‹ A quoi tient la supériorité des Anglo-SazonsChapitre 42 sur 48 · IX. — La Presse parisienne du 1"' au 15 Juin · texte numérisé non relu

IX. — La Presse parisienne du 1"' au 15 Juin

Le Parisien, qui avait déjà consacré une première chronique au volume, en publie une seconde signée P. de B, dont la conclusion indique l'esprit :

«... On voit donc par là que nous subissons une crise passagère, que l'avenir est à nous, qu'il nous appartient de faire cesser notre décadence prématurée, que l'étude que nous venons de faire, affligeante pour le passé est consolante pour l'avenir et que le relèvement de notre patrie est entre les mains de tous les Français. C'est pourquoi il faut remercier M. Demolins de son ouvrage autour duquel semble heureusement s'être créé un véritable mouvement dans la Presse et souhaiter qu'il éveille un véritable écho dans le public. »

Le Soleil, dans un article de M. IL Kérohant, donne une note excellente.

En voici un extrait :

Notre système d'éducation, l'excès du fonctionnarisme et enfin le service militaire obligatoire tuent chez nous l'esprit d'initiative et l'esprit d'entreprise. Quant à nos

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capitaux, ceux qui sont timides les placent en valeurs de tout repos, c'est-à-dire en rentes et en obligations à lots; ceux qui sont aventureux s'en servent pour jouer à la Bourse... M. Edmond Demolins, dans un livre « A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons », montre que c'est par eux-mêmes, par leur seule initiative personnelle, sans aucun appui de l'association privée, ou de la grande association publique, l'État, que l'industriel et le commerçant anglo-saxon se sont emparés du monde... Nous ne sommes ni révolutionnaires, ni réactionnaires : nous voudrions tout simplement que les Français prissent l'habitude de compter un peu moins sur l'État et un peu plus sur euxmêmes... L'initiative privée seule est féconde... »

L'Éclair a consacré au volume un leader article de l'abbé Victor Charbonnel intitulé : Il nous faut de l'énergie :

a M. Edmond Demolins, par un livre très vivant et très ferme, vient nous dire : « Soyons des Anglo-Saxons, c'està-dire des hommes de hardiesse, d'initiative, d'énergie. » M. Demolins est le sociologue de l'énergie, dont M. Maurice Barrés est le vigoureux romancier. Et j'en suis à penser qu'après tant de prônes religieux, moraux ou politiques, c'est la leçon tout anglo-saxonne et pratique de M. Demolins qui est la meilleure... Il s'en est fait l'apôtre véhément. » — Après une analyse développée et très vivante de l'ouvrage, M. Charbonnel conclut ainsi : « Voilà ce qu'il faudrait imiter. De l'énergie! de l'initiative et encore de l'initiative dans la liberté! Et nous qui tenons pour un idéal religieux, moral, patriotique et humanitaire, nous pouvons nous dire que l'énergie intime sert à tout; à la fois à l'action morale, au patriotisme et à la solidarité. Soyons d'abord des énergiques. »

Le Matin, également dans un leader article de M. Henri Bousquet, donne la même note :

«< 11 faut réformer nos mœurs et c'est ici qu'intervient

l'utile enseignement de l'Angleterre. C'est proprement le culte de l'énergie personnelle et l'organisation de la liberté qu'il coQviendrait, à son exemple, d'instituer chez nous. Étudions comment un jeune Anglais est élevé, par quelles méthodes et sous quelle discipline, etc. Cette enquête révélerait le secret de la prospérité de la nation; il tient dans une phrase; merveilleusement préparée par une éducation [iratique, habituée à ne compter que sur sa propre action, librement affilié à des groupements particuliers, le citoyen anglais ne demande à l'État que la protection de sa personne... »

De La Croix, dans un nouvel article : «... Il faut lire avec soin et sans parti pris cette magistrale étude de M. Demolins. Le lecteur y apprendra également pourquoi la race allemande apparentée à la première et qui possède, elle aussi, d'excellentes qualités, se montre cependant inférieure dans l'œuvre de la colonisation... »

Le Voltaire, et La Nation^ dans un article publié simultanément, sous ce titre l'Enseignement et la Vie, invoquent l'autorité de l'ouvrage pour demander une réforme de notre enseignement : « Dans son récent livre, M. Demolins a soulevé un troublant problème de pédagogie sociale. L'on en dispute fortement et à raison. Les conclusions sont l'évidence même; c'est ce que, depuis dix ans, nous ne cessons de répéter... » Suit l'analyse de cette partie du volume.

