VII. — L'opinion de la Presse anglaise
L'opinion de la Presse anglaise était intéressante à connaître. D'après les premiers comptes rendus qui commencent à nous arriver, elle paraît accueillir l'ouvrage avec une sympathie particulière, mais toutefois, sans triompher des éloges adressés à l'état social anglo-saxon. Ces comptes rendus, qui occupent généralement l'étendue de deux colonnes de nos journaux, sont, en grande partie consacrés à une analyse très exacte et très complète de l'ouvrage comme il convient pour un public qui veut surtout être renseigné. Les appréciations qui suivent sont à la fois brèves et calmes :
Du Glasgow Herald :
«... >L Demolins apporte beaucoup de soin à l'exposition des faits et ne néglige pas les plus petits détails. Nous
ne trouvons rien à contester aux faits qu'il signale et que nous venons d'analyser. Bien que M. Demolins témoigne d'un grand amour pour son pays^ il lui fait entendre des vérités salutaires. »
Quelques jours après, le même journal reproduisait une longue analyse de l'article de M. Jules Lemaître envoyée par son correspondant de Paris.
Du The Manchester Guardian :
« Il est intéressant de nous voir peints et jugés par les autres. M. Demolins n'est pas anglophile; c'est son patriotisme qui l'a conduit à examiner la question de la supériorité anglo-saxonne Le livre dont nous venons de donner
un résumé est extrêmement intéressant et d'une réelle valeur. Il est un utile complément des « Notes sur l'Angleterre » de Taine et de French and English de Hamerton. Mais tandis que ces écrivains sont des hommes de lettres qui se préoccupent surtout d'intéresser leurs lecteurs, M. Demolins est principalement un homme de science et son livre vise à des réformes pratiques. Bien qu'il n'ait pas la prétention d'être littéraire, ses divisions très claires, ses chapitres intéressants et ses théories sociales le rendent facile et très agréable à lire. »
Du Morning advertiser :
« D'après ce que nous venons de dire, on voit
que le livre de M. Demolins mérite d'être lu dans toute l'Angleterre. Ce n'est pas souvent qu'un étranger loue John Bull aussi hautement. 11 y a là une réponse aux Anglais qui redoutent la concurrence allemande. Ce n'est pas l'opinion de M. Demolins, il affirme hautement la supériorité de l'Anglo-Saxon. L'étude de ce livre nous console des prophètes de malheur et nous engage à persévérer dans la voie où nous sommes. Il faut adopter des autres nations ce qu'elles ont de meilleur et nous avons à apprendre des Français et des Allemands, de môme qu'eux, ainsi que le
dit M. Demolins, ont beaucoup de choses à apprendre do nous. Enfin, il est consolant de rencontrer un Français qui admet sans animosité la supériorité commerciale des Anglais et qui écrit avec calme et sans préjugés sur un sujet qui, par lui-même, excite tant de passions et de fausses interprétations sous couleur de patriotisme. »
Du Eastern Morning News :
« Ce livre est très intéressant et a provoqué beaucoup de discussions parmi les penseurs français. Il reconnaît, avec le critique renommé M. Jules Lemaître, que la cause du mal chez les Français est le manque d'initiative individuelle, tandis que chez les Anglo-Saxons chacun compte sur soi-même. » (Le reste de l'article est consacré à une analyse pure et simple du volume).
VIII. — L'opinion de M. Camille Pelletan et la Préface de la seconde édition.
M. Camille Pelletan a consacré une de ses chroniques hebdomadaires de la Dépêche au volume de M. Demolins, sous ce titre : « A propos d'un livre récent. » Les lignes suivantes donneront une idée du ton et de l'esprit de l'article : « Le principal mérite de cet ouvrage est de poser des questions intéressantes. M. Demolins est un disciple de Le Play ; il semble prendre, comme lui, pour la science sociale le rêve d'un savant réactionnaire, qui, sous prétexte d'initiative privée, organiserait la domination patriar-^ cale de la grande propriété terrienne et du capital industriel. (Oii M. Pelletan a-t-il vu cela)? M. Demolins a horreur du socialisme et de toute (l) intervention de l'État. Il n'en a pas moins le mérite d'agiter des idées d'un sérieux intérêt. Il fait notamment une comparaison curieuse entre la composition de la Chambre française et celle de la Chambre anglaise au point de vue des professions exercées »
Cependant M. Pelletan adresse à M. Demoliiis le reproche de n'avoir pas tenu compte, dans son ouvrage, de l'expansion commerciale actuelle des Allemands. C'est précisément pour répondre à ce reproche, que M. Demolins a placé, en tête de la seconde édition, une nouvelle Préface sur la prétendue supériorité des Allemands.
Tel est^ en résumé, le mouvement d'opinion qui s'est manifesté dans la Presse, à propos de cet ouvrage et seulement pendant le premier mois qui a suivi sa publication.
Voici maintenant un aperçu des articles parus dans le mois suivant.