier : c'était là une doctrine sage, dont les événements postérieurs ont constaté la justesse et l'efficacité. En France, en effet, sous quelque nom qu'il gouverne, le chef du pouvoir exécutif doit être investi constitutionnellement d'une autorité qui lui permette de remplir son rôle souverain d'arbitre et de modérateur entre les partis divisés; or, p,uisque la tradition ne donne plus cette force, cette indispensable autorité, il faut la demander de nouveau à ce suffrage populaire qui d'ailleurs est chez nous d'antique origine. Le général Lafayelte était donc dans la vraie voie, et il faut regretter seulement qu'il ne se soit pas cru une puissance
suffisante pour imposer sa manière de voir, et aussi que ce personnage n'ait pas montré les mêmes sentiments, quand, quinze ans auparavant, il luttait avec énergie dans le but de détrôner l'empereur Napoléon, trois fois sacré aux yeux du peuple par les suffrages de tous, par son génie et par son malheur.
Le chef, obéi de toutes les masses en armés, se contenta de répondre aux envoyés du Palais- Royal : « Mon devoir est de me conformer à l'expression de la majorité ; cette majorité se prononce pour le duc d'Orléans, il peut donc venir en toute confiance à l'Hôtel de ville. Je dois cependant vous prévenir, ajouta-t-il en souriant, que je tirerai de la circonstance le meilleur parti possible pour la liberté. »
Cependant les députés et le nouveau chef d*Etat sont réunis au Palais-Royal ; ils partent pour saluer Vinsurrection triomphante. Le cortège n'avait rien d'auguste : un tambour ouvrait la marche, quatre huissiers de la Chambre suivaient ; derrière eux s'avançait le duc d'Orléans à cheval, ayant auprès de lui un aide de camp, M. de Berthois, et quelques officiers de l'ancienne garde nationale. M. Laffîtte, assis dans une chaise à porteurs, venait ensuite, précédant les membres de la Chambre des députés mar-
chant confusément et fort difficilement au, milieu des rues encore tout emba.rrassées de leur attirail révolutionnaire; ensemble, ils étaient au nombre de quatre-vingt-dix à cent personnes.
Au sortir du Palais.-Royal tout marcha bien, on criait avec entrain Vive la Charte! Vive la Chambre! Vive le duc d'Orléans! mais à mesure qu'on s'engageait sur les quais les dispositions de la foule devenaient beaucoup moins favorables ; au Pont-Neuf on saluait le prince qui s'évertuait à sourire et donnait des poignées de main à tous les passants, des cris peu rassurants de Vive la liberté! A bas les Bourbons! Un acteur dans cette promenade à la recherche d un gouvernement nous raconte ses impressions pendant cette traversée périlleuse : « M. Laffitte, nous dit-il, n'était pas sans inquiétude. Des avis venus de différents côtés annonçaient que des tentatives seraient faites pour empêcher le duc d^Orléans d'arriver vivant à l'Hôtel de ville ; vingt jeunes gens des plus exaltés devaient, disait-on, se tenir embusqués dans une des petites et sombres rues qui débouchent sur le quai de la Ferraille, et de là faire feu sur lui. Ces rumeurs étaient ^évidemment exagérées ; chaque fois cependant que des cris de Vive le duc d'Orléans! se faisaient entendre, il se produisait une
salve formidable de V^ive la libei^té ! Plus de Bourbons ! Dans ces moments, le président de la Chambre, pour encourager te prince, se hâtait de lui crier : « Eh bien, cela ne va pas trop mal. — Mais oui », répondait le duc en se retournant sur son cheval, et en suspendant les serrements de main qu'il prodiguait à tous les ouvriers placés sur son passage, avec une ardeur dont les membres de la Chambre se montraient surpris et blessés. Malgré ces avances ot ces caresses, l'attitude de la foule et ses cris devenaient plus hostiles '^à mesure que le cortège approchait de FHôtel de ville ; la foulo, sur la place et aux abords, était immense et presque toute aritiée ; d'une fenêtre, d'une porte, d'un groupe^ un coup de feu pouvait être tiré. La situation était vraiment critique.
