‹ A ses concitoyensChapitre 42 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Evénements du 8 juin.

Nous voici arrivés au 8 juin, jour de deuil et de larmes pour le département du Rhône, jour de scandale et de douleur pour la France entière.

qu'il s'était livré à des dépenses de haute police pour des agents secrets, et dont il lui paraissait juste d'être remboursé. Je lui répondis que j'allais en demander l'autorisation au ministre de la police , et c'est après l'avoir obtenue de Son Excellence que j'ai remis laoo francs an général Canuel.

Depuis 6 jours j'avais quitté Lyon. Je m'étais rendu à Paris, en vertu d'un congé qui m'avait été accordé dès le mois d'avril précédent , et dont j'avais tardé de faire usage, parce que des intrigue* successives, et le besoin de veiller aux subsistances, avaient rendu ma présence nécessaire.

L'arrestation de celle de Cormeau cesser subitement le calme profond démontrait toujoi taientnî graves ni aucune ramïficati vidus mis en ceuvn

D'un autre côté d'être pris pou

ouvet et de sa bande, complices, avaient fait bruits de conspiration; nt suivies ces mesures, que ces agitations nées, et qu'elles n'avaient n cercle étroit des iuJi-

des moyens certains venaient rer, pendant le mois de juin, le service des boulangers, de manière à prévenir toute augmentation dans le prix du pain jusqu'à la récolte.

Enfin je ne m'éloignai pas sans avoir pris toutes les précautions convenables, pour que ma courte absence nuisît le moins possible à l'action de la police. Trois commissaires, éprouvés dans plus d'une occasion, et dont l'activité avait justifié ma confiance, étaient chargés de se réunir, d'apprécier en commun leurs rapports respectifs, de rendre compte à M. le préfet de tout ce qui viendrait à leur connaissance, et d'exécuter ses ordres.

' Les différentes autorités de Lyon partageaient alors tonte nia sécurité. Le lieutenant-général Canuel ne me témoigna pas la pins légère inquiétude, lorsque j'allai prendre congé de loi; et M. de Chabrol , bien loin d'appréhender un danger pour la tranquillité publique , me dit , au moment où j'allais monter en voiture , que si {'avais voulu différer mon départ de quelques jours, il serait parti lui-même pour aller visiter le canal de Givors.

Il est bien vrai que , dès la veille, un rassemblement tumultueux avait eu lieu à la Serrandière , près de Trévoux , à 5 lieues de Lyon ; mais ce rassemblement insignifiant , d'après M. de Chabrol lui-même, et dispersé aussitôt que formé, selon les expressions du procureur du roi, n'a été connu à Lyon que le 3 au soir : ainsi l'a déclaré le même magistrat dans son acte d'accusation du 1 3 juin. Au surplus , la correspondance que M. de Chabrol vient de rendre publique , atteste d'une manière irrécusable le calme dont Lyon jouissait au moment de mon départ.

Une lettre du 6 juii* parle de bruiis extraordinaires ; mais ( ajoute M. de Chabrol ) ils ne datent que de trois jours , et ne sont répandus que dans les campagnes. Or, les campagnes étaient étrangères à mon autorité et àma surveillance. D'ailleurs M. dt Chabrol regarde ces bruits comme semis par des hommes à qui la leçon a été faite : ce sont, a ses yeux | les mêmes manœuvres déjà signalées.

M Bli^S

à diverses reprises, H finit par affirmer que la ville est

calme, et qu'elle ne lui donne aucune inquiétude.

Le lendemain il écrivait encore que la ville était

parfaitement calme.

Pourtant, après la catastrophe, certaines gent n'ont pas manqué de faire de mon absence un

prétexte pour dirigei pa Lions. Les plus ira

moi de graves inculroyaient une preuve

de ma négligence, p couvrir d'avance le

ie n'avais pas su déles factieux. D'autres

allaient plus loin et '

aient de faire croire

qu'instruit du com

: mon départ , je ne

m'élais absenté qu

lisser éclater sans me

compromettre. A c

nds : Devaîs-je, pou-

vais-je ignorer les mauvais desseins qu'on formait à la ville et an dehors , et qui ont ensuite éclalé le 8 juin? On verra plus tard ce qu'il faut penser de ces desseins. En ce moment j'aborde franchement l'objection, comme si elle s'appliquait à un objet réel , et je dis : En général, tant que les méchants se bornent à rêver des complots, ils peuvent échapper à la plus active surveillance : on ne peut être toujours en tiers parmi eux. L'action de la police ne commence qu'au moment où des moyens pusitifs d'exécution s'organisent , et que, par des faits quelconques, on prépare un événement; or, l'on ne peut, je le déclare, me citer une seule trame ainsi déterminée qui ait échappé à mes recherche* depuis l'affaire du 16 janvier, dont je tenais déjà

les fils, lorsqu'une imparfaite et brusque révélation vint l'obscurcir plutôt que l'éclairer.

