DIVISION D'INFANTERIE
. garde royale. — 5e régiment d'infanterie.
Paris» lé a4 décembre igiS.
« Le sieur Châtelain , fourrier de greoa- «diers, ayant droit, au Ier janvier 1819, à
(1) Je n'ai point fait imprimer cette Pièce , parce qu'il eut été difficile d'indiquer au lecteur les mots et les phrases ratures , modifiés , substitues. Elle sera remise aux titémbr*. de la Cour.
(Sa)
* èire congédié pour ancienneté de service, « d'après la loi du 10 mars , et le congé absolu « de ce militaire ayant été demandé à Son Ex- « cellence le ministre de la guerre, il est aiiio» «risé, dès à présent, conformément aux
* intentions de yor- général de serti vice t à vaquer à ses affaires parti- " culières , à la lar lui de faire viser « la présente pe l l'état-major-général « de la garde roy idiquer son adresse, ■ et de se présent compagnie toutes les « fois qu'il en ieci Ire. Il sera , du reste, « exempt de tout service et de tous appels,
* jusqu'à ce qu'il ait été définitivement con- « gédié.
■ Le colonel du 5e régiment d'infanterie de la garde royale,
« Signé L. B. dk Coursok. »
Vu à l'état-major-général de la garde royale ,
Signé comte de CoëTLOSouET.
Paris, le a4 décembre 1818.
Enfin , à l'audience du 26 décembre , les défenseurs des sieurs Sainneville et Fabvier se présentèrent munis de la déclaration obtenue de Châtelain, le a3 du même mois.
(59) Rien ne se peut imaginer de plus scandaleux que la production de pareilles pièces; telle était l'animosité du ministre , que les* cartons de ses bureaux étaient ouverts aux sieurs Sainneville et Fabvier. Les rapports secrets , la correspondance des fonctionnaires publics étaient produits à l'audience $ aussi disais - je , le 3o décembre, dans une réplique : «Voilà , messieurs, une production intolérable, destructive de toute administration. Nouveau crime à imputer à ceux qui ont brisé ces secrets ! Quel fonctionnaire osera désormais correspondre librement avec un ministre, lui faire connaître , avec la confiance qui est due d'homme à homme, ses craintes, ses espérances , ses soupçons , et sur les individus et sur les choses , s'il est permis à un ministre (dans le besoin d'attaquer ses ennemis et de soutenir un parti) de mettre au grand jour ces confidences nécessaiies, et d'abandonner une pareille correspondance à toute la perfidie des interprétations auxquelles se livrent la mauvaise foi , l'ambition et la haine! »
Cependant, la cause enfin fut jugée. Châtelain eut son congé dans la garde royale, mais on lui fit contracter. un nouvel engagement
t tfc )
dans un anlre corps. Là , il attendit vainement IVITei des promesses qui lui avaient élé faites , qui avaient été tant de fois renouvelées; il mnlliplia inutilement ses réclamations; et c'est à ce sujet qu'eut lieu la correspondance attirante, dont i na us sont entre mes mains, révélas date, du timbre de la poste :
A Ml Vincent, i aide la Mégisserie, n° 18, à Paris.
Dijon, le a3 avril 1819-
« Monsieur Vincent , « Je suis arrivé à Dijon le 20 dudit, et j'ai « été incorporé en qualité de sergent, aujour-
* d'hui. Son Excellence le ministre de la guerre » m'y avait annoncé par une lettre du Ier avril, « en prescrivant à M. le colonel de me faire <• contracter un engagement de quatre ans,
* avant de m'iflcorporcr dans sa légion. J'avais « beaucoup de peine à m'y décider; mais cornp-
* tant sur la parole de monseigneur, et pré- « sumaut qu'il aurait pilié d'un pauvre mal
* heureux quia tout perdu pour lui, j'ai doue « signé un engagement de quatre ans; mais il « est bien pénible pour moi d'être obligé de
recommencer ma carrière par fies grades que j'occupais il y a dix ans. Je n'ai point écrit à M. S******** (i), vu que j'ai présume que ma lettre ne lui parviendrait pas avant son départ.
