LA RUE
Le 22 au matin, Paris avait Taspcct ot Tanimalion d un jour de fête, les boutiques étaient
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fermées et un nombre considérable de curieux se dirigeaient vers la place de la Madeleine. Grande fut la désillusion de ces badauds, toujours friands de spectacles et grands donneurs de leçons au pouvoir, quand ils apprirent que les principaux acteurs manquaient à la représentation. Leur dépit s'alliant à la colère véritable des radicaux y qui craignaient de manquer leur coup, échauffa les esprits, et c'est tout d'une voix que l'on se mit à crier : A bas Giiizot! Vive la réforme!
Mais comme on se lasse de tout, même de crier, il parut logique d'aller casser les vitres de celui dont le nom provoquait tant de protestations. Le bourgeois ne jetait pas les pierres, sans doute, cette gaminerie lui paraissant indigne de son importance, mais il ne laissait pas d'encourager les gamins, et chaque fois, qu'un coup adroitement lancé faisait un grand dégât dans Thôtèl du boulevard des Capucines, il ne dédaignait pas d'encourager par ses sourires ces jeunes descendants, des vainqueurs de la Bastille ; mais de même que l'appétit vient en mangeant, de même aussi, après avoir brisé les vitres, on aspire à défoncer les portes : on se mit vaillamment à l'ouvrage, qui fut plus rapidement fait qu'on ne l'avait imaginé. La
grande parle sembla céder d ellcrinème et quand elle fut grande ouverte, elle vomit sur les assistants tout un escadron de gardes municipaux à cheval, qui balaya en un instant le boulevard. Au début d'une révolution parisienne, l'émeute se dérobe, elle ne tient nulle part; elle se compose presque exclusivement do gamins, d'étudiants et de boutiquiers, qui vont à la manifestation parce que c'est amusant. Ces profonds politiques avaient d'ailleurs décidé depuis quelques années que la France s'ennuyait^ un peu de récréation était bienper mise. Se sauvant, en criant et en riant, devant les chevaux de la garde municipale, qui est do toutes les fêtes parisiennes, et que les Parisiens assassinent ou appellent à leurs secours avec un égal empressement, selon qu'il s'agit- d'une émeute ou d'un feu d'artifice, ils se dirigèrent tumultueusement vers la Chambre. Le pont de la Concorde était naturellement gardé, mais il Tétait faiblement, .si bien qu'une charrette lancée au grand galop rompit la digue, et que le pont fut envahi : une nouvelle chai'ge de cavalerie, le sabre au poings eut bientôt raison de ces amateurs trop passionnés de réforme électorale.
Pendant qu'on s amusait ainsi dans les beaux
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quartiers, le personnel de rinsurrecliou, lâché avec prudence dans les quartiers populeux, commençait sa besogne accoutumée, des barricades étaient ébauchées dans les petites rues qui vont des Halles à la porte Saint- Denis, quelques boutiques d'armuriers (celle de Lepage entre autres) avaient été pillées, et on avait incendié un poste isolé de municipaux à pied (celui de l'avenue Marigny).
La nuit se passa tranquillement du côté des émeutiers à multiplier le nombre de leurs barricades, du côté du gouvernement, à répandre et à disposer habilement sur tous les points stratégiques de la capitale les troupes dont il pouvait disposer.
La garde nationale avait été convoquée, mais eMe se montrait plus que tiède; non point qu'elle ne fût capable de courage, elle en fit preuve d'une manière éclatante quelques mois plus tard aux affreuses Journéeti de juin ; mais cette milice citoyenne était, il faut bien le dire, de tout cœur dans sa presque généralité avec le mouvement réformiste; il lui semblait dur de prêter* maiu forte aux ennemis do cette politique. On n'était plus en 1832 ou en 1834, alors que le gouvernement était résolument attaqué par les républicains ou les légitimistes ; en fé-
vrier la bourgeoisie, toujours fort myope, ne voyait pas poindre la république, elle était persuadée de n'avoir affaire qu'à ce qu^élle appelait l'entêtement incompréhensible de Guizot, et il faut avouer qu'elle avait bien quelque excuse à . présenter de sa sotte conduite, puisque ses fluides naturels, ces députés de Topposition doul le métier était de connaître le fort et le faible de ^ la situation, n'avaietit pas hésité à conseiller la manifestation, et qur'ils ne l'auraient pas fait s'ils l'avaient crue dangereuse. Au dernier moment, au jour, à l'heure même du rendez-vous, ils avaient fait défaut. Pour quel motif? on l'ignorait, mais ce qu'on savait, c'est qu'ils continuaient à être les ennemis acharnés du ministère et cette assurance était suffisante pour tenir la garde nationale éloignée des amis et des défenseurs du gouvernement .
