‹ A ses concitoyensChapitre 23 sur 48 · N- VIL · texte numérisé non relu

N- VIL

MINISTÈRE DE LA GUERRE

Paris, le 26 janner 1816.

Monsieur, d'après des renseignemens qui me sont parvenus sur un sieur Emery (Apollinaire) , dont la famille était domiciliée à Grenoble en mars dernier, cet individu serait revenu de l'île d'Elbe avec Buonaparte, et l'aurait devancé de deux jours à Grenoble.

Cet Emery était chirurgien dans 1 ex-garde impériale. On prétend qu'il eut , avant d'arriver à Grenoble , un entretien avec le général Mouton Duvernet, et qu'étant entré dans cette ville le 5, entre deux et trois heures de Taptès-midi , il y annonça, et fit répandre, par ses parenset amis , que Buonaparte, qui avait débarqué , de l'assentiment de l'Autriche et de l'Angleterre , serait le surlei^demain à Grenoble.

Cet Emery pouvant devenir nécessaire dans Tins.

Iruclion dirigée contre M. le lieutenant- général Marchand, je vous prie de cous assurer de sa personne, s'il est à Grenoble ou à Lemps, d'où il est originaire , et de le faire conduire à Besançon , etc.

■Signé le duc db Fsltre.

18* Légio, agnie de PJsir».

Aujourd'hui qu ier mil huit cent seha,

vers les dix heures du matin, nous soussignés , Carrier, maréchal des logis de gendarmerie , accompagné des gendarmes Meunier, Lahaye et Réaux, de la résidence de la côte Saint-André, certifions nous être transportés en la commune de Lemps , à l'effet d'y arrêter M. Emery (Apollinaire), chirurgien de l'ex-garde, pour être, par nous, transféré à Besançon, conformément aux ordres de M. le lieutenantgénéral Donnadieu , et de M. le capitaine commandant la gendarmerie du département de l'Isère, en date des trente-un janvier dernier et deux du courant, lequel, à force de précautions , nous avom parvenu à arrêter dans une des rues de cette place, et lui avons donné connaissance des ordres dont nous étions porteurs , à quoi il s'est conformé avec ta plus grande soumission , en nous exposant qu'il

désirerait, avant son départ, se procurer des moyens, de transport et des effets nécessaires , ce que non? avons accordé, pourvu qu'il se rendît avec nousche^ M. le maire.

Un grand rassemblement s'étant aussitôt formé,, au nombre d'environ trois cents personnes , la plus grande partie anciens militaires , qui se sont , aveo violence, présentés à la porte du maire pour forcer Tentrée (desquels nous donnerons les noms par la suite), en nous provoquant avec menaces ei injures, dans l'intention de npus enlever notre prL sonnier, criant à haute voix que nous ne l'emmènerions pas , qu'ils s'y opposeraient par la force ; M. le maire nous exposant la rixe que nous allions encourir par la populace, et éviter tin châtiment exemplaire où était exposée sa commune par ces rebelles , de lui accorder de se rendre corporellement responsable de M. Emery, et de nous le conduire à une lieue de distance, dans une auberge nommée le Molard, où une partie de ce rassemblement, au nombre de cent et quelques , avec des bâtons , se aont rendus dans* cette maison pour y récidiver leur tentative, parmi lesquels nous avons entendu répéter différentes fois : Five P empereur ! en faisant des •ignés de menaces contre nous, suivis de propos in-, jurieux. M. le maire, à son arrivée, leur ayant de nouveau sommé sur le champ de se retirer , à quoi ces séditieux n'ont point obéi ; et par cette circonstance , nous n'avons pu exécuter les ordres qui noip

•- it été donnés , et laisser une seconde foîi nery sous la caution du maire jusqu'à Grem , observé par deux gendarmes à une grande dislance. Le rassemblement dissipé , nous non» sommes ensuite retirés, et avons rédigé le présenl procès-verbal îs expéditions, pour être

transmises à ! Uie de la gendarmerie au

ministère de la les autres à qui de droit,

Fait à la côte Iré , jour, mois el «n que

d'autre part.

i rikh , maréchal des logis.

œr, Lauaye et RAadx.

( 11 est curieux de voir comment les faits, constatés par le procès-verbal ci-dessus, soci présentés dans la pétition des habitans de Grenoble.)

Extrait de la pétition du sieur Régnier, page i3.

ii Une occasion favorable se présenta. M. Emery était cité comme témoin dans le procès de M. le lieutenant-général Marchand, qui s'instruisait à Besançon. Au lieu de lui faire signifier la citation par un simple huissier, on crut devoir lui envoyer cinq gendarmes, qui, le 4 février 1816, vinrent l'arrêter au Grand-Lemps, un dimanche, au sortir de ia messe. Le peuple fit éclater son indignation par des mur-

( »7) «rares, mais- aucune insulte ne fui faite aux gendarmes. NéanmoÎQs le maire, par excès de prudence , dit aux gendarmes qu'il répondait de M. Emery, et leur donna rendez- vous à un hameau voisin. Us partent aussitôt, de plein gré; mais, sur ces entrefaites, quelques jeunes gens craignant pour la sûreté de M. Emery, qu'on frappait d'un acte aussi arbitraire,, s'étaient rendus au hameau désigné. U paraît que , ne pouvant maîtriser leur inquiétude, ils tinrent quelques propos aux gendarmes. Cependant aucune voie de fait n'eut lieu. M. le maire du Grand» Lemps ayant appris le rassemblement , se transporta seul au lieu convenu , et fit passer M. Emery par une route de traverse , par laquelle ce dernier vint rejoindre les gendarmes.

«Arrivés à Grenoble, M. le maire et M. Emery se rendirent auprès du préfet, qui approuva leur conduite, et offrit des troupes au maire pour maintenir tordre dans sa commune. Celui-ci répondit sur sa tète de la tranquillité publique, et obtint de M. le préfet la promesse formelle qu'il ne serait pris aucune mesure extraordinaire. »

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