‹ A quoi tient la supériorité des Anglo-SazonsChapitre 8 sur 48 · PRÉFACE. XII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XII

qui les anime (les Universités américaines semblent plus dégagées de cette influence). Enfin, le ridicule snobisme est encore un produit direct de l'esprit normand.

Tandis que l'élément celte afl"aiblit surtout les classes inférieures, en les retenant dans le paupérisme ouvrier, l'élément normand affaiblit surtout les classes supérieures par lalordolatrie, les latifundia et le snobisme.

De même que les Celtes se rattachent à la formatioij communautaire de clan, les Normands se rattachent à la formation communautaire d'Etat.

C'est en vertu de cette formation, qu'ils ont entrepris, avec Guillaume le Conquérant et ses successeurs, d'établir en Angleterre le type du grand État centralisé et autoritaire, que l'Espagne devait connaître avec Philippe II, la France avec Louis XIV et Napoléon, l'Allemage avec Guillaume. Et l'on sait assez que ces grands mécanismes politiques, essentiellement compressifs de l'initiative individuelle, n'ont jamais donné qu'une prospérité factice, apparente et éphémère ; ils ne sont que la roule royale de la décadence :

C'est précisément auprès de ces deux éléments. Celte et Normand, que les doctrines du socialisme ont trouvé, dans le monde anglo-saxon, un certain écho (1). Le Socialisme, en effet, n'est qu'une ma-

(1) Ainsi que le constate M. Métin, les chefs du socialisme anglais « ont été guidés par l'amour du beau, affirment-ils, et aussi par quelques dispositions qui leur seraient venues A'ancêlres celtes. Car presque tous se vantent d'avoir une origine irlandaise, écossaise ou galloise et de lui devoir un esprit plus vif et plus iiljre que celui des Anglo-saxons. Les idées de nationalisation du sol ont été appor-

II PREFACE

nifestation de la formation communautaire qui pousse l'homme à chercher la solution des difticultés sociales, en s'appuyant sur le groupe, sur la collectivité, plus que sur soi-même.

Si les gouvernements de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ont essayé de mêler des institutions socialistes à des réformes qui ne le sont pas malgré l'apparence, c'est que l'élément écossais et irlandais abonde dans la direction des affaires politiques, en vertu de la tendance que j'ai signalée plus haut chez la race celtique. Par là, se vérifie la loi que nous avons posée. Mais ces expériences socialistes prendront fin par leur insuccès déjà manifeste, rehaussé du succès croissant des entreprises privées anglo-saxonnes. Ce n'est qu'une question de temps.

En effet, ce qui distingue l'Angleterre des peuples du continent, ce qui la classe à part, ce qui, décidément explique sa supériorité sociale actuelle c'est qu'elle a réussi à s'affranchir de plus en plus et de l'influence celtique et de l'influence normande. Elle a pu réaliser cet affranchissement grâce à la prépondérance que l'élément anglo-saxon a pris graduellement sur les deux autres, prépondérance dont aucune force humaine ne peut aujourdiiui arrêter le développement.

C'est précisément et uniquement cet élément atiglosaxoti que j'ai en vue, à l'exclusion des deux autres; ainsi s'explique le titre de ce volume et c'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue.

tées en Angleterre par les agitateurs irlandais rifugiés en Amérique. » Le Socialisme en Angleterre, jiar Albert Mctin, p. 3V.

PRÉFACE. ixt

L'Anglo-Saxon n'appartient pas à la formation communautaire, mais à la formation pariiculai-iste, ainsi nommée parce que, au lieu de faire prédominer la communauté sur le particulier, elle fait prédominer le particulier sur la communauté, la vie privée sur la vie publique et, par voie de conséquence, les professions usuelles sur les professions libérales et administratives.

Et tel est bien le véritable fondement de la supériorité anglo-saxonne.

Toute l'histoire d'Angleterre est dominée et expliquée par la lente et incessante ascension du Saxon à travers l'épaisse carapace celtique et normande.

Je me borne à indiquer les principaux actes de ce grand drame historique si mouvementé, en renvoyant, pour la démonstration et pour les détails, aux études que M. Henri de Tourville publiera prochainement dans la Science sociale, sur V Histoire de la formation particulariste ; c'est lui qui, le premier, a expliqué l'évolution si curieuse de ce groupe de populations et on verra qu'il l'a fait d'une façon magistrale et définitive.

1" Acte : Prédominance des Saxons sur les Celtes.

Les Saxons s'établissent en Grande-Bretagne au cinquième siècle, principalement au sud de la Tamise, où ils répandent leur nom : Wessex, Sussex, Essex. Ils refoulent les Celtes bretons, peu fixés au sol par leur vie demi-pastorale. Le Celte, plus rêveur que travailleur, essaye de se consoler en chantant sa défaite qu'il estime glorieuse. Telle est

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