ANTOINE DE TRENTE
Artiste graveur en bois et clair-obscur, né vers 1508, que l’on croit être le même que Antoine Fantuzzi ; malgré de grandes divergences d’opinion à cet égard appartient à ce que l’on est convenu d’appeler l’Ecole de Fontainebleau K Il a beaucoup gravé d’après Le Parmesan, et sa pièce la plus
1 On donne ce nom à la pléiade d’artistes qui, sous François I", se trouvaient réunis à sa cour particulièrement pour procéder à la décoration du palais de cette ville. Ces graveurs subirent directement l’influence italienne des Maîtres Le Primatice et Le Rosso, chefs de cette école, et de Le Parmesan, L. Penni, Le Romain; ils se nommaient — pour ne citer que les principaux — Fantuzzi, Léonard Thiry, René Boyvin, Ruggiery, D. del Rarbiere, Miguon, Dcspéches, Bonneionne, Augustin le Vénitien, Ghisi, Vico, Bonasone, etc..., etc... La Société Archéologique riu Gâtiuais a publié sur cette école des articles du plus haut intérêt sous la signature de M. Herbet. — A la vente de la bibliothèque Destailleur en 1895, un recueil contenant 542 estampes en trois volumes fut adjugé 3400 francs.
ÉCOLE ITALIENNE
remarquable est, suivant nous : Le Martyr de saint Pierre et de saint Paul (B IV. 28) d’après ce Maître, dont cinq épreuves de colorations différentes figuraient à l’Exposition de la Gravure sur bois.
BALDINI (Baccio)
Orfèvre et graveur, né à Florence en 1436, mort dans la même ville à une date inconnue. Il est considéré comme un des plus beaux primitifs italiens, bien que sa manière soit extrêmement sèche et raide ; il se faisait aider par Sandro Botticelli, dont souvent il gravait les dessins, mais, comme tous deux ne signaient jamais, il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, d’en établir la paternité d’une manière irréfutable. — L’œuvre se compose d’environ 120 à 125 pièces.
L’Adoration des Mages (Passavant 96). — La Vierge avec l’Enfant Jésus est assise devant l’élable, le divin Sauveur bénit un vieux mage prosterné devant lui, les mains étendues à terre ; saint Joseph sur le devant appuie sa main gauche sur sa joue. A gauche, la suite des rois au milieu desquels on aperçoit un guerrier à cheval ; au premier plan, un gros chien, un chat tigre et de nombreux personnages.
Rarissime estampe adjugée, vente Galichon, 2000 francs.
Les sept Planètes (P 61-67).
Il est presque impossible de rencontrer ces sept pièces réunies, le Département des Estampes les possède cependant à la Réserve dans des conditions superbes de conservation. On croit que les originaux furent dessinés par Botticelli, mais on en est cependant pas positivement sûr. A la vente Angiolini la seule planète Jupiter fut adjugée 8125 francs.
David vainqueur de Goliath (P 94). — Au milieu de l’estampe au premier plan, Goliath tombé la face contre terre, la tête à gauche, les mains en avant ; près de lui à gauche, David tenant son glaive à deux mains s’apprête à lui couper la tête ; derrière eux l’armée des Israélites combattant celle des Sarrazins. Au fond à droite des collines, et à gauche une ville forte entourée de murailles et de tours crénelées. Sur le fourreau vide du géant qui pend à sa ceinture, on lit : Golias, et sur le vêtement de son vainqueur : David.
Petit in-folio en travers qui est d’une rareté insigne et qui manque même au Département des Estampes.
ÉCOLE ITALIENNE
A la vente Angiolini il en passa un exemplaire superbe d’un état non décrit, c’est-à-dire avant les noms de Golias et de David; il fut payé 11000 francs. On peut le considérer comme unique, nous ne le connaissons dans aucune collection publique ou privée.
Une autre pièce curieuse du Maître est : Allégorie sur la lutte de l’urbanité contre la rude grossièreté, qui peut-être, étant donnée la précision du dessin, est de Sandro Botticelli.
