‹ A ses concitoyensChapitre 6 sur 48 · QUATRIÈME ET CINQUIÈME PARTIES · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ET CINQUIÈME PARTIES

En accusant l'administration de 1819, M. Clau-

•d oublie que M. Decazes était en butte à toute

la virulence des pamphlets démocratiques, et

que les ennemis de l'autorité royale , plus clair-

toyans que ses partisans exclusifs, poursuivaient

dans ce ministre un serviteur dévoué de la cou*

ronne, d'autant plus redoutable à leurs yeux

qu'en attaquant l'esprit de faction quand il le

fallait, il savait toujours rassurer les intérêts

nouveaux; il oublie que cette exaltation de

l'esprit de parti fut dirigée contre M. Decazes ,

précisément parce qu'il était depuis quatre ans

l'ennemi de tous les excès, et que les haines

éclatèrent contre lui en proportion des obstacles

qu'il leur avait long-temps opposés.

Aux yeux de M. Clausel, M. Decazes est coupable et de tous les délits de la presse (1) et de la loi qui ne parut pas d'abord assez puissante pour les réprimer, et de toutes les calomnies que les plus viles spéculations de haine et d'intérêt colportèrent en France et dans l'étranger.

(i) Veir la note 5.

(4«) Cette supposition était nécessaire pour soutenir j M..CIausel dans la plus odieuse partie de sa tâche, i dans la plus !ftche et la plus absurde des accusa- j salions qu'il élève contre lui , la seule qu'il ne ' puisse rattacher â aucun acte, qu'il ne puisse justifier par aucun fait personnel, et pour h- . quelle il ne donne d'autre preuve que «a haine , et la supposition gratuite du projet le plus insensé : ■ M. Decaies , ministre du Roi , comblé

■ des bienfaits de l'auguste famille des Bour- ' * bons, élevé par l'événement de la restauration

■ à la plus haute fortune, a conspiré contre la

■ succession légitime. > Et quelles sont, je ne dirai parles preuves, mais les présomptions, mais les soupçons qui peuvent autoriser une supposition si contraire à la vraisemblance, au bon sens , à la logique de l'intérêt le plus vulgaire? Les voici : M. Laine a fait rendre, sous la présidence. et avec l'assentiment de M. le duc de Richelieu, une ordonnance qui modifiait les rapports de S. A. R. Mgr le comte d'Artois avec la garde nationale. Eh quoi ! cet acte , que deux fidèles serviteurs du trône ont fait seuls, et qu'ils ont fait loyalement, cet acte inoffensif dans ses véritables auteurs, est une trahison dans M. Decazes qui ne l'a pas fuit. Mais quel' que» journaux anglais l'ont annoncé, l'ont ap-

(4*) prouvé ; faible et misérable soutien d'une accusation odieuse. Eh quoi 1 lorsque dix journaux mnglais étaient habituellement remplis des haines , des espérances , des anecdotes que recueil* laient leurs correspondans de Paris, c'est dans quelques phrases de ces bulletins contradictoires et méprisés que vous chercherez les bases d'une si grave accusation. Nous dirons notre pensée sur les correspondances anglaises, qui ont fait long-temps un scandale public. Ouvrage de vingt mains différentes , armes de la haine , spéculation de parti , exploitation d une vile cupidité , elles sont nées évidemment de l'état précaire de la France en 181 5, et de la curiosité qu'il excitait en Europe. Peu de temps après cette époque, un journal, le New-Times, presque toujours rempli des éloges enthousiastes de la majorité de 181 5, vomissait les injures les plus grossières contre le gouvernement du Roi de France. Quelquefois même d'odieuses et inconcevables attaques y furent dirigées contre la personne même de Sa Majesté. Aucun esprit raisonnable s'avisa-t-il d'attribuer cette criminelle inconvenance à quelques hommes de parti, d'ailleurs distingués, dont les noms se retrouvaient sans cesse avec de nouveaux éloges dans ces odieuses correspondances. Non sans doute ; le Ncœ-Times devint célèbre par un dé*

