‹ A ses concitoyensChapitre 43 sur 48 · TP · texte numérisé non relu

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(67) vite avaient été. officiellement et solennellement proclamées? Comment démasquer l'intrigue et l'imposture dans un moment et dans un lieu 9 où les plus terribles démonstrations la présentaient sous le masque du zèle et de la vérité ; où le pouvoir .se trouvait entre les mains de ceux qui soutenaient ou partageaient l'erreur , et, pesait d'une manière effrayante sur tous ceux qui auraient eu intérêt à la dissiper ?

Plusieurs mois je luttai péniblement contre toutes ces difficulté?, sans pouvoir parvenir à fixer l'opinion du gouvernement sur la nature des événements du 8 juin. Mais le jour où, déterminé enfin par son incertitude même , il envoya dans le département du Rhône un lieutenant du roi , avec des pouvoirs qui manifestaient la volonté et fournissaient Jes moyens d'atteindre la vérité, une ère nouvelle s'ouvrit pour la population . du département du Rhône, et l'on put pressentir que le jour de la justice était enfin arrivé. M, le duc de Rçguse f p'a point trompé ces espérances, et, surmoutant bientôt les préventions que lui-même a va\t apportées ou reçues pendant les premiers moments de sqn séjour , il a su , par une conduite pleine de .vigueur et d'impartialité , rendre aux malheureuxlaforoede se plaindre , et à la vérité le courage de se montrer.

Je viens aujourd'hui faire connaître l'ensemble des preuves si lentement et si difficilement acquises. Forcé de faire un choix au milieu d'immenses matériaux, et devant, ainsi que jeTai dit en conunen-

çant, m'interdire de puiser à une source qui renfermedes documents précieux, il me sera impossible de mettre sous les yeux du public tous les éléments de ma profonde conviction. Toutefois, je ne crains pas que l'opinion reste encore long-temps douteuse sur les véritables caraclères de l'événement du 8 juin; encore un instant, et les couleurs sous lesquelles les désordres ont éclaté , ne tromperont plus que ceux dont Terreur sur ce point nourrit les passions ou flatte les intérêts.

Pour suivre Tordre des événements, nous devons d'abord fixer l'attention sur les circonstances qui ont immédiatement précédé Texplosion.

Les projets des factieux, quel qu'ait été leur but, étaientrils connus des autorités avant d'avoir éclaté?

Pour éclaircir ce point, il nous suffirait désormais des mémoires publiés par le général Canuel , par le préfet et par le maire.

Le premier convient que le 7 juin au soir , il fut prévenu que la conspiration devait éclater le lendemain; une déclaration écrite de M. de La Colombe, adjudant de place, prouve que le général *n était instruit plusieurs jours auparavant , puisque Tun des agents reconnus de l'autorité militaire se trouvait au milieu des agitateurs.

M. le maire assure aujourd'hui f comme il Pavait fait déjà dans une proclamation qui suivit de près le 8 juin , avoir saisi tous les fils du complot plusieurs jours avant son explosion.

Le préfet , à son tour, publie des lettres qui prouvait qu'il avait reçu, bien avant le 8 juin, des avis

sur les dangers que courait la tranquillité publique; et , en effet , dans les premiers [ours de juin ,. M. le maire de Saint-Genis avait écrit deux fois à M. le préfet que sa commune était agitée , et demandait formellement que le capitaine Oudin en fut éloigné*

Un propriétaire de Saint-Genis-Laval fit avertir les autorités qu il y aurait unt insurrection le dimanche 8 juin , dans cette commune > et désigna le capitaine Qudîii comme devant en être le chef.

Le 5, M. Deschamp, juge de paix dn canton d'Anse, envoya à Lyon le sieur Dugelai* adjoint à la mairie de Chazay » pour prévenir M. le préfet de l'agitation qui régnait dans sa commune.

Le même jour > M Marut du Varrin ,. commitsaire de police,, sous ta- direction duquel j'avais, placé plusieurs agents secrets,, fit à M. le préfet un rapport sur l'insurrection qui devait éclater le dimanche suivant.

Le 6 juin, le maire de MGlîery vint lut-méme annoncer àML de Chabrol que des ttoubles devaient avoir lieu dans sa commune le dimanche suivant»

Le même jour ,. ML le maire de Savigny se rendit également en personne auprès, de M. le préfet » et la prévint qu'un mouvement insurrectionnel devait éclater dans sa commune le dimanche S Juin. Il réclama l'arrestation d'un individu qui, depuis plusieurs jours, avait placé sur sa porte d'entrée une inscription séditieuse.

Les débats de la cour prévôtate ont aussi montré

(70) que la gendarmerie avait été également instruite ; avant le 8 juin , du mouvement qui devait avoir lieu ce jour-là.

Il faut aussi se rappeler qu'une réunion séditieuse avait eu lieu dans la plaiuede Serrandièrele Ier juin, et qu'on en fut informé à Lyon deux joui* après.

Maintenant veut «on savoir l'usage qu'on a fait dé tes avis si positifs et si multipliés?

On répondait aux maires des communes rurales de manière sans doute à les tranquilliser , mais saiis leur accorder cependant aucun des moyens nécessaires pour prévenir le complot annoncé.

M. le préfet assure qu'il donna ordre d'arrêter le capitaine Oudin et Garlon , chefs démente , l'un dans les communes du midi , et l'autre dans celles du nord. Je n'en doute pas; mais, çfuand même là daté de cet ordre rémtiftlerait au 3 où au 4 jnin , comment se fait-il que le général Canuel ait fait appeler Ouaih chei fui " le S ou lé tf, et que cet officier se soit jpréseftté eh« lé "général sans y être arrêté? Comment Refait-il qu'après cet ordre exprès, il se soit montré chaque jour selon sa coutume, et toujours impunément, soit dans Lyon, soit dans Saïrit-Genis, et que te 8 juin même, il ait bu et mangé dans sa commune avec un sous-officier de gendarmerie qui paraissait ne se doute* de rien?

Comment arriva- 1- il que Garlon ait passé toute la journée du y, avec aussi peu de mystère, dans le faubourg de Vàise , sous les yeux en quel-

(70 que sorte d'une brigade de gendarmerie qui y est stationnée?

Mais si les personnes signalées d'avance comme devant être à la tête de l'insurrection, n'ont pas été arrêtées , du moins a-t-ou pris des mesures locales pour empêcher que le mouvement n'éclatât?

La force armée a-t-elle été envoyée dans les communes menacées, dont tes maires avaient formellement annoncé les désordres?

Hélas! non; ni la veille, ni le jour même du mouvement , aucune de ces communes n'a vu arriver sur son territoire un seul gendanhe , un seul soldât.

Voici une circonstance plus étrange encore.) .

Dans urife de ces communes, celle de Saint- Genis-Laval , où était Oudin, dont le maire avait manifesté tant d'alarmes, se trouvait dès longtemps établie une brigade de gendarmerie. Le 8 juin , les quatre gendarmes se trouvèrent absents toute la journée pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs. Le brigadier seul était resté à son poste , et ce brigadier, après avoir passé au cabaret une partie de ce jour-là avec le capitaine Oudin, s'éloigna :<fe' Saint-Genis au moment où te mouvement ■ allait commencer. ' ;;■:■:•■•

Quelles sont donc les mesures qui ont été (prises pour empêcher une insurrection si positivement annoncée, et dont les plans étaient si bien cofliitiâ?

M. le préfet nous apprend que le 7 juin il envoya quelquesgendarmes et quelques hommes de la garde

(7*) départementalesurlamontagnedeLimonet, comme un point important qui commande toute ta plaine du Beaujolais ; que le lendemain douze gendarmes reçurent Tordre d'aller renforcer ce poste.

Enfin, le 8, à deux heures après-midi, M. le marquis de Saint-Paulet, chef d'escadron de gendarmerie , partit de Lyon , à la tête d'un détachement de troupes de ligne, et fut prendre position à la Tour, sur la route de Paru à Lyon par le Bourbonnais.

Je veux croire que ces mesures militaires eussent été convenables, s'iln'eût été question que d'éclairer les mouvements de troupes ennemies , et de servir d'avant-garde à un corps d'armée; mais nous n'étions pas .en état de guerre, mais il s'agissait au contraire de la prévenir; et je demande si c'est en plaçant quelques soldats à une aussi grande distance des communes dont la tranquillité était menacée, qu'on a cru , qu'on a voulu contenir les mutins et déjouer le complot ?

Qui nous expliquera d'ailleurs pourquoi cette insignifiante démonstration ne fut pas du moins dirigée «or tous lefc lieux pu s'annonçait le danger? Pourquoi les communes placées au nord-ouest de Lyon appelaient-elles seules l'attention de l'autorité etdcsjnesuresde précaution? L'autorité elle même nou^ apprend que les communes du midi étaient les plus agitées: c'est de ce coté, en effet, que se trpuvâiçnt Oudin et Saint-Genis-Laval; et cependant pas un seul homme armé n'avait été dirigé

sur la ronte qui y conduit; et j'ai déjà dit que les gendarmes qui devaient y être, n'étaient pas même à leur poste ce jour-là.