BARBARY* (Jacopo de)
Dit aussi le Maître au caducée parce qu’il signait souvent ses estampes d’un caducée. Les uns le classent aux Flamandsi 2 3 comme Renouvier, d’autres dans l’école de Nuremberg comme Passavant et Bartsch, d’autres, enfin, comme Emile Galichon et M. Charles Ephrussi, le considèrent comme un primitif de Venise, ce qu’il est réellement suivant nous, son faire étant absolument italien. On ne sait rien de sa vie ou presque rien, il travailla à Nuremberg, où on l’appelait Jacob Walk, et passa fort jeune à Venise. Il commença à graver dès les toutes premières années du xvie siècle, une trentaine de pièces en tout, finement exécutées, puis deux ou trois bois, croit-on.
En 1896, la Société internationale Chalcographique a publié une notice par M. Paul Kristeller où sont mentionnées les pièces gravées par N. Wilborn d’après Jacopo de Barbary. L’œuvre du Maître qui nous occupe est très rare.
Vénus (Bartsch 12 — Galichon 14). — La déesse vue à mi-jambes, les cheveux épandus sur les épaules, se contemple dans un miroir convexe qu’elle tient dans la main gauche. En bas à droite, le caducée.
Très rare estampe, provenant de chez Marshall, adjugée 600 francs à la vente E. Galichon.
Satyre jouant de la cornemuse (B 14 — G 19). — Dans un pli de terrain, un faune joue de la cornemuse pendant que son compagnon assis sur une souche se désaltère à une outre remplie de vin. En haut à droite, le caducée.
Les premières épreuves de cette rare gravure sont sur papier à la couronne. Un exemplaire fut adjugé, à la vente Galichon, 900 francs.
i Lire et consulter : Emile Galichon, Extrait de la Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1861 —
Charles Ephrussi, Notes Biographiques..., Paris, Jouaust, 1876 — Jacob de Barbari et Albert Durer, par le comte A.-E. de Candilto, Bruxelles, van Trigt, 1881.
3 Pnrce que beaucoup de ses planches furent imprimées en Hollande et sur papiers filigranés aux fabriques néerlandaises: la main, la grande couronne, le P bourguignon, etc., ce qui ne prouve rien — Zani a été jusqu’à dire qu’il était peut être Français 11 I
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Phœbus et Diane (B 16 — G 16). — Le Dieu nu et debout de profil à droite sur la sphère du monde semée d’étoiles, un carquois en bandouillère, s’apprête à darder une flèche dans l’espace ; près de lui à droite, Diane et un cerf. Dans le haut du même côté, le caducée.
Pièce rarissime mais mal dessinée dont un exemplaire, à la vente E. Galichon, atteignit 1620 francs. Il existe des épreuves sur papier à la tête de bœuf. — Cette estampe a été copiée par Jérôme Hopfer.
Le grand Sacrifice à Priape (B 19 — G 21). — Un enfant présenté par sa mère offre une couronne de gazon au Dieu Priape ; une branche de myrte se consume dans un vase devant sa statue, deux femmes complètent le tableau. A gauche à mi-branche d’arbre, le caducée et une tablette.
C’est très probablement la reproduction d’un bas-relief: adjugé à la vente E. Galichon 1080 francs et à celle de Didot 50.
Mars et Vénus (B 20 — G ?).
Adjugé 710 francs à la vente Didot.
Saint Sébastien (Passavant 27 — G 9). — De face, nu jusqu’aux genoux, adossé à un arbre une draperie voilant sa nudité, le saint a les bras levés au-dessus de la tête et serrés par un nœud coulant, les yeux sont noyés dans l’infini. Sans caducée.
Cette estampe, imprimée sur papier au P bourguignon, est de la dernière rareté, une épreuve fut adjugée 4105 francs à la vente Emile Galichon.
La Femme au Miroir bombé. — Elle est nue de face et regarde à gauche, les cheveux flottants sur l’épaule droite, un chapeau à plumes sur la tête. Dans sa main droite elle tient un miroir et un voile qui, en passant dans sa main gauche, cache sa nudité. En bas à droite, une boule et des quilles.
Pièce rarissime et inconnue aux iconographes qui fut adjugée à la vente E. Galichon 1205 francs.