On put former cependant quelques compagnies avec !es zélés, obéissant à l'appel sans raisonner, comme le font de vrais soldats ; mais ils firent plus de mal par leur présence, qu'ils n'en auraient fait par leur absence. Sur un certain nombre de points, les séditieux prirent position demère elle ; elle n'empêcha pas les cris de Vive la réforme! et souxeni même s y associa, notamment rue de Rivoli sous- le»
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fenêtres mêmes du château. Sur la place des Pelits-Pères elle se mit en mesure de résister ouvertement à la troupe.
Cependant le bruit se répandit, dans le milieu du jour, que le roi cédait ; on avait appelé M. Mole, pour remplacer M. Guizot. Cette nouvelle était exacte, malheureusement exacte, car il n'y a pas d'exemple qu'on ait arrêté une émeute avec une concession, et notre histoire contemporaine est remplie, au contraire, de ces lamentables fçiiblesses d'un pouvoir qui s'abandonne, qui se déshonore, et qui périt.
Mais, d'un autre coté, dira-t-on, pourquoi se battre? Charles X n'avait-t-il pas en vain essayé la lutte ?
Faut-il donc anûver à cette désolante conclusion, que, assailli dans Paris, un pouvoir parlementaire quelconque, reposant sur quel parti que ce soit, populaire, aristocratique ou bourgeois, est destiné à périr ?
Hélas! oui, il faut arriver à cette conclu-
sion!
Parce que Paris est un séjour détestable, et qu'on ne peut sans danger y laisser vivre le gouvernement tout entier ; parce que, à supposer que la bourgeoisie, toute puissante dans cette capitale, ne dispose pas encore de tout le pou-
voir dans le pays, elle arrive bieulot à le prendre, et qu alors elle gouverne à sa niamière, petitement et raisonnablement, dans les jours calmes ; mais sans prévoyance et sans fermeté dans les jours difliciles. Livrée à sa première impression, incapable de mesurer Tefforl d'opposition qu'elle peut se permettre , sans tendi'e jusqu'à les casser les ressorts de la machine politique, elles les casse, et se trouve un jour sur le pavé, en face de la troupe convoquée parle pouvoir. La lutte, dans ces conditions, est inégale, et ne peut tourner qu'à l'avantage do Témeute. Les soldats, après quelques preuves d'obéissance données à leurs chefs, et les chefs eux-mêmes, ne tardent jamais à se lasser de l'affreuse besogne qui leur est commandée. Tuer ces bourgeois, hier glorieux de leurs triomphes parlementaires, dont les noms sont dans toutes les gazettes, dont les éloges se font dans tons les banquets, c'est absolument impossible: se ruer contre lagai^de nationale, qui protège toujours les héros de la tribune, et lui envoyer des Volées de mitraille, est également insensé. La troupe ne s'est battue réellement et avec entrain dans les rues de Paris qu'aux journées de juin et contre la CommUne,parce qu'elle ne trouvait d<îvant ses canons que la bohème ardente des
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grandes villes, menée au combat par les déclassés de la politique et de la littérature^ parce qu'il ne s'agissait plus de gouvernement, et quo tout se réduisait à une question de gendarmerie contre un brigandage social.
Si la lutte a duré quelques heures en 1830 autour du château des Tuileries, c'est qu'on avait affaire à une troupe de nationalité étrangère, à des Suisses, qui se. battirent avec lo courage que tout le monde leur reconnaît.
Pendant que ces braves gens échangeaient des coups de fusil avec les combattants non moins ardents de l'insurrection placés à découvert sur le pont Royal, des soldats français, dégoûtés de cette guçrre fratricide, rendaient les armes au gouvernement embryonnaire qui siégeait rue Laffitte.