C'est aussi à propos du point de vue pédagogique, que le Radical revient sur « ce livre autour duquel on a mené grand bruit et où M. Demolins dit de dures vérités à ses compatriotes. Livre fort intéressant, qui fait secousse sur l'esprit. »

M. Jules Lemaître, dont nous avons reproduit les deux premiers articles parus dans le Figaro, en a publié un troisième dans le même journal, le 10 juin, sous ce litre :

Suite des opinions à répandre. Il continue à résumer, avec sa forme acérée et originale, quelques-unes des conclusions qui £6 dégagent du volume.

X. — L'opinion de MM. Paul Bourget, Marcel Prévost et François Coppée.

Quelques jours après, M. Paul Bourget publiait, également dans le Figaro, un grand article intitulé : R'^flexiom d'un témoin, sur le jubilé. 11 note ses impressions; voici quelques extraits :

«... Aucune excitabilité, aucun bavardage dans cette foule... Pour un Français, le trait frappant de la rue de Londres est, en tout temps, cette absence de cafés qui ne permet pas l'arrêt en plein air, la distraction amusée du regard, la causerie attablée sur un coin de trottoir, la parlote prolongée et paresseuse.

<( La rue anglaise sert uniquement à marcher. C'est un outil à passer d'une affaire à une autre et non pas un club ouvert où s'attarder et pérorer...

« Business as usual. » On travaille comme à l'ordinaire : partout cette inscription attestait le souci de ne pas perdre inutilement ces dernières heures. Ne rien perdre, ni temps, ni peine, ni argent. C'est leur constante méthode et c'est ce qui explique les étonnantes juxtapositions d'idées dont ils sont capables. Au plus fort de l'enthousiasme, leur esprit pratique les suit, qui les fait profiter d'un avantage. L'exaltation chez eux ne vit jamais sans réalisme... )>

Après avoir rappelé les grands traits de la vie de la reine « cette veuve de Windsor qui gouverne la moitié du globe, » M. Paul Bourget conclut ainsi :

Qu'ajouter à ces réflexions qui ont été, j'imagine, celles de beaucoup de mes compatriotes, soit au spectacle, soit à la lecture du compte rendu de ces impressives fêtes? Rien,

sinon répéter ce que je disais en commençant ces pages : Quand on voit qu'un peuple rival est très grand, on ne l'envie pas ce qui est indigne; on ne le nie pas, ce qui est vain; on ne le copie pas, ce qui est servile : on essaye de comprendre quelles lois de la nature politique il a su observer dans son développement, et quand on a cru les apercevoir, on essaye de soi-même de les pratiquer dans les données de sa propre tradition et de sa propre race, et voilà pourquoi je ne saurais mieux terminer ces notes qu'en engageant tous les bons Français à lire et à faire lire le livre de M. Demolins sur les Anglo-Saxons, que Jules Lemaitre recommandait ici l'autre mois dans deux courageux articles. A la lumière des fêtes actuelles, les pages de cette libre et sincère étude s'éclaireront plus encore, et on y trouvera de quoi rivaliser avec les Anglais dans ce qu'ils ont de plus respectable et de plus enviable : dans ce qui fait le secret dernier de leur force et de leur génie : le devoir civique. »

L'article de M. Marcel Prévost, dans le Journal, est intitulé : iVûfre Pays. En voici les passages les plus caractéristiques :

« Allons-nous donc finir ce siècle la main dans la

main des Anglo-Saxons? El puisque de gros livres, très curieux, très bien faits, comme celui de M. Demolins nous démontrent la supériorité de cette race sur la nôtre, allonsnous, de guerre lasse, jouer, vis-à-vis d'elle, le rôle d'une race mineure et lui demander les bienfaits de son exemple et de son éducation...

« Rien n'est malaisé comme de comparer impartialement et de sang-froid son pays aux autres pays, son peuple aux autres peuples. On est toujours indulgent et sévère outre mesure, et, dans les deux cas, on est ainsi parce qu'au fond on aime son pays sans mesure. Un rigide économiste comme .M. Demolins, ou un extrême intellectuel comme M. Jules Lemaitre auront beau ajuster devant leurs yeux,

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l'un ses besicles d'or de savant, l'autre son monocle d'ironiste, c'est avec des yeux de patriote que chacun d'eux regardera les choses, dès qu'il s'agit de son pays. Et du coup les voilà qui verront et parleront avec passion, même si leur regard reste calme en apparence et leur discours. »

M. Marcel Prévost reconnaît ensuite que l'esprit d'initiative est paralysé au dedans, mais que la situation extérieure est meilleure. Et il ajoute :

« En résumé, au contraire de cette fille de roi dont parle le Psalmiste, toute la laideur de la France est intérieure. Le péril est chez nous. Le malaise est en nous. Ici ont raison les avertisseurs; et tous les gens de bon sens seront avec eux. Seulement les moyens sont vraiment trop bizarrement interprétés.