Je ne sais si je dois placer ici une réponse que je reçus de M. de Chabrol , lorsque , dans les premiers jours qui suivirent mon retour de Paris , je lui témoignai ma surprise et ma douleur de ce qu'il n'avait été pris aucun moyen pour prévenir un mouvement qui paraissait avoir été d'avance parfaitement connu. M. de Chabrol me répondit alors qu'il avait demandé au général Canuel , deux jours avant l'explosion , de faire placer un détachement de quelques hommes à Saint-Genis , et que ce général s'y était refusé. J'ignore si M. de Chabrol jugera à propos de se rappeler de cette explication , que je ne trouve pas dans son écrit : alors ce serait au général Canuel à justifier son refus; mais, dans tous les cas , il sera toujours vrai de dire que les faits reprochent aux autorités de n'avoir pris aucun des moyens qu'il était facile et raisonnable de prendre , pour empêcher l'insurrection d'éclater.

Je n'ai point à rechercher quelle a été l'intention des uns ou des autres en agissant ainsi ; mais se fussent-ils conduits autrement, s'il était possible qu'ils eussent été dans la confidence du mouvement projeté, et qu'ils eussent jugé nécessaire de le laisser éclater , sauf à prendre des mesures pour en arrêter les suites?

Aucune agitation ne s'étant manifestée dans la ville de Lyon le 8 juin, il devient moins important

de faire remarquer que là non plus aucune mesure n'avait été prise d'avance pour prévenir une explosion , si elle eût été à craindre.

Les commissaires de police attestent que , ni la veille ni le jour même , ils n'avaient reçu , ni du maire ni du préfet, aucune instruction particulière pour qu'ils se missent en mesure d'arrêter un danger.

Mi le jour ni la veille , la garde nationale n'avait reçu aucun ordre qui pût la faire tenir prête à réprimer des troubles.

Et enfin les troupes elles - mêmes n'avaient pas fait la plus légère démonstration , le 8 juin , avant trois heures de l'après-midi; et cependant , dès six heures du matin, d'après M. de Fargues, à dix heures d'après M. le prévôt de Lyon , le signal de l'insurrection avait été donné.

Mais nous verrons bientôt que le défaut de précautions sur ce point avait une excuse légitime, soit qu'il faille admettre, comme les faits semblent le prouver, qu'aucun mouvement n'avait été préparé dans Lyon même , soit qu'il faille reconnaître, suivant M. de Fargues, que le mouvement avait été côntremandé. Dans les deux cas, l'inaction des autorités s'explique d'elle - même ; mais il restera à expliquer comment il a pu se faire que Lyon soit resté étranger au vaste complot dont on y a placé le foyer, si ce complot fut réel , ou bien comment certaines autorités furent instruites d'avance des contre- ordres donnés par les factieux.

H est une seconde épreuve plus décisive encore

pour éclairer l'opinion sur les véritables caractères du mouvement du 8 juin. Elle consiste à comparer ce que ces mouvements eussent dû être , s'ils avaient appartenu à la conspiration immense dénoncée par le général Canuel et les siens, avec ce qu'ils ont été réellement; à se représenter tout ce qu'une telle conspiration , mise au grand jour, eût dû faire découvrir de coupables, d'intrigues, de plans et de moyens d'exécution ; et à rapprocher ce tableau de celui que nous présentent les procédures de la cour prévôtale , les nombreuses révélations obtenues par M. le maire , et enfin les rapports mêmes des agents de l'autorité militaire mêlés parmi les conspirateurs.

Fixons d'abord les faits tels qu'ils se sont passa le 8 juin.

Un premier point incontestable , c'est qu'il n'y a eu dans Lyon même aucun mouvement séditieux, aucune tentative d'insurrection. L'ordre et la paix n'y furent pas troublés un seul instant.

Les efforts qu'a faits le général Canuel dans son mémoire pour obscurcir cette vérité, ne sauraient lutter contre les témoignages qui l'établissent.

Ecoutons M. le procureur du Roi, donnant le i3 juin ses conclusions pour foire condamner à mort par la cour prévôtale deux individus arrêtés le 8. «.Lyon, dit -il, n'éprouva aucune commotion, » aucune secousse. Le complot , l'attentat n'y purent » éclore. On ne put reconnaître et surprendre à » Lyon en flagrant délit , aucun des auteurs ou » complices , parce qu'à Lyon , aucun n'oçait été

# en action...* .... Lyon ne s'ébranla. pas; tous Us

* factieux demeurèrent immobiles (i)< »

. M. Desuttes, prévôt de Lyon , a attesté le même fait dans son mémoire. « Les conjurés , dit-il , ne » tardèrent pas à s'apercevoir des mesures prises

» par l'autorité Tous furent glacés d'effroi >

» ils se dispersèrent, laissant ainsi avorter un affreux » complot (2). »

M. de Fargues s'exprime à ce sujet presque dans les mêmes termes que M. Desuttes. On remarque seulerrçent entre les deux récits une contradiction assez bizarre sur l'heure du signal, que l'un fixe à six heures du matin (3), et l'autre à dix (4) * et sur L'heure à laquelle les factieux ont renoncé à leur projet. Le maire suppose que ce fut dès neuf heures du matin, à cause des mesures qu'il avait prises lui-même, tandis que le prévôt affirme que ce ne fat qu'après lés démonstrations militaires qui n'ont eu Heu que dans l'après-midi ; mais l'un et l'autre sont unanimes snr ce point , que dans la journée du 8 juin, comme dans les journées suivantes, aucun fait n'a révélé dans Lyon, ni le nombre, ni la force , ni même l'existence des conjurés.

Je puis donc me dispenser de joindre à cet écrit les rapports des divers commissaires de police,

(t) Voyez l'ouvrage de M. Micl\uud.

(2) Voyez la réponse de M. Desuttes au colonel Fabvier»

(3) Voyez le Mémoire de M. le maire.

(4) Voyez la réponse de M* Desuttes.

desquels résulte également la preuve que cette journée s écoula, non-seulement sans mouvement, sans tentative d'insurrection , mais encore sans aucune espèce de fermentation , même dans les quartiers les plus populeux de la ville.

Faut-il induire de ces circonstances que Lyon ne renfermait pas un seul malveillant initié dans le secret des mouvements qui ont eu lieu dans les campagnes, pas un seul misérable qui fut prêt à prendre part aux désordres lorsqu'une fois ils auraient éclaté? Je ne le crois pas. Mais il me semble qu'il est raisonnable d'en conclure , dès à présent , en attendant des preuves plus positives, que le nombre des prétendus conjurés devait être extrêmement circonscrit; car, pour peu qu'ils eussent été nombreux et répandus , comme on la supposé , dans les diverses classes de la population et dans les divers quartiers de la ville , prêts à agir sur une foule de points différents , il parait impossible que le signal une fois donné , n'eût porté les uns ou les antres à éclater et à se compromettre.

Jetons maintenant les yeux sur les campagnes:

Là eurent lieu en effet des démonstrations criminelles.

Il faut établir en quoi elles ont consisté.

LedépartementdnRhônesecomposede deux cent soixante-unecommunes. Dans ce nombre, onze seulement ont pris au mouvement une part quelconque:

Il est remarquable que de ces onze communes cinq sont groupées , selon l'expression de M. de

(78) Chabrol , au sud - ouest de Lyon , et les six autres au nord - ouest : les deux groupes se trouvent ainsi séparés par une distance de cinq à six lieues , et des nombreuses communes placées dans cet espace, il n'y en a pas une seule qui , le 8 juin , ait montré quelque apparence d'agitation.

Il faut remarquer aussi que les communes les plus peuplées du département n'ont pas fourni un seul insurgé.

Enfin, dans la totalité des communes agitées, et dont la population s'élève au moins à environ dix mille âmes , deux cent cinquante hommes au plus ont paru prendre part à l'insurrection.

Mais parmi ces deux cent cinquante hommes qui sont restés disséminés dans leurs territoires respectifs, combien peut -on compter de véritables conspirateurs? Combien , au contraire, se sont mis en mouvement sans savoir ce qu'ils faisaient , sans but coupable , entraînés par le bruit , l'exemple et la curiosité? Pour s'en faire, autant que possible, une idée juste, il faut se rappeler que le 8 juin était un dimanche , et que les moteurs de l'insurrection avaient inopinément sonné le tocsin. Il faut savoir que, dans certaines communes, le tocsin a été sonné pendant la nuit , et que l'instruction a constaté que plusieurs des habitants de Millery qui se sont trouvés au milieu du mouvement , y étaient accourus avec des seaux , croyant être appelés au secours d'une maison incendiée. Ce qui achève de démontrer que les insurgés n'étaient pas

de véritables conjures, c'est que la plupart n'avaient point d'armes, et encore moins l'attirail que suppose le projet d'une expédition ; c'est qu'ils ne formèrent que des attroupements tumultueux , sans chef et sans organisation; c'est que ces rassemble» ments n'avaient aucun but fixe, aucun plan arrêté, et disparurent après avoir tourné quelque temps sur eux-mêmes.

Cette réunion , si faible et si incohérente, formée d'abord par la surprise , ne se maintint quelques instants que par la contrainte. Tout le monde a entendu M. le procureur du Roi proclamer devant la cour prévôtale ( i ), « que des hommes plus ou moins » audacieux cherchèrent, soit par des menaces, » soit par de fallacieuses illusions, à égarer, à en~ » traîner la multitude; mais qu'ils ne purent faire » que fort peu de recrues parmi les propriétaires , » que le besoin de l'ordre, du repos, et leur intérêt » personnel , doivent naturellement retenir. »

Parmi ces illusions était l'assurance qu'on donnait à ces cultivateurs d'obtenir désormais le pain à trois sous , s'ils voulaient marcher sur Lyon , où déjà , leur disait - on , l'insurrection aurait éclaté. Tout cela prouve que les habitants des campagnes, ceux même qui se mêlèrent aux mouvements , ne savaient rien, n'étaient point entrés dans le complot.

