‹ A ses concitoyensChapitre 41 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ordonnance du 5 septembre.

Tout le monde connaît aujourd'hui les causes de la révolution du 20 mars II était difficile d'empêcher l'entreprise d'être tentée; ce qu'il y eut dp plus déplorable, ce fut la promptitude et la facilité de son exécution. Tous les bras se seraient levés, s'il n'avait été question que de prendre la défense du monarque ; mais de certains hommes n'avaient vu , dans le nouvel ordre de choses, que le triomphe d'un parti; ils avaient eu l'imprudence d'exciter des

(7) alarmes sur de grands intérêts. Quand on se vit placé entre ces alarmes et un danger bien plus terrible , plusieurs furent assez aveuglés pour ne pas voir que c'était ce danger qu'il fallait d'abord tonjurer. Pourquoi cette catastrophe , si fatale à la France , n'a-t-elle pas été du moins une leçon salutaire, et n'a-t-elle au contraire paru à certains esprits , lorsque le roi est remonté sur son trône , que comme une preuve de la nécessité de presser leur plan de réaction? Pourquoi, dans le& désastres inouïs dont la nation venait d'être accablée , n'ontils vu qu'une occasion favorable pour attaquer ses libertés , et pour tenter , contre la volonté du monarque , d'immoler les intérêts de tous à leurs intérêts particuliers?

A cette époque se manifestèrent avec audace des projets jusqu'alors mal dissimulés. Les intérêts nés delà révolution n'avaient été que menacés, ils furent attaqués ouvertement. Du haut de la tribune nationale , on remettait en doute les questions politiques dont l'importance avait donné le signal à nos troubles , et qui avaient reçu au milieu d'eux une si terrible solution. Ce pacte solennel qui avait cimenté l'union du peuple et du trône en consacrant des garanties désormais indispensables pour le repos public , où semblaient devoir s'être éteints les derniers feux de la révolution , était près de se déchirer entre les mains ennemies de ces nouveaux révolutionnaires; et c'était au nom du roi et de la fidélité

qu'ils désavouaient le roi et son gouvernement légitime.

Leur ligue était d'autant plus dangereuse , que leurs rangs s'étaient grossis de ces ambitieux toujours prêts à déserter le parti vaincu , pour tourner à leur profit les nouveaux événements, et sur-tout de tous ces protées dont le zèle s'exalte pour faire oublier leurs torts, et dont le seul moyen est de rendre d'infâmes services pour se racheter du mépris qui les accable.

Grâce à ces terribles auxiliaires , un système de réaction fut bientôt établi; presque par -tout le pouvoir était placé entre les mains des ennemis du repos de leur patrie ; et , presque par-tout , ils en abusaient pour satisfaire un esprit de conquête , ou un esprit de vengeance.

• Le département du Rhône ne devait pas échapper aux effets 'désastreux de ce système insensé.

Ses auteurs avaient préludé par de faibles essais , lorsqu'au mois de juillet i8i5, Sa Majesté me fit l'honneur de me nommer lieutenant-général de police à Lyon. J'acceptai cette fonction importante, sans me faire illusion sur le poids du fardeau. J'avais été pendant quatorze ans l'un de ses magistrats; j'avais eu le bonheur de lui rendre quelques services à 1 époque de la première invasion; j'avais reçu de la part de la ville elle-même la plus touchante et la plus glorieuse récompense, et j'espérais pouvoir être encore une fois utile à mes con-

(9) citoyens, dans un poste auquel j'étais appelé par leurs vœux.

Mon premier soin fut d'achever de m'éclairer sur ce qui s'était passé à Lyon pendant la malheureuse époque des cent jours.

Bientôt il me fut démontré que parmi les habitants de cette ville , si calomniée par ceux qui cherchaient des motifs de persécution, les machinations de File d'Elbe n'avaient point eu de complices, et que si de fatales hésitations n'eussent paralysé tous les moyens de défense, Bonaparte se serait probablement vu contraint de chercher ailleurs un passage.

Il ne fallait point ( et j'en fus pleinement convaincu ) attribuer la soumission de cette ville importante aux événements qui étaient venus la surprendre , mais bien plutôt à un concours de circonstances extraordinaires et imprévues, et sur-tout à l'exemple et aux ordres de M. Defargues, alors maire de Lyon. Ce magistrat ne crut pas devoir s'éloigner , ni se démettre de sa place , et la résignation d'un royaliste aussi prononcé fit cesser toutes les irrésolutions.

Enfin il me fut facile de m'assurer que si l'exaltation, produite à Lyon pendant les cent jours, fut en partie le fruit du mécontentement né des intérêts froissés et des torts d'une époque récente^ il était juste d'y reconnaître des motifs qui peuvent être avoués dans tous les temps : cette horreur du joug de l'étranger, ce sentiment dé l'indépendance

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reme affaire, dont on affectait de grossir l'importance, n'avait en dans le département dn Rhône aucune ramification , Je résistai à des rigueurs aussi injustes et aussi déplacées. Le Préfet partagea mon opinion , et le gouvernement l'approuva.

Vers cette époque affluèrent à Lyon, en assez grand nombre, des réfugiés du Midi ( i ) : ils fuyaient d'horribles persécutions. J'osai braver la haine de leur* oppresseurs* ett donnant asyle et protection à ces infortunés. Je méprisai les clameurs des gens aveuglés par leurs passions : ils ne voyaient pas qu'en empêchant des familles nombreuses , industrieuses et recommandables, d'être réduites à la nécessité d'aller chercher , hors de France , la sécurité dont elles avaient besoin , je rendais à mon pays un service dont l'évidence était prouvée par le triste souvenir des effets de la révocation de l'édit de Nantes.

(i) Ces réfugiés, si dignes d'intérêt, prirent domicile à Lyon, et désarmèrent, par la sagesse de leur conduite , les défiances les plus ombrageuses ; le bon esprit qui les animait ne tarda pas à éclater de la manière la plus honorable pour eux et pour la ville hospitalière qui les avait accueillis. On sait comment une société protestante, formée dans un royaume voisin, dépêcha des commissaires en France , ponr offrir des secours bu un àsyle àui protestants persécutés parmi nous* Des offres furent faites dans Lyon aux réfugiés de Ntmes, par les mains les plus propres à persuader, par celles d'un commissaire, fils lui-

Les chambres avaient été ajournées après une longue et terrible session ; il semblait que cet ajournement eût fait un instant respirer la France; mais un sentiment d'inquiétude et d'effroi se réveillait , et paraissait s'accroître à l'approché du moment où elles devaient s'assembler de nouveau. Le souvenir du passé légitimait les alarmes pour l'avenir, et les jactances des factieux ne permettaient guère de douter qu'ils ne se promissent de tenter un dernier effort pour réaliser de sinistres projets. On attendait avec une inexprimable anxiété le parti que prendrait le gouvernement pour remédier à des maux toujours croissants.

C'est dans cet état de choses que fut proclamée l'ordonnance du 5 septembre.

Je me trouvais alors à Paris où je m'étais rendu pour essayer de faire agréer ma retraite. L'ordonnance faisait disparaître les motifs les plus graves de ma résolution ; elle me rendait l'espérance et le courage. Je fis donc encore une fois le sacrifice de mon repos, et je retournai à Lyon pour y surveiller l'exécution et les effets de cette grande mesure.

même d'un réfugié français. Elles furent refusées.* On ne quitte sa patrie , répondirent-ils , que lorsqu'on est rejeté de son sein ; la persécution dont nous avons été l'objet , a été le fruit d'un moment d'erreur; elle cessera, et elle nous parait moins cruelle que la nécessité de recourir à une protection étrangère ; nous remercions nos frères de Londres, »

- Je reconnus en arrivant dans le département du Hhone , que là 9 comme dans toute la France , cet acte d'une haute et sage politique,, destiné à rendre au trône son indépendance , et à la nation ses garanti es, à rétablir sur les bases de la charte, la force «lu gouvernement et la confiance des citoyens, avait 'été reçu par la masse des habitantsavec des transports de joie et de reconnaissance ; que déjà il avait apaisé beaucoup d'esprits irrités, et ramené au gouvernement tons les hommes de bonne foi , que la défiance, la crainte et les persécutions en avaient éloignés.

Mais un autre tableau s'offrît à mes regards* Le parti des réacteurs paraissait au désespoir. À les entendre, l'ordonnance du 5 septembre avait tout perdu. Elle venait de rouvrir tous les cratères du volcan de la révolution; elle immolait les véritables serviteurs du roi à leurs ennemis communs ; elle «attestait ainsi que Sa Majesté n'était entourée que <le traîtres : tous les ministres , un seul excepté * étaient frappés d'anathème. Celui de la police gêné* raie leur paraissait le plus perfide et le plus dan-» gereux , et ils s'écriaient que, sans vouloir renverser le trône , on ne pouvait plus long-temps laisser en de pareilles mains le soin de la tranquillité publique.

