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7 jain. devaient y apparaître que rarement et pour donner des renseignements. La vraie doctrine, sur ces matières délicates, — au moins en ce qui regarde notre pays, — était donc encore intacte, et si TActe additionnel se ressentait dans certaines de 6es dispositions de Tinfluence dominante de Tépoque et de la tournure des esprits à la mode de Benjamin Constant, d'un autre côté la personnalité de l'empereur était encore si haut placée dans Tadmiration du monde, que le Gouvernement pouvait utilement marcher, si chacun consentait à rester dans son rôle. L'empereur était allé aux limites extrêmes que peut consentir un chef plébiscité et par conséquent hiérarchiquement supérieur à tous. L'Assemblée consentirait-elle à rester dans le sien, à s'inspirer uniquement du salut de la patrie, pendant la tourmente qui s'approchait? Hélas! elle était destinée à faire en quelques jours tous les genres de fautes qu'une Assemblée souveraine peut commettre, pendant que l'empereur, dans ce même espace de temps, devait connaître tous les genres d'infortunes qu'un grand homme peut souffrir.
Si la cérémonie officielle de l'ouverture des Chambres avait été imposante, si elle avait rempli d'enthousiasme les cœurs sincères et
nmfs de rimmense ^lajo^ité des assistants, elle 7 juin. n'avait assurément pas désarmé la haine secrète des politiques contre le guerrier qui allait se battre pour la patrie, de ce petit groupe de libéraux qui sentaient avec justesse que Napoléon ne pouvait pas être et ne serait jamais un souverain parlementaire : il faut en effet avoir la taille de cette petitesse. Aussi ces^ews d'esprit j qui n'avaient ni le sens politique ni le sentiment patriotique qui convenaient aux circonstances, se riaient tout bas de ces naïfs qui n'avaient que le goût de défendre la patrie en se servant de la seule arme redoutable dont disposât alors la France : l'épée de l'empereur. Une lettre de M. de Lafayette, écrite à cette époque, et publiée dans ses Mémoires^ peint bien le sentiment qui l'animait, lui et ses amis : « Pendant la grande séance, j'étais resté à ma place, oubliant que le bureau était de la députation, lorsqu'on est venu me chercher pour recevoir l'empereur. C'est dans le salon où il s'arrêta que nous avons renouvelé connaissance : « — Il y douze ans que «je n'ai eu le plaisir de vous voir, me dit-il. » Je répondis assez sèchement : « — Oui, Sire, il y « a ce temps-là. » Nous sommes entrés dans la salle où l'ennuyeuse cérémonie du serment par appel nominal a eu lieu. Vous serez content de
8 juin. son discours; je ne lai pas été de sa figure, qui m'a paru celle d'un vieux despote irrité du rôle que sa position le forçait à jouer (le rôle de souverain constitutionnel). Nous sommes restés longtemps près de lui, Flaugergues et moi, pendant qu'on montait en voiture (à la sortie). « — Je vous trouve rajeuni, m'a-t-il dit ; Tair « de la campagne vous a fait du bien. — Il m'a « fait beaucoup de bien, ai-je répondu. » Je ne pouvais lui rendre son compliment, car je le trouvais bien changé ; comme ni lun ni l'autre ne voulait baisser les yeux, nous y avons lu ce que chacun pensait. »
l'adresse
Il n'est pas difficile de révéler les pensées des deux interlocuteurs* Lafayette haïssait l'empereur et Napoléon n'avait pour Lafayette que de l'indifférence, indifférence regrettable peut-être, car grâce au Parlement, c'est le sujet qui allait bientôt parler en maître à son souverain. Chaque jour, en effet, s'affirmait le double courant qui se formait distinctement dans la Chambre : d'un côté l'énorme masse des ingénus, qui cherchaient encore à profiter de
toutes les circonstances pour unir l'empereur lo juin. et la Chambre, et, de Tautre, le petit groupe des gens d'esprit^ des malins ^ qui trouvaient toujours d'excellentes raisons pour faire avorter ces tentatives patriotiques. Un jour M. Garnier se lève et demande que le procès-verbal de la séance du mardi justifie par une mention formelle de l'unanimité avec laquelle la Chambre s'est associée à la politique de l'empereur : « Il importe, dit-il, que la France entière qui nous regarde, que les étrangers qui nous observent, sachent que les représentants sont dignes de leur mandat, qu'il n'y a aucun dissentiment parmi nous lorsqu'il s'agit de sauver le pays, que dans ce but glorieux nous ne faisons qu'un avec notre chef comme il ne fait qu'un avec nous.