(i) Conclusions de M. le procureur du Roi, près la cour préyàtale, du i3 juin.

Au milieu de ces mouvements, quelque* escts forent commis sans doute ; trois ou quatre tnaini forent mises à contribution. L'autorité de i|in hjm i maires et de quelques gardes champêtres fat méconnue 9 il est vrai; des pasteurs se Tirent »~nhft et menacés : mais ces désordres, trè^ coupables sav doute, ne coûtèrent la vie à aucun citoyen, et nulle part le sang n'a coulé.

Voici les détails de ce qui s'est passé dans quelques communes.

A Briguais, bourg de noo habitants, le tocsin sonna , mais inutilement. La population entière resta tranquille, et ne prit aucune part à l'insurrection; quatre hommes seulement se rendirent à Saint-Genis.

A Saint- Andéol , village qui compte beaucoup d'ouvriers chapeliers , le mouvement ne s'effectua que pendant la nuit du 8 au 9. Les insurgés, peu nombreux, firent deux cents pas en avant de cette commune , s'arrêtèrent pendant assez long-temps dans un champ, sans aucun dessein fixe ; ils aperçurent au loin la garde nationale d'un village voisin, qui marchait contre eux; ils se dispersèrent aussitôt

A Millery, les insurgés se réunirent dans la nuit du dimanche; quelques-uns d'eux se rendirent chez le maire des cent jours , le forcèrent de les suivre , et employèrent la violence pour lui faire occuper de nouveau le fauteuil municipal; car, c'est ce fauteuil dont on voulait faire la conquête ,

et que M. Favier, adjoint, homme de bien, défendit , loi sixième , peudant tonte la nuit , contre des agresseurs qui ne devaient pas être très-nombreux.

A Irigny , plusieurs des habitants , et dont quelques-uns seulement étaient armés de mauvais fusils , vinrent se réunir à Saint-Genis , au bruit du tocsin qui s'y faisait entendre ( i ).

A Saint-Genis , ce bourg que Ton disait être le centre du mouvement, et qui étant plus rapproché de Lyon, semblait devoir ouvrir la marche, on n'entreprit absolument rien. Toute la résistance que les insurgés de cette commune ont opposée aux troupes chargées de les faire rentrer dans Tordre 3 s'est signalée par un seul coup de fusil, tiré paç l'un d'eux sur un gendarme , qui le poursuivait le sabre à la main ; et certes , ce n'est pas le grand nombre des assaillants qui a dû effrayer les coupables. Une avant-garde de quatre hommes a suffi pour les disperser à Saint-Genis même , où se trouvaient le capitaine Oudin , et le plus grand nombre d'insurgés armés ; à Saint-Genis qu'on a présenté comme la commune la plus coupable (2) , et qui, bientôt après , fut le théâtre des horreurs par les-

(1) La commune d'Irigny est contiguë à cdle de Saint* Genis.

(a) Cette commune, qu'on a représentée comme la plus coupable , comptait un bien petit nombre de ses habitants parmi les insurgés, et en voici la preuve.

Après le mouvement, des troupes de ligne furent en-

(8.) quelles des misérables vinrent ajouter, d'une manière si cruelle, à la terrible vengeance dont l'exécution leur avait été confiée.

Combien il est déplorable que le capitaine Oudîn n'ait pas été arrêté avant les événements , et qu'un détachement de quelques hommes n'ait pas été placé à Saînt-Genis , ainsi que M. Chabrol l'avait lui-même demandé au général Canuel! Que de regrets et de larmes on eût évités aux habitants de cette malheureuse commune!

Les villagps placés au nord-ouest de la ville de Lyon ne se montrèrent pas plus entreprenants; quelques individus, entraînés parles mêmes moyen j, je livrèrent à de coupables excès. Le nommé Garlori, qui n'avait pu réunir qu'un petit nombre d'insurgés , s'enfuit sur l'Arbresle. M. Hemard ( i ) ,

voyées dans les communes insurgées; celle occupation militaire Jonnalicn à des dépenses; celles qu'on fît à Saint- Genis se montèrent à i85o francs; un arrête de M. le préfet, du 17 juillet dernier, ordonne que celte somme scia payée par douze des habitants de la commune qui ont pris part ou mouvement. De ce nombre, sept furent ensuite traduits a la Cour prévôtslc, et acquittés. Parmi les douze liabilants, on remarque la veuve Duinont, comprise dans l'état de répartition pour une somme de i3o Ir C'est cette malheureuse veuve dont le jeune fils a élê exécuté en quelque sorte sous ses yeux.

En rappelant cet arrêté, j'ai voulu montrer que quelques individus seulement de la commune de Saint-Geni*

valent pris part au mouvement.

(1) La conduite de cet oiïiucr fut digue d'élo:

officier de Gendarmerie , en station à Tarare , partit de cette ville avec quelques gendarmes % aussitôt qu'il sut que le tocsin sonnait dans des communes de son arrondissement. Il poursuivit les hommes commandés par Garlon , qui venait d'y arriver , et tous se dispersèrent sans coup férir.

Tout fut ainsi dispersé dans un clin-dœil, et c'est M. de Chabrol lui-même qui l'atteste , dans moins de vingt-quatre heures tout était rentré dans l'ordre , sans que la force armée eût été obligée de tirer un seul coup de fusil.

Tels sont- les faits :

M. le préfet a cru apercevoir beaucoup de génie dans la disposition de ce qu'il appelle les deux foyers d'insurrection, « lesquels s'appuyant, » dit-il, sur la Saône d'un côté, sur le Rhône de » l'autre , et sur rentre-deux des deux routes du » Bourbonnais et de la Bourgogne , pouvaient , » en moins d'une heure, se réunir , laisser Lyon » à la tête du triangle , l'isoler du reste du dépar- » tement , et donner la facilité d'étendre le mou- » vement, pour se porter à-la-fois par les routes » de Mpulins , de Màcon , de Toulouse , sur la » ville. »

La supposition qui prête aux insurgés un plan aussi gigantesque, doit paraître bien extraordinaire après les détails qu'on vient de lire. Si M. de Chabrol avait été à Lyon en 1814 , il saurait que les Autrichiens furent obligés de déployer soixante mille hommes pour occuper le quart du terrain qu'il

veut faire embrasser par une poignée de factieux «obscurs* sans, munitions, sans argent, sans organisation, et presque sans armes. S'il fallait réellement voir une profonde combinaison dans la manière dont les choses avaient été disposées, ne serait-ce pas de la part de ceux qui n'auraient voulu produire que des agitations factices , et sans danger pour eux? Ne faudrait-il pas admirer, en effet, les soins qu'ils auraient pris de placer les deux foyers k une grande distance l'un de l'autre , afin d'être plus sors de les tenir isolés? Ne devrait - on pas remarquer leur attention à ne provoquer du mouvement que dans les plus petites communes , afin d'être plus certains de ne pas lui voir prendre un accroissement imprévu , et de pouvoir le comprimer à volonté ? Et les résultats obtenus ne viendraient-ils pas , au besoin , achever l'éloge du tact et de l'habileté qui se montrent dans ces dispositions qui ont servi à les préparer ?

Quoi qu'il en soit , il nous reste à examiner si l'instruction qui a réduit à si peu de chose les moyens manifestés par les conspirateurs, a du moins tait connaître l'existence de moyens plus considérables , et plus en proportion avec l'immensité du plan qu'on leur suppose , et la gravité de l'entreprise.

Cherchons d'abord à nous assurer de l'importance des fonds mis à la disposition des factieux; car l'argent n'est pas moins le nerf des conspiration* que celui de la guerre.

Nous verrons qu'il a été question de 5 00,000 fr. déposés chez an notaire de Lyon. Le cordonnier Biternay a parlé , de son côté , de i millions venus d'Allemagne, des trésors du prince Eugène; mais le malheureux , quoique nommé major par les prétendus chefs des enrôleurs, n'en a pas reçu uu écu; mais les 5 millions, les 5oo,ooo francs, le notaire, toutes ces extravagances n'ont pas laissé la plus légère trace dans une instruction qui a duré cinq mois , où deux cent cinq personnes ont été arrêtées , et cent témoins entendus.

Il est pourtant vrai de dire qu'il a été distribué de l'argent parmi les prévenus; mais quelle est la somme ? L'un des frères Volozan a reçu de Taisson i5o fr., et Barbier 100 fr.

Barbier a reçu encore de Joannard, le 7 juin, une somme de 82 1 fr. ; mais Barbier lui-même a déclaré sans détour, dans ses interrogatoires (1) et aux débats publics, qu'il en avait fait son profit Sa femme dit que Joannard prêta la somme (2), et Bernard , présent à la remise des fonds , dit que Barbier offrit un reçu (3). Cette somme, remise si tard , et retenue par Barbier pour son propre usage , ne put donc être d'aucun secours pour l'organisation et l'exécution du complot.

A présent nous savons à quoi notis en tenir sur

(1) Recueil de M. de Fargues , page 27.

