‹ A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieuses (volume 2)Chapitre 3 sur 32 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

Gravure sur bois. — La gravure sur bois ou en relief est le plus ancien des procédés, on ignore absolument à quelle époque exacte il remonte, et quant aux estampes millésimées telles que : La Vierge et l’Enfant Jésus entourés des quatre saints de 1418 et le saint Christophe de 1423, les dates en sont très discutées et très discutables; elles peuvent avoir été mal lues, mal imprimées ou même parfaitement truquées, il n’y a donc point à en faire sérieusement état. Toute autre chose est du fameux bois de Protat, découvert près de l’ancienne abbaye de La Ferté-sur-Grosne en Saône-et-Loire, sur lequel M. Henri Bouchot a écrit son savant et si intéressant volume : Un Ancêtre de la gravure sur bois. Il appert maintenant et d’une façon pour ainsi dire irrécusable, que ce xylographe fut taillé en Bourgogne aux environs de 1370 L’éminent écrivain — peut-être le mieux informé de notre génération sur la matière — a su lui reconstituer son état civil, d’après les documents et les présomptions les plus valables, et se basant sur maints détails : costumes, vouge 1 2 du soldat, inscription en lettres onciales 3 de la banderole, etc., reculer ainsi par ses révélations lumineuses, de près de cent ans les origines de la gravure. Au commencement du xvic siècle, on vit apparaître les gravures dites en clair-obscur ou camaïeu; ces estampes obtenues par un ingénieux procédé de planches superposées reproduisaient avec une étonnante fidélité en monochromie ou en polychromie les dessins des Maîtres ; la perfection en était telle que souvent même elles furent prises pour des originaux. — A la fin de ce siècle, le bois avait vécu.

Manière criblée, dite encore interrasile, presque contemporaine de la gravure sur bois, procédé bâtard toujours resté mal défini ; on opérait sur métal à l’aide de creux, relief, évidement, pour n’obtenir qu’une grossière image.

Gravure sur métal en creux. — Pas plus que pour le bois ou la manière criblée, on ne peut assigner une date précise à cette découverte ; La Paix de Florence de Maso Finiguera 1452, est aussi bien discutée que la date de 1446 inscrite sur La Flagellation — une des pièces de la série des 7 dites La Passion * actuellement à Berlin — quant à l’eau-forte, même mystère que pour le burin s, c’est au commencement du xvic siècle qu’elle fit timidement son apparition,

1 C’est celte date et différents renseignements complémentaires qui nous ont fait inscrire sur notre volume le millésime un peu audacieux peut-être, mais très vraisemblable, de 1350.

2 Sorte de lance dont étaient porteurs les hommes d'armes de cette époque.

' Ces lettres, d’une forme bien spéciale, usitées au temps de Jean II et de Charles V, disparurent complètement et bien avant 1380, comme on a pu s’en convaincre par l’examen approfondi des inscriptions gravées sur les pierres tombales.

* De l’école de Cologne, croit-on.

:i Nous disons burin, parce que même les nielles étaient gravés à l’aide de cet instrument.

PRÉFACE

ayant quelques disciples, Le Parmesan, Andrea Schiavone en Italie, Wenceslas d’Olmutz et Durer en Allemagne et un vieux maître hollandais à monogramme * dont le nom est resté inconnu et qui pourrait bien en être le véritable inventeur.

On ne sait donc rien d’absolument positif, et on n’en saura probablement jamais davantage sur les origines de ces découvertes, aussi Renouvier l’a-t-il tort judicieusement fait remarquer en écrivant : « Plus on parvient à connaître d’estampes incunables, plus on est persuadé que l’origine de la gravure est un fait complexe qui ne saurait être précisé, quant au procédé, à l’inventeur, au pays, à la date ; tous les documents n’aboutissent qu’à des généralités, des hypothèses. »

Ce ne sont donc pas plutôt les Italiens que les Allemands qui en sont les inventeurs. Nous le répétons, on n’en sait rien, et certains écrivains d’aujourd’hui vont jusqu’à dire que les vrais primitifs en toute chose ont été les Hollandais. Firmin Didot avait formé naguère le curieux projet de réunir à Paris, en un immense congrès typographique, toutes les personnalités françaises et étrangères s’occupant de l’estampe ; chacun y serait venu apportant ses documents et on y eut discuté l’origine de la gravure, chaque nation ayant été mise à même d’y faire valoir ses revendications. Il ne fut malheureusement pas donné suite à ce dessein.