D'autres allaient plus loin encore. Leur rage ne respectait pas même le monarque que leur parti affectait de défendre: ils osaient l'accuser des malkeurs dont ils disaient ]a France menac& ; et c'était

par des vœux impies qu'ils cherchaient à conjtfref le danger.

Le général Canuel fut un de ceux qui se pro^ noncèrent avec un extrême emportement contre l'ordonnance du 5 septembre. Il ne voyait plus ou paraissait ne voir que des complots. On conspire, disait-il sans cesse. La conspiration est dans tes esprits , dans l'air, par-tout. Les ennemis du trôné se réjouissent , il faut s* attendre à des mouvements.

Le devoir des magistrats , dans de telles circonstances , ne pouvait être douteux. C'était d'éclairer et de soutenir l'opinion contre ces clameurs insen-» sées; de faire reconnaître dans l'ordonnance et dans l'ère nouvelle qu'elle ouvrait à l'existence politique de la nation , l'ouvrage immédiat et spontané du monarque , le fruit d'une volonté ferme et réfléchie, le témoignage éclatant de sa sagesse et de ses lumières, et de travailler ainsi à confirmer les légitimes espérances des uns, et à faire perdre aux autres un espoir dangereux pour le repos public et pour eux-mêmes. Je m'occupai de cette tâche , dans le cercle de mes attributions, avec tout le zèle dont j'étais capable : mais je rencontrai sur ma route une foule d'obstacles.

La plupart , il faut le dire, se seraient aplanis sans doute , si l'ordonnance du 5 septembre fût restée moins isolée , et eût été accompagnée des mesures d'exécution , si éminemment nécessaires pour assurer son efficacité.

Le plus grave embarras que j'éprouvai vint du

soin que prirent les mécontents qu'avait faits l'ordonnance, de se constituer plus que jamais en véritable parti qui eût ses plans , ses agents , ses comités, ses sociétés secrètes, sur presque tous les points de là France. L'impulsion partait d'un * centre commun. Les moyens et les intrigues étaient les mêmes par- tout, et par-tout se correspondaient. L'audace et les succès allaient d'autant plus loin , que ce parti ayant envahi , presque en tous lieux , la plus grande portion de l'autorité , le soin de protéger le régime constitutionnel se trou-* vait par là confié à ceux qui aspiraient bien moins à le défendre qu'à le renverser.

Lyon fut malheureusement l'un des principaux foyers de ces coupables intrigues.

L'objet de la ligue ainsi constituée était , comme je le mandais à Son Exe. le Ministre de la police générale long-temps avant l'explosion des manœuvres dont je vais rendre compte, de persuader au roi qu'un gouvernement représentatif ne convient point à la France ; que le ministère perdait le monarque et l'état; que la charte servait uniquement à protéger les intérêts de la révolution , c'està-dire, dans le sens des mécontents, les fruits de l'usurpation et de l'anarchie.

Pour essayer de convaincre le roi , que fallaitil? Lui montrer un peuple inquiet et séditieux, toujours agité et prêt à conspirer, mourant de faim au milieu de ses convulsions , attestant par ses désordres l'impuissance et les dangers du système

adopté, et menaçant sans cesse le trône d'une sanglante catastrophe.

Ce plan a-t-il en effet été conçu ? L'exécution en a-t-el!e été tentée et suivie ? C'est la France entier e qui se lèvera pour répondre affirmativement, parce que la France entière a été témoin et victime.

Mais quelle par' '" nénariemenl du Rhône a-t-il

eue dans cette odiei a-t-cllc influé def et intéressante po pourront appren au milieu des aj cette contrée est de

rise? Jusqu'à quel point repos de son immense ^'est ce que les lecteur?

transportant avec nous des événements dont théâtre.

ChAl'lTriE II.

Evénements gui ont précède le 8 juin i8i-.

Il devint bientôt remarquable pour les yeux les moins clairvoyants, que de secrets émissaires répandaient sans cesse de faux bruits, des nouvelles alarmantes. Ces bruits grossissaient, se dénaturaient en passant de bouche en bouche , et , dans leurs rapides progrès, étaient à peine recunnaissables le soir, aux yeux de ceux-là mêmes qui les avaient semés le matin. Ces bruits étaient évidemment destinés à montrer une apparence d'agitation qui semblait accuser la marche du gouvernement, menacer sa sécurité, et à entretenir dans l'esprit des mécontents

que l'ordonnance n'avait point ramenés * pu que d'autres circonstances avaient fait naître, une fermentation qu'on se réservait de mettre à profit

Au moment où ces agitations commençaient , on créait à Lyon une institution toute nouvelle, un* sorte d'autorité civile unie dans les mêmes personnes à la force des armes , en un mot , une police militaire. Son organisation fut pendant quelque temps un mystère , mai$ son existence ne tarda pa? à être révélée.

Le bot de cette création illégale et d'un genre si menaçant , était-il bien d'accord avec l'esprit du gouvernement? Ce qu'il y a de certain , c'est que j'eus bientôt lieu de m'assure? qu'elle marchait ea opposition avec la police civile.

Elle ne fut d'abord que turbulente : elle m'accablait de notes et de dénonciations vagues que j'étais obligé de transmettre au gouvernement, et qui paraissaient n'être destinées qu'à faire naître des inquiétudes. Bientôt son zèle se signala par des atteintes plus graves portées au repos des citoyens. On la voyait, sur les plus frivoles indices, agir ellemême isolément; se livrer., à toute heure de la nuit et du jour , à des visites domiciliaires , et même exécuter des arrestations , sans aucune autorisation que celle de ses chefs. A côté de ces actes arbitraires, on remarquait des mouvements de troupes, de bruyantes patrouilles, et l'on était tenté de se demander si de tels moyens étaient imaginés pour calmer les esprits , ou pour senaer J>gitation.

( i8) Maigre tant de mouvements et d'efforts, cette police ne pouvait encore se vanter d'avoir fait une seule découverte de quelque importance, lorsqu'au mois d'octobre 1816, elle parut appelée à jouer un rôle plus remarquable.

C'est à cette époque qu'elle signala cette prétendue conspiration, dont parle le général Canuel dans sa réponse au colonel Fabvier (i), et qu'il cite comme une chose très-sérieuse; la même dont parle M. Robert dans une brochure du mois de décembre dernier (2). Cet écrivain, qui défend le général Canuel avec tant de chaleur, cherche à lier cette conspiration aux événements du 8 juin. Je suis loin de désavouer qu'il n'y ait eu des rapports très-positifs entre les deux complots; je* reconnais avec lui que la conspiration fut tramée à J'une et à l'autre époque par les mêmes mains; ddns le mente but, et que la première , comme il ledit, n'avait été qu1 'ajournée. Je consens à ce que ces données servent à apprécier les mouvements du 8 juin ; mais je n'y vois qu'une raison de plus de chercher à bien fixer l'opinion sur les véritables caractères de celui du 22 octobre précédent , et j'espère que le public y trouvera l'excuse des détails que je me crois obligé de mettre sous ses yeux.

Les manœuvres que je viens de signaler, prirent plus d'intensité au moment des élections. Des émis-

(1) Page 37 et sniv.

(2) Page i$4 et soir.

( *9 ) saires furent envoyés dans les départements; Lyon eut le sien, un comité fut formé et rien ne fut oublié pour tourmenter l'opinion et conquérir les électeurs. Nos généraux affectaient de vives inquiétudes, ils demandèrent une conférence;, elle eut lieu le 4 octobre 1816 chex M. le Préfet. ( C'était précisément le jour où se réunissait le collège électoral , pour procéder aux élections. ) A cette époque j'avais des entretiens plus ou moins fréquents chez ce magistrat avec les chefs de l'autorité militaire, mais nous n'avions point encore ces conféren. ces périodiques, dont parle M. Canuel, et qui ne furent établies qu'au mois de mars suivant, sur ma propre demande.

Je trouvai réunis chez M. de Chabrol le général Canuel et M. le maréchal-de-camp Maringonné , qui commandait le département. J'y rencontrai encore M, Defargues , «naire , et M. Godinot , premier adjoint municipal.

Les deqx généraux présentèrent un rapport ainsi conçu : « Une agitation extraordinaire se » manifeste dans les campagnes, des environs de » Lyon. On dit qu'il sera mis des droits extraor- » dinaires sur les pommes de terre et les autres » denrées qui servent de nourriture aux paysans. » On leur fait croire que les troupes qui sont à » Lyon sont peu nombreuses , et que le moment » est favorable pour secouer le joug.

» Un complot est, dit-on, formé; le chef est » un nommé Blanchet, dct Valence; on ne sait pas

* le nom qu'il porte à Lyon. Il habile une maison

* à deux pavillons qu'on aperçoit du plan de Vaise, » sur le revers de la montagne de Fourvières. Les » fenêtres en sont toujours fermées, quoiqu'elle

* soit habitée.