« Veuillez avoir la bonté de me rappeler au souvenir de tous ces messieurs > et leur assurer que je serai toute ma vie le même à leur égard; mais aussi que je compte sur euccy et que j'espère qu'ils ne m'abandonneront point au désespoir, en me laissant dans une position aussi misérable,. cpmme je me trouve maintenant réduit, pour Uwr avoir été utile et m9 être fié dans leurs vaines promesses. »
c Ajoutez aux bontés que vous et M"1* votre épouse m'avez tant prodiguées, en m'iipno rant d'une réponse , et marquez- moi ce. que vous auront dit ces messieurs >i mon égard, car ils doivent être à Paris (en ce moment.- » « Je finis en vous renouvelant que , tant que je vivrai , je n'oublierai jamais tas soins que vous etMme votre épouse avez eus pour mou
(1) On reconnaît aiUment qui eejft i|#Mfe4Mf9**
« J'embrasse de loin mon cœur M. Polînisse, « et suis pour touie ma vie,
t Voire très-humble serviteur,
■ Signe Chatelaim, « Sergent, légion de la Cùle-d'Or, à Dijon.
Au même.
Dijon, le 7 mai i8ig.
■ Monsieur Vincent,
» J'ai eu l'honneur de vous écrire à mon
« arrivée à Dijon. N'ayant point reçu de ré-
« ponse, et craignant que ma lettre ne vous
■ soit point parvenue, je prends la liberté de «vous récrire, en vous faisant part du dé- « part de la légion dont je fais partie, le 10 « dudit, pour Metz. Nous devons être rem- « placés à Dijon par la légion d'Indre-et-
• Loire Pour moi, je surs en attendant
« ce que l'on m'a promis ; voilà le moment,
■ ou jamais. H manque dans le régiment
• plusieurs officiers, dont un qui vient d'être « destitue au i" bataillon, à Metz, dont j'î-
■ gnore la cause de sa destitution. Je me ré- < pose sur les promesses de monseigneur, « tant de fois réitérées , et présume qu'il ne
• m'abandonnera pas.
«Veuillez, je tous supplie, me rappeler « au souvenir de tous ces messieurs , et priez « M. le colonel F******, que je me repose 0 aussi sur lui , d'après les promesses qu'il « vous avait faites à mon égard, ainsi que
ft Daignez, je vous prie, nie conserver l'a- « mitié que vous et madame m'avez tant de « fois prodiguée. J'embrasse de tout mon cœur « M. Polinisse , et lui souhaite beaucoup de « réussite dans son entreprise.
« Je suis , en attendant votre réponse ,
«Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
« Signé Châtelain. »
(Légion de la Côte-d'Or, en garnison a Metz.)
Au même.
Metz, sa septembre 1819.
Monsieur, <> • >
« J'ai reçu avec la plus grande satisfaction Via lettre que" vous m'avez" 1aîi l'honneur de «m'écrire, et* vois aftec plaisir que vous avez toujours pour, moi les mêmes bontés.
« Vous me demandez si cqs. messieurs ont € tenu leurs promesses. Hélas! monsieur, vous « êtes le seul qui daignez prendre pitié d'un « malheureux qui a fout perdu pour eux â
• et dont ils ne daignent seulement pas s'ia- « téresscr maintenant de la moindre des choses, « après toutes leurs fausses pivmesscs cent m fois réitérées* leur parole d'honneur, et « même leurs écrits, nue vous m'aves fait « t honneur ik. trer plusieurs fois ,
« d'apr pour m inspirer phts
* de co ■■ je me plaignais de
■ l'altand laissaient. Mais qu'ils « ne se i) l'idée que je les lais- « serai tranqu ucore des pièces suf-
■ lisantes pour rendre, devant les « tribunaux, celtes que ma trop grande con- « fiance leur a laissées entre les mains , et « que je n'avais données que pour Son Ejc- « cellence seule, dont 1e reçu que j'ai ii.it « foi. Ils peuvent être sûrs que j'aurais déjà « mis tous mes pouvoirs en usage, si je ne « craignais pas de vous compromettre vous-
■ même(i), qui seul méritez d'êiro cxci-plé-,2).
(1} Que révélerait donc Châtelain, qui compio
(2) C'est l'agent du ministre qui seul mérite grâce '. '. seul du moins il a tenu ce qu'il avait jiruîiiis personnellement. OÙ en MnaMMWus , graïKi Dieu ! Sous le ministre de 11 pollue , c'est seulement parmi ses âge» subalternes que s'e*t EetrwtvM iu» sort» de loyauté !
