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véritablement le premier citoyen, et c'est comiiie tel qu'il fut chargé d'offrir la paix: à M. de Bismarck, et d'en discuter les conditions avec ce barbare de génie , suivant son expression. On sait à quels efforts il a dii de conserver à la P>ance la ville de Belfort, marquée d'avance j)our devenir allemande. On sait aussi que cette |)aix inévitable et douloureuse fut ratifiée par rAssembléc, après un des plus touchants discours (pi'ait pu prononcer un patriote.
Au nom de quel gouvernement était négociée cette paix, et se reconstituait i)eu à peu l'administration? Au nom de la République a])paremment. Ce gouvernement avait été j)roclamé le 4 septembre; c'est en son nom que M. Gambetta avait levé des armées, que s'étaient réunis les électeurs; et enfin, M. Thiers, qui venait d'être proclamé (^hefdu |)Ouvoirexéciitif. avait, sur la demande ex|)ressede]\I. Dufaure, qui ne consentait à être ministre qu'à ce l)rix, désiré qu'on y ajoutât ces mots : de la Rcpiihlirjue fraïKciise. D'ailleurs, ])ar la force des choses, on est en République <|uand on n'a ni roi, ni enq)ereur : « Tout ce qui n'est j)as prose est vers », disait Molière. L'Assemblée cependant considérait comme un de ses droits de changer la forme de gouvernement, et elle était toute-puissante. On pouvait lui répondre que les électeurs n'avaient guère songé à cela, en la nommant, et que, si les monarchistes étaient en majorité, c'est qu'ils représentaient la jiaix, et ((u'en province la Répnblicpie n'était connue (pie sous les traits de la guerre
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à outrance. Mais on ne songeait pas à faire ces distinctions, et on allait au plus pressé, c'est-à-dire au traité qui devait arrêter l'effusion du sang, et aux premiers éléments d'une reconstruction administrative. De ce traité, aucune monarchie n'aurait eu le désir de ))rendre la responsabilité. C'est ce que comprit parfaitement la droite monarchique. Elle consentit à accepter, sinon la chose, du moins le nom, comme une contrainte tem[)oraire, un expédient de circonstance, pourvu qu'on en parlât le moins possible.
M. Thiers n'était |)as sans avoir pensé souvent, sous l'Empire et surtout depuis la guerre, que la République était l'héritière naturelle de Na|)oléon III, qu'il faudrait traverse!" cette fois l'Océan et non plus la Manche, suivant une métaphore qui lui était habituelle. C'était l)ien à ses yeux la meilleure ressource pour la j)oliti({ue conservati'ice, et là seulement on trouverait un terrain solide de gouvernement. Il n'en avait pas moins été frappé du grand nombre de légitimistes devenus députés, et n'était pas plus pressé qu'eux d'entraver, en discutant des constitutions, la ratification du traité et la pacification de Paris, d'oii il rapportait des nouvelles inquiétantes. Il était d'autant plus disposé à attendre qu'il voyait très ra|)idement se former dans la Chambre un groupe qui devait s'accroître et qui lui inspirait toute confiance. M. Jules Simon a donné de ces députés uiu' meilleure définition qu'ils ne fei-aient eux-mêmes, car l'histoire de ces années a été faite d'une façon supérieure |)ar
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ce philosophe politique '. Sép;iré de M. Thicrs sur l)eaucoup de points de théorie constitutionnelle ou d'économie sociale, il se rapprochait de lui par trois choses qui méritent de nouer un lien solide entre deux hommes : le talent, le courage et la passion du bien public, ^'oici ce (pi'il dit de cette fraction <le l'Assemblée :
« 11 y avait dans l'Asseniblée une centaine de fermes es[)rits , également incapables d'abandonner les principes sur lesquels toute société repose, et de renoncer à la liberté. Ils auraient préféré à toute autre forme de gouvernement la nioiiarchie constitutionnelle, s'ils l'avaient trouvée établie ou s'ils avaient pu la restaurer par un vote, sans recourir à la force. Mais ils comprirent bien vite que ni les légitimistes, ni les bonapartistes n'accéderaient à la forme constitutionnelle; qu'elle n'aurait de majorité ni dans le Parlement ni dans le j)euple; qu'elle était, par sa nature et j)ar le tem|)érament de ses défenseurs, dans l'heureuse impuissance de recourir à la force; (pie la réapparition sur la scène politi(pie du parti légitimiste n'était qu'un incident sans durée et sans portc'-e. La République leur inspirait des défiances ([ui, chez ((uelques-uns, dans les commencements, allaient jusqu'à l'aversion. Mais persuadés (|u"il n'y avait (pi'à choisir entre elle et l'Empire, et cpie D'empire nv. se concilierait jamais ni avec les principes du droit et de la justice, ni avec la lilx i-|('', ils ne dc'scs-
I. /.)■ gouvernement de M. 'I'IiIits. par .liili's Siiiuin, "J Vdl. in-K. l'iiVis, 187S.
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péraient pas de faire une République libérale et conservatrice. En un mot, ils repoussaient la légitimité comme chiméricpie, la dictature républicaine et la dictature césarienne comme odieuses; ils préféraient une monarchie libérale à une république modérée, mais sans estimer qu'il y eût lieu de recourir à une révolution, uniquement pour que la ])résidence de la République fût héréditaire. JNI. Thiers n'était ])as seulement le chef de ce })arti, il était ce parti luimême. » Ce parti, dès lors très tenté de réaliser ce qu'on appelait V Union libérale, pensait et pense encore que les idées républicaines ne sont que le marimum des idées libérales. INlais il y a malheureusement des gens qui prennent j)cur de leurs idées quand ils les voient réalisées.