» Le projet des conspirateurs est de mettre le » feu dans plusieurs endroits de la ville, et de se » porter ensuite sur les prisons , pour délivrer les » coquins qu'elles renferment. Ils doivent massa- » crer les prêtres et les royalistes, et proclamer pour » souverain le fils de Bonaparte. On assure que, dans » la nuit de lundi à mardi , on a transportécent fusils

* dans la maison Piron , et autant dans une mai- » son des Brotteaux. On assure qu'il en a été dé-*

* barque la nuit dernière ( du 2 au 3 octobre) » cinq cents venus par le Rhône ; qu'une partie » est déposée aux Brotteaux et une à l'Observance, » dans la petite maison qui porte le n° 2 , joignant

* les Cordeliers.

» Les maisons où se tiennent les chefs sont » fermées, comme si elles n'étaient pas habitées, n et on y entre par des portes de derrière et par » des chemins détournés. Un grand nombre de

* pauvres font leurs commissions , et quelques fem- » mes placées à des fenêtres élevées font sentinelle, » jour et nuit, pour voir ce qui se passe autour. On » dit qu'ils ont de petites pièces de canon et des » munitions. L'événement doit avoir lieu avant la » fin de la semaine. Dans la maison de Grange- » Blanche, il y a du monde de caché. Le chevalier

» de la Chaux est de ce parti. Les conjurés disent » qu'ils ne redoutentrien delà police, qui les favorise.

» D'autres rapports annoncent que le Sr. Combe, » ex-lieutenant de la garde de Bonaparte pendant » les cent jours, qui habite Montbrison, a fait plu- » sieurs voyages à Lyon , et qu'il est à la tête d'un » parti qui doit faire un mouvement dans le dé- » partement de la Loire et les montagnes de l'Au~ » vergue.

» Le colonel Legrand , qui habite à Pont-d&- » Vaux , entretient une correspondance très-active » avec Millery, village de ce département, ou il a » beaucoup de partisans. »

L'invraisemblance des faits supposés était si grande ; le silence absolu de tous mes agents sur des choses aussi difficiles à cacher, si extraordinaire, que je dus ajouter peu de confiance à ce récit.

Mais il était de mon devoir de vérifier les faits , avant d'arrêter mon opinion. Pour diriger plus sûrement mes recherches , je priai les deux généraux de me mettre en rapport avec les auteurs de ces étonnantes révélations : ils S'y refusèrent , attestant qu'ils n'avaient ni agents, ni employés; qu'ils n'étaient instruits que par les avis officieux de quelques amis zélés du roi , qui né voulaient pas être connus, et dont ils ne pouvaient pas trahir la confiance. 11 fallut donc renoncer à ces secours.

Je ne manquai pas de faire aussitôt observer toute la colline, de faire simultanément visiter toutes les maisons suspectes. Quel fut le .résultat de

toutes ces perquisitions ? La preuve que tous les faits consignés au rapport de MM. lès généraux étaient aussi complètement faux , qu'ils m'avaient paru absurdes.

Là maison indiquée , comme devant donner le signal au son d'une cloche, n'avait point de cloche. Les antres maisons, désignées pour répondre au signal par la même voie, n'étaient pas mieux pourvues. Les deux pavillons, où se cachaient les commandants de l'insurrection , étaient inhabités , inhabitables et pleins de bois à brûler. Aucun dépôt; nulle part de munitions, de canons, de fusils. Les maisons même qu'on signalait comme recelant la foudre prête à éclater, et particulièrement la maison Piron à Fourvières, et la maison de Grange-Blanche, étaient habitées par des royalistes très-connus, très-prononcés et très-recommandables. D ny avait donc pas un mot dans toute la révélation qui ne fût une imposture ou ou une rêverie (i), et je dus rester convaincu que les généraux avaient été au moins les dupes de quelque misérable intrigue.

Le 9 octobre , après avoir épuisé tous les moyens de recherches, je me rendis auprès du général Maringonné , pour l'informer des résultats , et pour

(i) Voyez les observations qui furent faites dans le temps , en marge du rapport , et adressées à S. Exe. 1? ministre de la police , n° Ie* des pièces justificatives, qu'on trouvera à la suite de gton Compte rendu.

m'entretenir avec lai de notre situation. Il n'insista pas snr les premières révélations , mais il continua à prétendre qu'il existait en effet des trames criminelles. Pour m'en convaincre, il me communiqua de nouveaux détails que je transmis dans le temps à Son Exe. le Ministre de la police gêné* raie ( 1 ).

Il me raconta qu'une fille , dont il ne connaissait ni le nom ni la demeure > avait été décidée par son confesseur à révéler tout ce qu'elle savait. Cette fille prétendait qu'on avait enrôlé , qu'on enrôlait encore sur tous les.points de la France ; que des armes étaient préparées; que plusieurs soldats de la garnison avaient pris parti dans cet enrôlement; qu'on attendait le général des factieux ; que te- commandant en second était à Lyon , et caché à Fourvières chez M. Dugueyt , conseiller à la cour royale.

À ces mots je l'interrompit , pour lui foire observer que M. Dugueyt était un magistrat si dévoué an Roi, si connu par la pureté de ses sentiments, que ce que Ton disait de lui suffisait pour ôter tout crédit à la prétendue révélation. Je demandai au général s'il avait lui-même vu cette fille. Il me répondit qu'il tenait tous ces détails d'un homme fort respectable , qui avait promis de le conduire le soir même auprès d'elle. Je me présentai le lendemain pour m'informer du résultat de cette conférence. On m'apprit qu'elle avaitananqué.

(i) Lettre du 1% octobre, n9 % des pièces justificative*.

(ad )

Cependant les avis et Us dénonciations pi cuvaient de jour en jour.

Le il octobre, le généra] Camtel m'assurait qu'un chef d'insurrection s'apprêtait à faire enlreT 200 hommes en ville par divers chemins ; on cherchait , selon lui , à corrompre la troupe; on vendait delà poudre

Le i5 , il m'a* » réunissaient à ■■■ la maison neui » Dupont , n" 1 b ■ se tenaient au i ficile de citer des pour mieux attes< quiétudes, le géncr..

1 les conspirateurs se au Soleil d'Or , dans yié , et chez un minime ne d'autres assemblées ; Vaise. « Il était difpositifs : et comme , iction et ses vives in- Faire des visites domi-

ciliaires ça et là, les postes militaires étaient doublés, les patrouilles se multipliaient.

Bientôt lavoixpublîqueraconteque l'autorité militaire tient les fils d'une conspiration épouvantable , qui a des ramifications dans tout le royaume.

Inquiet alors et alarmé de l'inutilité de mes premières recherches , je m'empressai d'en faire faire de nouvelles , et de plus exactes encore ; mais elles ne furent pas moins inutiles pour me mettre sur les traces du prétendu complot. Je voulus alors essayer encore une fois de remonter à la source des révélations.

Je demandai de nouveau aux deux généraux de me mettre en communication avec leurs indicateurs. L'un et l'antre me répondirent par écrit, comme

déjà ils lavaient fait de vive voix , qu'ils n'avaient ni agents ni employés. Leurs lettres sont du 1 5 et du 1 8 octobre , dates importantes à remarquer.

Nous approchons enfin du dénouement.

Il était à-peu-près huit heures , lorsque , le 22 octobre , je reçus du général Maringouné une réquisition écrite de faire arrêter sept personnes qu'il me désignait. Je me rendis chez lui pour prendre connaissance de cette nouvelle affaire , et j'y rencontrai le général Cauuel , avec M. Lacove , son chef d'état-major.

J'appris là qu'au moment où la réquisition m'avait été adressée, elle se trouvait déjà exécutée par l'autorité même qui avait paru réclamer mon intervention; que les personnes désignées avaient été arrêtées dans la nuit par l'ordre des généraux.

Je demandai une conférence chez M. le préfet; elle eut lieu le même jour. Les deux généraux y présentèrent un nouveau rapport qui se composait de copies de pièces , au nombre de vingt-une. Cette communication tint lieu de toutes explications, et je me hâtai de me retirer pour m' occuper d'une instruction qui se présentait sous un aspect si grave.

Mon premier soin devait être de bien me pénétrer de toutes les révélations qu'on venait de me mettre sous les yeux, j'y reconuus bientôt la source, le type de toutes les fables dont l'autorité civile avait été constamment saturée depuis le commencement d'octobre.

Là première de ces pièces était une déclaration faite à l'un desgénéraux par là fille Lallemant ( i )f ta même qui avait déjà fourni texte au rapport du 4 octobre; et ses révélations, avec le secours de quelques variantes , firent le sujet de nouvelles notes fournies à l'autorité militaire. Ce sont les 2« et i o* pièces du recueil de pièces placées à la suif e de ce mémoire : elles se confondent avec la première.