« Il était deux heures lorsque le duc parut à rentrée de la place. Il s'avance avec courage. La pâleur qui recouvre son visage, ses traits altérés permettent de constater ses émotions ; mais »a démarche est ferme, ot ses propos r(^vèlent sa constante présence d'esprit. M. do Lafayette et la commission municipale attendaient le prince sur le seuil de leurs appartements ; le général, toujours courtois, l'introduisit dans le grand salon avec les plus grands égards.
Quand tout le cortège est entré, un député prend des mains de M. Laffitte la déclaration des Chambres et la lit; le prince Técoute et, mettant sa main sur son cœur, il répond en ces termes : « Je déplore, comme Français, le « mal fait au pays et le sang qui a été versé ; « comme prince, je suis heureux de contribuer « au bonheur de la nation. »
Quoique cette phrase, absolument obscure, n eut aucune signification, quoiqu'elle ne permît à personne de préjuger le sentiment du prince sur les déclarations contenues dans l'Adresse qu'on lui présentait, sur le titre de roi accepté ou refusé par lui, la situation parlait à elle seule plus haut que tous les discours ; aussi, quand le général et le prince, chacun armé d'un drapeau tricolore, parurent au balcon et s'embrassèrent, le peuple applaudit ; et c'était naturel, car il restait le maître de la situation. Charles X avait combattu l'émeute avant d y céder, Louis-Philippe P"" la reconnaissait et la caressait ; c'était un mauvais précédent dont ce roi eut par la suite beaucoup à souffrir.
La physionomie et la moralité de cette révolution resteraient absolument obscures, si on ajoutait foi aux récits erronnés qui avaient cours à cette époque. Le roi et la cour furent
plus surpris que personne par les événements ; Marmont ne sut le rôle que le roi lui réservait que vingt-quatre heures après sa nomination, et les troupes n'étaient pas en nombre suffisant. 11 est superflu d'ajouter, après ce que nous venons de dire, que cette révolution surprît désagréablement la bourgeoisie, qui dirigeait le Parlement par ses membres les plus influents. Quant au peuple proprement dit, il était si peu prépaiv au rôle qu'il joua le lendemain, que M. Thiers, qui avait signé la protestation du National el s'était ainsi engagé corps et bien dans le mouvement, répondait à des électeurs qui se plaignaient do rinaction générale dans un moment aussi critique : Que voulez-vous que nous fassions? le peuple ne se remue pas! Les journalistes, les anciens carbonari, les chefs de la classe moyenne étaient descendus dans la rue avant lui.
Quant aux quelques 221 qui faisaient partie du cortège, qui ne voulaient pas être pendus et qui ne le furent pas, on peut imaginer, en se rappelant leurs tergiversations et leurs terreurs des jours derniers, les moments fort durs qu'ils eurent à passer ; au surplus, r heure de la récompense allait sonner ; ils n'avaient plus à redouter que les ennuis de ne
pas obtenir de récompenses proportionnées à la hauteur de leur dévouement.
Le futui' roi pouvait, en effet, se tromper sur ce point, car il n'assistait pas à ces séances si fréquentes, où ces enthousiastes inattendus des trois couleurs, ces contempteurs non moins ardents que nouveaux de la légitimité, protestaient avec 'énergie de leur désir de rester dans la légalité, de leur amour pour le drapeau blanc et poussaient la religion de leur serment jusqu'à se sauver par toutes les issues, dès qu'une proposition révolutionnaire venait blesser leurs chastes oreilles, ou que quelque coup de feu de la rue leur donnait de justes craintes que la révolution ne fût victorieuse.
Ce sont ces héros, ces politiques convaincus, qui firent la royauté nouvelle^ la consacrèrent par leurs votes et en recueillant les bénéfices.
Un grand' nombre d'entre eux avaient renversé Napoléon et tous ceux que la mort épargna pendant dix-huit ans se réunirent en 1848 pour remettre dans le droit chemin le roi de leur choix. La plupart des acteurs de cette triple tragédie n'existaient plus en 1870, mais ils avaient fait des élèves dociles à leurs leçons, aussi impolitiques, et aussi imprévoyants que leurs maîtres.