Citons encore, ne pouvant tout décrire : Les trois Supplices (B 17), rare pointe sèche adjugée 1025 francs à la vente Seymour Haden — La Sainte- Famille sous une treille (B 4). Ventes: Guichardot, 290, Schloesser, 1250, Angiolini, 825 — Cléopâtre (P 28), vente Holford 675, et enfin son grand bois si rare en six planches: Vue perspective de Venise en l'an 1500, adjugé en 1er état à la vente Angiolini 1000 francs.
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BRESCIA (G.-A. de)
Artiste appartenant à l’école de Padoue, on ignore les dates de sa naissance et de sa mort, il florissait au commencement du xvie siècle, son métier varie beaucoup, tantôt s’attachant à la manière de Dürer, tantôt au contraire, pastichant Raimondi et Mantegna; il est peu original, ce qui n’empêchent pas les soixante et quelques estampes qu’il grava d’être rares et recherchées.
La Vierge avec des Saints (P 33). — Assise dans une niche, la Vierge offre une grenade à l’Enfant Jésus qui est sur les genoux de sainte Anne ; sainte Hélène est à gauche et saint Michel à droite. Au bas trois inscriptions d’une ligne chacune. Sans signature.
Pièce rarissime adjugée à la vente E. Galichon 7700 francs.
Hercule tuant l’Hydre de Lerne (B. 12). — De face, debout et nu, son manteau soulevé de ses épaules comme par un vent violent, Hercule étreint de la main gauche l’hydre de Lerne qui est enroulée à son bras, la gueule ouverte et menaçante, il la fixe levant sur elle sa main droite armée d’un bâton. Sous la queue de l’hydre les lettres I. F. T., et sur le côté droit de l’estampe : Divo Hercules. . .
Bartsch et Passavant attribuent tous deux cette pièce à Brescia, malgré la signature I. F. T., nous ne nous reconnaissons pas la compétence suffisante pour nous prononcer. Un exemplaire vente E. Galichon 1200 francs.
La Sainte Famille (B 5). — L’Enfant Jésus est debout sur les genoux de la Vierge au milieu de l’estampe ; à gauche sainte Elisabeth, et saint Jean qui offre une fleur à l’Enfant Dieu. Pas de signature.
Délicieuse pièce adjugée : vente Fisher 762; Holford 3675.
CAMPAGNOLA (Dominique)
Appartenant à l’école de Lombardie et de Padoue, cet habile et grand artiste naquit en 1481, et mourut à Venise en 1550, on le dit fils du sculpteur Jérôme Campagnola. Il a fait quelques bois, mais c’est surtout à ses gravures sur cuivre qu’il doit sa célébrité. On croit qu’il eut pour maître Le Titien. Son œuvre est d’une trentaine de pièces.
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Douze Enfants dansant (Passavant 16 — E. Galichon 15). — Douze garçons et filles se tiennent par la main. A gauche, un garçon de profil avec une petite fille qui lève le bras gauche ; de ce même côté, un autre garçon qui joue du tambourin. Au milieu du bas de l’estampe, dans un cartel carré, on lit : Dominicus Câpagnola 1517.
Rarissime et délicate pièce en travers, le chef-d’œuvre du Maître, d’après Le Titien sans doute, dont un exemplaire imprimé à l’encre rouge fut adjugé 3700 francs à la vente E. Galichon. — L’épreuve du Département des Estampes est imprimée en noir. — - Vente Reiss 625 francs.
Vénus (E G 14). — Adossée à un bouquet d’arbres, la déesse nue, de trois quarts à droite, est assise dans la campagne sur un pan d’étoffe ; le coude droit supporte le poids du corps et la main gauche s’allonge sur la cuisse droite qui est atrocement dessinée. Au fond à droite, une route aboutissant à des maisons. Dans le coin gauche inférieur sur un cartouche : .DO. CAMP. 1517.
A la vente Reiss lin bel exemplaire de cette rarissime estampe fut adjugé 725 francs.
La Danse des Demoiselles. — Quatre femmes demi-nues et vêtues de tunique flottante et transparente dansent en se tenant par la main, celle du milieu de la composition est vue de dos.
Très rare et très remarquable estampe pleine de séduction, restée inconnue à tous les iconographes.
Paysage avec un Village (P 24).
Pièce inconnue à Rartsch, dont un des rarissimes exemplaires atteignit le prix de 3625 francs à la vente Reiss en 1901. — On en trouve des épreuves de tirage moderne.