Pour celle du 8 juin , je n'étais pas chargé de la police des campagnes , et il y a peu de justice , ce me semble , à m'adresser une critique qui , fondée ou non, ne pourrait intéresser que le préfet. Je n'ai pas plus à craindre la censure pour ce qui concerne la ville; il est constant qu'il ne s'y est fait aucun préparatif d'insurrection, et qu'avant mon départ on n'y a pas disposé d'un seul fusil , d'une seule cartouche. A peine dans cet immense complot, a-t-on découvert unseulenrôleur, le cordonnier Bitternay, qui, à son tour, pour tout enrôlement , reçut la parole de trois autres misérables, lesquels n'ont embauché personne.

Rien ne semblait donc alors menacer la tranquillité de la ville ; et si le feu couvait sous la cendre , les mains qui l'entretenaient ( on le verra bientôt ) ne devaient pas m'être suspectes.

Du reste, il me sera facile de faire justice de toutes les accusations; il me suffira de laisser parler les faits.

Ma conscience ne me reproche rien : mais si mon absence ne fut point coupable , je ne puis m'empêcher moi-même de la regarder comme une fatalité que je déplorerai toute ma vie. Convaincu, comme je le suis, que les mouvements du 8 juin .furent l'ouvrage des mêmes intrigants dont j'avais si souvent démasqué et déjoué les manœuvres,

heureai

<6a) j'ai peine à croire qu'ils eussent rfté plus hei

dans celles qui ont prépare celle fatale journée; j'ai peine à croire qu'ils fussent parvenus à se faire de nos calamités un déplorable triomphe , si je m'étais trouvé sur les lieux, si j'avais été témoin des premières démonstrations de leurs coupables

projets. Du moins, conspiration n'eûi d'exécution; car l'empêcher, il eùl est pour moi une flexions douloureu tude de n'avoir p voir fait tout ce q

tain que la prétendue ucun commencement < démontré que pour vouloir. Celle pensée regrets amers , derél 'adoucit pas la cerfide reproches, et dV lu de moi pour dimi-

nuer ou pour réparer ic mai que je n'avais pu prévenir.

C'est le 9 juin , et par une dépêche télégraphique, que le préfet annonça les événements de la veille. Appelé auprès du ministre , je demeurai immobile d'étonnement , lorsqu'il me parla de nombreux rassemblements armés , et d'une grave insurrection qui devait avoir éclaté tout-à-coup dans le département que j'avais laissé, peu de jours auparavant, calme et tranquille. Je sais bien, disais- je à Son Exe, qu'il n'est jamais impossible à des factieux de produire une certaine agitation , sur-tout en s'aidant de l'embarras et de la cherté des subsistances : mais je connaissais le bon esprit de la population de Lyon, et je ne dissimulais point que j'avais peine à

comprendre qu'un mouvement sérieux eût éclaté dans son sein.

À la suite d'une longue conférence , je reçus Tordre de retourner à Lyon en toute hâte. J'étais venu à Paris pour solliciter de nouveau ma re-» traite : je ne voulais plus exercer des fonctions aussi pénibles , et qui usent si promptement la vie : mais ce n'était pas au moment du danger qu'il m'était permis d'insister ; j'accourus à mon poste.

J'arrivai à Lyon dans la matinée du i3 juin. On conçoit avec quel empressement je dus consulter les rapports qui s'étaient accumulés dans mes cartons , pendant ma courte absence. Je . me livrai tout entier à un examen si important et si urgent.

Ce qui me frappa , c'est que plusieurs jours avant l'explosion du 8 juin , les apprêts en avaient été annoncés non par des bruits vagues 7 par des on diln mais par des déclarations positives, par des avis officiels; d'où je concluais qu'il eût été facile de prévenir toute espèce de mouvement

Plein de cette idée , et sans m'occuper alors des causes , je me tendis le même soir cher M. le préfet , pour lui laite connaître mon arrivée , et la disposition très-sincère où j'étais de le seconder de tout mon pouvoir dans les recherches que prescrivaient les circonstances. Je trouvai auprfesdeluilMLCanuel et plusieurs autres personnes. On s'entretenait de la journée du 8, des mesurés prises en cette cireras-.

tance; et au travers de ces détails, arrivait pour cooclusion qu'on avait sauvé te trône et l'Etat.