Enfin, un dernier parti, le moins nombreux dans la Chambre, le plus nombreux dans le pays, assez divisé pourtant, le parti rc-publicain méritait aussi quelciues soins. Que pouvait faire JNI. Thiers pour empêcher ces partis, suivant son expression, de se jeter les ii//s sur les autres? Quoi? Ce qu'il a fait précisément avec une sincérité |)arlaite que ne dépare pas un art consommé. Il disait aux royalistes : « Vous avez le pouvoir constituant, mais vous n'en voulez pas user, c'est très raisonnable », et aux républicains : « La paix se conclut, l'administration se reforme, les finances se rétablissent au nom de la ]'(' publique; c'est donc la République qui en i)rofitcra; le succès définitif sera aux plus sages ». Et il disait cela, non |)oint dans des conciliabules secrets,
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dans des conversations privées, mais en j)leine Assemblée, non pas une fois, mais dix fois. Sa préoccupation était surtout de rassurer les républicains qui pouvaient lui faire l'injure de croire que, chef de la llé[)ublique, il préparerait une restauration. Aussi devait-il promettre à tout moment de ne pas livrer le dépôt qui lui était confié, à qui? point assurément à la monarchie de droit divin qu'il avait toujours combattue, mais à une condjlnaison intermédiaire entre la république et la monarchie, à une sorte de stathoudérat orléaniste. Là était [)OLir lui et pour ses amis une difficulté p:)liti(pie et morale, si l'on peut ainsi parler, difficulté très atténuée par la conduite des princes d'Orléans qui déclaraient hautement (ju'ils pouvaient avoir des titres à gouverner, mais point de droits , et cpii acceptaient la Ré|)ublique jusqu'à la servir comme fonctionnaires. I^e premier d'entre eux, le duc d'Aumale l'a fait utilement et noblement. Aucun d'eux ne semblait penser (jue la maison d'Orléans dût être autre chose qu'une maison d'Orange donnant indiflVi'cnunent des rois de révolution ou des premiers magistrats de llépubli([ue.
M, Tliiers exposait sa politiipic à l'Assemblée réunie à Bordeaux, notamment le 10 mars L87i <ians un langage si sincère, si clair, ([ii'on est embarrassé vraiment d'avoir à l'expliipier, à le justifier. Et pourtant il a dû lui-même y revenir plus d'une fois, et refaire ou redire ce tliscours ([ui a rcru des événements une justification si éclatante. Pni d'heures
après l'avoir prononcé, il revenait à Paris. L'Assemblée, sur sa demande, avait accepté de siéger à Versailles, comme transaction entre Fontainebleau qui eût été impraticable, et Paris peut-être dangereux.
Le Chef du pouvoir trouva la capitale fort agitée, et sa tentative d'y détruire les dernières traces du siège et les ferments de la guerre civile devait échouer. Il n'avait ni force armée, ni administration , ni moyens de faire entendre sa voix à une population inquiète, irritée, enfiévrée. Le meurtre des généraux Lecomte et Clément Thomas inaugura cette Commune qui devait finir comme elle avait commencé. Que faire contre une émeute qui avait toute l'organisation , toutes les ressources d'une armée régulière, à laquelle se joignaient des soldats débandés méconnaissant leurs chefs ? M . Thiers prit une résolution hardie qu'il avait autrefois conseillée, et qui eût pu sauver en cas pareil lu Restauration et la monarchie de Juillet : il transporta à Versailles le siège du pouvoir, et s'y rendit la veille du jour où devaient se rassembler les députés. Les meilleurs juges ont pensé que cette décision était l'une des plus heureuses de son génie pratique. Dans tous les cas, l'Assemblée a pu délibérer en paix, la Commune a été vaincue et l'ordre rétabli.
Ceux qui lisent l'histoire et ne l'ont point vue se faire, seront peut-être étonnés d'a})prendre qu'un tel événement ne chaneea "ruère les sentiments des,
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partis. Les députes qui voulaient substituer la monarchie à la République y virent un encouragement; les autres comprirent mieux encore qu'une insurrection soulevée au nom de la République ne pouvait être vaincue que par la République même. Il pouvait y avoir dans la Commune des hommes qui croyaient vraiment le gouvernement menacé parce que l'Assemblée était en majorité monarchique. M. Thiers fut plus que jamais obligé de prouver qu'il n'entrait pas en traître dans la République. Par ses assurances, il désarmait les républicains modérés, et s'il ne ralliait pas les autres, il les embarrassait et rangeait du parti de la loi tout ce qui en était capable parmi les ennemis de l'Empire renversé. Sommé de s'expliquer, assez durement, car les partisans de l'autorité ne respectaient guère la sienne, il répétait à Versailles ce qu'il avait dit à Bordeaux, avec une patience qui ne se lassait point et une variété de formes qui ne s'épuisait pas.
« Il y a des ennemis de l'ordre qui disent que nous nous préparons à renverser la République. Je leur donne un démenti foniiol. Ils mentent à la France; ils veulent la troubler et l'iigiter, en tenant un pareil langage. Nous avons trouvé la Républi([uc établie comme un fait dont nous ne sommes pas les auteurs. Mais fje ne détruirai pas la forme de gouvernement dont je me sers maintenant jjour rétablir l'ordre *. »
Quelques jours plus tard, en pleine guerre contre