CAMPAGNOLA (Jules)
Cet artiste est considéré à juste titre, comme le plus célèbre des Campagnola, il naquit à Padoue'en 1482 et mourut à une date restée ignorée. Son faire rappelle un peu celui de Mantegna ; son œuvre, très recherché, comporte une vingtaine de pièces, il en a gravé quelques-unes en se servant du maillet, procédé dit opus malei. Il appartient à l’école de Venise. — Ottley a fait son catalogue ainsi qu’Emile Galichon.
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La Samaritaine (Bartsch 2 — Galichon 2). — Le Christ, près d’un puits orné de deux tètes de béliers, s’adresse à la Samaritaine qui s’avance pour puiser de l’eau après avoir posé son vase sur la margelle ; à droite un tronc d’arbre, au loin des îles et des monuments se reflétant dans l’eau, une tour carrée domine ces constructions du milieu desquelles elle s’élève.
Une des pièces capitales et très rares de l’œuvre. Le 1er état est avant les taches dans le ciel à droite de la tour. — Un exemplaire fut adjugé à la vente E. Galichon 2300 francs, il avait une grande marge.
Ganymède (B 5 — G 6). — S’envolant vers la gauche, l’aigle emporte sur son dos, dans l’espace, Ganymède qui est terrifié de voir au-dessous de lui, mer, montagnes et maisons.
Rare estampe, gravée suppose-t-on, d’après Mantegna. Dans le 1er état on lit en haut à droite Iulius Compagnola, dans le 2e, le mot Antenoreus a été ajouté sous le nom de l’artiste. Le paysage est celui de la Vierge au Singe, de Dürer. — Un exemplaire, vente E. Galichon, 1900 francs.
Le jeune Berger (B 6 — G 8). — Un jeune berger est assis sur un tertre dans une pose alanguie, son bras droit est appuyé sur une souche et il a cessé de jouer de sa flûte double. A droite dans un creux ou repli de terrain, apparaît la tête d’un vieillard. Au fond, paysage et montagne.
E. Galichon considère cette pièce exquise comme le chef-d’œuvre du Maître, à sa vente elle fit 2250 francs.
Le Daim enchaîné (P 15).
De toute rareté, exécutée au maillet et adjugée 725 francs à la vente Angiolini.
Le jeune Homme contemplant une tête de mort (P 12 — G 10). — Assis au milieu de rochers, demi-nu et drapé dans un lambeau d’étoffe, le coude gauche appuyé sur un tronc d’arbre, la main ramenée sur la tète, l’homme songe, il est de profil à droite, les yeux mi-clos et baissés regarde la tcte de mort qui est à ses pieds. Au fond à droite, des maisons. Au bas de l’estampe une inscription de deux lignes à peine lisible se terminant par le mot rapit.
Superbe burin enveloppé à la pointe sèche, très rare.
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Sainte Geneviève (P 10 — G 4). — Demi-nue, assise dans une anfractuosité de rochers, elle donne le sein à son enfant. Au fond à droite, un homme à longue barbe et à quatre pattes — comme on dit familièrement — des constructions et des collines. Dans le coin gauche supérieur : Julius Campagnola Antenoreus.
Pièce aux contours très cernés et exécutée pour ainsi dire presque au trait.
Le jeune Berger (P 5 — G 12). — Sur le tout premier plan, assis ou plutôt couché sur le dos la tête à gauche, un berger joue du chalumeau qu’il tient dans la main gauche, derrière lui une chèvre et un mouton. Au fond, des maisons et des arbres légèrement indiqués, et dans le haut du coin droit : Julius Câpagnola.
Jolie estampe très finement gravée, l’exemplaire du Département des Estampes est fort beau. — Il existe une copie en contre-partie.
Le vieux Berger (B 7).
Pièce de la dernière rareté gravée avec une grande finesse, dans le haut du coin droit le monogramme. Un exemplaire superbe fut adjugé par H. -G. Gutekunst, en avril 1893, le gros prix de 4737 francs. — Il existe des copies par Augustin le Vénitien.