Ce fut dans la suite un reproche bien souvent adressé à ce malheureux roi Louis-Philippe, de n'avoir pas plutôt confié au maréchal Bugeaud la défense de la couronne ; mais heureusement pour la mémoire de ce célèbre homme de guerre, M. Thiers et M. 0. Barrot, succédant à M. Mole par l'effort naturel de la rue, décidèrent que le feu devait cesser; rémeute, dans la pensée un peu puérile de ces deux hommes d'État, n'ayant phis de raison
d'être depuis qu'ils étaient appelés au pouvoir.
Les bourgeois libéraux partagèrent les illusions des ministres qui leur étaient chers et, dans la soirée, toutes leurs maisons furent illuminées en signe de joie et de victoire.
La victoire comme la joie devaient être de courte durée : ils avaient appelé le peuple dans la rue, ils avaient commencé une révolution, ce qui est toujours facile , restait à clore cette révolution et à chasser le peuple de la rue ; il ne pensait pas à mal, quand les bourgeois et les journalistes vinrent le déranger de son travail, mais puisqu'il avait prêté son appui, il entendait, ou pour mieux dire ses chefs entendaient ne l'avoir pas donné pour rien. Cependant ces masses que Ton s'imagine si indociles, et qui sont en réalité les plus disciplinables du monde, allaient céder aux exhortations de la garde nationale, et crier aux lampions pour célébrer la gloire du nouveau ministère ; les républicains virent le danger, et lancèrent sur la troupe qui entourait l'hôtel du boulevard des Capucines, une de ces bandes déguei^illées, bonnes h tout faire, qu'il est toujours . facile de rassembler à Paris. Quaud elle fût assez rapprochée des soldats pour les gêner dans leurs mouvements, l'officier qui commandait donna
l'ordre de croiser la baïonnette. Un coup de feu partit du rang des insurgés, blessa le cheval de Tofficier, et alla tuer un de ses soldats. Les compagnons du mort ripostèrent, et une vingtaine de cadaM^es aussitôt ramassés et chargés sur des chariots requis d'avance, furent promenés par les rues de Paris. Les partisans de ce drame machiné à l'avance s'emparaient de torches et criaient d'une voix lugubre dans le silence de la nuit : Aux armes! aux armes! on assassine nos frères!
Le coup était fait! Paris se couvrit de barricades et la révolution reprit son cours ; d'ailleurs, Tordre avait été donné de suspendre le feu, et cette nouvelle rassurante pour les vainqueurs du jour, avait enflé l'audace des républicains. Au surplus, et quand même on eût été résolu à se défendre, il est très probable qu'il eût été impossible de le faire, les crosses se seraient mises d'elle-mêmes en l'air. En France, nous venons de le dire, les officiers sont bourgeois ; la vie de discipline les empêche heureusement de commettre les sottises quotidiennes que nous nous permettons, mais il est difficile de penser qu'ils n'épousent pas un peu nos erreurs, et que le besoin d'opposition qui nous égare leur soit tout à faitétran-
ger. Leur enjoindre de tirer sur nous, e'est les mettre dans une horrible situation ; faire massacrer la bourgeoisie par le roi Louis-Philippe aurait d*ailleurs paru un crime hors nature, quelque chose comme un père égorgeant ses enfants. La royautç n'avait alors pour soutien que cette classe politique ; le peuple proprement dit était indifférent; quant aux légililïlistes, aux répulicains et aux bonapartistes, ils lui étaient tous absolument hostiles. Que serait -il donc resté à ce prince infortuné après son inutile victoire? L'imagination se refuse à comprendre un pareil sacrifice; il semblé aussi impossible que Charles X tirant sur son aristocratie, Napoléon sur ses paysans, et la république sur ses ouvriers de la grande ville.