Quelle était donc cette fille ? Née et élevée dans la misère, de mœurs au moins douteuses, affectée de vapeurs hystériques qui l'avaient jetée dans un état habituel d'aliénation mentale (2), cette mal* heureuse était une visionnaire que le zèle aveugle d'un prêtre avait adressée aux généraux comme une nouvelle Jeanne d'Arc , destinée à sauver le trône et l'état. C'est la même qui avait porté contre M. le conseiller Dugueyt une accusation si absurde, et dont tous les récits avaient été démentis par les perquisitions exactes qui avaient été faites sur les

(1) Voyez pièces justificatives, n° 3. On y trouve en marge de chaque pièce les observations qu'elles m'ont paru exiger après l'éclaircissement des faits, et qui furent transmises dans le temps à S. Exe. le ministre de la police générale.

(a) Cette fille doit être connue du gouvernement par une déclaration des dames Fonsala , qui l'avaient retirée quelque temps auprès d'elles par charité , et dont le témoignage commande la confiance , comme leurs vertus commandent le respect.

lieux , et dont M. le lieutenant-général Canuel avait connu les résultats!

La 3e pièce faisait connaître un autre révélateur de la conspiration. S'il faut en croire celui-ci , se trouvant le mardi 8 octobre sur la place de Louisle- Grand, il fut rencontré par un nommé Favier," ci-devant armurier dans un corps de gardes nationales, maintenant sans état, et connu par de mauvais sentiments; ce Favier se jeta brusquement à sa tête pour lui faire des confidences d'autant plus extraordinaires, qu'elles n'étaient pas provoquées. Nous sommes six cents , lui dit-il , tous armés de fusils et de lances, et tout prêts à entrer par Saint- Just, sous des chefs qui se feront connaître au moment de l'exécution. Favier ne s'arrêta pas en si beau chemin; le témoin suppose, avec tout autant de vraisemblance, qu'il en reçut aussitôt la proposition de s'enrôler , et la promesse de la croix de la Légion-d'Honneur*

Cette nouvelle déclaration , ainsi que la première, n'est faite ni au préfet , ni au maire , ni à moi ; mais par une préférence qui bientôt s'expliquera d'elle-même , à M. le général Maringonné seul.

L'auteur était un nommé Claude Boudoy : il importait de le connaître et de l'entendre. Je le fois aussitôt chercher. Son domicile était à Oulfins, commune située à une lieue de Lyon. J'y envoie un commissaire de police. On ne l'y trouve pas ; mon envoyé s'adresse au maire. Celui - ei répond

que Boudoy est un être immoral et dangereux , un voleur de profession , qui se tenait caché à Lyon dans des tripots, et chez des filles perdues. Le rapport qui à été feit de cette perquisition et de ces détails , doit êt*e dans les cartons du ministère de la police.

Je faisais continuer la recherche d'un témoin si important , quoique si suspect , lorsqu'un jour il fut arrêté comme prévenu d'avoir volé un fusil.

Il résulta de son interrogatoire que peu après sa déclaration à M. le général Maringonné, il était entré comme agent secret au service de ce général f qui affirmait n'avoir ni employés ni agents. Placé à Saint-Just pour épier l'arrivée des six cents hommes qu'il avait annoncés , il aperçut dans une vigne un propriétaire qui gardait sa récolte , un fusil sur l'épaule, et le prenant ou feignant de le prendre pour un conspirateur , il s'élança sur lui le pistolet à la main , le désarma f et se hâta d'aller vendre son fusil , bien persuadé que trop heureux d'en être quitte à ce prix , le prétendu conspirateur se garderait bien de rompre le silence. Il en arriva autrement. Le volé porta plainte , et Boudoy fut découvert et arrêté , ainsi que je viens de le dire ( i ).

Voilà le second témoin , le second garant de la conspiration que j'avais à constater.

Le troisième témoignage qui s'offrit à mon exa-

(i) Il fut ensuite traduit devant les tribunaux, et condamné comme voleur à un an de prison.

(*9> men , me parut , an premier abord , beaucoup plus grave. C'était celui d'un sous-officier de gendarmerie, le maréchal-de-logis Gauthié, qui s'annonçait comme initié, par l'imprudente confiance des conspirateurs , à tous les secrets et à tous les progrès du complot.

Quel fut mon étonnement lorsque , par l'examen des pièces présentées à l'appui de sa révélation , je reconnus que cet homme était encore un agent secret des deux généraux , un émissaire qui , de son propre aveu f n'avait agi que d'après leurs ordres et leur avait rendu des comptes qui m'avaient tonjours été cachés ( 1 ) !

Je volai auprès du général Maringonné : Eh quoil lui dis-je , vous m'avez sans cesse dérobé le fil qui eût pu guider ma surveillance et mes recherches , en refusant de me mettre en communication avec vos indicateurs , en déniant de vous servir d'aucun agent , d'aucun employé ! « Ce que j'apprends, me » disiez-vous , plus particulièrement encore dans » une lettre du 1 5 décembre , est l'effet d'une con- » fiance fondée sur la certitude de servir le gouver- » nement , sans être obligé de paraître ni devant la

(1) J'ai l'honneur, disait -il dans un premier rapport, de vous prévenir que , d 'après vos ordres, je me suis approché du nommé Favier, etc. J'ai l'honneur de vous rendre compte, disait-il encore dans tous ses rapports, etc. , etc. Voir la 5* pièce du n° 3 des pièces justifies* tives.

je, ni devant la police. Il est de mon devoir acciii lir ces renseignements, et la discrétion - veut qui je n'exige pas plus que l'on ne veut, on » que l'on peut nie donner. Si une seule Jais j'avais » abusé de ta confiance de ceux qui par zèle ou par » dévouement m'instruisent, nous perdrions pour » jamais cette i

Que dois-jepei je, decette réserve, de

cette disci ; indicateur était un

militaire à vos par élat de tout voir

et de tout révèle et dont vous ne crai-

gnez plus aujoi hir la confiance et le

zèle en livrant s< >? Voilà votre lettre :

voilà les déclara « agent, qu'en dites-

vous? Il me répondit coniKicntiellrnient que M. le lieutenant-gcnèral Canuel fui avait très-expressément recommandé le plus grand secret avec moi ( i ). Le lecteur peut déjà comprendre les motifs de ce mystère. Bientôt les faits les expliqueront plus clairement encore. Pour moi je n'avais rien à répliquer, et je me hâtai de revenir à l'examen des pièces.

La lecture des divers rapports de Gauthîé me montra bientôt que, s'il est vrai, comme le prétend aujourd'hui le général Canuelf 2), que ce sous-officier n'avait élé employé qu'à vérifier les faits , au moins est-il certain qu'il avait outre-passé les bornes de

(i) Cette réponse est consignée dans ma lettre au ministre, en date du 39 octobre 1816.

(a) Voir m réponse à M. Fabvier, page 38.

son mandat , et agi tout comme si sa mission eut été de gagner la confiance de Favier , de s'emparer de ses mauvais sentiments , en feignant de les partager , de pénétrer dans son intimité, et dans celle des individus qui pouvaient avoir avec lui des liaisons , pour organiser ensuite avec eux , à force de provocations et de mensonges , un simulacre de conspiration. Au reste les propres détails de cette misérable conception sufBraientseuls à montrer qu'elle fut tout entière l'ouvrage du provocateur.

Quel était le nombre et la condition des conspirateurs? Favier est connu; à côté de lui figurait un pauvre logeur nommé Bize; pub encore un ouvrier en soie , nommé Mistralet ; puis enfin un tambour nommé Cognet. Voilà les quatre personnages qui devaient f au premier signal , changer la face du royaume!

A quelle époque était fixé ce grand événemeut ? tantôt au 4 » au 10 , au i5 octobre : tantôt il était subordonné à des engagements avec Marie-Louise ; tantôt on n'en devait être instruit que la veille du jour qui serait marqué pour l'exécution. Tel est le résultat de tous les discours.

Que faisait-ôn de Bonaparte dans ces grands desseins? On l'attendait ; il était à l'île de Tabago, avec cinq régiments américains, ou bien aux États- Unis, d'où il arrivait dans quinze jours; ou bien encore en Egypte , où il faisait beaucoup de progrès.

Et le but de la conspiration , quel était-il? tous

les rois de l'Europe devaient âlre exterminés ; et c'était avec le secours des souverains de Bavière, de Saxe, d'Espagne , d'Italie, avec l'appui qu'on attendait de l'Autriche , qu'on devait se défaire des rois. Les prêtres et les nobles devaient la danser, selon l'expression attribuée à Favier par Buudoy f i \\ etc'était 1 g7Yjn//yqui devaitaiiier

au grand œuvre uclîon des nobles et des

prêtres ! Lorsqn le pareilles extravagan-

ces, ne se croîi transporté aux Petites

Maisons? Mais wons pas, et cherchons

dans les rapport saire , quels étaient les

moyens d'exécu nt en convenir , ils se

présentaient sous Imposant.

yooo hommes à la Guîllotièrc.