Saint Jean-Baptiste (B 3). — Il est debout de face dans un paysage, la bouche demi-ouverte, la main droite relevant le pan de sa tunique, la gauche tenant une coupe à la hauteur du sein gauche. Il regarde à gauche. Au fond, arbres, montagnes et maisons ; à gauche, des moutons et deux bergers.
Pièce très curieuse comme métier, le paysage et certaines parties du vêtement du personnage donnent à l’œil la sensation du procédé lithographique ; c’est, croyons-nous, la seule estampe de l’œuvre traitée ainsi.
Ventes : Liphart, 500 — Didot, 250 — Fisher, toute première épreuve, 800 — Defer Dumesnil, 505.
CANALETTI1 (Antonio)
Né à Venise en 1697, il y mourut en 1768. Les eaux-fortes — vue d’Italie — de ce Maître sont admirables, faites de rien pourrait-on dire, elles ont de par leur sobriété même une saveur et une couleur absolument personnelles. Elles sont peu communes et malgré cela le prix n’en est jamais très élevé. Ce n’est qu’ excessivement rarement qu’il en passe en ventes publiques, ce qui
1 De son vrai nom Canalc dit aussi Canaletto.
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laisserait croire qu’elles sont peu collectionnées, nous nous expliquons difficilement le fait, ces estampes étant, nous le répétons, d’un pittoresque sans égal; mais hélas! en matière collectionnable il ne faut s’étonner de rien...
Parmi celles que nous recommandons tout spécialement aux délicats nous mentionnerons : Ale Porte del Dolo — Al Dolo — La Piera del Bando (palais ducal Piazetta) — Le Preson — Le Procuratie nioue e S. Ziminian — Le Porte del Dolo — Pra délia Valle, et surtout ces deux chefs-d’œuvre: Mestre et La Torre di Malghera.
A la vente Malinet, en 1887, vingt-cinq eaux-fortes Vues de Venise et Environs, avant les lettres et les numéros au bas à droite, furent adjugées 176 francs; à celle de Lacroix, en 1901, trente-deux pièces plus le titre, dont quelques-unes avant les numéros, atteignirent 265 francs. On le voit on les a pour rien, nous engageons donc vivement à profiter des occasions.
CARRACHE (Les)
Augustin-Annibal et Ludovic, artistes de la décadence italienne dont l’œuvre terriblement monotone et triste, n’est pas selon nous, digne d’arrêter l’attention du collectionneur. Des trois cents et quelques pièces qui le composent, nous n’en retiendrons qu’une, mais celle-là magistralement belle.
Portrait du Titien (Bartsch 154). — En buste de profil à gauche, la tête coiffée d’une calotte, il est revêtu d’un vêtement de fourrure laissant entrevoir son pourpoint, il porte toute sa barbe. En bas dans la tablette, une légende commençant par ces mots: Illm0 et Rmo..., et dans le coin droit : 1587.
Cette estampe est l’œuvre d’Annibal. Le 1er état est avant l’inscription Titiani Vecellii..., il est fort rare.
Ventes : Didot, 1er état, 600 — Holford, même état, 750 — Angiolini, même état, 687 — Defer-Dumesnil, dernier état, 80.
FINIGUERRA (Maso)
Le plus célébré des nielleurs italiens, naquit à Florence en 1426 et mourut vers 1470. Il ne fut pas l’inventeur de la gravure comme on l’a dit à tort, mais bien le premier ou l’un des premiers à avoir imprimé sur papier la planche gravée.
On le considère généralement ' comme l’auteur du plus beau nielle
i Nous disons généralement, car quelques écrivains d'art tels que Rumohr et tout dernièrement Eugène Dutuit se refusent à lui en attribuer la paternité; ce dernier, croyons-nous, ne voulant point ajouter foi au prétendu paiement de cette pièce GG florins d’or 1 livre 6 deniers mentionnés dans les archives AA de 1452 du syndicat des marchands de Florence,
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imprimé connu, La Paix de Florence, 1452, représentant L'Assomption de la Vierge ' (Duchesne 129) ou à plus proprement parler, Le Couronnement de la Vierge. Ce nielle — nous parlons de l’épreuve — est la merveille des merveilles et malgré l’extrême finesse de certains burins allemands, nous n’en connaissons aucun qui lui puisse être comparé.