Si personne, ne pouvait raisonnablement conseillor au roi de faire couler le sang de ft6s s6ul6 partidâns, il ne manqua pas dô genâ pour Itii demander des sacrifices et deâ COnCôSdiong ëouvêllôs. Puisque le ministère libéral ne paroi^- ^ait pas suffisant pour désarmer les défensôui^ des barricades ; puisque Tordre de faire Côssêv le feu, donné par les ministres nouveaux, nr semblait engager personne à la réciprocité, il ne restait plus que la déchéance. On la de-
manda et on Toblint ; et on (Hait sûr de l'obtenir, Car, en la refusant, le roi devait commander le feu, donner ses pleins pouvoirs au maréchal Bugeaud et comTir de sang la capitale, pour arriver fatalement à Tinévi table défaite. Le comte de Paris fut donc désigné par son grand-père pour être son sucesseur, et, comme le duc de Bordeaux, il attend encore un eflet utile de cette tardive et inutile faiblesse. Il semble que ces contrats dictés par la violence soient nuls de plein droit.
Depuis vingt-quatre heures^ la bourgeoisie était plus que satisfaite, elle était en quelque sorte rassasiée de libéralisme /la déchéance du roi dépassait de beaucoup ses vœux, mais pour ne pas tout perdre, elle aurait dû entourer de ses baïonnettes dites intelligentes (^^\ç^\mç; prince et cette auguste princesse sa mère, qui venaient chercher dans Tenceinle du Palais-Bourbon, dans cette officine oîi Ton ne fabrique que de faux rois, dans cet amphithéâtre où Ton ne devrait jamais rencontrer que des législateurs, la consécration du droit et du vœu du roi. La souveraineté du Parlement n'est nullement une fiction, c'est là que les princes qui ne relèvent pas du peuple viennent se faire consacrer, c'est là aussi que Témeute les renverse.
Le grand-père avait réussi, le petit-fils échoua. La révolte contre le régime prétendu constitutionnel de Charles X devait aboutir, ainsi que nous l'avons dit, au régime parlementaii*e, tandis que la chute de ce dernier ne pouvait avoir pour conséquence que la république; c'est dans la logique des abaissements successifs imposés h la France pour nos révolutions parisiennes.
i/agonie
Madame la duchesse d'Orléans était partie des Tuileries sans escorte, portant son fils dans ses bras, et à la Chambre, rien n'avait été prévu, rien n'avait été disposé pour donner à cette dernière et courageuse tentative ime issue favorable.
La dignité, Tordre., la tranquillité des délibérations n'avait été assurée par aucune mesure de prévoyance, il n'y avait aux portes du palais que des gardes nationaux sans consignes et sans munitions; tout était livré au hasard et à la bonne volonté de l'émeute triomphante.
Au moment où la princesse se présenta à la grande porte de la Chambre, M. Dupin montait h la tribune pour annoncer l'abdication du roi.
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De nombreuses acclamations accueillirent cette communication, et M. le président Sauret s'empressa de déclarer, au nom de la Chambre, que le comte de Paris était proclamé roi des Français, sous la régence de sa mère madame la duchesse d'Orléans. Mais on s'aperç\it bien vite, à lallure de l'Assemblée, qu'elle ne s'appartenait déjà plus. Des étrangers étaient assis à côté des députés, le service des tribunes n'était plus fait ; entrait qui voulait ; le tumulte et la confusion étaient partout. MM. Marie et de Lamartine se disputent la tribune 5 M. Emmanuel Arago, qui n'était pas député, s'écrie avec la voix que nous lui connaissons: Il n'y a pas d'abdication^ il y a déchéance^ le peuple est sotwerai?i!
Si les parlementaires avaient négligé, ce qu'on appelle en style de coulisse, de faire leur salle, les émeutiers n'avaient pas manqué à ce soin élémentaire; les acclamations révolutionnaires succèdent, en effet, au râle des dynastiques ; M. Sauret disparaît, madame la duchesse d'Orléans se retire, calme et hautaine, devant les fusils braqués sur elle; le comte de Paris est sauvé par un huissier qui le soustrait aux empressements sinistres de la foule, en sautant avec son précieux fardeau par une fenêtre, donnant sur i<\iardin.
m) LES PARLEMENTS
Dans un moment de quasi -tranquillité .