(2) Ibid.y page 170.

(3) lùid., page 177.

CSG) les fonds qui paraissent avoir été appliqués à h conspiration, et dont le montant ne s'élève pas même aussi haut que la somme réclamée par le général Canucl pour dépense de haute police ; nom serons moins étonnés d'apprendre ce qu'il faqt penser de ces nombreu nents dont on avait fait tant de bruit.

Dans tout le co e immense procédure ,

qui a occupé cinq ;our prévôtale , on n'a

découvert qu'un se. ?ur, le cordonnier Ri-

ternay; et quelles i recrues? un infirme

nommé Grosjean , ' caricature ambulante,

non moins disgracit ... dtureque de la fortune;

un vieillard , nommé Bauchrt , mendiant de profession; un nommé Picard, qui , je crois , n'a pas même été mis en jugement. Ces trois personnage ont déclaré à leur tour qu'ils n'avaient enrôle1 personne, et la chose est facile à croire. Voila tout ce que l'on connaît sur le mode et sur le résultat du recrutement de l'armée conspiratrice. Tout le reste était en projet ou en fallacieuses promesses; et ce qui achève d'en fournir la preuve , c'est que le jour fixé pour l'exécution du complot, les cabarets, à Lyon, ne présentaient pas plus d'nffluence que les autres jours de fêle, et l'on y était sans armes. Ces deux faits si importants n'ont élé démentis par personne

Les factieux étaient-ils plus riches en armes et en munitions qu'en hommes et en arpent ?

(«7) De tous les renseignements obtenus de la part des révélateurs, il résulte que le nombre des fusils qui pouvaient être à la disposition des factieux , n'excédait pas cinquante; et que les cartouches n'auraient pas suffi pour alimenter, pendant une heure, le feu d'une compagnie de vingt hommes; il est vrai qu'on a dit que 4o,ooo cartouches avaient été demandées à l'artificier Arban; mais on a ajouté qu'Àrban les avait refusées, et qu'on y avait renoncé; il est vrai aussi que M. le maire a parlé de 119,000 cartouches délivrées à la garde nationale des cent jours, et qu'il semble les indiquer comme une ressource sur laquelle les agitateurs avaient pu compter. Cette assertion insidieuse a déjà étérepousséé avec indignation par ceux contre qui elle fut dirigée. Je n'ai qu'un mot à dire ici pour faire juger jusqu'à quel point elle dut étonner de la part d'un magistrat, qui lui-même avait comblé d'éloges , pour les importants services qu'elle avait rendus à la ville, à une époque orageuse, cette même garde nationale qu'il immole aujourd'hui à l'esprit de parti M. le maire de Lyon ne pouvait pas ignorer que ces 1 19,000 cartouches avaient été depuis long-temps déposées entre les mains de l'autorité; et qu'elle en avait fourni une décharge devenue authentique, puisqu'elle se trouve inscrite sur les registres de l'état-major de la garde nationale réorganisée (1).

(1) Voyez le récépissé aux pièces justificatives.

Pauvres d'armes , de munitions , d'argent et de recrues, les conspirateurs avaient peut-être trouvé dans un plan ingénieux le moyen de suppléer aux ressources qui leur manquaient, pour attaquer avec succès une ville défendue par une garnison de 5ooo soldats dévoués, et par 6000 hommes de garde nationale?

Écoutons Barbier, le grand révélateur fidèlement répété par Volozan.

Ce plan consistait à assaillir simultanément tons les postes, toutes les casernes et l'arsenal.

Le succès d'une telle attaque, faite par des hommes sans armes, a paru difficile au sieur Barbier lui-même. Chargé personnellement, dit-il, avec 100 hommes, de l'expédition dirigée contre i5oo suisses, il avait imaginé un expédient qui paraîtra curieux.

« J'avais omis de déclarer (1), dit-il, que pour » rendre inutiles les efforts que voudraient faire » les Suisses ( qui étaient au nombre de i5oo), on » pour les empêcher de sortir des casernes et les » assommer, j'étais chargé de placer tout le long » du fort Saint- Jean, 100 hommes non armés , » qu? auraient continuellement fait rouler des » pierres de ce fort sur les Suisses qui seraient sor- » tis sur le quai; et certainement si ce moyen avait » été employé, tous les Suisses qui s'étaient rangés

(1) Cette déclaration a été faite par-devant M. le prévta»

(89) v> en bataille, à la tête du pont; auraient été » écrasés. »

Il est bon de remarquer qu'à la place du fort Saint-Jean, rasé en 1793, il ne reste qu'un rocher de granit , d'un seul bloc , à 100 pieds de distancé

de l'angle de la caserne, le plus rapproché 9 et à 1 5o pieds de la tête du pont; et c'est ce rocher que Barbier, sans armes pour soutenir ses travailleurs, sans instruments, sans poudre, et à force de bras, comptait démolir, briser et lancer à i5o piedsde distance... Mais si les Suisses n'étaient pas sortis des casernes,

qui s'étendent à 3 ou 4oo pieds du rocher? Cette

difficulté n'embarrasse pas Barbier.... « Il devait , » dit-il, placer des fagots goudronnés dans des » lieux souterrains , qui sont positivement au- » dessous des casernes occupées par les Suisses; et , » après avoir découvert le toit à coups de pierres , » qui auraient été lancées par les 100 hommes ( de » 100 à 4.00 pieds de distance ) , je devais, dit-il , » faire mettre le feu aux fagots pour incendier les » casernes. »

Je veux bien croire, s'il le faut, que les Suisses fussent demeurés spectateurs paisibles des apprêts faits en leur présence pour les griller, ou pour les assommer ; mais ce qui devient embarrassant , c'est que les casernes qu'ils occupent , ne recèlent pas plus de souterrains, que le fort Saint-Jeau ne fournissait de rochers pour écraser leurs toits. On ne sait donc plus que faire des fagots de Barbier , et il

(9°) ne reste plus qu'à se demander comment les extravagances de ce misérable, répandues dans trente interrogatoires , ont pu servir de base aux comptes rendus de la prétendue conspiration , et aux condamnations prononcées contre plus de cent malheureux.

Le général Can) dissimuler aujoun hérence des preuv chafaudage des ace des habitants de avec amertume de J Taisson, Moulin,

[. le maire ne pouvant la faiblesse, ni l'incoimtelles a été établi redirigées contre la masse ffectent de se plaindre i des nommés Bernard, tite de Joannard, et de

regretter les lumières aont leur absence a privé l'instruction. Bientôt j'aurai l'occasion de mettre, par quelques détails, le public à portée de juger si ces regrets sont sincères. Je nie bornerai dans re moment à montrer par un fait, quel prix M. lt maire attachait aux révélations qu'on pouvait attendre de ces fugitifs. 11 est positif que Joannard lui a fait offrir de venir s'expliquer sur la conspiration, s'il obtenait un sauf-conduit, et que le sauf-conduit a été refusé.

Ce qui est remarquable, c'est que l'on n'a pas attendu ces lumières dont on déplore l'absence aujourd'hui, pour publier l'importance , le but et les moyens de la conspiration. L'instruction était à peine commencée, et l'on proclamait déjà « que h ■ France venait d'être sauvée d'un abyme çpou-

S t an table, que le gouvernement légitime avait » été sur le point d'être renverse ; les nobles , le» » prêtres et tous les vrais royalistes près d'être » égorgés ; que les moyens , le plan et le nombre dés » conspirateurs étaient immenses. Certains cor- ? respondants adressèrent dans toute la France et » même à l'étranger les récits les plus exagérés, les » plus calomnieux. On assurait que les mouvements » exécutés à Lyon se liaient afec des manœuvres » pratiquées dans les départements de l'Ain, de » l'Isère , de la Drôme , de la Loire , du Puy-de- » Dôme, de Saône- et-Loire , du Jura, et même » dans les environs de Paris , dans les Pays-Bas et » la Bavière , et jusque dans le canton de Vaud. » M. de Chabrol, entraîné par les circonstances, admettait lui-même les coïncidences les plus éloignées* Etait-ce la peur qui grossissait ainsi les objets? Cette exagération inouïe , ces inexplicables suppositions ne seraient-elles pas plutôt une nouvelle preuve de la nature et de l'origine du mouvement? Il paraît certain que s'il était l'ouvrage de ceux qui s'en firent un triomphe, ce n'était pas tout pourlesagitateurs d'avoir excité quelques scènes de désordre. Leur sécurité leur avait commandé de restreindre le mouvement ; mais leur intérêt leur faisait une loi de l'exagérer . Il fallait grossir le danger pour pouvoir effrayer le gouvernement ; il le fallait pour exalter le mérite des libérateurs; il le fallait pour frapper l'opinion publique et la préparer au changement de

(9>) système qu'on poursuivait depuis si long -temps. Malheureusement on ne s'en est pas tenu à des rapports perfides et Fallacieux (1 ) , on ne s'est pas contenté de répandre dans l'Europe entière des pamphlets destinés à Irumperlessouverainscomme le public; il n'est que trop vrai que les poursuites

faites et les conda senties de l'exagéi scz d'avoir immol.

des pins atroces c sacrifiée à son toc appuis à d'odieux n rnpe, retentissait dr vert dans le départ reuse contrée était livrée ;

irononcées se sont resécits; ce n'était pas aspour préparer le succès ma; l'humanité a été jin île prêter quelques i. Au moment où l'Eui vaste complot décou- Rhônc, cette malheu- 1111 système de terreur.