600 hommes, qui devaient déboucherparSaint- Just.

600 officiers.

5oo hommes de la garde royale.

Tous les chasseurs des Pyrénées.

Tous les dragons.

Toutes les autres troupes pour ainsi dire.

Toute la population de Villcfranche.

Et cinq généraux fameux.

Voilà textuellement le résultat des rapports de Gauthié, et de bon compte 10 ou 1 2,000 conjurés El ait- il nécessaire de voir figurer parmi eux cette

(1) Pièce 3' du recueil n° 3.

garde royale , ce» chasseurs des Pyrénées , ces dragons y toutes ces troupes si dévouées , pour se demander, mie seconde fois, si tous ces récits n'étaient pas l'ouvrage d'un homme en état de démence?

Lorsque feus entendu les prévenus, comparé les dénonciations, recueilli tous les renseignements possibles , je fus convaincu que tout se réduisait à des opinions et à des espérances coupables , exprimées par des individus sans moyens et sans ressources. C'est dans ce sens que j'entretins le ministre de cette affaire dans toute ma correspondance.

M. le comte de Chabrol en eut la même opinion, et s'en exprima avec une égale franchise dans une lettre qu'il écrivit au ministre de la police, vers la fin d'octobre, et qu'il me communiqua* Il y disait , autant que ma mémoire peut me le rappeler après un si long intervalle, que si l'on pouvait faire honneur à un esprit de zèle des premières informations , il n'était pas moins avéré qu'un* tactil que coupable s'en était emparée pour produire uns agitation factice, et l'opposer à la marche du ministère. Il présentait la fille Lallemant comme atteinte de folie; il parlait du sous-officier Gauthié t, comme d'un homme qui , au lieu de se borner à rendre compte, avait pris l initiative H proposé lui-même des enraiements , en se disant l'agent d'un parti puissant. Il déclarait enfin que les hommes enrôlés, les projets dénoncés, les canons, rimaient d'existence que dans l'imagination du gendarme.

Cependant cette affaire avait frappé l'oreille da ministère public et éveillé son attention. M. l'avocatgénéral Chantelaaze , en l'absence de M. le procureur-général , se présenta à moi le 3o octobre , pour me demander des éclaircissements.

Il avait peine à se persuader qu'on eût fait tant de bruit pour une conspiration qui n'aurait pas eu quelque apparence de fondement. Je mis sous ses yeux toutes les pièces. Il les examina , et demeura bientôt convaincu que tout le complot se réduisait en effet à quelques propos séditieux.

Les tribunaux furent investis de l'affaire , et il est temps d'en faire connaître l'issue. M. Canuel expose vaguement que l'existence du complot fut reconnue , et donna lieu à des condamnations ( i ). Voici la vérité.

Une longue et sévère instruction réduisit à sa juste valeur toute cette misérable intrigue.

Les sieurs Alix et Dupont, braves et estimables officiers, qu'on avait impliqués dans l'affaire, pour essayer de lui donner quelque importance , ne purent pas même être atteints par les plus légers indices , et furent rendus à la liberté sans avoir été mis en jugement. Les sept autres prévenus n'avaient pu être traduits que devant le tribunal de police correctionnelle; et là, trois furent acquittés, et les quatre autres condamnés à quelque temps de prison. Encore cette condamnation fut-elle prononcée,

{i) Page 39 de sa réponse.

ainsi que M. de Chabrol le mandait à S. Exe. le ministre de la police , dans un rapport qu'il eut la bonté de me communiquer , moins par justice que par égard pour ceux qui avaient inventé la conspiration.

Il ne m'appartient pas de rechercher ici quels étaient les inventeurs dont a voulu parler M. de Chabrol; ses rapports doivent offrir sur ce point des explications satisfaisantes.

Mais avant de passer à d'autres événements, j'invite le lecteur à ne pas oublier le jugement que portait alors M. le préfet de ceux dont je viens de rendre compte.

Il importe également de ne pas perdre de vue lès circonstances et les véritables caractères de cette prétendue conspiration du 22 octobre, qui avait été présentée au public comme si grave , et comme l'origine et le type des événements du 8 juin.

Les auteurs de ces premières agitations, quels qu'ils fussent , ne furent pas découragés par leur résultat , et ne s'occupèrent que des moyens d'en exciter de nouvelles.

Bientôt leurs efforts parurent redoubler, lorsque le ministère , en proposant la loi des élections f eut fait un nouveau pas si important dans la route qu'il s'était tracée par l'ordonnance du 5 septembre. Ou eût dit que tout ce qui tendait à consolider en France le système représentatif, ne s'offrait à leurs yeux que comme des éléments, où des prétextes de désordre. Heureusement que l'autorité civile , avertie

«• ZJ

par les événements précédents , avait appris à se tenir en garde contre l'excès du zèle de certaines gens , et surveillait avec soin des manœuvres dont elle apercevait le danger.

Mais on ne se ferait pas une juste idée des difficultés qu'elle eut à vaincre , des dangers qu'il lui fallut conjurer , si on ne plaçait pas sous le même point de vue , et les efforts de la malveillance , et les sujets d'inquiétude plus graves encore, que faisaient naître les rigueurs de la saison , l'inaction des ouvriers, et la cherté, toujours croissante, des denrées de première nécessité ; et cependant , malgré tant de causes d'agitations , grâce au zèle et aux mesures de l'autorité civile, et sur-tout au bon esprit de ce peuple si fort calomnié , long-temps il lut impossible d'exciter le plus léger désordre parmi tant de malheureux, à-la-fois pressés par leurs souffrances, et provoqués par des agitateurs.

Celait toujours en répandant de faux bruits , de fausses alarmes ou de fausses espérances, que ces agitateurs cherchaient à remplir leur objet.

Tantôt ils inquiétaient le peuple sur la stabilité du gouvernement, en annonçant comme prochains de grands changements politiques; on supposait des lettres; on osait citer de grands personnages ; tentât on répandait le bruit que la ville et les départements voisins allaient être le théâtre de mouvements séditieux.

Chose étrange et remarquable ! c'était toujours l'autorité militaire qui recevait la première la confidence des projets des factieux.

Quelques jours avant le 25 décembre , les généraux publiaient qu'une insurrection éclaterait ce jour-là. Ils désignaient les hauteurs de Saint-Just comme le point de réunion et la place d'arrhes des insurgés. Le s5 décembre arriva , et tout fut tranquille (1).

Trois jours après f ils manifestèrent de nouvelles craintes , et en écrivirent même à toutes le» autorités. L'événement (2) prouva qu'elles n'étaient pas mieux fondées.

Plus tard ils s'appuyèrent, pour reproduire leurs alarmes, de nouvelles révélations de la part de la misérable qui les avait si mal servis dans le mois d'octobre.

Cette fois elle racontait « qu'il y avait un dépôt » d'armes à Fourvières y qu'elle-même était des- » cendue dans le souterrain qui les renfermait *> La maison fut fouillée en sa présence ; non-seulement elle ne contenait rien de suspect , mais /elie ne communiquait avec aucun souterrain.

Je me soumettrais à des détails infinis et fastidieux , si je voulais rendre un compte exact des dénonciations semblables, renouvelées presque chaque jour. Mes lettres au .ministre des • 1" .et

(1) J'ai donné avis de ces bruits, et signalé ceux qui les répandaient, par des lettres au ministre , du 19 , du a3 et du 24 décembre 1816.

(2) Ce fait est constaté par une lettre que j'écrivis le 29 décembre au ministre.

(38) a4 février font foi de celles que je supprime ici

Il n'est pas jusqu'aux circonstances les plus frivoles qui ne servissent de prétexte.

On brodait sans mystère dans nos ateliers d« tissus dont le dessin offrait sur un champ d'abeilles un phénix avec cette devise : Je renais de t. cendres. On part royaume; et il f des preuves bien \ commandée par le

Vers la fin du n ordres, un gendan tenait à la genda de novembre avet

que c'en était fait du

• rassurer les alarmés,

ne la broderie avait élr

iti.

rier fut arrêté, par mes

né Matliey. Il appar-

Paris. Parti au moi;

d'un mois , au lieu de

rentrer dans sa compagnie a l'expiration du congé, il avait parcouru les départements de l'Ain , du Jura, du Doubs et du Rhône. Arrivé à Lyon , il ne s'y était occupé que de se mettre en rapport avec des personnes qu'on lui avait désignées comme professant des opinions douteuses, et se présentant à eux comme u» officier de l'ancienne armée-, décoré et privé de solde el de retraite, il leui adressait des propositions coupables. Surpris en flagrant délit et arrêté, il déclara dans son interrogatoire que ses démarches avaient pour objet de découvrir des Bonapartiste? , afin de les livret ensuite à l'autorité; el pour donner un gage de la pureté de ses intentions, il confessa qu'il avait été précédemment employé à des opérations par M. le marquis de Messay, prévôt du département

do ta Seine. Je fis traduire cet homme devant le* tribunaux , où son crime fut avéré.

