‹ A quoi servent les parlements, 1815-1830, 1848-1870Chapitre 25 sur 34 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Le parlementarisme pratiqué de 1830 à 1848 a donné la preuve la plus convaincante de l'in-

LE PARLEMENT DE 1848 2.j7

curable faiblesse de cette forme de gouvernement. '

La Restauration était tombée, prétend-on, pour avoir été ramenée par l'étranger. Sans aucun doute, ce fut une sérieuse difficulté pour ce gouvernement, et il n'est pas un légitimiste instruit des affaires de cette époque qui puisse le nier ; les efforts bien connus de M. de Vîtr elles, cherchant en vain à obtenir une manifestation quelconque des débris du pouvoir public en faveur de la Restauration, avant que les étrangers ne fussent par trop clairement maîtres de tout, ne laissent aucun doute à ce sujet. La conduite véritablement absurde, — il faut restreindre son indignation et se borner à ce mot, — de l'Assemblée de 181S, qui amena l'invasion, en se privant du concours du soldai qui pouvait lui barrer le passage, en faisant une révolution politique devant l'ennemi vainqueur, en déléguant sa puissance et en confiant ses plus chers intérêts à un personnage qui était en relation connue avec les chefs militaires de l'Angleterre et de la Prusse, la conduite de cette Assemblée, et la terrible responsabilité qu'elle encourt devant l'histoire, n'ont pas eu pour effet de dégager le gouvernement qui lui succéda, car, dans les masses, le proverbe romain,

Is fecit cm prodêst est toujours bien accueilli.

Il est donc possible de prétendre que le régime parlementaire et ses vices n'ont pas été la cause unique de la chute de la Restauration; nous comprenons cette prétention sans l'admettre complètement ; mais comiîient tenir un langage pareil en ce qui concerne le règne pacifique, libéral, de ce prince habile, spirituel, qui s'appela Louis-Philippe I"? Là, aucune complication étrangère ; là , aucune pression de Textérieur ; le régime politique apparut dans toute sa pureté, à savoir, des dynastiques qui ont un goût un peu trop vif pour le pouvoir, et qui trouvant devant eux une majorité hostile à leurs vœux, la renversent, et la royauté avec elle. C'est plus correct, sans doute, que de se faire aider par les Prussiens, comme en 1815 et en 1871 ; mais, dans les deux cas, la cause et l'effet sont les mêmes : l'ambition au début, la révolution, avec ou sans invasion, au bout.

Notons encore un symptôme commun à tous les accès de fièvre politique : les révolutions suscitées périodiquement par nos chefs parlementaires ne furent jamais commencées par le peuple : on connaît dans l'histoire les noms illustres des hommes d'État qui, se mettant à la tête d'une réforme ardemment et longuement

déairée par le peuple, le guident, le contiennent et rendent ses efforts féconds. L'agitation française en 1789, Tagitation irlandaise de nos jours existaient avant d'avoir trouvé leurs héros ; mais aux quatre époques fatales de notre histoire contemporaine, non seulement les quarante millions de Français ne désiraient pas les bouleversements et les révolutions que Paris décrétait, — leurs votes toujours conservateurs aux élections en font foi, — mais il est manifeste que la capitale elle-même hésita longtemps avant de prendre part au mouvement; en 1815, les faubourgs de Paria étaient ardemment conservateurs, et toute la diplomatie de la classe moyenne révolutionnaire consista à éviter tout contact entre Napoléon et le peuple proprement dit. Ce dernier, livré à luimême et fidèle à sa mission historique, aurait replacé la couronne sur la tète de son prince i Nous avons dit quel mal se donnèrent en 1830 les journalistes et les bourgeois en révolte, pour amener dans la rue ces faubouriens que M. Thiers déclarait endormis. En 1848, il n^a pas moins fallu qu'un coup de feu perfidement dirigé sur la troupe, que Ton voulait obliger à faire des morts , pour soulever enfin le travailleur hostile à la rébellion; et en 1870, la Ré-

publique était proclamée àTHôtel de ville qu'on n'en savait encore rien à la Bastille et au parc Monceaux.

Sans doute, on arrive et on arrivera toujours à soulever la multitude, parce que les grandes agglomérations d'hommes contiennent un certain nombre de bandits qui sont à la discrétion de ceux qui les payent ; mais il n'est pas moins intéressant de constater que les parlementaires commencent la révolution par leurs imprévoyantes attaques contre les pouvoirs établis, et descendent matériellement dans la rue avant le peuple de la grande ville.

ht PARLEMENT DE 1870

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