Plus de 400 [lersonncs furent privées deleur liliette; des agents officieux ou salariés dressaient des listes de suspects, c'est-à-diic de tous ceux que de simples soupçons devaient faire arrêter ou soumettre à une rigoureuse surveillance.

Les citoyens de toutes les classes voyaient leur asile violé par des visites domiciliaires, et s'estimaient heureux lorsque les agents qui les dirigeaient

f 1) Voyez ),- n* IV des pièces justificatives. Ce libelle

,1e, Iwliiiaiili, .!<: Lyon enmme complice do la consj ti..n . cl l'imii il plus d'iiiipiif-liiies. peul-ùtie, que

(93) s'étaient contentés de leur enlever leurs armée et de livrer leurs papiers à une odieuse investigation.

Ce n'était pas seulement à ceux que des dénonciations ou des soupçons atteignaient que les rigueurs étaient réservées. Un prévenu parvenait-il à se soustraire aux recherches? ses parents et ses amis expiaient aussitôt dans les fers lés liens qui les unissaient à lui. Des enfants , des épouses , étaient incarcérés pour les forcer à déclarer la retraite de leur père , de leur mari.

Les officiers à demi-solde furent assujettis à une mesure humiliante. On les obligeait, d'après un ordre de l'autorité militaire, de prouver qu'ils n'avaient pris aucune part aux événements du 8 juin; et sans un certificat d'un commissaire de police ils ne pouvaient toucher leurs traitements.

L'instruction faite à la mairie ajoutait à Finquiétude générale. Elle semblait consacrée à étendre les apparencesd' une conspiration, sans rien faire pour en reconnaître la réalité ; à pénétrer tout ce qu'on eût pu faire, sans s'informer jamais de ce qu'on avait fait. On instruisait, non sur des délits positifs, mais sur des hypothèses; on semblait prendre à tâche de tout laisser dans un vague alarmant.

Les arrêts de la cour prévôtale jetaient l'effroi dans tousles cœurs. Le tombereau jatal parcourait les campagnes désolées; leurs habitans fuyaient au loin maudissant les infâmes provocateurs qui les avaient si cruellement égarés !...

(94) Je ne pousserai pas plus loin , dans ce moment , le tableau des faits postérieurs au 8 juin , et qui doivent faire le sujet d'un dernier chapitre. J'ai voulu seulement ici montrer par un simple aperçu que , dans L'hypothèse où le mouvement du 8 juin n'eût été, eu effet, qu'un simulacre de complot destine à

lion perfide, tout s'eu- ■trations et les tentatives ent, l'affectation de ne l'exïguitédeses résultai i manière dont on aexa-

emïère partie de l'exa-

i- , je dois rappeler une

lo^q uen ces ne me parais-

ndiipier les véritables ar-

tervir les projets chaîna et se lie : h qui ont précédé le rien faire pour le ] et de ses moyens, ■ géré et le mal et la

Avant de quitl men auquel je me circonstance dont m m sent pas moins propres à tisans île la conspiration.

Je veux parler de l'affectation des révélateurs. de la protection qu'ils s'attendaient à trouver auprès de la police civile. A l'un on fait dire que toutes les autorités devaient être renvoyées , le lieutenant de police seul excepté. Un autre déclare encore plus positivement qu'on se croyait sûr de l'adhésion de celte autorité. Il est juste de dire que celte iniputa- 1 ion précise et individuelle de complicité ne fut pa* imaginée dans les premiers moments. Les révélateurs se contentent d'abord île parier des bruits qu'on faisait courir parmi les conjurés, de la tolérance à laquelle on devait s'attendre de la part de toutes les autorités de Lyon.

Ainsi Biternay déclarait le 21 juin : « Dans les » premières autorités du gouvernement ils étaient » vingt-trois de la conspiration ; une partie des au- » torités chargéesde la police, à Lyon, était dans le >» complot. »

Barbier, 1 e 22 juin : « La police servait la conspi- » ration ; on m'avait persuadé que Guichard ( le se- » crétaire du maire ) était un des chefs de la cons- » piration. »

Bichon, le 9 juin : « Les trois quarts de la ville » étaient du complot. »

Vernajy le 9 août : « La conspiration était soute- » nue par les premières autorités de la ville. M. le » maire et M. de Sainneville en faisaient partie , » ainsi qu'un certain nombre de grands personnages » de Paris qui approche Sa Majesté. »

Mais lorsqu'après beaucoup de tentatives et d'efforts on eut renoncé à l'espoir de me déterminer à suivre au sujet des événements du 8 juin les errements que je trouvai établis à mon arrivée , lorsqu'on fut bien convaincu que je persistais à douter de la réalité du complot , et à communiquer mes doutes au gouvernement , l'imputation de complicité devint directe et positive.

Le 1 o août 1817, Barbier dans un interrogatoire que lui faisait subir M. le prévôt, déclarait « qu'il » avait toujours pensé que M. de Sainneville était » de la conspiration. »

Le lecteur ne s'attend pas sans doute que je m'oc-

cnpe sérieusement du soin de me défendre contre une calomnie aussi absurde qu'atroce. Ai-je besoin de dire que ce ne sont pas mes agents qui ont été surpris au milieu des factieux , et de rappeler qu'ils n'y ont jamais paru que pour prévenir les agitations? Ai-je besoin de rappeler que j'ai, moi- même, Sût arrêter les agents provocateurs et déjoué toutes les manœuvres pratiquées depuis les événements du 8 juin, pour ajouter à la gravité d'une machination qui n'est remarquable que par l'absence de toute combinaison , par le ridicule de ses plans , par le défaut absolu de moyens quelconques , et par leur énorme disproportion avec l'importance et les difficultés de l'entreprise ?

Mais enfin puisqu'on a recueilli cette calomnie dans l'instruction qui a précédé tant d'arrêts de mort , puisqu'on la retrouve dans tous les pamphlets qu'avoue le parti qui triomphait alors 9 il est bon d'examiner s'il ne peut en être tiré aucune conséquence contre ceux dont elle fut l'ouvrage? Dans cette affectation étrange d'imputer à la police, contre toute espèce d'invraisemblance , les désordres du 8 juin, ne faudra-t-il pas voir une nouvelle preuve du véritable but de ces désordres, un nouveau moyen d'en signaler les véritables auteurs? En un mot , les calomniateurs n'ont-ils pas décelé les coupables?

Mais il est temps de passer à un nouvel ordre de preuves , de mettre sous les yeux du public des faits graves , qui ne semblent pas seulement desti~

(97) nés à répandre de nouvelles lumières , au taîUeot de cette oeuvre de ténèbres et d'iniquité, mais à résoudre tous les doutes.

Au moment où les mouvements du 8 juin éclatèrent , un de mes commiftaires de police fit Arrêter un homme que se$ agents lui avaient signalé comme l'un des plus ardents factieux ; cet homme , c'était Brunst , le même déjà surpris au milieu de l'intrigue Chambouvet, que M. de la Colombe, adjudant de place, avait réclamé comme un des agents de l'autorité militaire , et que j'ayais consenti à lui rendre , sous la promesse qu'il m'avait faite de ne plus l'employer. On voit avec quelle fidélité il avait tenu parole.

Lorsque cet homme eut été saisi une seconde fois, M. Hue de la Colombe fit les démarches les plus actives pour obtenir sa liberté ; je la refusai constamment. Ce fut alors qu'à mon insu l'on imagina de livrer cet agent à la cour prévAtale ; et , sans qu' on m'eût demandé le moindre renseignement , Brumt fat mis en liberté.

Au même instant je le fis arrêter de nouveau pour demeurera ma disposition. M. le procureur du roi vint se plaindre à moi de cet acte d'autorité. « Ou Brunet, lui dis- je, a été agent de la police » militaire, et, en ce cas, il a dû justifier de sa mis- » sion en xendaut compte de ce qu'il a vu; -je » croirai à sa qualité quand on m'aura cpçirpu- » nique $es révélations , on qu'on m'attestera qu'il » en a fait; ou bien il n'a pas été employé,, et

(9») » dès lot* je ne puis voir en lni qu'un fac tient » qui doit être livré à la justice comme les autres. » M. le procureur du roi me confirma que Brunet était en effet un agent de la police militaire , et me confia qu'il avait tout su et tout révélé. Mais il s'agissait de m'en donner une déclaration par écrit. Ce fut l'objet d'une assez longue négociation, dans laquelle il fut intermédiaire entre l'autorité militaire et moi ( i ). Mon obstination vainquit enfin toutes les répugnances ; et M. de la Colombe trouva sans doute moins d'inconvénients à signer la lettre qu'on va lire , qu'à laisser son espion dans lès embarras d'une procédure criminelle , ou dans la nécessité de me faire à moi-même ses révélations,

Lyon, fe i'r septembre 1817.

Monsieur , j'ai eu l'honneur de vous demander la liberté du sieur Brunet. Je vous certifie qu'il n'a parcouru les campagnes que par mon ordre. Les comptes qu'il nia faits ont été' transmis à M. le iieutenant-ginèral Canuel \ et à l'approche du dernier soulèvement, j'en rendis' compte w Si. le comte de Chabrol. Je vous prie en .conséquence, d'après Ja promesse queivous m'en avez faite, de

(1) Voyez deux lettres de M. le procureur du roi au sujet dé Brunet j elles font partie des pièces justificatives n° X.

le Foire sortir de prison. Je sais avec respect , etc:

Signé Hue de la Colombe.