La plaque d’argent originale — le nielle lui-même — est aujourd’hui au Musée Bargello de Florence, et pèse dit Dutuit 107 grammes et la monture en vermeil qui l’entoure 1 k 073. Il existe deux exemplaires d’empreintes en soufre : l’un, qui provient de chez le marquis Durazzo, fut acquis en 1872, croyons-nous, par le baron Edmond de Rothschild ; l’autre, qui sort de chez le marquis de Serati 3 et de chez le duc de Buckingham, est actuellement au British Muséum depuis 1835.
On s’est longtemps demandé, et certains se le demandent encore, si les épreuves sur papier étaient tirées directement sur le nielle lui-même — sur le métal, la planche en un mot — ou sur l’empreinte en soufre. Notre opinion est depuis longtemps faite sur ce sujet ; elles étaient tirées directement sur le nielle lui-même 3. Il ne doit subsister l’ombre d’un doute à cet égard, la fragilité du soufre d’abord, n’eut pas permis ce tirage, et ensuite l’épreuve qui en eut résulté, eut été loin de présenter la finesse et la netteté qui sont l’apanage des gravures provenant des nielles. Bartsch néanmoins a eu la naïveté de soutenir le contraire, en affirmant que Le Couronnement de la Vierge qui nous occupe, avait été tiré sur l’empreinte en soufre de Sérati. Eh bien! qu’on nous passe le mot, nous allons coller Bartsch et cela d’une façon absolument irréfutable, en lui disant que : si l’épreuve avait été tirée comme il l’assure, la légende et les noms des saints ne seraient pas écrits à rebours comme ils le sont sur l’épreuve en question, mais bien à l’endroit, ce qui n’est pas.
Qu’on veuille bien nous lire avec attention et contrôler scrupuleusement les opérations suivantes qui, dans l’esprit de Bartsch, ont dû être ainsi faites :
Sur la plaque qui n’est pas encore niellée, mais gravée seulement, la légende et les noms des saints sont écrits en caractères non renversés, on coule du soufre sur cette plaque, l’empreinte qui en résulte présente ces caractères renversés — ceci n’est pas discutable — on encre alors le soufre et l’épreuve qui en résulte donne les caractères redressés. On voit donc la gaffe colossale faite par l’éminent iconographe qui étant du bâtiment aurait bien dû s’en abstenir ! ! Ajoutons — chose vraiment curieuse à constater — que jusqu’à présent personne encore, parmi ceux qui ont combattu son assertion, n’a songé à donner la raison péremptoire et sans réplique que nous venons d’exposer, raison qui eut clôt victorieusement les débats en annihilant tous les commentaires ultérieurs qui auraient pu se produire.
' Voir Duchesne aîné. Essai sur les Nielles, Paris, Merlin, 182G. Cet écrivain remarquable fut conservateur de notre Département des Estampes de 1839 à 1855.
* Il avait été acheté à Malte en 1813 par un capitaine anglais qui le vendit 150 livres sterlings à Colnaghi qui, à son tour, le céda pour 250 livres au duc de Buckingham.
3 Nous ne voulons pas dire pour cela, qu’exceptionnellement des essais de tirage sur le soufre n'aient pas été tentés, mais nous nous refusons à croire que les épreuves en provenant fussent présentables.
ÉCOLE ITALIENNE
C’est l’abbé Zani qui, à la fin de 1797, découvrit la précieuse pièce dans la collection du Département des Estampes, elle provenait de chez l’abbé de Marolle, dont le cabinet avait été commencé avant tous les autres cabinets d’Europe. On s’étonne qu’une pièce de cette importance n’existe qu’à l’état d’unité. En 1841, Robert Dumesnil avait cru en trouver une seconde épreuve dans la Bibliothèque de l’Arsenal, mais elle était apocryphe. L’année suivante un autre exemplaire fut présenté à Colnaghi de Londres, mais c’était une seconde épreuve de celle rencontrée par Robert Dumesnil. En 1802, Pauquet en a fait une copie et Antoine Roggerone également aux frais du marquis Durazzo, mais en y inscrivant Anrus au lieu de Anbrus.
Nous prévenons les amateurs que l’encre dont on se servait pour imprimer les nielles — comme du reste presque toutes les estampes de l’école italienne — n’étant pas très fixe, il faut éviter de les metttre dans l’eau, surtout dans l’eau chaude, car on risquerait de les détériorer.