goûtant scandale, dont la honte ne put rejailli* sur aucun nomme honorable. On sait que, dans chaque opinion, il y a des hommes qui n'en sont' pas , pour ainsi dire , tant ils les poussent à Te**' tréme. On sait d'ailleurs qu'indépendamment de' l'opinion, il suffit de la position d'un homme' pour le désigner aux éloges ou aux injures des colporteurs de libelles. Qui peut d'ailleurs remuer aujourd'hui cette fange?* Qui peut aller vérifier si M. Decases a été plus souvent loué o^ insulté dans le Times, le Sun, le Courrier, le1 Morning-Chronicle? Sont-ce là des appuis pour ' une accusation horrible, dont l'invraisemblance est attestée par tous les motifs de devoir et d'intérêt qu'on peut réunir? Au milieu de la plus odieuse licence de la presse, en butte à tant d'attaques , M. Decazes a-t-il jamais négligé de déférer aux tribunaux celles qui pouvaient s'adresser à l'auguste personne des Princes? N'a-t-il pas fait insérer dans la loi de la presse un article qui étendait sur eux l'inviolabilité du Roi ? Ces actes de clémence qu'on lui reproche d'avoir obtenus du Roi, avec quel empressement ne le* a-t-il pas placés sous les auspices et Tinter* vention généreuse des princes? Lorsque M. le duc d'Angoulêmc portait à nos provinces tant de bienfaits et de sages paroles, lorsqu'il se mêlait .

a des associations de bienfaisance , le ministère <jui cherchait , qui multipliait avec art les occa- •ons où les lumières et la bonté du prince se manifestaient avec tant d'éclat , travaillait-il à éteindre les senti mens de fidélité pour les légitimes héritiers du trône? Voulait-il les dépopulariser en montrant leurs vertus ?

Mais, quoi que fasse M. Clause!, de quelques calomnies qu'il se soit armé, comment peut-il franchir l'intervalle qui séparé les misérables in- Muations que nous venons de réfuter et le crime horrible que déplore la France? Nous pouvons dire à l'accusateur : U y a long-temps que nous vous suivons à travers cette série d'accusations pour ainsi dire insignifiantes relativement à votre épouvantable promesse : il faut enfin que vous veniez à absoudre vos premières paroles , sinon de folie , au moins de calomnie volontaire et préméditée. Tout ce que nous avons réfuté jusqu'à présent était connu, ré~ pété dans mille pamphlets. Parlez : quavez-vous à nous apprendre sur le crime du i3 février? Une longue et solennelle instruction a préparé le jugement de la Chambre des pairs. Cinq cents témoins ont été entendus. Il est résulté du rapport de M. Bastard qu'aucune des précautions possibles commandées par la prudence hit*

. ts.)

toaîne n'avait été négligée. Nous ne rentreront - pas sur ce déplorable sujet dans une discussion détaillée, dont la conscience d'aucun homme n'a besoin. Ceux , même qui ont essayé de s'armer contre M. Decazes de l'événement affreux qu'il n'était pas en Bon pouvoir de prévenir, savaient bien quepenserdecetteépouvantablefata- Uté sous laquelle Us ont voulu l'accabler. Henri IV Ait assassiné sous le ministère du vertueux et vigilant Sully. Lorsque Louis XV fut atteint , son autorité était confiée aux plus sages ministres qu'il ait eus pendant son règne. Le roi George fut frappé au moment où son royaume était dirigé par une administration habile autant que zélée. On sait au reste, et nous n'avons pas besoin de le rappeler, comment quelques personnes trouvant sans doute le reproche de négligence mu- lequel appuie M. Clause! , bien faible et bien peu prouvé, essayèrent d'y suppléer par la fable du maire de Passy. La Chambre des pairs a lu les déclarations de ce magistrat, sur les propositions qui ont été faîtes pour envelopper M. le duc Decazes dans un faux témoignage. M. Clausel ne raconte point ce fait; mais son système d'attaque y fait penser.

C'est avec la même bonne foi qu'il interprète la circulaire de M- Decazes sur le crime du i3

février. Oci sait qu'un noble pair , tronipé par Tin faux rapport , affirma , au grand étonnement de la Chambre, que, dans une lettre sortie du ministère de l'intérieur, l'assassinat du prince était attribué à une vengeance individuelle. M. le comte Siméon rétablit la vérité , en venant lire i la Chambre l'original de cette circulaire ; et nous avons encore présente l'impression qu'elle fit sur tous les esprits confondus de l'erreur qu'on avait avancée. M. Glausel veut tirer aujourd'hui de cette pièce une autre accusation , et il la cite en la morcelant; il en supprime toute la fin, qui renferme les injonctions les plus positives sur la recherche de tous les indices de complicité.