Manière noire. — Procédé dit aussi mezzotinte ou manière anglaise inventé en 1642, par Louis Siegen et exploité par le Prince Rupert.

Gravure en couleurs. — Inventée en 1739 par Jacques-Christophe Le Blond de Franckfort, le Roi lui accorda un Privilège en 1740. L’impression se faisait à l’aide de plusieurs planches à repérage ; Debucourt, Janinet, Descourtis et quelques autres s’en sont particulièrement servis en le perfectionnant.

Gravure en manière de crayon. — C’est de 1750 à 1755 que les français Bonnet et Demarteau — on dit même que c’est ce dernier qui en est exclusivement l’inventeur — le mirent en pratique ; la roulette y joue le principal rôle et les dessins reproduits à l’aide de ce procédé le sont avec une telle perfection, que sous verre les gravures qui en résultent pourraient être prises pour les véritables originaux. Cent ans plus tôt, vers 1656, Jean Lutma en avait usé, mais n’ayant pas de roulette, il se servait d’un marteau ou maillet d’où le nom de opus mallei.

* En 1895, M. Lehrs, le très érudit conservateur du Musée de Dresde, a publié chez Hiersemann, à Leipzig, un important travail sur cet artiste, en voici le titre :

Der Meister ein Kupferstecher der zeit Caris des Kühncnn, ce qui veut dire :

Un maître graveur du temps de Charles Le Téméraire.

PRÉFACE

Gravure en manière de lavis. — C’est J. -B. Leprince qui le fit connaître en 1768, on désigne aussi ce procédé sous le nom d’aquatinte ; on assure que le véritable inventeur était Saint Non et que Leprince n’en fut que le propagateur.

Lithographie. — Inventée par Aloys Senefelder en 1798, comme il l’atteste lui-même, et non en 1796 comme on le croit généralement, ce procédé ne prit vraiment son essor que vers 1816 1 * * * ; ses dérivés furent la chromolithographie qui débuta aux environs de 1848 chez Lemercier, et se perfectionna chez Engelman ; l’Angleterre nous avait devancés de quelques années.

De tous les procédés, le bois est sans conteste celui qui supporte le mieux les exagérations de tirage ; une planche menée avec soin, peut facilement tirer 4000 à 5000 épreuves, sans que ces épreuves subissent de différence et sans qu’elles accusent les traces de fatigue de la planche ; un bois robuste à tailles épaisses et à gravures larges, peut même aisément fournir 10000 exemplaires et mieux, surtout si l’on tire à sec — c’est-à-dire sans mouiller le papier — moyen du reste abandonné depuis longtemps ; le papier lui aussi joue son rôle et suivant qu’il est doux ou rugueux, mince ou épais, il vient contribuer au plus ou moins d’usure de la planche. La lithographie au point de vue de la robustesse est à peu près dans le même cas que le bois et, délicatement menée, son tirage peut au moins égaler le tirage de ce dernier. Il n’en est pas de même de la gravure en taille-douce — burin et eau-forte — le cuivre, quand il n’est pas aciéré s’entend, s’use vite et l’on en constate facilement le surmenage par la faiblesse des épreuves ; quant à la pointe sèche, c’est un déjeuner de soleil, lorsqu’on a tiré une vingtaine d’épreuves la planche est généralement finie au point de vue de la belle épreuve, les barbes ou plutôt les èbarbes comme on devrait plus régulièrement dire, étant parties, tout s’est évanoui.

Page 1