M. Marie demande la formation d'un gouvernement provisoire ; M. Crémiéux approuve sa motion et fixe à cinq le nombre des membres de ce gouvernement ; mais voilà M. deLaRôchejacquelein qui se l^ve : « Vous n'êtes plus rien, dit-îl aux orateurs qui se pressent h la tribime, vous n'êtes plus une assemblée politique, » et M. de Genoude de .confirmer le dire de son collègue de la droite : Messieurs, crie-t-il au milieu de l'ouragan, voiis ne pouvez rien smts le concours du pays; e?i 1830, vous n'avez pas consulté le peuple^ et voyez ce qui vous arrive, Ce sera la même chose aujourd'hui. Est-ce que par hasard, riposta M. 0. Barrot dont l'honnêteté était blessée par ce langage révolutionnaire, est-ce que par hasard on voudrait revenir sur lès grandes questions décidées par la révolution de Juillet, La régence de madame la duchesse d^ Orléans, un ministère choisi dans les opinions les plus éprouvéesj et l'appel au pays, voilà mon opinion!
L'appel au pays était de trop si l'on tenait à conserver le gouvernement de Juillet : aussi à la première éclaircie, M. Ledru-RoUin s'empare de la concession et en tire sa conclusion logique : « Vous prétendez, dit-il, que ce gouvernement éphémère de Juillet existe ! au nom du
(Iroit de touSy je proteste contre cette umrpation du droit du peuple. Le pays est tout ; on ne peut rien faire sans lui. Je demande un gouvernement provisoire et Vapuet immédiat à une convention! Des hommes armés, envoyés et stylés par les chefs républicains, s'étaient peu à peu introduits dans ce qu'on est convenu d'appeler chez nous le sanctuaire des lois, et y dictaient leurs Volontés souveraines. Voyant que Lamartine essaye en vain d'escalader la tribune, ils demandent Lamartine, exigent Lamartine sur un ton qui ne permet pas de réplique à ses concuri^ents, et ce poète homme ti'Etat, cet aristocrate de naissauce et de talent, vient ternir à cette tribune déjà souillée par l'émeute, l'éclat et la gloire de son nom : J'ai partagé fdii'il.aussipro/ondément que qui que ce soit parmi vous le double sentiment qui a agité tout à l'heure cette enceinte^ en myànt un des spectacles les plus touchants que indssent prése7iter les annales humaines : celui d'une princesse auguste se défendant avec son fils imwcent et venant se jeter du milieu d'un palais désert au milieu de la représentation
nationale du peuple mais je dema^ide, du
droit de la paix publique ^ du droit de ce peuple affamé par le glorieux travail qu'il accomplit depuis trois jours, je demaiide qu'on institue
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tm gottveniement provisoire (Les applaudissements des hommes armés éclatent.) un gouvernement qui ne préjuge rie?i, ni de -im ressentiments ni de nos désirs^ ni de nos colères actuelles sur la nature du gouvernement qu'il plaira à la nation de se donner quand elle aura été interrogée.
Le bon sens public pardonne aux poètes le.s plus grandes erreurs politiques, car il sait que la politique n'est pas leur mélier ; mais il leur garde rancune quand ils manquent de cœiir; il ne les comprend que grands et généreux. La lin de la vie de Lamartine fut triste : il mourut dans rabandon et la solitude ; n'y eut-il pas là comme une justice anticipée de Dieu!
Les républicains s'étaient glissés derrière les chefs de l'opposition dynastique aux banquets réformistes et n'avaient pas tardé à so rendre maîtres de la direction des esprits, dans ces manifestations bourgeoises. Pour se défendre contre les premières atteintes de la troupe, ils s'étaient blottis derrière la garde nationale toujours honnête et toujom's simple:
pour ne pas trop effrayer le boutiquier, — ce sont leurs propres expressions, — ils avaient imaginé de se servir d'un nom retentissant el jusque-là non compromis dans l'opinion pu-
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blique ; la visée était heureuse et le choix bien fait : comme enseigne, on n'aurait pu trouver mieux : un poète, d'ailleurs, ça ne tire jamais à conséquence; on lui permet de tout dire, sachant bien qu'on lui fera tout faire.
