Discours du 27 janvier
se ternir? Cette liberté même, rien ne la garantissait. Le ministère n'avait pas le droit de dissoudre une Chambre dont la majorité lui était hostile. On ne l'y accueillait ({u'avcc une antipathie révérencieuse. L'Empereur ne pouvait manquer de retomber dans la fantaisie du plébiscite, cédant à ses anciennes idées, ou plutôt à ses anciens amis et à leurs dangereux conseils. 11 s'engoua du projet de soumettre au suH'rage universel, par oui et nn//, une Constitution en ^~) articles, sans ipi'il lut, bien entendu, possible de choisir entre ces articles. 1^'austère i)arlementarisme de j\L Buffet s'émut. Il donna très nettement sa démission. ^L Dam le suivit d(; près.
Connnent JNL l'Emile Ollivier ne vit-il ])as comme eux (pie ce plébiscite atteignait son autorité, ses pi'ojets, (pie les partisans du ()Ouvoir absolu en seraient enhardis, et les polili(|ues un })eu froids qui se résignaient à l'Empire libéral, tout à fait mécontents, découragés? Plein de conliance en l'j'lnqjereur et en lui-même, il crut tout pouvoir braver, et continuer une existence parlementaire, entre une gauche peu nomi^reuse et une majorité de droite (pii ne chei-chail (]u'une occasion de reprendre la faveur impériale égarée. M. Thiers a parlé rarement (buis cette session. Son plus grand discours est celui (hi 27 janvier, commencé sur les traités de commerce et achevé en |)leine polititpie, sous l'inlbience des interrupteurs qui préludaient à leurs violences des derniers jours. Il tciininail p;u' ces mots : » Je uiainli(;ns (pi'oii pourra dii'e (piCn éconoiuie publi(pie.
154 A. THIEBS.
pas plus qu'en politique, vous ne représentez exactement le pays ». Cette opinion ne fut a]ipuyée que par 32 voix contre 212 députés olliciels, excellente confirmation! Pendant six mois, il redevint silencieux, et seulement le 30 juin, il réclama avec acharnement le contingent de 90 000 hommes que contestaient quelques-uns de ses collègues de l'opposition, et que le gouvernement abandonnait. Il eût préféré une levée de 100 000 hommes, contingent des années précédentes, et démontrait que, sans aucune [)ensée d'agression, il fallait tenir compte des changements de l'Europe. La Prusse, peuplée naguère de dix-neuf millions d'hommes, j)ar les traités d'alliance offensive et défensive conclus avec les puissances du Sud, disposait maintenant de quarante et (piclques millions. Dans ce discours tout pacifique, il disait :
« Vous ne voulez i)as voir que Sadowa a doublé la puissance de la Prusse; vous ne voulez pas voir qu'au lieu d'une Allemagne toute-puissante pour la défensive, mais impuissante pour l'agression, car les deux principales monarchies, la Prusse et l'Au- Iriche, ne pouvaient jamais être d'accord sur une question d'ambition, vous ne voulez jkis voir qu'au lieu de cette Allemagne inoffensive, vous avez une Allemagne militaire formidable, qui ne cherche pas, il faut lui rendre cette justice, à troubler le monde, car elle a à sa tête un homme supérieur, |)artisan de la paix, mais cpii vous met dans la nécessité d'organiser une force militaire plus considérable, afin de
pouvoir contenir les pensées ambitieuses (jui j)ourraient surgir '. »
Est-il possible d'imaginer des paroles plus modérées et plus prudentes, et que penser d'un pouvoir qui, la situation étant éclairée, imagina de chercher une (juerelle à l'Allemagne, ou, si l'on veut, ne se })ré|)ara pas à se défendre contre une querelle que lui chercherait l'Allemagne ? De quelque côté qu'on se tourne, la faute est également condamnable.
IjC duc de (ii'auiont avait remplacé M. Daru, et pris ino[)inémont |)laco dans un ministère dont il ne partageait en rien les sentiments. Deux jours après les ex|)lications de M. Thiers, il recevait la nouvelle (jue le maréchal Prim avait proposé la couronne d'I^^spagne au ])i'ince de Ilohcnzollern, parent du i"()i de Prusse. ()n dciuanda au ministre de renseigner la (yhainbre. M. de Gramont a|)porta la conlirmatiou de la nouvelle, et, ce (pii était plus grave, déclara ([lie la l'raiice ne souflVii'ait pas (|u un prince de cette dynastie montât sur le trùne de Charles- Quint. Il annonc^ait de plus, tant l'affaire sendjlait sérieuse;, (ju'il renseignerait les (l(''[)ut(!'s joui' par jour. (]'était une déclai'ation de guerre, ou du moins une diplomatie à la /i/iss-rtrde, suivant l'expression de M. Doudan. ()n iulcrrssait raiiioiir-pi'opi'e prussien dans une alfaire (pi'il était si ais('' d'éteindre, lîien mieux, comme si l'on eut craint (pie la diplomatie prudente de M. de Bismarck ne déjouât des projets