Jusque-là j'avais écouté en silence et avec unt grande attention; mais, à ces derniers mots , je ne pusme contenir, etm 'énonçant avec plus de vivacité peut-être qu'il ne convenait , mais avec toute la

franchise de m l'Etat, m'écriaiautre «le voir est que le trône et ] mouvement du o nel'a-t-on pas pi me fut arrachée heurs dont mon si aisé de prévou.

: » Sauver te trône d devoir de tous; mais un ■r, quand on le peut, oient mis en péril. Le nu (l'avance; pourquoi Celle réflexion chagrine pressentiment des malmenacé, et qu'il était -nchise déplut , et mes

rapports ultérieurs avec le préfet s'en ressentirent.

Je ne peindrai point la consternation et l'effroi qui régnaient dans Lyon lorsque j'y arrivai. Je ne dirai pas qu'au milieu de la douleur générale, la joie de quelques hommes semblait annoncer le triomphe et les excès d'un parti , bien plus que le triomphe et les rigueurs de la justice. Mes yeux ne s'arrêtèrent pas long-temps sur cet affligeant spectacle; je me livrai sans relâche à compléter tous les documents qui devaient m 'éclairer sur l'importance et les véritables causes d'un mouvement que j'avais peine à comprendre.

Avait-il en effet existé un vaste complot destiné à renverser le trône et l'Etat ? Les autorités

avaient-elles miraculeusement comprimé nne insurrection effrayante, combinée, préparée par les amis de l'ancien gouvernement , et qui , après avoir éclaté sur quelque point, était près de s'étendre dans tout le département du Rhône , et menaçait le repos de k France entière? On bien cette malheureuse contrée n'a*-t-elle été que le théâtre d'une nouvelle jonglerie politique, et la victime des odieuses combinaisons que j'avais souvent rendues inutiles? Telles étaient les questions dont 1 examen importait à ma conscience, au gouvernement, à la justice et à l'humanité*

Je ne tardai point à concevoir les doutes les plus graves sur la réalité de la prétendue conspiration , et n'hésitai pas à les faire connaître au gouvernement. Mais ces doutes, l'instruction seule pouvait les éclaircir et les changer en conviction, en fournissant des preuves positives. Comme c'était de bonne foi que je cherchais la vérité, je m'empressai de proposer aux diverses autorités de faire cette instruction en commun, de tout scruter de concert et sans prévention : mais cette communauté de travail et d'impartiales recherches ne fut point agréée. Ce fut M. le maire de Lyon qui se chargea exclusivement du soin d'interroger les prévenus.

J'essayai d'obtenir quelques lumières, en interrogeant après lui quelques-uns de ses prisonniers. Ce moyen parut bientôt susceptible de graves inconvénients, et on finit par me refuser toute communication avec les personnes arrêtées, jus-

qu'au moment où M. le maire aurait termine" son instruction. Je demandai tîii moins à entendre, a interroger le nomme* Barbier, sur lequel roulait tout le système de conspiration; je ne pus uns l'obtenir, et ce prévenu si important , ce chef du co-

mité insurrectîonni'l f»' «

Une circonstance je rencontrais , et q> tudes : M. le pr( avait jugé les chost avoir subitement de Sainl-Dubuis, i rapports plus ou idées de ce magi

"strait à mon examen, lait les difficultés qui- . mes propres ïncertîendant si long-temps, moi-même, paraissait jp'mîon : 1 aires ta tïort c cartouches fi), des niants, firent dans les révolution soudaine, nbattn

inexplicable; ce qu'il avait considéré et « comme des chimères, prit à ses veux le caractère de la réalite. Cette dernière impression fut si forte , elle subjugua tellement ses esprits, qu'elle le porta à se rallier à ceux qui proclamaient sauveurs de l'Etat les mêmes hommes dont il avait si souvent dénoncé les manœuvres et la tactique.

Mais ce qui rendait les obstacles presque insurmontables, c'est l'éclat qu'avait déjà jeté la prétendue ronspiration; c'est la teneur qu'avaient répandue et qu'augmentaient chaque jour les mesures des autorités militaires et civiles, et les actes de l'autorité judiciaire. Comment parvenir à foire démentir des mouvements dont la nature et la "ra-

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