‹ A quoi tient la supériorité des Anglo-SazonsChapitre 10 sur 48 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

Enfin une dernière cause de faiblesse résultait de l'immense étendue des propriétés que cette noblesse héréditaire était obligée déposséder pour faire vivre ses fidèles. Ainsi on ne s'attachait pas à la terre, on ne s'y implantait pas solidement par la culture à la façon du paysan saxon. On l'estimait seulement comme une monnaie destinée à récompenser des services personnels et à faire vivre dans l'oisiveté la caste des fidèles.

Par là s'explique la rapide décadence de la Northumbrie : en moins d'un siècle et demi elle était consommée.

On sait comment, sous Egbert, l'Heptarchie tomba sous la domination des Saxons. Mais ceux-ci n'imposèrent aux Angles ni un gouvernement saxon, ni des fonctionnaires saxons, par la bonne raison qu'ils n'avaient pas eux-mêmes un grand développement de puissance politique et que leur force résidait plus dans la vie privée que dans la vie publique. Ils ne rêvaient donc pas d'administrer les peuples conquis à la façon espagnole, ou à la façon française. Leur idéal était plutôt et est resté une Fédération.

Ainsi furent faits par les Saxons ces premiers États-Unis d'Angleterre ! Ils visaient si peu à constituer le type du grand empire, que leur roi continue à s'appeler tout simplement : « Roi des Saxons de l'Ouest.» Et cependant il étaitsouverain de toutel'Ile!

Mais si les Saxons n'imposèrent pas aux Angles leur domination politique, ils exercèrent sur eux une infiuence sociale profonde, par le fait même de la supériorité de leur vie privée, de leur plus grande aptitude au travail et à la colonisation. Ils

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s'étendirent de proche en proche sur les vastes espaces que les Angles occupaient sans les remplir. Ainsi ils saxonnisèrent les Angles absolument comme, de nos jours, aux États-Unis, leurs successeurs assimilent peu à peu et amènent à leur langue et à leur type social les émigrants de la vieille Europe continentale. Le présent sert à nous expliquer le passé.

C'est cette assimilation que traduit exactement l'expression d'Anglo-Saxon, qui a fini par passer dans la langue.

3"* Acte : Prédominance des Saxons sur les Danois.

Les Saxons ne restèrent pas longtemps en repos : vers 867, un premier ban de Danois fait son apparition. Il occupe le territoire des Angles jusqu'à la Tamise, où il est arrêté pendant sept ans par les Saxons.

Je n'ai pas à expliquer ici la genèse sociale de ces Danois, que M. de Tourville exposera dans la Science sociale. Il me suffît de constater que c'étaient surtout des pirates, des Vikings, qui étaient par conséquent peu préparés et peu disposés à se fixer solidement au sol par la culture. Ils se bornèrent à organiser une occupation militaire et à vivre par des prélèvements réguliers et arbitraires sur les populations.

Les Saxons eux-mêmes furent obligés de se soumettre, comme le reste de l'Angleterre, au militarisme danois, parce que des paysans ne résistent pas facilement par la force à de purs guerriers. Mais du moins, ils n'imitèrent pas les Bretons, ils ne lâché-

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rentpas le sol qu'ils tenaient fortement par la culture.

Ils purent ainsi attendre l'occasion favorable. Elle se présenta sous Alfred. Alors les Saxons reprirent l'offensive, ils libérèrent d'abord leur propre territoire, puis celui des Angles. Les pirates Danois furent rejetés hors de l'Angleterre ; la race saxonne triomphait encore une fois, dans toute l'île, grâce à la supériorité énorme du paysan implanté dans le sol, sur le guerrier qui exerce simplement la domination militaire et politique.

Mais les Saxons n'étaient pas au bout de leurs peines. Cinquante ans après, vers 994, arrive un second ban de Danois, moins exclusivement pirates, mieux organisés au point de vue politique, les Danois réguliers, dont l'étude de M. Henri de Tourville expliquera également l'origine et la formation.

Ces Danois cependant n'avaient pas d'autre conception sociale que de se constituer en caste de gouvernement et de vivre régulièrement aux dépens des vaincus et de leur travail, un peu à la façon des Turcs vis-à-vis des populations chrétiennes.

Ce fut donc encore une pure conquête politique et non une solide implantation dans le sol.

En homme d'affaires, en hommes pratiques qu'il étaient déjà, les Saxons traitèrent purement et simplement et du premier coup avec les Danois. Ils offrirent de payer comme tribut la somme d'argent qu'ils auraient dépensée à faire la guerre : ce fut le fameux impôt du Danegeld. C'est bien toujours et jusqu'à aujourd'hui le procédé saxon : ne se battre que quand la chose en vaut la peine. Du moment qu'on leur laissait leurs terres, ils aimèrent mieux

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payer. Le Saxon, d'ailleurs, ne tient pas à exercer le pouvoir politique.