Le président n'occupait plus son siège; la Chambre était envahie par l'émeute. Lamartine, qui est resté à la tribune, engage M. Dupont de l'Eure à monter au fauteuil et dicte aux scrutateurs les noms des membres du gouvernement provisoire, sans oublier le sien (c'étaient ceux de MM. Marie, Ledru-RoUin, Crémieux, Dupont de l'Eure, Arago et Garnier-Pagès. Tous les opposants dynastiques, h commencer par MM. Thiers, Duvergier de Hauranne, 0. Barrot, étaient désignés pour remplacer le ministère Guizot et former une majorité nouvelle. Ils étaient tous aux banquets réformistes ; ils ne furent rien, dans Tordre de choses dont ces banquets étaient l'inévitable conclusion.
Les héros de l'émeute coururent se faire consacrer, selon l'usage, à la maison municipale, et la révolution de la veille fut finie, donnant naissance à celle du lendemain : c'est là ce que, dans le jargon libéral du jour, on appella la vietoire du peuple^ le vœu de la France^ commejsi ce grand et malheureux pays était jamais con-
2o4 LKS PARLEMENTS
suite ! On avait bien promis cette consultation, mais les meneurs véritables du mouvement n'entendaient pas subordonner leffort parisien à Tadhésion du pays, et faire casser par Tannée conservatrice de la France les décisions fantaisistes des faubourgs parisiens ; aussi, le nouveau chef de TÉtat fut-il invité d'abord à modifier un peu son langage. Le lendemain, en effet, le gouvernement provisoire affichait dans les rues une proclamation qui débutait ainsi: « Citoyens, le gouvernement provisoh*e adopte et veut la forme démocratique et le gouvernement républicain, sauf ratification du peuple réuni en assemblées primaires ; » puis, pour ne laisser de doutes à personne sur la signification de ce mouvement, un nombre respectable de républicains avérés étaient, sous des titres divers , attachés au gouvernement nouveau, MM. Cavaignac, Bastide, Guirard, Recurt, Marrast, Caussidière, Sobrier, etc., faisant leur apparition sur la scène politique officielle.
Toutefois, cette ratification par le peuple semblait encore une menace ; Lamartine et le gouvernement ne tardèrent pas à obéir à la rue souveraine ; ils décidèrent, avec une égale solennité, que la royauté était abolie et la république définitivement établie; quelques coups
de crosse de fusil fort significatives obtinrent encore la reconnaissance du droit au travail. La commune et le drapeau rouge demandèrent naturellement leur tour de faveur. Lamartine mit enfin son veto et s'exposa fort courageusement pour repousser cette suprême injure au pays.
Des esprits sceptiq^ues ont prétendu* qu'en ce moment il pensait plus à lui qu'à la France, car le drapeau roiige, accueilli, chassait le drapeau tricolore et tous ceux qui s abritaient encore sous ses plis ; mais toute bonne action mérite sa récompense, et il ne convient pas à l'histoire de la marchander ; d'ailleurs, ce poète en goguette politique, ce Trochu civil, était d'une naïveté presque égale à son amour-propre, et rien ne prouve que la grandeur de la scène dramatique qui se déroulait à ses regards n'ait pas frappé cette imagination toujours eu mouvement et ne lui ait dicté une strophe désintéressée.
En 1818, les alliés avaient juré de respecter l'indépendance du pays et de lui permettre do nommer son chef ; la Chambre bonapartiste avait donné dans le piège : le chef du pays ne fut pas élu.
E» 1830, M. de Lafayette, qui était tout puis^ sant, ne voulait admettre qu'un gouvômement
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issu du suffrage universel ; et cependant le chef du pays ne fut pas élu.
En 1848 , les républicains et un certain nombre de légitimistes expliquèrent la chute du régime précédent par Fabsence du vote populaire ; et cependant le chef du pays ne fut pas élu. A ces époques si diverses, traversées par des courants d'esprit fort contraires, il faut donc croire que tous les partis ont senti instinctivement la nécessité d'asseoir le gouvernement de la France sur les larges bases de l'assentiment commun.
L'empereur Alexandre, le prince de Bismarck, les parlementaires et les républicains, n'ont jamais osé rendre aux Français leur liberté la plus chère ; les uns et les autres craignaient de voir surgir des entrailles du pays un nom redoutable pour leur politique. L'épreuve de décembre 1848, sans légitimer leur conduite, semble avoir justifié leurs craintes.