% J'ai eu l'honneur d'écrire une pétition à Son « Eicellence le m******* a** de R*****, et tout « jqsfCi resté sans réponse; je ne lui réclamais
* seulement que mes pièces.
« Il faut en finir d'une manière ou d'une « autre. Je ne suis point méchant; mais^ pouf « cette fois , je ne leur donne seulement que « dix à douze jours pour tue les faire parvenir; . « et je jure , sur tna tête * de dresser toutes « mes batteries» et de faire feu et flamme pouf t me les faire rendre, quand je devrais adresser
* un placctauRoi méme(t),
«Excusez, monsieur, mes justes plaintes; « il n'y a rien pour vous. Tant que }e vivrai 9 ;« j'aurai pour vous et madame votre épouse le « respect et l'amitié que je dois avoir pour des
* personnes qui m* ont sefvi de père et mère
* dans mes malheurs.
« ie suis et serai toute tna vie *
« Yo.re très-humble serviteur»
« Signé Chatklajn fa). »
hfii i i i i i È
(1) Eh quoi! des Excellences, un commissaire extraordinaire du Roi * un ministre de Sa Majesté sont descendtff et ont fait descendre leurs agens dan* des intrigues si basses^ qu'ils sont aujourd'hui traités par un sous-cfficier avec cetlîr fierté et ce ton menaçant!
(2) Copie de la lettre ci-dessus a été expédiée a S.f Ë*i<
Meii. le 16 octobre 1Î15.
* Monsieur,
« J'ai eu l'honneur de faire réponse à votre « dernière lettre. N'ayant pas eu de réponse,
* je prends la liberté de vous écrire, et vous
■ prie en grâce de me marquer si vous avez « vu ces messieurs, et d'avoir la bonté de me « marquer leur dernière volonté j afin que je
■ puisse prendre unedécision quelconque pour
* me faire rentrer les pièces que ma trop « grande confiance leur a confiées. Faîics- « moi aussi l'amitié de me donner leurs adres- « ses , et de nie dire si monseigneur le d** de « H***** est de service , ou s'il est encore à « Paris. J'attends, mon cher monsieur, ce der- « nier service, et suis persuadé que votre bon « cœur aura pitié d'un malheureux délaissé par
* des ingrats qui m'ont trompé , et dont toute
■ leur ingratitude envers moi vous est con-
• nue
le ministre de l'intérieur M. le comte Dcc.ucs , en raison des menacés qu'elle contenait. Cette copie est encore dan» les carton) de U direction de la police. L'expédition en Ht s lur l'original de la Icitrt.
* Je suis i en faisant des vœux pour là cont servation de voire santé, aiusi que de ma* « dame votre épousé et de M. .Polidi$se , et t vous souhaite toutes sortes de bonheur.
« Votre dévoué subordonné ,
« Signe Châtelain , sergent. *
Au mémç.
Metz, le ii décembre 1919»
* Monsieur i *
« Pardonnez à un vieux militaire qui voys « importune , et veuillez avoir la bonté de Ipi « rendre encore un service dont il vous çp
y* aura une éternelle reconnaissance. J'ai ob- « tenu une permission pour partir le icr jaq- « vier (i). Je n'ai demaudé cette permission c que pour aller à Paris réclamer mes pièceç, * puisque Ton ne veut pas me les faire passer,
..« ni tenir aucune jdcs f/ror?j£S,sçstMçu.ew Vfin mja « tant de fois promises.
• Depuis mon départ de Paris, je. n'ai. reçu
(1) En effet, à cette époque, Châtelain est venu à Pari» ôpoar entrer dans la gendarmerie. XL a , aujourd'hui, <juittf te corps.
WIML
(Et )
* aucune nouvelle de personne. Veuilles, j«
• vous supplie, avoir la bonté de parler à ces
<• messieurs , et de vouloir bien les prier de
■ m'épargner un voyage qui tochhait i.edr.
m DETENIR FACHEUX.
, ainsi qu'a moi.. Je ne leur
" demande seul
fu'ils réalisent une
• seule de h
ses, et qu'ils n'aban-
« donnent pas u
ureux qui est dans la
■ peine pour lei
e compte.