El tout en cultivant tranquillement leurs domaines, ils attendirent encore une occasion favorable. Elle arriva si naturellement, si fatalement, elle fut tellement le résultat de la force des choses que l'histoire ignore les détails de Févénement et constate seulement le résultat. Elle constate que les Saxons se groupèrent autour d'un homme obscur, un certain Howne, et se soulevèrent. « Refoulés rapidement vers le Nord, et chassés de ville en ville, les Danois partirent sur leurs vaisseaux et abordèrent diminués en nombre, aux rivages de leur ancienne patrie (1). » Et Augustin Thierry ajoute : « Malheureusement les exploits patriotiques de cette armée sont aujourd'hui aussi inconnus que le nom de son chef est obscur. » C'était bien là le caractère d'obscurité que devait revêtir une révolte de purs paysans. Et ce succès si rapide prouve bien que les Danois n'avaient accompli qu'une conquête politique et qu'ils ne tenaient pas au sol. Tenir le sol par la culture tout est là!

Donc, encore une fois, l'Angleterre restait aux Saxons, du nord au sud : ces petits paysans avaient bien travaillé.

Et que firent-ils, lorsqu'ils se trouvèrent maîtres de la situation?

Ils affirmèrent immédiatement et solennellement de nouveau le self governrnent et ils le mirent en lumière, en rédigeant les coutumes saxonnes dans toute leur pureté; ce fut la fameuse Common Law.

(1) Aug. Thierry, Hist. de la conqxfète de J Angleterre, 1. 1, p. 163.

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Elle proclamait la limite étroite des pouvoirs publics par la liberté individuelle et le Jury.

Mais les Saxons n'étaient pas au bout de leurs peines : une nouvelle bourrasque se levait à Ihorizon. Ce sont les Normands qui arrivent.

4™* Acte. — Prédominance des Saxons sur les Normands.

Les Normands n'étaient que des Danois perfectionnés : ils avaient été perfectionnés par le régime féodal dont ils avaient pris, en Normandie, la hiérarchie militaire.

Ils mirent à profit le départ des Danois pour envahir l'Angleterre à la suite de Guillaume-le- Conquérant.

Après une courte résistance, les Saxons acceptèrent la monarchie Normande, comme ils avaient accepté la monarchie Danoise, demandant seulement qu'on les laissât travailler tranquillement. Ils continuent donc à agir en gens d'affaires et en hommes pratiques. Ils sont toujours prêts à renoncer à l'exercice du pouvoir, pourvu qu'on leur garantisse, ce qu'ils considèrent comme le plus grand des biens, l'indépendance de la vie privée, et qu'on leur assure la paix publique.

C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, aux États-Unis, l'Anglo-Saxon a une tendance à laisser aux Irlandais et aux Allemands les situations politiques et le gouvernement des villes (1); il préfère les professions usuelles.

(1) On sait qu'à New-York, la fameuse Tammany csl surtout entre

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Malheureusement, les Normands ne respectèrent pas longtemps l'indépendance des Saxons. La bande d'aventuriers recrutés dans toute la France, que Guillaume traînait après lui, presque tous gens de sac et de corde (aujourd'hui la composition de cette armée est suffisamment connue) n'avait qu'un objectif : se faire octroyer des fiefs, non pas pour les cultiver mais pour exploiter la population. Nous savons par le Doomsday-book, avec quel soin ils dressèrent le cadastre général des terres d'Angleterre et comment ils se les partagèrent, laissant généralement les Saxons sur le sol comme censitaires.

Alors commença entre Normands et Saxons, une lutte de tous les jours qui dura plusieurs siècles; les premiers luttant pour la domination et pour l'exploitation du paysan saxon; les seconds luttant pour l'indépendance de la vie privée.

Les Saxons formulaient cinq revendications fondamentales : 1° Transmettre librement leurs biens à leur descendance; 2° Ne payer que ce qu'ils pourraient raisonnablement payer; 3° Se faire payer les corvées qu'ils subiraient; 4° Régler leurs affaires entre eux suivant les vieilles coutumes saxonnes; 5° Faire justice eux-mêmes de ceux dont les Normands auraient à se plaindre.

Loin de reconnaître ces revendications, les rois normands visaient à établir en Angleterre le type de la grande monarchie autoritaire et à faire tout plier sous leur puissance, aussi bien la noblesse normande que le paysan saxon.

les mains des Irlandais. En Australie, ce sont surtout les Écossais e les Irlandais qui détiennent l'autorité.

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