« L'on ne passe plus une soirée hors de chez soi, en ce moment, sans rencontrer un .Monsieur, hypnotisé par le livre d'Edmond Demolins, déclarant qu'il faut nous mettre au régime anglo-saxon ou périr »

Alors que faire? se demande M. Marcel Prévost; et il conclut qu'il faut travailler à changer les mœurs, maissurtont à changer les institutions; particulièrement notre régime de succession et notre ruineuse organisation administrative.

Quelques jours après, M. François Coppée publiait, également dans le Journal, à l'occasion du jubilé, un article qui commençait par la constatation delà supériorité anglosaxonne et se terminait ainsi : « Après ces fêtes où vient de se manifester avec tant d'éclat la force nationale de nos voisins, je ne puis m'empêcher de songer bien tristement aux luttes stériles qui nous épuisent, aux périls extérieurs qui nous menacent; et j'ai frissonné en me demandant avec angoisse, si dans mes veines de Latin, je ne sentais pas couler le poison de la décadence.

XI, — Le nouvel article de M. Edouard Drumont.

Nous avons reproduit le premier article de M. Drumont, qui, dans la Libre Parole, recommandait si chaleureusement l'ouvrage de M. Demolins. Dans le n" du 2 juin, il signalait de nouveau l'ouvrage pour en noter le grand intérêt. Enfin, dans le n° du 21 juin, il lui consacre complètement son article, qui, tout en restant élogieux pour l'auteur et pour le livre, aboutit cependant à une conclusion imprévue. Il est intitulé : Les Anglais nous sont-ils supérieurs?

«... La gloire brutale dans laquelle l'Angleterre s'épanouit à l'heure actuelle, nous induit plutôt en études psychologiques et sociales : elle inspire des livres, qui, pour la puissance d'analyse, sont de premier ordre, comme celui de M. Demolins...

« Si les Anglais mettent la France sous leurs pieds, ce n'est pas parce qu'ils sont Anglais, c'est parce que, momentanément du moins, les Français ne sont plus des Français.

« Ce sont des hommes d'État anglais qui gouvernent l'Angleterre et qui la gouvernent pour l'Angleterre... Il en est tout autrement chez nous, ce sont des juifs et des cosmopolites qui gouvernent eux-mêmes la France, derrière les hommes d'État grotesques qui ne sont que leurs domestiques.

« Voilà la vérité que des hommes d'une incontestable valeur, comme M. Demolins, ne veulent pas voir et surtout ne veulent pas dire. Dire ceci, en efTet, serait schoking et en dehors de tous les enseignements ayant cours dans les Instituts. {M. Drumont oublie que M. Demolins n'a précisément flatté ni l'opinion, ni les instituts et que, s'il mérite un reproche, ce n'est pas celui d'avoir manqué de courage).

«... M. Demolins m'accordera, cependant que le pays qui a fait preuve si souvent d'un si extraordinaire ressort peut avoir son réveil. Il peut sortir des entrailles de la nation... des antisémites, des représentants de l'idée traditionnelle, qui, très légalement, après un jugement régulier, feront exécuter quelques cosmopolites notables, qui trahissent manifestement le pays...

«Quand on s'est plongé dans la lecture d'un li^Te comme celui de M. Demolins, si admirablement documenté, si serré dans son raisonnement, si démonstratif et si pressant dans ses déductions, on est tout disposé à entrer dans les vues de l'auteur, à reconnaître, comme l'a fait M. Jules Leraaître, avec la nuance d'ironie qui lui est habituelle que la « formation particulariste » est bien préférable à la formation communautaire «.On trouve que le régime scolaire anglais vaut infiniment mieux que le nôtre pour faire des hommes. Ou en arrive enfin à cette conclusion que la race anglo-saxonne est supérieure à la nôtre...

« La thèse serait juste si la race anglo-saxonne avait toujours eu la prépondérance qu'elle a aujourd'hui sur nous. Historiquement le fait n'est pas exact... »

Et M. Drumont conclut que la France serait sauvée si elle avait « un grand ministre , comme elle en eut tant autrefois ».

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