« Qu'ils me
omraer officier (i).
o Dans tous les
s, il existe des places
« vacantes par :
la nouvelle organisa-
• lion qui vient d'avoir lieu ; ou qu'ils me fas- « sent une petite pension comme ils m'avaient « promis. Ces messieurs connaissent les rai- « sons pour lesquelles je suis mal avec ma v famille (2), et doivent savoir qne c'est à « eux à me tirer de la triste position où je « me trouve réduit.
« Il n'y a rien de nouveau à Metz qui soit
(1) Promesse constatée parla lettre du 17 juillet 1818, et par les écrits que le sieur Vincent a montrés à Châtelain , suivant la lettre du 22 septembre 1819.
(2) Châtelain a pour oncle un officier-général qui s'est distingué dans les guerres soutenues pour la maison de Buurlion , et qui, depuis que ces odieuses intrigues ont été connues d» lui , a rempli toute relation avec son neveu.
(69) t digne de vos remarques pour le moment*.
« Je joins à cette letire un mot pour M. M***9 « avocat, que je vous prie de lui faire passer, c ayant perdu son adresse.
« Ahï qu'il est malheureux de me voir « réduit* à mon âge* dans un pareil état,
* couvert de blessures ï Mendier mon paifr
* ou me brûler la cervelle sera, je présume,
* la fin de ma triste carrière. Qu'il sst fs-
* NI BLE o'âVOIR A PARLER AI* SI DES PEU SOU MES m DORT LA PAROLE DEVRAIT ÊTRE INTACTE ! •
« Je suis, avec le plus profond respect,
« Votre très-humble et très-obéissant
« serviteur,
•r Signé Châtelain,,
» Sergent-major, légion 4e la Côte-cTOr, à Metz.
« Réponse , s'il vous plaît. » -> î , ?
Hommes de mensonge, voilà de vos œuvres ! Ce malheureux sous-officier avait bien mérité de son pays, il avait rempli ses devoirs. Vos dignités, votre puissance f vos paroles, qui de» paient être sacrées* vos trompeuses promesses, vos premières menaces Font perdu ! Il gémit sur lqi. en vous maudissant. 11 vous menace.
Eh cjuoi ! votre Roi voulait connaître la ter
rite! vos concitoyens la demandaient! er toi» n'avez fabriqué qu'imposture et corruption! Que ne nous révélerait point Châtelain, s'il voulait, s'il osait parler! Ne savons nous pas tout ce qui a été fait. Nous n'ignorons point , par exemple, qu'un homme qui voulait rcTéler certaines intrigues, qui voulait proclamer la vérité , « élé y té dans un prooèfl ciîmitul, pnm que sou témoignage fi'il rtuéa-nii; il est eu ce moment ans galères; n. est isnocekt. (i) !!! ■Tout le midi tfa la Fïiiuce a su qu'un liomnur qui avait é:éà Lym en 1817 , et qui était traduit devant une Cour d'assises , a déclaré, devant les juges, les jurés et le public, que le préfet de son département lui avait promis de le faire acquitter, s'il consentait à faire des déclarations contre te général Canucl.
J'ai entre les mains une note d'un administrateurdes prisons de Lyon, qui constate « que, * quelqiifs jours avani le départ de la chaîne « pour le bagne de Tonlotl, un commissaire « a été envoyé à Lyon , qu'il a pénétré jusque « dans les prisons pour solliciter des déclara- « lions contre le général Camiel. »
(1) Cette horrible affaire doit être i ne examine ni l'objet i'un 'travail particulier.
Voilà comment ont été recueillies ces prétendues preuves , à l'aide desquelles le Roi a été trompé sur le compte de ses serviteuwL Voilà comment le courage , l'honneur, la fidé* lité ont été flétris ; comment on a créé des drimfnels et des complices; comment des sujets; dévoués ont été persécutés pour leurs bonaes* actions. Voilà ce qui fit dire à l'immortel a licteur de la Monarchie selon la Charte : « Cha* « cun cherche en quoi il a bien mérité de la « légitimité, pour connaître ce qu'il a à perdre. « On descend dans son for intérieur? on sexa- « mine , on compte ses vertus passées popr de» « viner ses souffrances à venir , Quand on est « frappé , on * peut toujours dire : C est pour « tel service ! comme le proscrit romain >'é-* « criait : C'est pour ma maison è^Àlbe (i). * •
Est-ce donc pour une telle mission qu*dttl maréchal de France fut nommé commissaire extraordinaire du Roî , et armé d'un pouvoir çbsolu ? Est-ce donc pour de telles iriiqtftêf qu'un ministre du Roi fut dépositaire de plu** sieurs millions de fonds secrets? :* !l
Le général Donnadieu espérait approcher le Roi. La vérité, l'honneur 4e seraient fait ré-'
(1) Conservateur, totor m.
connaître du fils d'Henri IV. Une audience fut refusée par les ministres (i). D'autres dégoûts, d'autres vexations attendaient le géuéral Donnadieu.