Je ne pense pasqu'une pareille pièce ait désormais besoin de commentaire.

On y voit déjà par quels moyens le général Canuel était instruit d'avance des projets des factieux.

On y remarquera aussi une nouvelle preuve de la franchise qui distingue cette déclaration solennelle, « qu'aucun des agents qui parcouraient lescam: » pagnes n'appartenait à la police militaire-, mais » bien à la seule autorité qui, par la nature de son » plan , avait des agents à sa solde. »

Enfin dans la complicité désormais avérée des agents de la police militaire avec les perturbateurs, et sur-tout dans l'affectation avec laquelle on nie jusqu'à l'existence de ces agents, il serait difficile de ne pas découvrir un moyen de s'éclairer sur les véritables artisans de nos troubles.

Avec quelque intrépidité que le général Canuel ait désavoué ses agents, il paraît avoir voulu se réserver une défaite pour le cas où leur existence serait découverte , et c'est sans doute dans cet objet qu'il a parlé de l'autorisation qu'avaient les commandants de place d'entretenir des agents secrets pour surveiller les militaires .Je ne me propose pas d'examiner si cette autorisation existe on non , ni même de faire remarquer que la surveillance des militaires dans la ville de Lyon n'avait rien de commun avec les menées des agents provocateurs surpris au

Est-ce là le seul dén

sur des assertions grav

Deuxdesprélendusn

leurs interrogatoires li

comme l'in terni édiai ri

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et un autre comité qu'

M. Canuelu hésitep

position, et la développe

« signalé vers la fin di

« l'époque) au général

» la correspondance de

» suite chez le lieutena

» muniquercerenseigut

- même cas que de ton:

*> nellement. Moulin re

* sans doute l'inconnu t!

» et à qui fut confiée

* écrite à madame de I - cer le 8 juin, que le toc

C ioï ) à la fin du moUde mai , et même au 8 jain que té général fixe les messages de Moulin à Paris , et la correspondance des conjurés par son intermédiaire. C'est à la fin de mai que se rapporte lavis officieux qu'il assure m'a voir transmis. Or, le dernifer voyage du conducteur Moulin à Paris est du 1 8 avril, époque ou il cessa d'être employé sur cette route. C'est un fait qui a été vérifié dans les registres de là maison qu'il servait. Au 8 juin , il y avait donc cinquante jours que Moulin n'avait pu porter de lettres de Lyon à Paris; à la fin de mai, époque où , selon M. Ganuel , la correspondance et les messages étaient ri actifs , et ma trahison si évidente, les messages, s'ils avaient existé, avaient du moins cessé depuis quarante jours.

Écoutez cependant les lamentations de M. Canuel et de M. le maire. « Je ne doute pas , dit le premier, que si on eût arrêté Moulin, soit au moment de son départ pour Paris ( quarante jours après qu'il avait cessé d'y aller), soii à son retour (quand il n'en revenait pas), on n'eût appris ce qu'il était si important de savoir. — Ses révélations , dit le second, eussent été d'une haute importance, et eussent jeté une grande clarté sur l'affaire. »

Ces regrets sont-ils plus sincères que l'assertion n'est juste?

Voici ce qu'il y a de certain : c'est quelle 8 juin, ainsi que les jours suivants jusqu'au 26, époque de son départ pour Bardeaux, Moulin «tait à Saint-

,% sous la jnam de caix qm se plaignent

fcpjourd'hai de ce qu'il ne fut pas arrêta ; et qui en firent alors arrêter tant d autres ; c'est que cet homtne, signalé par des soupçons d'une nature bien différente , a été arrêté enfin par les soins de l'autorité civile , s'est évadé des mains de Fan des agents reconnus de la police militaire , du chef de la fameuse intrigue du 22 octobre t en un mot du ma* réchal des logis Gauthié.

Je ne sais par quelle fatalité, ou par quelle combinaison f ce fiit précisément ce sous-officier qui fut chargé d'exécuter Tordre d'arrestation. Ce que Je sai$£ c'est que tandis que son ordre lui enjoignait de se placer sur le siège de la diligence que Moulin conduisait à son retour de Bordeaux et à côté de lui , Gauthié se plaça dans l'intérieur, et qu'arrivé dans le faubourg de Vaize, Moulin arrêta la voiture, descendit, et disparut avant que Gauthié eût ouvert la portière. Ce que je sais enfin , c'est que des ordres furent donnés pour que ce gendarme fût poursuivi , et qu'il ne Ta pas été.

Des documents qui ne m'appartiennent pas, en apprendraient davantage sur le véritable rôle que Moulin a joué dans nos troubles ; ils montreraient peut-être que s'il a servi d'intermédiaire à de coupables intrigues entre Lyon et Paris , ces intrigues ne sont pas celles dont on feint de l'accuser : mais les faits que je viens d'exposer font assez présumer de quelle nature eussent été les lumières que cet homme eût pu fournir à la justice; et du moins montrent-Us clairement avec quelle défiance doivent

I io3 )

être reçues les assertions de ces hommes qui prétendent être crus sur parole*

Le lecteur voudra bien remarquer que lors même que le général Canuel voudrait appeler erreur ce qu'il a dit des voyages et des menées, de Moulin , ce serait un autre nom qu'il faudrait nécessairement donner à l'étrange assertion de l'avis, qu'il prétend m'avoir fait passer à la fin du mois de mai. C'est ici un fait k lui personnel et que je me dispense de qualifier*

Nous allons maintenant aborder de plus près l'organisation du complot* et chercher de nouvelles lumières dans ce que les révélateurs en ont dit, comme dans ce qu'ils ont jugé à, propos de nous cacher..

Les premières révélations ont signalé l'existence de deux comités; l'un chargé d'organiser et de diriger les mouvements de la. ville, le second chargé du même soin pour ta campagne. Le premier* diton, était composé des nommés Barbier, Po/ozan, Taisson, Mermet, Joannon, Burdel et Cochet ;*k la tête du second , était le nomifté JacquiV — On? n'a pas fait connaître ceux qui siégeaient au-dessous de lui.

Plus tard on a parlé de l'existence (l'un comité su* pèrieur ou directeur; l'on a dit que ce comité supé-> rieur était commandé lui-même par les chefs, sapé-, rieurs delà conspiration. Mais non-seuleraeut on» u'a arrêté aucun membre de ce comité», aucun dç ce*.

che&spprémes; mais les révélateur* fie les ont même pas plus désignés que les recherches de la justice ne les ont fiât découvrir. Peut-être serons-nous plut heureux* Jetons, en attendant, un coup d'oeil sur Ici membres des comités connus et nbmmés.

Quets étaient ceux principalement chargés dt tirer parti de l'ignorance , des passions on des besoins -des Autres , pour les entraîne* vers l'abîme, par d'infimes manoeuvres? Quels étaient les hommes de bonne foi destinés à être dupes et victimes , «t à en feire d'autres à leur tour?

Je n'ai pas la prétention de déterminer , d'une màAièrë bien positive , dans laquelle de ces deux catégories chacun d'eux doit être rangé ; mais il en est plusieurs dans le nombre , à l'égard desquels ce classement ne paraît pas difficile.

D'une part , l'instruction nous montre que M. Cochet , éclairé , ou du moins mis en garde par les extravagances que débitait Barbier, par la violence de ses propositions , par ses jactances et par le vide de ses plans, ne tarda point à se retirer soiis divers prétextes. Bordel en fit autant ; et M, Joannon fils , qu'on avait voulu mettre en cofeitact avec Barbier, reconnut le piège, et l'évita. Le piège , en effet , ne pouvait pas être dangereux , à ce qu'il paraît , pour quiconque avait quelque éducation et quelque esprit.

Des cinq autres membres du comité, il en est deux , et notamment celui qui y jouait le premier rôle, dont les révélations et l'impunité les signa-

( "5 ) lent , de manière à ne pouvoir é'y taéprébdre , comme d'infimes et perfides provocateurs : ce sont BarbierttVoloznn.

Pour s'assurer de leur perfidie , il suffirait de lire dans ferons interrbgatoirés «t àmm ceux de qoelque$*troes de leurs dupes , ks détails de leurs détestables jongleries.

Barbier se présentait, tantôt eous le nom de Jaulet, tantôt sous celui à' Auguste, de Joannès, à'Mtriûs , de PJtMèppe; «c'était ce dernier nom qu'A avait pris ndprès du cordonnier Biternay , l'un de ceux qu'il a le pins indignement égarés. Il proposait à ce malheureux ouvrier de le faire odjudant-major. Le prince Eugène qu'on avait déjà reçu et avec qui on avait soupe , devait repasser à Lyon pour ouvrir les trésors; il ferait solder Biternay , ou il lui donnerait dans le civil un grade honorable.

Bonaparte n'avak jamais été à l'Ile Sainte-Hélène. Barbier savait où il était; mais c'était sacré , il ne pouvait le dire.

Mille sottises pareilles sur le nombre des conjurés, sur leurs munitions, sur leurs ressources, sur la protection des autorités 9 suivaient ces récits extravagants.