D rapporte une phrase où le ministre ordonne de surveiller les voyageurs qui propageraient de fausses craintes. Aux yeux de M. Glausel , ces voyageurs sont nécessairement des royalistes. Eh quoi! s'il eût existé un complot, le récit mensonger de la mort du Roi, d'une insurrection dans Paris, du danger de toute la famille royale , n'aurait pas pu servir et prouver la conspiration? De pareils bruits ne pouvaient pas aug- Imenter l'agitation des provinces ? L'autorité u'eu devait pas arrêter les auteurs ?

Nous rapporterons ici cette circulaire (i), insidieusement tronquée par M. Clausel, et elle produira sur tout lecteur le même effet qu'elle produisit à la Chambre des pairs , où elle servit de réponse à une supposition presque semblable, mais qui, du moins, n'était pas fondée sur l'altération volontaire d'une pièce officiellement publiée.

Ne devrions-nous pas nous arrêter ici pour. laisser M. Clausel sous cette démonstration d'un* odieuse imposture, dans le point capital de son accusation? Pourquoi lui-même cherche-t-H à prolonger son attaque, A la porter sur d'autres objets? N'est-ce point par le sentiment de l'impuissance de sa haine, et, pour ainsi dire, par la conscience de sa calomnie ?

Tout ce qu'il ajoute , en effet , relativement à la religion, est dénué de la plus légère vraisemblance. L'importance d'un aussi grave sujet exigerait des développemens qu'il nous était difficile de réunir immédiatement; mais le plus simple raisonnement dira que la religion ne fut pas persécutée par le ministre qui fit conclure avec la cour de Rome un arrangement provisoire dont l'Eglise de France se montra satisfaite, et qui s'est empressé de multiplier le nombre cle prêtres auxiliaires, et d'assurer à une foule de

(i) Voir U noie fi.

Tes secours religieux dont elles éfaîeot privées avant et après la restauration.

M. Clausel fait cependant résulter de la conduite de M. Decazes , relativement à la religion ,. ÔM| nouveaux chefs d'accusation par lesquels ît termine sa longue diatribe.

On peut croire que les difficultés survenues dans quelques département au sujet des ecclésiastiques missionnaires occupent une grande place dans cette partie de l'accusation. Il est irai que * ces difficultés avaient précédé l'entrée de M. Decazes au ministère de l'intérieur , et qu'elles se sont reproduites depuis son éloi- {Dément; il est vrai qu'elles tiennent à l'état de» esprits , et nullement à l'influence de l'autorité» Mais M. Clausel les impute à M. Decazes seul», c'est-à-dire au ministre qui , dans un intervalle de onze mois,, a fait pour le culte pltia. de chose* favorables et décisives que leSr circonstances* n'avaient permis d'en faire depuis quatre ans*. Sans doute ces mesure* prises* par M. Decazes* n'ont été dirigées que vers la prospérité de ta religion, et non dans un intérêt de parti. Multiplier le nombre de* prêtres dans les pauvre* communes, distribuer au clergé des secoursabondans et des moyens de charité, hâter la cour* sLusion d'uou arrangement avec l^cour de Ramew

qui assure tous les résultats religieux du concordat de 1817, et éloigne seulement les prétentions ïnquiétantcs et les expressions contraires à la Charte que ce concordat paraissait renfermer; voilà ce que M. Decazes a lait , voilà les- services que les hommes vraiment religieux et plusieursmembres éminens du clergé ont sincèrement reconnus. Mais il n'y a rien dans ces actes qui favorise l'esprit d'intolérance, le zèle persécuteur, et qui fasse servir la religion au triomphe d'un parti. Nous trouvons donc fort naturel que M. Clausel en soit peu satisfait.

Mais croira-t-ou que ce même accusateur imagine de poursuivre M. Decazes, en raison des alarmes qu'il aurait données aux protestans sur le libre exercice de leur culte ? Ce chef d'accusation , aussi étonnant par la rédaction que par le sens, mérite d'être cité. M. Clausel accuse donc M. Decazes d'avoir, par ces atteintes portées au libre exercice de la religion de l'état ^ donné de justes inquiétudes aux fidèles sujets de S. M. qui appartiennent aux autres communions chrétiennes > en leur faisant craindre d'être troublés aussi dans le choix de leurs prédicateurs et des autres ministres de leur culte.