La conspiration royaliste , dite la conspiration du bord de l'eau, fut inventée. Ou y fil figurer le général Donnadicu. 11 était, «lisait» on, désigné, parles prétendus empires, pour les fondions de gouverneur de la ire dïvU ston militaire. Celui qui avait maintenu l'atu torité du Roi dans Grenoble; celui qui , aux cris de vive le fiai! avait fait reculer devant le drapeau blanc les ennemis du Roi; celui qui avait sauvé la France royaliste , était accusé, d'un attentai contre la vie de son Roi ! ! ! La a septembre 1818, le général Dannadieu fut mterrogé comme prévenu , et le 6 octobre il fut ■pis hors de prévention , attendu ( porte l'ordonnance ) que les charges contre lui étaient indirectes et basées sur des conjectures qui, quoique vraisemblables t ne pouvaient constituer une prévention.
11 n'est plus besoin de s'expliquer en Franco sur cette accusation. Tout le monde a connu cette œuvre de l'absurdité et du mensonge eu.
(I) Veir Pièce* justificative?, a" XJL.t XXI et XXU,
délire. Les magistrats en ont fait justice. Mais pour montrer qu'en toutes les occasions les ressource* d'un même ministère ont été les mêmes, il faut dire que , dans cette conspiration royaliste , il n'existait qu'une pièce à charge contre les accusés. C'était une lettre adressée a un sieur Lafitte, et signée D******. Dans cette lettre , on parlait au sieur Lafitte delà conspiration, on l'invitait à se rendre le dimanche suivant à Saint~Cyrs ou il devait recevoir des instructions, et à se munir de sa carte amaaante. C'est à l'aide de cette pièce , que , devant la France et devant son Roi , les ministres accusaient d'un régicide , des généraux demeurés fidèles aux jours de la trahison, dee sujets qui avaient quitté fortune, amis , parens ^patrie, pour partager l'exil et les douleurs de leur Prince { Mais on conçut le soupççn que ce pouvait être Lafitte lui-même qui, avait fabriqué cette lettre ; un rapport d experts constata qui en ejjfet elle était de sa' main (i).
Il est vrai que d'autres pièces devaient, à ce . qu'il paraît, figurer dans cette odieuse procé-
(1) Rapport à la Chambre d'acciuation de la Cuur royale, pIT ty, le procureur-général
(74) <lare. Un agent de police devait prendre l'en*.preîute de la clef de l'appartement de M. le général Cflmid, pour introduire chez lui des papiers <jui' pi sstirit le compromelire. J'ai entre les uin In le cet homme. Le fait
est coi é <] as une letire adressée
à M. lé 18 février i8ao , par
M. Treverrel, m dit i" bureau de 1%
20 division du lu re de police. M. Tre-
vériet est beau M. Kéralry , député.
« C'est moi, le préfet de police,
« qui vous ai sauvé la publicité d'une infinité
■ de détails relatifs à une trame ourdie par « quelques-uns de vos agens, il y a environ un « an, contre le lieutenant -général Canuel. //
■ ne s'agissait de rien moins que de se pro~ « curer l'empreinte de la clef de son appar- « tement, pours'j introduire dans des intenm tions perfides de conspiration à sa charge.»
Je ne prétends pas invoquer la lettre de M. Treverret comme un témoignage irrécusable ; mais elle concorde en ce point avec la déclaration de l'agent de police, et facilement "ii doit croire à une pareille manœuvre d'après 1rs justifications, qui précèdent, sur d'aiméslitils. .