Le moment est venu de dresser le plan d'attaque. C'est Barbier qui , le premier, s'empresse de proposer le sien , et l'absurdité de ce plan , dont j'ai déjà parlé , suffirait au besoin pour prouver que ce n'était pas à la victoire qu'il voulait conduire

(io6)

les conjurés, mais à la mort :fl veut un motive^ ment ; mais, non-seulement il n'en désire pas le succès , il semble tout disposer pour le rendre impossible.

Enfin le moment fixé pour l'explosion est arrivé. Que devient ce factieux si ardent, ce conspirateur si déterminé , si sûr de son plan et de ses forces? que devient-il au moment où il ne s'agit plus, en quelque façon, que de recueillir le prix de tant d'efforts et de marcher à une victoire facile et certaine , puisque les autorités elles-mêmes protégeaient la conspiration ?

Se met-il à la tête des conjurés? non encore. Est-il entraîné par ses remords à tout révéler à la justice, pour empêcher le crime de se commettre? hélasl non.

Le 7 juin au soir , Barbier s'adresse à un surveillant denuit (agent de police) , le sieur Caminet, et lui propose de Y arrêter le lendemain, 8, sur les tapis de la Croix-Rousse ( i ) , où il se rendrait avec un autre individu; l'agent lui demande s'il a perdu la tête. Barbier répond qu'il veut être arrêté, parce qu 'il est fort ennuyé de tout ce qui se débite sur un prochain mouvement (2),

(1) C'est précisément le rendez» vous que Barbier a déclaré depuis avoir indiqué à quelques factieux.

(a) La déclaration du sieur Caminet fait partie des pièces justificatives n* V»

( "7 ) L'agent réplique que c'est une folie ; Barbier i siste, offre i5o fr. ; et, sur le refus de Caminet f m retire en disant : Puisque vous ne voulez pas, f arrangerai cela demain.

Le lendemain Barbier nt fut point arrête. Sans doute ses commettants avaient pensé que ses manœuvres leur étaient encore nécessaires; et, en effet, ce provocateur s'est vanté d'avoir, le 8 juin, remis lui-même au malheureux Saint - Dubois les douze paquets de cartouches saisis sur lui, à mesure qu'il sortait de Lyon, par la barrière de Serin , et qui , cinq jours après , le conduisirent à l'échafaud (i).

Quoi qu'il en soit de cet horrible épisode , Barbier reste tranquille à Lyon le 8 juin et les jours suivants , lorsqu'un juste effroi faisait fuir ou cacher les coupables, et même tant d'innocents. Enfin , le 22 juin , un ordre' du maire le conduit devant ce magistrat.

Là, pour conserver les apparences , il commence

p^r tout nier; il n'a rien vu , rien su, ni rien fait;

mais tout-à-coup le maire a le bonheur de le pénétrer de la plus douce confiance ; et Barbier, sacrifiant le soin de sa propre sûreté au besoin de dire la vérité tout entière , s'abandonne sans réserve : il est rassuré par les explications de M. le maire; il serait venu depuis long-temps révéler ce qu'il savait de la

• (1) J'ea si la preuve.

eonspirâtten , s'il n'avait pas craint d*Hre assassiné par tes conjurés* Après toutes les précaution* oratoires, Barbier commence; et c'est dans seize interrogatoires qui sont disséminés dans un espace de quatre mois, qu'im développe le roman de la conspiration 9 ses nipyéfts et ses vues , et qu'on en arrange les épUodes, Pendant oette longue instruction indépendante des procédures relatives aux mputwfrntU des Mmpagncs , et qui n'eut pour objet que le mouvement «on réalisé dans Lyon 9 les déclarations de «et feoimme offrent un crescendo remafqutble d mvenUwts et d'impostures évidentes. Elles ont fait arrêter, de l'aveu de M. le maire, deux cent seize personnes.

Les intervalles n'étaient point perdus , et Barbier , fidèle en prison au système de perfidie qu'il avait suivi avant d'y epirçr, consacrait son temps et ses soins à trorpjper les malheureux au milieu desquels on l'avait placé à dessein. Il les provoquait par des révélations mensongères , et faisait encore des dupes de ceux dont il avait fait des victimes.

Instruit de sa conduite et de ses révélations , je conçus, dès lespremiers moments , des doutes graves sur son véritable rôle, et oe négligeai rien pour pouvoir l'interroger moi - même ; mais , comme je l'ai déjà dit, ce prévenu fut un de ceux dont la présence me fut refusée avec le plus d'obstination, et jamais M. le maire n'a voulu me confier le soin d'en obtenir des aveux.

Enfin un arrêt de la cour prévôtale a mis un

( i<>9 ) terme à ce scandale, et Barbier, ainsi que le lecteur doit s'y attendre, a recouvré sa liberté ebmnie révélateur. • ;

Je n'entretiendrai pfis plm long-tt»ps k public de cet agent.

Je ne l'occuperai pas davantage dèfc révélations de Vdopan% (fi ne août que la Répétition littérale des grimaces et <tes impostures .de Barbier.

Quant aux autres nfrembres du coite ké, leur éva« jion ne permet guère d'asseoir un jugement positif sur le point de savoir s'ils étaient ou non dé bonne foi.. Cette question importe désormais fart peu y si l'impulsion est une fois reconnue; il'devient moins important de déterminer d'une manière précise le nombre des dupes et celui des provocateurs.

lie rôle de Jacquit, quoique contumace, est cependant parfaitement établi.

. Voici des faite :

Cet homntie était oh simple ouvrier en soie ,*ans éducation , sans fortune et sans ressources. Tous les interrogatoires le peignent comme l'auteur immé* diat de l'insumctiob des caaupagne&C'est lui qui Ta organisée ; c'esblui qui a mis en action tous les prévenus; c'est lui* qui assignait à chacun eo* poste , et le râle qu'il y devait jouer. Toutes ie**CQnl£>m&isons connues se rattachent à lui -et s*jr arrêtent. On n'a rien vu , ou l'on n'a rien voulu voir au delà. À la tille , à la campagne, on le retrouve dans toutes'les réunions * dans tous les projets , dans toutes les démarches, par-tout. On le voit sans cesse donnant

animant

désordres, répandant des instructions , aninr de sou audace on de ses impostures ses complices et ses dupes. Il distribuait en souverain les grades et les emplois militaires; il prenait le litre de colonel, ;se donnait des majors , des aides-de-camp, des secrétaires. Il profitait des disposîliuns du <

Barbier, mais agîss dance de ce comité , ei son tour une direct!

« Je suis convair

■ membres de la S

■ dans un înlcrrog » maire de Lyon ,

■ beaucoup d'éclair

une entière indêpene-friis il reconnaissait à

isi que tous les autres dit un des prévenus, s reçu et produit par le rquit pourrait fournir nenls sur les chefs supe- » rieurs. L'impulsion qu'il avait donnée, l'arro- .> gance avec laquelle il s'annonçait, m'ont tou- » jours fait croire qu'il recevait des ordres de per~ » sonnes au-dessus de lui ; — qu'il pouvait comp-

■ ' ter sur une parlie des autorités; qu'il recevait les

■ ordres des généraux et des mai échaux qui étaient » à Lyon, elc. "

Jacquit disait à un autre qui lui faisait des représentations sur la précipitation de quelques mesures, et sur re qu'il ne devrait pas compromettre des geus crédules et ignorants : J'ai «les ordres supérieurs;.... je dépends d'un grand personnage; je (l'en suis nue le subordonné.

Un troisième lui a souvent entendu dire qu'il allait ou qu'il venait du conseil privé, mais sans expliquer où ce conseil se tenait^

Ce qui est certain encore, t'est que le 8 juin,1 pendant qu'une poignée d'insensés s'agitaient dans les campagnes , sans but f sans dessein , et sans moyens , celui qui tenait les fils de la conspiration, celui qui, dans son impatiente ardeur, avait voulu commencer le mouvement dès le 5 juin (i), qui avait donné le signal et qui devait se mettre à leur tête, Jacqnit se reposait tranquillement à Lyon, où il fut vu pendant toute la journée, croyant sans doute avoir rempli sa mission dès l'instant que le mouvement avait éclaté dans les campagnes.

Que faudrait-il conclure de cette inaction si extraordinaire de la part du chef d'une véritable conspiration? que faudrait-il conclure de la coopération avérée deBrunet , agent reconnu delà police militaire? que faudrait-il conclure enfin des ordres que Jacquit prétendait recevoir' de quelques-unes des autorités locales, notamment des généraux, de ses rapports avec un conseil privé qui se tenait à Lyon , et dont les révélations de Barbier ne disent pas un mot , si Ton en était réduit à ces conjectures pour trouver le mot de l'énigme?

Mais la Providence nous a préparé des clartés moins douteuses , et celles qu'un seul mot va répandre sur cef te odieuse et déplorable machination, rendraient inutile, au besoin , tout ce que les faits précédents ont déjà produit depreuveset d'évidence.

(i) Barbier et Taissôn le déclarent positivement dans leurs interrogatoires.

