‹ A. ThiersChapitre 16 sur 27 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

La République avait été j)roclamée sans résistance |)ai' la foule. Le gouvernement, depuis la veille, ne ])ouvait |)lus se montrer, agir, ni même se nommer. A peine était-ce une révolution. Le public constatait un lait, et voilà tout. Il est pourtant regrettable que ce fait n'ait j)as été régulièrement établi. Le Corps législatif n'avait guère plus de droits que toute autre réunion de citoyens à prendre un })arti et à dicter des volontés. Cependant il eût été souhaitable qu'on le consultât, qu'il nommât lui-même un gouvernement de défense nationale^ et convoquât les électeurs. Personne, ou presque ])ersonne, n'en eût, ce jour-là, l'idée. Les députés de Paris acceptèrent de la foule une investiture sommaire, et le Corps législatif fut dissous par eux. M. Thiers ne pouvait consentir à faire partie d'un gouvernement ainsi improvisé. Mais il ne croyait pas que le (]orps législatif y pût faire obstacle; et dans une séance tenue le soir même dans une des salles du Palais-Boiirbon,

LA GUE H II K. if,9

il se contenta de remarquer avec (jticlque ironie que ce n'était pas aux serviteurs de l'Empire à invoquer la sainteté du mandat poj)ulaire, et que chacun ferait bien de tout oublier, pour ne songer qu'à la défense du sol national. C'était sa première, son uni([ue préoccupation.

La ])roclamation de la Pi(''publi(pie n'était pas faite pour l'c'tonner. Dej)uis longtem])S, personne ne ])0uvait penser qu'un autre gouvernement succéderait à l'Empire. Ce gouvernement pouvait-il faire immédiatement la paix ? C'eut été fort désirable de laisser à l'Empereur toute la responsabilité de nos souffrances. Mais, dès ses premiers succès, l'ennemi était décidé à ne ])as se retirer les mains vides; et celui qui, à cette époque, aurait voulu traiter, et pour trait(M' aurait cédé Strasbourg dont la défense durait encore, aurait paru pousser la lâcheté juscpTau diUire. ^'ainemcnt eùt-il mis sa signature au bas diin papier dipIomati(pie, le soulèvement de la colère |)ul)li(pie l'aurait <l(''chir(''. Même à crws. (|iii auguraient le moins bien de l'avenir, l'idée ne venait point (|u"on ])ùt mettre bas les armes. Paris d'ailleurs restait, Paris lorlilié par les soins de M. 'Iliiers, Paris (|ni, après avoir été la capitale révolutionnaire de la l'rancc, en pouvait, en devait être la citadelle ; et ou aimait à penser <[ue, tant (pic Paris n"(''tait pas rendu, la France ne pouvait se considc'rcr comme vainciu'. C'est à se consacrer aux prc'paratils de c<'lte (h'Icuse (pie AI. '^l'Iiicrs se i'(''sigiiait , .ibaiidoiiiiaiit tout r(*)l(' politupic.

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Ce rêve austère et modeste fut interrompu par une visite de M. Jules F'avre, ministre des Afl'aires étrangères , qui venait lui proposer une mission à l'étranger. Le gouvernement tout entier, y compris M. Rochefort, lui demandait de visiter les principaux cabinets de l'Europe, et de leur représenter les intérêts qui ne leur permettent ]>as de laisseï* bouleverser l'équilibre du monde par la chute de la France et l'avènement, ou du moins la tentative, d'une monarchie universelle. Xe pourrait-on pas réveiller en quelques pays le souvenir des services rendus, instruire les peuples de l'état de la F'rance, montrer qu'elle n'c'tait pas destin(''e à p('>rir, recommander la République nouvelle , obtenir la bienveillance et même ra])pui des puissances neutres? Par ses antécédents, par sa renommée, par son énergique opposition à la guerre, par sa connaissance de la politique et des hommes, M. Thiers était seul capable de tenter cette entreprise. Malgré son Age de soixantetreize ans, malgré son désir et son droit de ne pas intervenir dans une guerre si mal commencée, il se résolut à accepter, (^l'était cruel de représenter suppliante et vaincue cette V'rance qu'il avait tant désiré de voir forte et fière, dont il avait contribu('' à accroître comme à ct'lébrer la gloire militaire. Mais il se donna tout entier à la France malheureuse^, dùt-elle encore être ingrate.

il ne fallait pas larder; dès le lendemain, Paris allait être fernK-, et derrière le ti'ain qui rem|)ortail v<'rs Calais, le \2 se|)tend)i'e, les ingiMiicni's faisaient

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