Les nielles — ce sont des estampes dont nous parlons — sont très rares, de petites dimensions, de tailles très nettes et très fines, le fond toujours ou presque toujours noir i, et les inscriptions quand il y en a, en caractères renversés *. On peut estimer à environ 1200 le nombre de nielles connus existant; les plus riches collections sont celles du baron Edmond de Rothschild, du British Muséum et du cabinet de Dresde. Il est rare de rencontrer plusieurs exemplaires d’un même nielle ; les nielles italiens sont infiniment supérieurs aux allemands et beaucoup plus recherchés que ces derniers.
L’Assomption (Duchesne 129). — Assise sur un trône de profil à gauche dans le milieu du haut de l’estampe, les mains croisées sur la poitrine, la Vierge est couronnée par le Sauveur qui porte sur sa tête le bonnet des Doges. Au-dessous de cette scène à genoux saint Augustin et saint Ambroise et nombre d’autres saints et saintes. Dans le haut de l’estampe à droite, sous l’espèce de portique où a lieu le couronnement, des anges sonnent de la trompette ; la partie correspondante à gauche n’est pas terminée et est assez confusément indiquée au trait ; dans la banderole que tiennent les anges au-dessus du cintre du portique, on lit écrit à rebours : Assumpta est Maria incelum ave exercitus angelorum, également à l’envers Agosti et Anbrus sur le collet des vêtements des deux saints précités.
Pièce unique et superbe cintrée par le haut, d’une conservation merveilleuse contenant environ 43 personnages. — Elle est exposée dans la salle de travail du Département des Estampes.
i Quand le fond est blanc, c’est que la pièce n’était pas terminée, ceux-là sont une exception. ’ Il en existe cependant avec les inscriptions en caractères à l’endroit, mais ce nous semble alors plutôt être de simples petites estampes que des nielles, car le nielle métal avait toujours ses légendes en caractères non renversés, étant un objet dont la destination n’était point d’être reproduit par l’impression. Les nielles qui servaient d’ornements remontent au vu* siècle, ils disparurent complètement de 1515 à 1520.
ÉCOLE ITALIENNE
L’Adoration des Mages (D 32).
Cet admirable nielle d’une importance inusitée mesurant : H. 168mm L. 100mra, passa à la vente E. Galichon où il fut adjugé 4100 francs ; il est actuellement au Département des Estampes.
Voir plus loin à la rubrique Nielles.
FRANCIA ' (Jacopo)
Artiste appartenant à l’école de Bologne, né en 1450, mort dans la même ville en 1517. Son œuvre est peu considérable, une vingtaine de pièces environ; la manière du maître rappelle quelquefois celle de Marc Antoine.
Il a aussi gravé 7 à 8 nielles.
La Vierge et l’Enfant Jésus sur des nuages. — La Vierge, la tête auréolée tournée à gauche, est assise sur des nuages, ses pieds reposent sur le croissant, l’Enfant Jésus assis sur son bras droit donne sa bénédiction, tenant de sa main gauche une banderole sur laquelle on lit : Ego sum, nolite timere.
Pièce rarissime demeurée inconnue à Bartsch, dont il ne faut recueillir que les premières épreuves, c’est-a-dire avant la signature I. F. et l’inscription incomplète.
Un fort bel exemplaire fut adjugé à la vente Liphart 1137 francs.
La Sainte Famille (B 2). — La Vierge est assise à droite, elle tient l’Enfant Jésus debout dans une cuvette dans laquelle une femme s’apprête à verser de l’eau. Près de cette femme on remarque un singe et un enfant assis ; à travers la porte de la chambre où se passe cette scène on aperçoit un paysage et un passant au milieu de ce paysage.
Très rare estampe; une épreuve, vente E. Galichon, adjugée 670 francs.
LIPPI2 (Fra Filippo)
Primitif né en 1412 et mort en 1469 à Spoleto où il est enterré dans la cathédrale ; il a longtemps travaillé à Florence et a été un des premiers à exercer l’art de la gravure en Italie, malheureusement son métier est sec, il grava presque toujours au trait et ses ombres n’ont qu’une seule taille. Son œuvre peu considérable est fort recherché et se paie très cher.