Eh quoi! M. Clausel, ces protestans qui ont supporté avec inquiétude, et qui même ont cherché à éluder par la loi l'obligation de

tendre pendant les fêtes catholiques , ces métae* protestons étaient inquiets de ce que les cérémonies extérieures du culte catholique recevaient quelques restrictions !

Les protestans du midi, trop favorises, selon tous, sous l'administration de M. Dccazes, se seraient crus persécutés par 1 arrêté du maire de Croî, relativement aux actes extérieurs d'une mission catholique? En vérité, cet excès d'absurdité dispense de longues réflexions. Nous le donnons comme un modèle de la manière de raisonner de l'accusateur. Si M. Clausel n'avait pas lui-même affaibli, par une telle absurdité» toutes ses attaques sur un sujet aussi grave que celui de la religion, nous ne nous bornerions pas à ce seul fait; nous repousserions l'odieuse calomnie par laquelle il ose attribuer à M* Decazes une participation dans les désordres religieux de Brest, tandis que- ce ministre a puni, par une destitution rigoureuse, les fonction-*, naires qui ne s'y étaient pas fortement opposés. Nous lui demanderions, comment il prétend faire* un crime à M. Decazes d'avoir laissé mettre en usage, sous son ministère , des réglemens de surveillance municipale, toujours reconnus dè^ puis le concordat de 1801, souvent appliqués, depuis la restauration» et qui le sont enecre au^

fourd'huM enfin nous repousserions ce ridicule reproche d'avoir autorisé des caricatures impie* qui ne pouvaient être ppursui vies que par les tribunaux, d'avoir corrompu l'instruction publique, d'avoir ifcndu athée une loi qu'il n'a pas faite, et que les Chambres ont votée avec un amendement religieux. Mais il est temps de fi* nh\ et il n'y a pas besoin de répondre à tout pour tout réfuter.

„ Quel ministre a plus fcft poqr les véritables latfrtts de la religion, de l'humanité et avec moins d'ostentation* et de faste pendant la courte durée de la présence de H. Decazes au département de l'intérieur?

Huit cent mille francs, distribués aux communes pour la réparation des églises et des presbytères.

Cinq cents nouvelles succursales érigées, 200 cures de seconde classe portées à la première; et les vénérables pasteurs qui les occupaient récompensés par une augmentation de traitement.

L'institution des prêtres de secours, si utile, si sage, si nécessaire, venant répandre l'instruction chrétienne, et rétablir le culte dans les campagnes qui en étaient privées.

Les congrégations de femmes destinées au soulagement des malades ou à l'instruction des jeunes filles pauvres, soutenues, encouragées et recevant 200,000 fr. de secours

Trois cent mille fr. consacrés à l'agrandissement et h l'assainissement des séminaires de Paris*

Semblable somme répartie entre les autres séminaire» de France pour subvenir & l'insuffisance de Icum budgets.

Les pasteurs en retraite pour cause d'infirmités» d'anciennes religieuses, recevant des mains de leur» «éfêques la distribution des fonds mis à leur disposition pour adoucir leurs infortunes.

Dirai-je les encouragemens de tous genre accordé» à tout ce qui pouvait propager les bienfaits de l'enseignement dans les classes inférieures, et accroître la Masse des lumières, c'est-à-dire la connaissance et la pratique de tous les devoirs? Les prisons assainies , leur régime intérieur amélioré , le travail chassant l'oisiveté et corrigeant le vice dans ces séjours de la douleur, et toutes les misères qui les habitent placées sous la protection la plus auguste comme sous l'égide de la bienfaisance la plus active.

Et c'est malgré les obstacles sans nombre que lui suscitaient la divergence des opinions et la lutte de» partis, c'est au milieu des attaques et des intrigues diverses dont il était incessamment poursuivi, que fi. Decazes, dédaignant le soin de sa propre défense, mais sans négliger aucun de ses devoirs politiques, a trouvé le secret d'opérer tant de bien , de soulager tant de malheurs , de pourvoir aux besoins du culte et de l'instruction , et de créer tant d'établissemens utiles ! Non , AL Clausel , votre accusation insensée d'irréligion et d'impiété ne retombera que sur vous ; car la religion y la piété, la morale défendent également la calomnie*

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