Tandis qu'on suivait une procédi^-e à Parii
sur 1» conspiration royaliste , le6 braves et ûfnjoars fidèles habitaas de lX)u££t étaient mena*, ces de se voir impliquer dans une grande machination dont an sieur Leguevel était le ckef. Leguevel d abord avait fait des déclarations qui < compromettaient plusieurs officiers vendéens' et bretons. Mais la 6 et le 9 Aowinhre , ayant appris le mauvais succès de la conspiration de Paris (1), JLeguevel se rétracta devant le juge, et dévoila les fabricateurs d'imposture. « Mon c premier Mémoire à St>n Excellence, dit-il, «fui conçu dans un moment d'emportement. « J'écrivis celui de Coinpiègne d*après le co/i-
* seil de l'officier de police qui me fut en- « vojré.... Dans le Mémoire que j'adressai à
* Son Excellence , je lui dis qne j'avais des
•r révélations à faire Mais l'officier de po-
€ lice qu'elle m'envoya , me donna Vidée de
* forger un plan (a\ »
■ ai ;» ■ i ■ ' ■ • ' ■
(1) L'arrêt de la Cour de Paris, qui met les prévenus fcor* d'accusation , est du 3 novembre.
(2) Leguevel fut déclaré coupable et avoir fait des propositions non agréées , tendantes à exciter les citoyens à s'armer contre l'autorité royale. Mais il fut dit que Leguevel T avant toute exécution ou tentative d'exécution* et avant toute poursuite commencée , -avait ré-. ¥élé aux autorités compétentes les faits dont il était
Criminelles et humiliantes machinations f Aux temps passés, les grands qui abusèrent da pouvoir, avouaient du moins leur haine, et osaient se délivrer de leurs ennemis par nu crime violent. ** " e nous a montré que
lâcheté et basse
Tel était pon mes le besoin de per-
sécuter et de cal :& royalistes, sans être
aperçu, qu'il a ars aux écrivains les
plus accrédites >sition libérale. 11 en
est qui ont été i nés par les tribunaux
du royaume pour avoir publié des note* que le ministre du Roi leur avait fait remettre (i).
Ces calomnies eurent pou de succès en France et même à l'étranger. Mais îl fallut les y propager pour accréditer quelque peu, auprès des puissances alliées, le système d'indifférence ou de bascule, embrassé par le ministère français. La Correspondance privée salit les gazettes de Londres des plus grossières impostures.
11 n'est pas en Europe un homme, quelque peu instruit des affaires de son temps, qui ne sache que M. Dccazes était le directeur de
(1) Pièces justificativw , q° XXIU.
Cette correspondance privée, officielle où non (i). Son origine ministérielle fut révélée en diverses circonstances. Ainsi on remarqua que la conspiration royaliste était annoncée à Londres par lettre du 27 juin, quoique les premières arrestations n'aient eu lieu h Paris et que les bruits n'aient été répandus que le 1er juillet; quoique le ministre n'en ait fait son rapport au Roi que le 38 du mêoiç mois de juin. On remarqua que dans la correspondance du 27, on disait que le complot avait peur objet un attentat contre la vie du Roi, quoique la dénonciation qui la première fit mention de ce prétendu forfait, n'ait été portée que le 29 juin.
On a fait observer déjà que l'ordonnance royale du 21 juillet 1816, sur la garde nationale, était annoncée à Londres et discutée dans les journaux anglais par la Correspond dance privée du 20 juillet.
M. Clausel de Coussergues nous a appris que M. de Mesnard ayant été calomnie dans la Correspondance privée, voulut réfuter se$ imputations dans les journaux français. La cen-
(1) Quelquefois cette Correspondance portait le titre $of* JicielU*
sure ministérielle défendit l'insertion do l'article (l).
Poor démontrer que la Corrcsfiandt.net privée était l'ouvrage du iniuisière fiançais . il Suffirait de comparer une lettre relative m u gém'ia! Caoiiel , " dons les gazettes de
Londres, et il ts, le a5 juillet 1818,
avec 1111 nrliuti lème objet, qui parut
dans un joun ériel de France (le
Journal de Pat 4 juillet i3i8, article
qui nëeessaircn de la veille. On voit,
p.'ir le rapprochen ;s phrases et des pen-
sées, que la lettre se et l'article de Paris
sortent de la même plume.
De tomes parts M. Decazes a été designé comme auteur de la Correspondance privée (3).