Une telle persistance dans l'erreur, une telle pusillanimité dans la lutte, une telle facilité chez des conservateurs par naissance et par intérêt à déchaîner Témeute sans jamais croire à la révolution ; de tels vices chez de tels hommes, qui individuellement et dans d'autres circonstances s'étaient montrés intelligents et courageux, ne pouvaient s'expUquer que par des causes générales ; nous essayerons de les faire connaître à la fin de cette étude.
Il est né le 1" août 1846, M. Guizot étant ministre.
Les débuts du gouvernement de 1830 avaient été extrêmement laborieux et troublés : les émeutes se succédaient sans interruption et le roi avait échappé maintes fois aux tentatives des assassins; il semblait que la fatalité de son origine le poursuivît sans relâche ; enfin et peu à peu, la France avait imposé ses volontés toujours conservatrices à sa capitale toujours révolutionnaire, et à Tépoque où naquit le Parlement de 1848, Thabileté du prince, 1
talent du chef de- son cabinet (M. Guizot), la fermeté et le sens politique de son ministre de l'intérieur (M. Duchâtel), et le temps aidant, avaient lassé les efforts des partis hostiles : les républicains aussi bien que les légitimistes paraissaient avoir renoncé à la lutte sur le principe même du gouvernement et se bornaient à le diriger dans la voie de leurs respectives théories, indistinctement appelées libérales, quoiqu'elles fussent fort diverses; on était arrivé à ce point, désirable pour tout établissement politique sérieux, où Ton ne compte plus, parmi les hommes qui détiennent le pouvoir et ceux qui l'ambitionnent, que des wighs et des tories.
Le centre gauche et la gauche constitutionnelle s'étaient réunis et avaient rédigé, en vue des élections prochaines, une sorte de manifeste-programme. La préoccupation évidente de tous ces honorables s'étalait d'une manière assez naïve, dans leur circulaire : « la question pour chaque électeur, disait-on, n'est pas de choisir celui qu'il préfère, mais bien, en nommant un homme indépendant, à quelque nuance de l'opinion qu'il appartienne, d'empêcher le succès du candidat ministériel; » quant à des vues nouvelles, à des principes opposés à d'autres
principes, il n'y en n avait trace; en revanche, et comme dans tous les documents rédigés par l'opposition, il n'était pas d'injures que le gouvernement ne méritât, mais les doctrines de cette opposition restaient inconnues et si jamais elle arrivait au pouvoir, il faudrait d'abord résoudre le problème assez difficile de savoir on quoi elle se différenciait du ministère qu'elle entendait remplacer.
Il convient de remarquer que, dans aucune des circulaires des futurs députés, on n avait songé cï élever drapeau contre drapeau, et à contester la légitimité de l'établissement politique de 1830 ; c'était une opposition universellement et rigoureusement dynastique.
Les conservateurs, de leur côté, n'étaient point restés inactifs et, conduits sur le champ de bataille par M. Duchâtel, ils avaient remporté une éclatante victoire ; les opposants, comme leurs adversaires, avaient perdu dans 4a mêlée uu nombre à peu près égal de partisans (37 pour les uns et 35 pour les autres); mais les conservateurs avaient gagné 82 sièges, tandis que Topposition n'en avait obtenu que 28 : aussi, lors des premières opérations de la Chambre, et à l'occasion de la nomination du président, on peut constater la victoire et la défaite de chacun
196 LES PAIILEMENTS
des combattants : M. Sauzet, conservateur, obtint 223 voix sur 339 votants tandis que M. 0. Barrot, opposant, n'en réunissait que 98.
L^élévation du taux de la rente française, l'éclat de notre industrie, de grands travaux publics partout entrepris, le travail fécond de nos paysans, tout se réunissait pour faire illusion sur la solidité, toujours problématique, d'un gouvernement parlementaire; comment croire à une'chute possible, à une ohute prochaine? Et puisque tout le monde officiel se réunisssait pour désirer la continuation de l'ordre de choses établi, d'où pouvait venir le danger?
Il ne vint pas en effet des ennemis du gouvernement mais d'une partie de ses amis impatients, impolitiques et maladroits : c'est Topposition dynastique qui prépara, comme de coutume, sans le savoir et sans le vouloir, la révolution qui devait l'emporter. Sur les 450 députés tjui furent élus le l®''août 1846, il n'en est peut-être pas plus de trois à quatre qui n'aient donné la preuve la plus saisissante de leur bonne foi et de leur erreur, en combattant avec acharnement cette république de 1848, dont ils n'eussent pas manqué de profiter si elle avait figuré, môme obscurément, dans leur programme.