J'ignore parfaitement de qui ce provocateur pouvait avoir reçu une mission ;mais c equi est bien constant, bien positif, c'est que Mathey ne s'est rendu à Lyon que pour faire des dupes, et qu'il possède à un haut degré toute l'astuce nécessaire au rôle infâme dont il s'était chargé.

C'est aussi dans le mois de février que se répan-* dit de nouveau dans Lyon le bruit du projet , conçu par quelques misérables que d'anciens excès avaient rendus fameux, de former une nouvelle compagnie

de Jésus. Un nommé M.... P , connu pour avoir

fait partie de celle qui acquit en l'an 3 une si odieuse célébrité , passait pour être à la tête de l'entreprise. Il reçut de moi l'ordre de s'éloigner de la ville; et bientôt les citoyens qui se croyaient menacés virent se dissiper leurs alarmes.

Le mois de mars s'ouvrit par une nouvelle intrigue dont je dois rendre compte.

Dans ce temps-là , le général Donadieu , qui commandait alors à Grenoble, ne cessait d'occuper l'attention publique par des mesures militaires dont on ne pouvait démêler le bût. Les troupes stationnées dans sa division étaient sans cesse en mouvement. Le jour , la nuit , étaient témoins de marches et contre-marches fréquentes. On assurait que Valence était mise en défense, comme si cette place eût été menacée d'un siège.

. Je m'empressai d'écrire à INT. le commissaire-^ général de policé à Grenoble. U me répondit qu'on devint être sans inquiétude sur le déparlement de V Isère ; qu'on faisait courir sur Lyon les mêmes bruits qui circulaient sur Grenoble.

C'est à cette époque qu'un nommé Gacon f adjudant-major de la garde nationale du faubourg de la Guillotière. , se présenta comme ayant reçu de Grenoble une lettre où il était question d'étrangers réunis dans cette ville , pour y établir un centre de correspondances et de manœuvres factieuses. Cette lettre fut déposée entre les mains du maire. Peu de jours après;, Gacon en communiqua une seconde , venue de la même source. On y lisait « que » les compagnons du devoir s'augmentaient tous » les jours; qu'on espérait ne pas tarder à agir; » que le patron s'était rendu à Romans pour près- » ser le recrutement. » Ni lune ni l'autre n'étaient signées ; mais Gacon affirmait qu'elles étaient l'ouvrage d'un sieur Herbin , ancien militaire domicilié à Lyon , et qu'il supposait alors à Grenoble.

Gacon est envoyé dans cette dernière ville par le maire de la Guillotière, avec la mission d'approcher Herbin, et de pénétrer, par lui , dans les secrets de la prétendue association. A son arrivée, il évita de «e présenter à M. le commissaire -général de police , £t ce magistrat ne . parvint à le voir qu'après les demandes réitérées qull adressa à ce sujet a M, le

préfet. Gacon apprit alors à M. le commissairegénéral qu'il avait reçu l'ordre de ne faire des rapports qu'au général Donadieu et à M. le préfet Berthier.

Cet homme resta long-temps à Grenoble et n'y fit aucune découverte ; mais dans l'intervalle , la police civile acquit la certitude qu'Herbin n'avait point écrit, et que depuis plusieurs mois, il demeurait à Paris.

Je fis arrêter Gaoon comme coupable d'avoir répandu des bruits alarmants , et leftraduisis devant les tribunaux; ils ne trouvèrent pas de preuves suffisantes pour le condamner. Mais Je laisse à juger an public , si l'intrigue dont je viens de rendre compte avait d'autre objet que d'ajouter aux agitations factices de la ville de Lyon , en cherchant aies lier aux prétendus troubles du département de l'Isère.

A peine cette misérable tentative se trouvait-elle déjouée, qu'il fallut s'occuper d'une autre.

Nous étions arrivés aux premiers jours du mois de mars.

Les bruits sans cesse renouvelés d'une inévitable révolution dans le gouvernement, le manque de travail y la misère toujours croissante 9 tout concourait à disposer plus que jaiqais les esprits faibles à recevoir de funestes impressions. Des misérables s'emparèrent de ces circonstances pour le succès de

leurs manœuvres.

Dès la fin du mois de février, j'avais été informé

que des enraiements avaient été proposés à qudgues ouvriers sans travail.

Je fis faire les recherches les plus actives, et on nommé Chambouvet fat arrêté; c'était on ouvrier âgé de 24 ans , ennemi du travail, sans ressources, sans pain, et d'un esprit fort ardent

Son arrestation suffit pour faire cesser tous les bruits d'enraiements. Cet homme, interrogé, prétendit qu'ayant rencontré par hasard, sur lapida de Bellecourtf un individu qui se fit connaître à lui sous le nom de Paul, celui-ci lui proposa d'enrôler pour la République, et lui remit dix icus pour commencer} qu'il avait pris en conséquence le nom de quelques ouvriers , sans leur rien donner, ni rien leur promettre , et ces noms se trouvaient en effet inscrits sur un carnet dont il était porteur.

Le prétendu Paul ne tarda pas à être arrêté. Le vrai nom de cet homme était Louis- Philippe David , natif de Paris, gendarme licencié du département du Rhône. Je fis également arrêter un assez grand nombre d'individus qui avaient eu des rapports avec Chambouvet. La confrontation de ce dernier avec David, combinée avec les déclarations de plusieurs autres prévenus, constata que ces deux hommes avaient profité de leurs manœuvres pour escroquer de l'argent; ils fabriquaient des commissions pour divers emplois , toutes écrites par David. Ils recevaient et partageaient l'argent des insensés qui se croyaient appelés aux honneurs et aux places.

Mais ils n'étaient pas les seuls coupables de ces perfides manœuvres. A côté d'eux, mes agents avaient surpris et saisi un nommé Brunet, qui travaillait avec non moins d'ardeur qu'eux-mêmes à faire des dupes. A peine cet homme était-il arrêté, que M. de la Colombe, adjudant de place, vint en personne le réclamer, comme agent secret de la police militaire. J'exigeai une demande par écrit ; elle me fut adressée , et Brunet fut mis en liberté. M. de la Colombe me promit alors de ne plus employer un instrument aussi dangereux. Mous n'aurons que trop l'occasion de nous assurer que ce misérable n'est sorti de prison* que pour se livrer aux mêmes manœuvres , et sous la même direction.

Au reste, l'affaire dans laquelle il venait de jouer un rôle , ne parût se présenter que comme un plan d'escroquerie. Telle fut l'opinion qu'en conçurent M. le procureur du roi et M. le juge d'instruction; et M. de Chabrol lui-même disait à ' cette époque ce qu'il répète aujourd'hui : « Que » c'était une véritable conspiration de canaille. »

L'affaire fut renvoyée à la police correctionnelle. Mais après les événements du 8 juin , le complot de Chambouvet, si méprisé jusqu'alors, parut s'agrandir de toute l'importance qu'on attachait aux mouvements de cette funeste journée.

Ici je m'arrête, pour ne point anticiper sur les détails de cette époque à laquelle se lie le jugement de Chambouvet et de ses complices.

de L70B , et qoi honorai le pins son trie. Bientôt b fianrif des £ûls qu'il leur ïnapo-

▼et lui-même séduit à les démentir. H alla plus km eacore lots de ioq jugement, et déclara luimême, dans les débats, n'avoir joué que le rôle d'un agent provocateur.

Set aveux ne noosont point fait connaître par qui il avait été poussé à ces provocations ; fl est probable que j'en eusse appris davantage, si l'autorité militaire ne m eut pas laissé ignorer les rapports qu'elle a dû recevoir sur l'origine et les progrès de la prétendue conspiration , de la part de l'agent Brunet y qui se trouvait au milieu des agitateurs. Malheureusement ce n'est pas la dernière fois que j aurai eu lieu de m'étonner et de m'affiiger de son extrême discrétion.

Le mois d'avril fut remarquable par deux scènes publiques, qui, daus tout autre temps, auraient eu peu d'importance, mais dont l'esprit de parti s'empara , et qui eurent les suites les plus déplorables : toutes deux ont #u lieu le même jour , et presque à la même heure, et n'ont cependant entre elles aucune liaison.

La première eut pour théâtre les Broteaux. Une querelle s'y éleva entre un soldat suisse et un soldat français, l'un et l'autre appartenant à la garnison.

D'autres soldats des deux nations y prirent part. Le vin , non moins que le souvenir d'un dnel tout récent entre deux autres soldats des deux nations , contribuait à enflammer les esprits. On en vint aux rhains , et la garde nationale , qui »'y était portée avec beaucoup de zèle pour rétablir Tordre , eut elle-même à souffrir de l'emportement des deux partis. Cependant la rixe n'eut point d'autres suites; mais on ne manqua pas de dire qu'elle avait été préparée de longue main par dé sourdes menées. Des insensés allaient jusque supposer qu'on avait vu aux Broteaux un rassemblement de 700 hommes armés de pistolets et de bâtons, avec l'intention préméditée de tomber sur les Suisses.