* Ou Francesco Raibolini.
* Consulter : Fra Filippo Lippi par Edward C. Strutt, London. George Bell & Sons. 1901.
ÉCOLE ITALIENNE
L’Annonciation (Passavant 1). — Dans le temple, dont la colonne occupe le centre de l’estampe, à gauche l’ange à genoux de profil à droite, vient annoncer à Marie qui se détourne vers lui en se penchant, qu’elle va être la mère du Sauveur ; tout à fait à droite, le pupitre devant lequel elle était debout. Sans signature.
Cette estampe exécutée presqu’au trait est excessivement rare, une épreuve passa à la vente E. Galichon et y fut adjugée 3305 francs.
Le Christ présenté au Peuple (P 7). — Assis au milieu de l’estampe devant la porte d’entrée du temple, le Christ, les yeux bandés, est entouré de soldats et de peuple ; un personnage placé derrière lui s’apprête à le frapper, pendant que d’autres sont à genoux devant lui. Sans signature.
Rarissime, le 1er état est avec la couronne d’épines, un exemplaire fut adjugé 3505 francs à la vente E. Galichon.
La Présentation au Temple (P 4). — A l’entrée du Temple, saint Siméon au milieu de l’estampe tient l’Enfant Jésus dans ses bras ; à droite la Sainte Vierge ; à gauche saint Joseph apportant deux colombes. Sans signature.
Vente : E. Galichon, 1005 francs.
La Vierge entre deux Anges (B 3). — Au milieu de l’estampe, la Vierge est assise de face, la tête penchée à gauche, elle tient dans sa main un rouleau de papier à demi déployé et son bras droit soutient Jésus nu debout sur ses genoux ; saint Jean enfant genou en terre offre au Sauveur un agneau. A droite et à gauche deux anges debout jouent de la musique, celui de droite porte sur la poitrine les initiales M. A. Sur le tout premier plan de chaque côté de la composition des lapins gambadent. Au milieu dans un cartouche sur trois lignes on lit : Dive Marie Virgini. Au fond un fleuve et des constructions. Sans signature.
L’estampe qui est à la Réserve est superbe, c’est la plus belle pièce de tout l’œuvre.
Le Triomphe de la Renommée (P 75, page 71). — Sur une sorte de caisse rectangulaire entourée de tous les peuples du monde et traînée par deux éléphants, se dresse une pièce d’orfèvrerie surmontée d’un disque au milieu duquel la Renommée est assise de
ÉCOLE ITALIENNE
face tenant un glaive nu dans la main droite et le Dieu de l’amour dans la gauche ; derrière elle, une montagne ; à droite et à gauche de ce médaillon dans le haut de l’estampe, des nuages.
Un superbe exemplaire de cette très rare estampe fut adjugé en avril 1891 à Stuttgart par H.-G. Gutekunst, 3135 francs.
LONGrHI (Giuseppe)
Artiste fort habile, ne à Monzaen 1766, mort à Milan en 1831. Ses estampes eurent leur heure de célébrité il y a une quarantaine d’années ; elles sont, croyons-nous, un peu moins recherchées aujourd’hui ; à moins de tous premiers états et de conditions de beauté exceptionnelles, on les délaisse. Nous en citerons deux des plus remarquables.
La Madeleine lisant dans le désert (Le Blanc 14).
Pièce superbe gravée en 1810 pour MM. Artaria de Mannheim, moyennant 75000 francs, d’après Le Corrège ', adjugée à la vente Holford, 1425 francs ; elle était en 1er était avant les armes et seulement avec les noms des artistes.
Le Mariage de la Vierge (L B 4).
Tirée à 1200 épreuves numérotées de 1 à 1200 pour les souscripteurs, il y en eut douze cents autres sans numéro, toutes avec l’adresse de Bardi l’imprimeur ; elles sont recherchées seulement avec cette adresse, celles portant le nom de Lissant sont à rejeter. Estampe gravée d’après Raphaël en 1820, les premiers états sont de toute rareté. — A la vente Holford, un 3e état sur japon avec les vers tracés à la pointe fut payé 500 francs.
La planche fut retouchée par Marri, les derniers états sont reconnaissables par le monogramme qui est sur le temple.