(( En vain les rois se coalisent pour nous faire la guerre, nous n'avons pas besoin, nous, de coalition; nous n'avons besoin que de nos cœurs et de nos enfants pour faire triompher la patrie. »
M. le président trouve aussitôt que cette unanimité trop souvent constatée pourrait avoir dans la pratique quotidienne quelques inconvénients; et puis, dit un autre député, si cette unanimité ne se retrouvait pas aujourd'hui,
11 juin. Feffet que l'on veut produire serait tout à fait manqué. Bref, on enterre la proposition.
M. Félix Lepelletier, un républicain d'ancienne date et frère de Lepelletierde Saint-Fargeau, assassiné au Palais-Royal pendant la Révolution, propose d'insérer dans l'Adresse, en réponse au Discours du trône, que Napoléon est le sauvew de la patrie. « En vain, s'écrie-t-il-, les rois prétendent nous faire changer de senti* ment et nous ordonnent de choisir un chef de leur goût, et puisque la sagesse est bannie du congrès de Vienne, il ne nous reste qu'à en appeler à la valeur de nos armées. Si la flatterie et Tadulation ont décerné le surnom de Désiré à un prince que la France n'avait ni appelé ni attendu, l'équité ne nous prescritelle pas de décerner à Napoléon, qui, presque seul, sans autres moyens que la confiance, est venu nous sauver de l'esclavage apporté par les Bourbons, de lui décerner, dis-je, dans l'adresse le titre de Sauveur de la patrie. »
Un malin, — c'était M. Dupin, — lui crie de sa place : « Attendez qil'il l'ait sauvée ! » ce qui n'était que drôle, puisque l'orateur parlait du passé et non de l'avenir, et la motion fut écartée. C'était cependant la meilleure et la plus politique • des réponses à faire à l'étranger, qui guettait nos
divisions et qui devait en tirer un profit si ii juin. lamentable.
La journée du 11 fut consacrée à Taudience impériale où S. Exe. le président de la Chambre lut l'Adresse des représentants. Ce document mérite qu'on s y arrête, car il constate, en termes irrécusables, que l'Assemblée avait encore à cette date conservé le sens exact de la situation.
Après avoir entendu la messe, l'empereur prit place sur son trône^ entouré de tous ses ministres, et reçut la députation de la Chambre ayant à sa tête S. Exe. le comte Lanjuinais, son président.
L'Adresse débutait ainsi : « Sire, la Chambre des représentants a accueilli avec une profonde émotion les paroles émanées du Trône dans la séance solennelle où Votre Majesté, déposant le pouvoir extraordinaire qu'elle exerçait, a proclamé le commencement de la monarchie constitutionnelle. (Suit un paragraphe sur la constitution.) Mais en même temps^ Sire, la Chambre des représentants ne 5e montrera pas moins empressée de proclamer ses sentiments et ses principes sur la lutte terrible qui menace d'ensanglanter l'Europe. A la suite d'événements désastreux, la France envahie ne parut
11 juin, un moment écoutée sur rétablissement de sa constitution que pour se voir presque aussitôt soumise à une Chambre royale émanée du pouvoir absolu, à une ordonnance de réformation toujours révocable de sa nature et qui, n'ayant pas l'assentiment exprimé du peuple, n'a jamais pu être considérée comme obligatoire par la nation.
« Reprenant aujourd'hui l'exercice de ses droits, se ralliant autour du héros que sa confiance investit de nt)uveau du gouvernement de l'État, la France s'étonne et s'afflige de voir les souverains en armes lui demander raison d'un changement intérieur qui ne porte atteinte ni aux relations existantes avec les autres gouvernements, ni à leur sécurité. La France ne peut admettre ces distinctions à l'aide desquelles les puissances coalisées cherchent à voiler leur agression; attaquer le monarque de son choix, c'est attaquer l'indépendance de la nation ; elle est armée tout entière pour défendre son indépendance et pour repousser, sans exception, toute famille et tout prince qu'on oserait vouloir lui imposer. Aucun projet ambitieux n'entre dans la pensée du peuple français, la volonté même du prince victorieux serait impuissante pour entraîner
la nation hors des limites de sa propre défense, ii juin. Mais aussi, pour garantir son territoire, pour maintenir sa liberté; son honneur, sa dignité, elle est prête à tous les sacrifices... »
L'empereur répondit avec la simplicité -et la hauteur qui lui étaient habituelles; mais, comme c'est le portrait de la Chambre et non le sien que nous esquissons, nous ne donnerons pas sa réponse, qui est d'ailleurs dans toutes les mémoires.
A trois heures du matin, le 12 juin, il partit pour Waterloo.