Un pair de France, M. le vicomte de Cha- -tMiibriaîid , a porte à M. Decazes le défi le plus formel de nier qu'il fût l'auteur de la Correspondance prîv'e (3). Le ministre et ses amis gnrdèreni le silence,
(1) Voir le l'rvj't de développement de la proposition de M Clausel de Cousserfiues , première édition ,
.pages 105 et siiivan'rs; 1 vol. in-8". Paris, J. G. Dbmu.
(2) Voir Bibliothèque historique, toroil", jiage 347.
(3) Voir If Conservait ur, tnino III, pge 3/4.
N. B. Tout récemment , dans un écrit du 4 août 1820,
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Il n'est sorte d'outrages que le général Donnadieu n'ait éprouvés dans celte correspondance; là s'épanchait la haine avec tome sa lâcheté. Au milieu d'accusations révoltantes, se peut-il rien imaginer de plus odieux que ce que contenait une lettre du 20 juillet 1818 : Depuis son départ, le général Donnadieu est fort tombé dans l'estime de ses amis y a Paris; plusieurs sont même tentés de le regarder COMME UN DES REVELATEURS DE LA CONS- PIRATION (i).
Inventeurs de conspiration ! gens d'intrigue* .et de perfidie ! voilà de vos traits ! et vous êtes surpris de ce que le général Donnadieu a fait Relater sçn indignation! vous êtes surpris de ce qu'il veut publier partout l'histoire de sa
imprimé à Londres , un écrivain a porté le mètne défi à M. Décotes. Àttàquez-moi en calomnie, dit-il, si vous tosez! je sais quels- sont les personnages à faire comparaître et à faire interroger sous serment; je connais le cabinet où ces Correspondances étaient décachetées , des personnes devant qui elles font étt\ Encore une fois , attaquez-moi si vous l'osez,
(1) C'est sans doute pour donner crédit à cette calomaie, que les journaux du ministère publièrent que le gênerai Donnadieu n'avait été appelé devant le juge que comme êémoin. Il fut obligé de réclamer sa qualité de prévenu , par Jettro du 6 septembre 1818.
(8ô) vie, et faire laire VOS bouches mensongères' Comment en effet ce loyal serviteur, ce sujet dévoué , oserait-il se plaiudie de u'aviir point été épargné dans vos correspondances privées? Ne vous y a-l-il pas vus porter l'audace jusqu'à
complot coi d'Anois , t i France fi)? M le plus fidèle ' d'être aimé! ce D'est que grac
jusqu'à accuser d'un Monsieur! le comte snmptïf du trône de ! ! le plus soumis et Ce Prince tant digne jnt touie la puissance S, dont le cœur est si
généreux, la pié i touchante, l'âme toute française ! Q;ioi ! dernièrement encore nous
(1) Voir ta Correspondance privée du 27 juin , du 1" et du 2 juillet 1818.
M. Dargout , pair du 5 mars 1819, dc craint pas de dire , dans une brochure qu'il vient de publier en faveur d# M. le duc Dccazcs : « M. Décrites a-t-il jamais négligé <• de déférer celles ( 1rs attaques) qui poui-aû-nt s'ait dresser à l'auguste personne des Princes ? *
Mais cette infâme correspondance privée , quel qu'es toit l'auteur, ne circulait -cl le pas librement en Fiance; le» journaux qui la contenaient n'claient-ils pas ctalés, à faris, dans les cabinets littéraires? Ont-ils jamais ete saisis? Tan* dis qu'on proscrivait avec vigilance les autres ga/clles frangé rc s , le New - T mes , f/Jrgtis, ? Ambigu, etc., o* ]''<J::'ini»tralion de M. Deutie* était conjurée.
irons vu un homme, oubliant le pardon accordé à sa conduite des cent- jours, rentrer dans cette lutte impie, et, soutenant la querelle de son gendre, signaler une* puissance cachée sous les voiles du deuil, un gouvernement occulte, un autre Roi que le Roi lui-même (i) ? Malheureux ! vous n'êtes donc retenus ni par la majesté du sang de vos maîtres, ni par leurs longs malheurs , ni par le spectacle de leurs vertus , et vous ne pouvez faire grâce au cœur déchiré d'un père qui vit son fils assassiné par l'effet de vos déplorables systèmes !
•MMHMMMMMIMMtMkMtMMHiaawaMMMMHMHnaiH
(1) Discours prononce 1 la tribun* par M. cU Saint- Aubirt, k 25 «vril 18Î0.