P existait , en effet , un comité supérieur à celui de Barbier 9 un conseil où les plans étaient arrêtés v d'où partaient les ordres et l'impulsion , et dont Jacquit, auquel tout venait aboutir, était le principal agent. C'était-là ce comité supérieur dont l'organisation et Faction occultes sont restées impénétrables , a dit M. le procureur du roi , mais dont l'existence lui a toujours paru démontrée , et qui | selon le même magistrat , pourvoyait , on ne sait par quels moyens, aux fonds que pouvait exiger une pareille entreprise. Ce comité supérieur existait en effet, oui , il existait; mais ce n'était point à Paris, c'était dans Lyon même. Il ne se composait ni de bonapartistes, ni de républicains; et je le prouve en dévoilant l'un de ses membres , l'un des véritables directeurs de ces funestes événements ; c'est le capitaine Ledoux, cet officier de la légion de l'Yonne , en garnison à Lyon, qui fut assassiné le soir du 8 juin , au moment où il sortait de chez le général Canuel, et qui fut présenté daqs le temps comme un royaliste dévoué, victime de ses opinions et de la scélératesse des conjurés.

Lorsque j'arrivai à Lyon , j'appris que cette explication était loin de satisfaire les hommes raisonnables et impartiaux, et que les circonstances de cet assassinat isolé, qui n'était la suite d'aucun mouvement, et qui fyt exécuté au milieu de la ville à une heure où tout espoir était désormais perdu pour les factieux, avaieut fait supposer aux assassins des motifs d'une tout autre nature.

Je cherchai à approfondir ce mystère ; mais j'ai déjà parlé des obstacles de toute nature qui m'arrêtaient à chaque pas. J'espérais que la longue instruction faite à la mairie , fournirait quelques lumières. Par un hasard singulier, le nom du capitaine Ledoux n'y est pas prononcé une seule fois. Enfin la présence de M. le duc de Raguse a dissipé les ténèbres qui couvraient ce fait important , et voici ce que de nombreux témoignages ont appris.

Le capitaine Ledoux était l'homme de qui les principaux chefs apparents ou réels de la conspiration recevaient les instructions et l'impulsion nécessaires. Ainsi que je l'ai déjà dit, Jacquit^ qui avait organisé l'insurrection des campagnes , où il avait envoyé ses lieutenants et des émissaires pour y faire sonner le tocsin , ce J acquit était l'agent immédiat du capitaine Ledoux, et c'test en cette qualité qu'il fixa au 8 juin le mouvement insurrectionnel.

Cet officier, en activité de service dans la légion de l'Yonne , était parvenu" à leur inspirer une confiance extrême.

Lorsque le 8 juin arriva, les hommes que le capitaine Ledoux avait égarés, furent d'abord surpris de ne pas le voir paraître. Ils remarquèrent que la situation des esprits dans la ville était la même, que rien n'annonçait un mouvement, et que nulle part ne se présentèrent aux postes convenus les nombreux conjurés dont on leur avait

promis la réunion et le secours.

D'après tout ce qui se passait autour d'eux, ils ne tardèrent pas à juger qu'ils ne devaient pas compter sur ces mêmes autorités dont on leur avait promis l'appui ; le calme qu'ils remarquaient , ayant éveillé leurs soupçons, ils se rendent chez le capitaine Ledoux. Cet officier n'était pas chez lui. On prend des renseignements. Dès le matin il était sorti pour aller rejoindre sa femme à Charbonnières, petite commune près Lyon. Cette absence imprévue ne permet plus guère aux conjurés de douter de la trahison de leur chef. Pour en acquérir une plus grande certitude, ils épient dans le faubourg de Vaise le moment de son retour; de là ils le suivent dans la ville et le voient entrer chez le général Canuel. Convaincus dès lors qu'ils sont vendus , ib n'attendent plus Ledoux que pour se venger , et à peine était-il sorti , après une longue conférence , qu'il reçut le coup mortel.

Les pièces relatives au capitaine Ledoux ont été envoyées au gouvernement par monseigneur le duc de Baguse , qui me fit l'honneur de m'écrtre le i" novembre, en ces termes :

a Je vous préviens , Monsieur, que j'ai adresse au » ministre de la police les différentes pièces qui » établissent que le capitaine Ledoux \ de la légion » de l'Yonne , a été l'un des moteurs et le principal » agent du mouvement insurrectionnel qui a éclaté *> le 8 juin dernier, etc. »

Parmi les nombreuses révélations qui accusent Ledoux, se trouvent celles du capitaine Oudin : dans

ses derniers moments, cet officier se consolait par la pensée que Ledoux n'avait pas recueilli le fruit de sa trahison et de sa perfidie.

Ses déclarations avaient été recueillies par dteux militaires de la légion des Pyrénées qui se trouvaient auprès de lui quelques heures avant qu'il fiât conduit à l'échafaud , la sentinelle chargée de le surveiller , et le sergent du poste. Tous les deux s'étaient promis d'ensevelir ce secret au fond de leur ame, afin, ont-ils dit « de ne pas compromettre la mémoire d'un officier et d'un chevalier de Saint- Louis. Mais lors quele maréchal eut étonné Lyon par quelques actes de justice et de fermeté , la vérité, comme je l'ai déjà dit, resta moins captive; elle se cache aux jours où régnent les passions et l'arbitraire , et elle réparait quand renatt la justice. Le sergent laissa échapper sob secret le jour où M. le maréchal prit le parti de renvoyer de leurs corps plusieurs officiers.

Un lieutenant-colonel attaché à Tune de nos légions , répéta les propos du sergent. J'en prévins M. le duc de Raguse , qui manda ces deux témoins , et me les renvoya pour recevoir leurs déclarations,

« Nous avons été trahis par le capitaine de la » 86e qui a été tué , fait dire le sergent Bezi au ca- » pitaine Oudin , et c'est un des nôtres qui Ta tué, » comme il sortait de chez le général Canuel. »

« Le capitaine Oudin , dit le fusilier Tisnes , se » plaignit beaucoup du capitaine Ledoux? c'est lui,

( <■«) » dit-il, (Jiii était dans notre conseil , etquiatrani » tous nos camarades; et un denotre conseil l'a tue » en sortant de chez le général Caiiuel ( i ). «

Lorsque l'infamie du capitaine Ledonx se trouva enfin légalement constatée, elle expliqua naturellement l'assassinat do rot officier, et le peu d'importance qu'on ir lercher les auteurs.

C'était, en effet ose inconcevable que Je

voir une procédai le de laquelle deux cent

seize personnes 01 lées, el vingt-sept mises

en jugement ; un <■■■<• qui a duré quatre

mois, et dans l.iqi i fait tant d'efforts pour

découvrir les autet ttentats projetés pour le

8 juin , ne pas offï\. .... ^1 témoignage, unesenle question au sujet du seul attentat dont Lyon fut témoin ce jour-là (2).

Comment se fait-il que ni Barbier, ni les autres révélateurs n'aient pas nommé celui qui avait j»m un si grand rôle dans la conspiration; qu'ils aient usé de tant de discrétion en faveur d'un homme mort , lorsqu'ils dénonçaient avec si peu tle ménagement un si grand nombre de vivants?

(1) Je retrouve dansmes papiers une copie de ces Jeu* déclarations , e! je crois pouvoir les joindre aux pièces qui «ontà lasuitedecel écrit sous leii" VII.

(2) Je ne connais pas l'instruction de !a cour prévilale; mais celle de la mairie prouve <juc l'on ne s'est point occupé de l'assassinat du capitaine Ledonx.

Dès lors tout est expliqué; il ne reste plus de doutes sur les vrais auteurs du mouvement du 8 juin.

Les preuves que je viens de produire contre cet officier sont positives. Sont-elles les seules? Non , il en existe d'autres encore ; elles ont été recueillies par d'autres magistrats que moi; elles ne m'appartiennent pas; je me fais même un devoir dedk'interdire beaucoup de détails dont la publicité pourrait nuire aux autres recherches qui se continuent sans doute. Ceux que j'ai donnés suffisent, et doivent convaincre les esprits les plus difficiles». . ,

Maintenant ne peut-on pas se demander.: Le. général Canuel n'a-t-il rien appris du capitaine Ledoux, qui sortait de chez lui au moment où il fut assassiné? N'est-il pas prouvé que ce sont les agents de la police militaire qui ont été surpris au milieu de tous les agitateurs, et excitant les troubles dont Lyon fut menacé ou victime depuis le 22 octobre 1816? Pourquoi le général Canuel, instruit d'avance comme il l'avoue , plus tôt et mieux qu'il ne l'avoue , des projets des factieux , n'a-t-il rien fait pour les prévenir? Pourquoi n'a-t-il pas fait arrêter le capitaine Oudin? Pourquoi s'est-il refusé k placer un détachement de troupes à Saint-Genis , ainsi que M. de Chabrol l'avait d'abord demandé? Pourquoi n'a-t-il pas même fait avertir la brigade de gendarmerie établie à Saint-Genis, de restera' son poste le 8 juin ? Dois -je rappeler l'audace avec laquelle il me poursuit de sts calomnies r de-

(il8)

pois que je cherché la vérité ? Faut-il me souvenir que c'est précisément à l'époque de mon absence que les moteurs du mouvement se sont hâtés de le faire éclater , pour le rapprocher de mon départ , et en faire un crime à la police générale , comme

un événement non prévu par elle ou par moi ?

Je laisse au public le soin de tirer les conséquences qui1 nSlssent de tous ces rapprochements , et je ne dois pas oublier que j'ai encore d'autres faits à citer; que le moment est venu de rechercher dans quelques circonstances postérieures an 8 juin f de nouveaux moyens de fixer son opinion sur les mouvements de celte fatale journée.

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