Mais les 700 hommes, les pistolets , les bâtons i le complot f n'étaient encore qu'une rêverie. D'après les enquêtes que firent les chefs de corps dans leurs régiments respectifs ; d'après toutes les recherches des autorités civiles, et tous les rapports, il fut reconpu que la rixe était purement militaire, telle qu'il en arrive dans toutes les garnisons.

Un agent de police de la Guillotière, excité sans doute par des agitateurs bien coupables , avait osé dénoncer et faire arrêter un sieur Yvrard, négociant, comme moteur du désordre. La calomnie fut reconnue ; elle parut si grossière , si atroce, que l'agent fut lui-même envoyé en prison par mesure de police.

La scène des Terreaux , bien plus innocente encore , eut des suites beaucoup plus fâcheuses.

Des soldats suisses eu furent encore le sujet.

Un paysan passait au-devant du poste suisse du pont de la Guillotîère. Deux soldats ivres, qui avaient pris querelle , y étaient retenus: des curieux s'étaient grou] du poste ; le pa ysan en augmenta le non

La garde veut et : multitude et la re-

pousse brusquemcni n ne se retire pas avec

assez d'agilité, on in le conduit au poste

suisse de l'Hôtel-de- lait cinq heures; c'était

un jour de dimanch était couverle de pro-

meneurs. Personne ni d'abord garde à ce

petit événement.

Tout-à-coup on entend quelque bruit du côté de l'Hôtel -de-Ville ; c'était le paysan qui fuyait , et deux militaires suisses qui le poursuivaient d'un peu loin.

Au même instant trois autres soldats suisses , qui se trouvaient sur la place avec un peuple immense, percent la foule , et , par un mouvement de zèle , se précipitent au-devant du fugitif. L'un d'eux tire son sabre, et, par un autre mouvement moins convenable, blesse d'un coup de pointe le fugitif qui se rend. Les suisses du poste arrivent à leur tour. Le sergent, transporté de colère, menace de frapper le prisonnier déjà blessé. Cette scène excite delà rumeur. On accourt, selon l'usage, aux fenêtres; un se précipite du fond des magasins entrouverts.

(47) L'indignation fait entendre des cris peu mesurés. Cependant les cinq suisses, au milieu de ce bruit, reconduisent leur captif à l'Hôtel-de-Ville, sans rencontrer la moindre résistance, et tout est terminé.

Ce petit événement, au rapport de M. de Chabrol, que le hasard en avait rendu témoin , ne dura pas cinq minutes, et aurait dû être aussitôt oublié, comme tant d'autres scènes imprévues, dont une grande ville est souvent le théâtre.

Mais ceux qui depuissi long-temps ne cherchaient qu'à agiter les esprits , s'emparèrent avec avidité de cet événement , et voulurent en faire un grave sujet de recherches et de rigueurs.

Bientôt trois personnes se virent jetées dans les prisons. L'un était un pharmacien, père de dix enfants; le second, un chef de commerce très-estimé et très-nécessaire à sa maison; et le troisième, un jeune homme appartenant à plusieurs familles honorées dans Lyon. Tous furent soumis à une longue instruction , et mis en jugement devant le tribunal de police correctionnelle.

Alors s'éleva du sein du ministère public une voix éloquente et courageuse qui , appréciant les hommes et les choses avec une grande franchise , ne craignit point de montrer l'austère vérité au travers des passions qui l'avaient méconnue; de sitgnaler l'influence qu'avait eue sur l'accusation ce même esprit de parti contre lequel je lutte depuis si long-temps , et de faire entendre , au nom du

(-18) rot et dp la société , des paroles de justice el de n dération. Les nobles sentiments qui respirent dans ce discours, et les circonstances dont il fait foi, ont trop de rapport avec le compte que je rends, pour qu'il ne me soit pas permis d'en citer quelques ils m'aideront à remplir, en concourant nie suis imposée; ils >esoin de citer d'autres ■s le seul magistrat à ilité dans la ligue tracée

à la justifier, la i montreront, sans exemples, que je Lyon qui ait mar par Sa Majesté.

M. Vincent-Sa renr du roi , après preuves, après avi

t , substitut du procuatii l'accusation et les m et proclamé que les

accusés lui paraissaient irréprochables : " Le roi , » dit-il, pour achever de justifier les conclusions » qu'il prit en leur faveur, le roi est ennemi des ■> passions; comme lui, nous n'en servons aucune, >< elles ne peuvent rien sur notre esprit.

» Le roi nous accorde sa confiance nous ne

» pensons pas la trahir , en repoussant loin de » nous des inspirations étrangères

» Le roi veut qu'une vigilance constante recher- >• elle les délits et les crimes. .. mais le roi sait » en même temps que pour certains esprits il est ii depuis plusieurs mois une exagération tfinquié- - tuile qui multiplie les complots , qui voit par- <■ tout des conspirateurs.

» Le roi veut que tous les efforts tendent ;t rap- <• procher les esprits ; nous lui obéissons en prou-

i» vaut à la société tout entière que les magistrats » restent fermes dans l'accomplissement de leurs » devoirs, qu'ils ne participent point aux exagé- » rations d'aucun genre; qu'ils entendent sans » crainte les cris de la multitude , comme ceux des » passions; qu'ils ne jugent point les personnes ,

» mais seulement les délits

» Quant à nous , messieurs, dans ce jour solen- » nel, nous ne nous abusons , ni sur l'ensemble de » toute cette affaire, ni sur chacun de ses détails, » ni sur les écrits ou les discours qui s'y rapportent » dans cette ville, à Paris même, peut-être.

» Nous savons aussi que nous sommes observés; » qu'on doit interpréter et notre discours et nos » pensées; que chacun des principes qui nous ser- » cent aujourd'hui de guide, doit passer au creuset » d'une critique peut-être excessivement sévère.

» Eh bien ! nous en éprouvons un mouvement h secret de contentement et de joie. Au lieu de re- » douter l'injustice , la critique et la partialité , » nous voudrions que cette enceinte pût s'agran- » dir, pour que la multitude des citoyens qui a » reçu de fausses et de funestes impressions , apprît » en ce moment à les rectifier.

» Peu nous importe de froisser quelques amours- » propres , ou de heurter quelques opinions. Nous » l'avons déjà dit : la crainte , les préventions et » les personnes, ne sont rien à nos yeux. La raison » seule nous conduit , la justice seule nous déter- » mine : une voix intérieure nous crie incessam-

(So) a ment : Fais ce que dois, et advienne gîte pourra, i

Ce discours, prononcé avec dignité devant an public immense, produisit une vive émotion.

Cependant le jugement ne fut pas conforme aux conclusions : les trois prévenus furent condamnés

a un emprisonner»""

■*"in7-e jours.

d'apprécier celle déeiujet d'observer que les ur la provoquer , n'ëcher les esprits, lire s'instruisait , je fis ivelle intrigue, dirigée le , nommé Cormeau, e Varmée , sans demi-

nsi que tous les officiers

Il ne m'apparti sîon ; mais il est mesures dont on (aient pas dé natt

Au moment où arrêter les auteurs par nn capitaine c1 officier rayé des c< solde et sans retraite , revenus de l'île d'Elbe.

Au mois de janvier 1 8 1 6 , ce militaire était devenu suspect à la police civile , par ses liaisons avec l'un des moteurs du complot qui fut déjoué à celte époque. Je l'avais fait arrêter; mais aucune preuve n'ayant été acquise contre cet homme , il avait été mis en liberté.

Cormeau m'offrit ses services; il fut employé comme agent secret, soit à Lyon, soit hors de France, et servit bien ; mais la nature de ses fonctions ayant enfin été soupçonnée, il me devînt impossible de le conserver utilement. Cormeau de manda lui-même à ne plus être employé ; il avait alors le projet de former un établissement.

Il me pria d'écrire à Son Exe. le ministre de la

(Si)

police, de le recommander an ministre de la guerre , auquel il s'était adressé pour obtenir une demisolde ou sa retraite. J'écrivis à cet effet, et fis valoir les bons services de Cormeau , en sa qualité d'agent secret : c'était dans les derniers mois de 1616. Depuis lors j'avais entièrement perdu de vue cet officier.

Dans les premiers {ours du mois de mai , j'eus connaissance de certaines manoeuvres qui menaçaient la tranquillité de la commune de Saint- Rarabert. L'un des prévenus habitait Lyon : quelques propos qui lui échappèrent me minent bientét sur la voie , et je reconnus que la direction était donnée par Cormeau. Je fus instruit en même temps que déjà l'on avait réuni des armes et de la poudre.