Il y a quelque chose de profondément triste et d'instructif à la fois dans ces discours de politesse échangés entre le roi et la Chambre nouvellement constituée. Ce n'était pas un Discotirs du Trône proprement dit, ce n'était pas non plus une Adresse discutée et votée, comme au premier jour de Tannée, c'étaient en réalité des souhaits de bienvenue et des remerciements, mais ils témoignaient tous deux de sentiments si dévoués, si amicaux, d'une croyance si ferme dans Téternité de ce règne bourgeois, qu'on est saisi de pitié en songeant que la catastrophe était si prochaine, et d'une véritable indignation patriotique contre les malheureux qui allaient sottement déchaîner sur le pays une nouvelle révolution. Il est vrai qu'ils se repentirent et avouèrent tous publiquement leurs fautes, et mieux encore qu'ils montrèrent un courage et une intelligence vraiment hors ligne, à se défendre et à nous défendre contre les effets de l'orage qu'ils avaient déchaînés. Mais ce ne sont là que des circonstances atténuantes ; ils furent coupables, et coupables ils restèrent dans Thistoire, car, en politique, la bonne foi et l'envie de bien faire ne sont pas des excuses.
« J'éprouve une vive satisfaction, disait le roi, à vous voir avec tant d'empressement réunis
autour de moi... Aujourd'hui j'ai seulement à cœur que vous receviez l'expression de mon dévouement entier, inaltérable, à notre patrie, et de ma confiance dans vos sentiments pour moi et pour ma famille. J ai appris dès ma jeunesse à aimer et à servir la France. iVppelé au trône par son vœu et pour le salut 4le ses libertés, j'ai consacré ma vie au maintien régulier de ses institutions et au développement pacifique de sa prospérité et de sa grandeur. Il n'y a point d'épreuve que je n'accepte et que je ne sache supporter pour 'attendre un but si cher à mon cœur.
« La providence permettra, j'espère, qu'avec le concours des Chambres et l'assentiment national, le succès soit assuré à cette œuvre patriotique. Mes enfants et les vôtres en recueilleront les fruits, et si la France, libre et heureuse, garde de nos communs efforts un souvenir affectueux, nous en aurons reçu, vous et moi, messieurs, la plus belle et la plus douce récompense. »
Cette note paternelle et attendrie, dans la bouche d'un vieillard que de nouveaux assassins venaient essayer de fermer pour jamais, provoqua les plus chaleureuses manifestations, dont l'écho se retrouva dans la réponse officielle
des députés. « Sire, disaient les députés, la Chambre s'est rendue avec empressement à rappel de Votre Majesté. Le vœu de la Charte devait s'accomplir et nous avions tous à cœur de déposer devant le trône constitutionnel notre respect et nos serments... Sire, la providence vous protège, elle prolongera le règne qu'a fondé le vœu national pour le salut de nos lois et de nos libertés. Vos enfants et les nôtres recueilleront le prix de nos communs efforts, et, comme suprême récompense, votre nom vivra béni et respecté dans le souvenir de la patrie. »
Ilélas! que d'illusions de part et d'autre, et que d'erreurs aussi ! Le vœu national^ comment fut-il jamais constaté ? Ces /zôer/ei reco7iquis€S, qui donc avait songé à le^ détruire ? Ce n'était assurément ni Charles X ni M. de Polignac, qui ne cherchaient qu'à sauvegarder leur juste et nécessaire prérogative contre des opposants qui ne voulaient que des portefeuilles: Les ordonnances furent une défense et non une attaque.
Ces dynastiques étaient furieux alors, paixe qu'ils n'occupaient pas le ministère ; la rage du pouvoir les saisit, à dix-huit ans d'intervalle, et, pour prendre la place de Guizot, ils frappèrent lenr prince, qui consentait cependant avec une bonne grâce, dont ses amis l'ont étrangement
remercié, à se tenir dans les limites étroites assignées à sa puissance par le régime parlementaire ; leur prince, dont les goûts, les vertus, la finesse et l'esprit d'économie représentaient avec une sorte de perfection la bourgeoisie couronnée.