Mes soins durent s'appliquer k la recherche de ce dépôt et de ceux qui l'avaient établi. Le hasaitf me conduisit pour ainsi dire par la main.

J'avais pfacé sous les ordres de M. Vaché, commissaire de police , pour le seconder dans la police ordinaire de sAreté 9 deux agents secrets qui ne correspondaient qu'avec lui. M. Vaché me prévint un jour de la proposition laite à l'un d'eux par

le nommé «Gui , de Lyon, de procurer des

fusils. Mon premier mot lut un refus , dans la crainte qu'on ne se livrât à des provocations semblables à celles dont j'avais eu connaissance. Plus tard on revint à 4a change. Je pernassdeUvnsr un seul fasii : ou le refaua. J'autorisai enfin M. Yaché

à en délivrer cinq.

mais a

vec les précautions cow-

venables. Son agent

les remit; un autre agent les

suivît; Us furent portés à

Saînt-Rambcrl cbez un

sieur Granger.

Je n'attendis pas qu'on

en fit usage pour x

livrer à un raouv»'

namà t)ès ),. lendemain , Cor-

meau, Granger et

^revenus , furent arrêtés.

Leurs maisons

ji liées, on trouva chez

Granger quelqut

les cl un petit sac rem-

pli de balles de c

it n'y trouva pas les fu-

sils qui avaient i

et enfouis dans un jar-

dîn voisin , et d1

nt , d'après les arresta-

tions, extraits cl

la rivière , au nombre

de douze ou quati

a femme de Granger.

Cormeau, interrogé, dit avoir lui-même engagé Granger à se procurer des armes ; avoir en outre fourni à Granger et à Fonrobcrt des indications pour se procurer des cartouches.

Dans quelles vues leur donnait-il ces conseils ? pour les compromeflre , pour les perdre , afin dt les mettre dedans , pour les convaincre ç/i 'ils machinaient. C'est encore lui qui en convient; ce sont les expressions dont il s'est servi dans ses interrogatoires et dans sa défense.

Comment s'y prenait-il pour capter leur confiance? il faisait le bonapartiste , ci s'occupait avec eux de politique : c'est encore lut qui l'a dit.

Ces déclarations au reste sont conformes à celles de Granger. « C'est pour son malheur, disait celui- » ci , qu'il avait l'ait la connaissance de C ormeau;

» que Cormeau lui ayant fait plusieurs fois des* » propositions qu'il avait rejetées , l'avait enfin dé- » terminé à recevoir des fusils qu'il avait fait appor- » ter , et qu'il avait ensuite cachés dans le jardin* » de la veuve Del ville , sa voisine; que Cormeau, • » en lui parlant de ces fusils , lui avait dit que les » choses ne pouvaient pas durer plus long-temps , » et qu'il jr aurait des changements / que Cormeau » lui avait remis lui-même une livre de poudre et » environ go balles pour faire des cartouches. »

Cette révélation est textuellement tirée de l'acte d'accusation qui fut portée contre tous ces prévenus le 8 octobre dernier.

Voilà les provocations de Cormeau bien avérées. Maintenant qui servait-il ? J interrogeai Cormeau le jour même de son arrestation, et non pas à mon retour de Paris, comme l'annonce trop légèrement le général Canuel, dans sa réponse au colonel Fabvier. Il déclara que sa demande au ministre de la guerre ayant été communiquée au général Màringonné , celui-ci le manda , et qu'après lui avoir reproché d'avoir servi la police civile, de préférence à la police militaire , il l'avait chargé de le tenir informé de tout ce qui se passait à Saint- Rambert ; et de.ne pas craindre de dire et faire tout ce qu'il voudrait pour inspirer plus de confiance aux ennemis du gouvernement. Voilà ce que Cormeau n'a pas cessé de répéter jusque dans les débats, qui ont ont précédé son jugement. C'est, disait-il ,pour me

rendre favorable le général Maringonné, que je me suis prêté au râle d'agent provocateur.

Le général Mafingonné 9 interrogé à Paris le 2 2 octobre 181 7 par le jnge d'instruction , ensuite d'une commission rogatoire , déclara qu'il n'avait point dit à Cormeau dé faire et dire tout ce qu'il voudrait pour inspirer plus de confiance au* mécontents ; il avoua cependant lui avoir dUy par forme de conversation, qu'il lui serait obligé de le prévenir, s'il y avait dans cette commune quelque chose de nouveau ; mais que Cormeau ne lui avait point dit du tout que son projet fût pour mieux servir la police, et inspirer plus de confiance aux mécontents, de paraître se ranger de leur parti, de tenir des propos contre le gouvernement , ce qu'il lui aurait expressément défendu.

Sans doute le général a dit la vérité à la justice ; mais alors il faudra bien admettre que Cormeau aura considéré cette forme de conversation comme un mandat suffisant pour agir; car ilparattbien difficile de croire «que cet officier , qui avait si bien servi les intérêts du gouvernement sons mes ordres , qui avait mérité les éloges de M. le comte de Laarencin, colonel de la légion du Rhône , lorsqu'il y fut employé, qui sollicitait et espérait alors même sa demisolde ou sa retraite , eût saisi cet instant pour tons* pirer de bonne foi.

Au reste, j'ai fait connaître les faits, et, fidèle à mon système , je laisse au lecteur le soin d'en tirer les conséquences.

M. Canuel (i ) semble faire entendre que le dépAt d'armes découvert à Saint-Ranibert ne 9e composai t que des fusils donnés p$r mes ordre* ; insinuation d'autant plus extraordinaire dan* sa jonche , qu'instruit joqr par jour de toute l'affaire par de continuelles communications pistant aton entre nous , il sait qu'il n'a été fourni par mpn agent que cinq fusils, sur tfouft ou çuçtorw dont se composait le dépôt f où se trouvaient en outre des munitions. D'ailleurs , il le sait comme moi 1 ces armes avaient été délivrées dans la seule vue de découvrir }e dépôt où l'on devait les transporter; elles avaient été demandées et non offertes ; il sait en outre que dès le lendemain, à l'instant mAmeoù j'eus connaissance du dépôt, je fis arrêter las coupables , sans attendre qu'ils se fussent livrés à la plus légère tentative. On ne me reprochera jamais d'avoir employé des agents provocateurs. J'ai eu toujours en horreur une si lâche perfidie , pt ma vie administrative , heureusement exempte d'une pareille souillure, peut défier toutes les. récriminations.

Telles sont les principales circonstances antérieures aux événements du 8 juin , et qui peuvent aider à les bien juger.

Je ne me propose pas daller au-devant des réflexions qu'elles feront najitre ; qu'il me soit seulement permis de fixer l'attention du lecteur sur trois résultats qui me paraisient importants.

On a pu voir en premier lieu si le général

(1) Pag* 34 de sa régoasc.

J Li.«UJI

Canuel a dit la vérité, lorsque, dans sa réponse an colonel Fabvier, il s'est exprimé en ces termes:

« J'affirme que de tons ces agents qui , suivant » M. le colonel Fabvier, parcouraient les villes et » les campagnes , aucun n'appartenait à l'autorité » militaire , et que tous appartenaient au Lieute- » nant de Police; que les renseignements qui me » parvenaient à moi Ganuel , étaient communiqués » officieusement par des citoyens honnêtes, et non » par des hommes à gage. »

Déjà les Gauthié , les Gacon , les Brunet , les Cormeau , ont paru sur la scène , pour attester la confiance que mérite cette déclaration solennelle ; bientôt nous verrons s'élever une foule de témoignages nouveaux et plus décisifs encore. Qu'il me soit permis d'en détacher un seul , pour achever , dès à présent, de résoudre tous les doutes sur ce point : je transcris ici la quittance que m'a délivrée le général Canuel , à une époque où de tristes succès ne lui permettaient pas sans doute de penser qu'il aurait un jour intérêt à nier Y excès de zèle dont il se vantait alors.

« J'ai reçu de M. de Sainneville, Lieutenant - » général de Police , la somme de 1 200 fr. , en » remboursement de pareille somme que j'ai dé- » boursée pour frais de haute police. Dont quit- 9 tance. A Lyon, le 25 juin 1817. Le Lieutenant- » général commandant la dix-neuvième division ,

» Canuel (1). »

(1) C'est le i4 juin 7 que le général me fit connaître

Il est un second résultat non moins avéré ; c'est que l'autorité militaire a constamment agi en affectant de s'isoler de la police civile. Quel que soit le véritable motif de sa méfiance 9 elle devient un fait constant , et qu'il importe de ne pas perdre de vue.

Enfin on a pu voir dans toutes les intrigues qui ont signalé l'époque dont je viens de rendre compte, que les agents de l'autorité militaire , officieux ou salariés, ont constamment été surpris au milieu des agitations, jouant le rôle d'infâmes provocateurs, et que les agents de la police civile n'y ont jamais paru que pour déjouer les complots et arrêter les coupables.

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