‹ A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieuses (volume 2)Chapitre 4 sur 32 · DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

DES ÉCOLES

On a coutume de classer les estampes en quatre écoles : Italienne 8, Allemande, Française et Néerlandaise, l’Espagne ne compte pas avec ses deux seuls artistes Ribera et Goya, et l’Angleterre n’entre vraiment en scène qu’au xviiic siècle.

i Lire la très claire cl très intéressante préface de II. Béraldi qui se trouve en tête du cata-

logue de l'Exposition generale de la Lithographie qui eut lieu en 1891, quai Malaquais.

* Elle se subdivise en école florentine, ombrienne, romaine, vénitienne et milanaise, on y

joinl quelquefois la piteuse école bolonaise ou des Carraches, celle de la décadence.

PREFACE

Ce furent l’Italie et l’Allemagne qui eurent les prémices de la gravure, à moins toutefois que ce ne soient les Pays-Bas ; des études se poursuivent, patientes et lentes, qui apporteront peut-être de curieuses révélations destinées à révolutionner et bouleverser des classifications restées inattaquées jusqu’à ce jour ; qui sait même si la France reléguée au second plan dans la découverte de la gravure ne viendra pas à son tour faire entendre ses revendications en les appuyant pièces en mains !

Quoiqu’il en soit les xve et xvie siècles furent exceptionnellement brillants chez les deux premières nations. L’Italie, en suivant à peu près l’ordre chronologique, débuta avec ses primitifs * Finiguera, Mantegna, Baldini, Mocetto, Brescia, Bobetta, Peregrini da Cesena, pour continuer avec Campagnola, Raimondi, Le Maître au Dé, Cesare da Sesto, Del Porto, Mazuoli, Vico, Antoine de Trente, Fantuzzi, Meldolla, Baroche, Bonasone, Ghisi, Rota, et finir avec Pelligrini, Tempesta, Guido Reni, etc... L’Allemagne avec le Maître aux Banderoles, le Maître de 1466, Zagel, Wolgemuth, Bocliolt, Schongauer, Meckenen, Glockenton, Durer, Burgmair, Wetchlin, Cranach, Jost Amman, Baldung, Aldorfer, les Beham, Pencz, Aldegrever, Binck, Brosamer, Lauthensach, Solis, etc..., et quelques rares maîtres au xvne siècle, tels que Lucas Kilian, Merian et Hollar.

Quant aux deux autres écoles, Française et Néerlandaise, aux xve et xvie siècles, leurs artistes sont beaucoup moins nombreux et nous dirons même bien moins connus, nous citerons cependant pour la première, Duvet dit le Maître à la Licorne, Jean Cousin, Léonard Thiry, René Boivin, Beatrizet, Etienne Delaulne, et pour la seconde, Le Maître de 1480 dit du cabinet d’Amsterdam, le Maître à la Navette, Dirck van Staaren, le Maître à l’Ecrevisse et Lucas de Leyde, celui-ci étoile de toute première grandeur et enfin Claas, Matsis et les Wierix. Mais voici venir le xvne siècle, alors ces deux nations brillent d’un éclat comparable à celui de leurs illustres devancières, la France avec ses Thomas de Leu, Jean Rabel, Léonard Gaultier, Pierre Firens, Pierre Daret, Claude Gellée, Michel Lasne, Claude Mellan, Jacques Callot, Abraham Bosse, N. Cochin, Nanteuil, Picart, Pitau, Masson, Morin, les Audran, Edelinck, Leclerc et les Drevet. .. Les Pays-Bas avec les Bolswert, Crispin de Passe, Rubens et son école *, Pontius, Vorsterman, Soutman, Sompel ; Jacques Matham, Van Dyck,

1 On nomme primitifs tous les artistes qui vécurent et travaillèrent jusqu’à la fin du xv siècle, et vieux Maîtres ceux qui existèrent pendant le xvr.

2 C’est au commencement du xvir siècle que l’autonomie artistique de la Flandre et de la Hollande — si nous pouvons nous exprimer ainsi — se révéla d’une façon absolument tranchée et caractéristique ; en Flandre avec Rubens et en Hollande avec Rembrandt vers 1P30. Disons, en général, que l’école des Pays-Bas brilla aussi par son admirable indépendance et qu’elle sut échapper à l’influence que les écoles Allemande et Italienne ne cessèrent d’exercer l’une sur l’autre.

PRÉFACE

Blœmart, Rembrandt et ses élèves, Lievens, Vliet, Virbeecq, Bol, Rottermondt, Savry, de Coninck ; puis enfin |J. Muller, Visscher, Roos, Marc de Bye, Suyderhoef, Bergliem, Potter, Bega, Stoop, Backhuizen, van Ostade, Waterloo, Karel Dujardin, Swaneweldt, Ruysdaël, Everdingen, Zeeman, van Dalen, Dusart, van de Velde, Romyn de Hooghe, etc.

Voici enfin le xvme siècle ; les trois grandes écoles Italienne, Allemande et Néerlandaise n’existent plus qu’à l’état de souvenir, mais l’école Française demeure et continue ses brillantes traditions avec cette admirable pléiade de graveurs — interprètes il est vrai pour la plupart — qui se nomment : Cars, Daullé, Lebas, Fessard, Cochin, Saint-Aubin, Aliamet, Demarteau, Ficquet, Savart, Grateloup, Lemire, Beauvarlet, Fragonard, Bonnet, de Ghendt, Choffart, de Longueil, de Launay, Voyez, Massard, Tilliard, Masquelier, Moreau le jeune, Gaucher, Vidal, Duclos, Lebeau, Patas, Ponce, Watteau, Dequevauviller, Miger, Janinet, Sergent, Guyot, Tresca, Lecœur, Chapuy, Debucoui't, Voysard, etc., puis l’école anglaise qui vient jeter à son tour sa note éclatante avec ses habiles traducteurs : Dixon, Earlom, Watson, Valentine Green, Smith, Keating, Dickinson, Ward, Dunkarton, Mac Ardell, Simon, Houston, Faber. ..

En résumé : xv® et xvie siècles, apogée des écoles Italienne 1 et Allemande, qu’à tort ou à raison on a coutume d’appeler les écoles mères, et de quelques rares mais excessivement remarquables artistes du xve de l’école Néerlandaise — xvne siècle, disparition complète des deux premières écoles au profit des Néerlandaise et Française qui brillent du plus vif éclat — xvm®, éclipse totale de l’école Néerlandaise ; l’école Française subsiste seule et se continue glorieuse, marchant de pair avec l’école Anglaise qui naît et atteint dès ses débuts à son incomparable renommée.

Nous n’avons point à rechercher ici à quelle école la suprématie doit être attribuée, c’est une affaire de goût et d’appréciation et les discussions qu’on pourrait avoir à cet égard seraient purement oiseuses et ne convaincraient personne ; quant à nous, comme métier, séduction de procédé — et dans la collection ce qu’il y a de vraiment intéressant, c’est le beau morceau — nous n’hésitons pas à reconnaître une écrasante supériorité dans son ensemble à l’école Allemande; à l’exception de quelques virtuoses Italiens de primo carlello il est vrai, mais peu nombreux, nous trouvons la technique de ces artistes lourde, poncive et monotone. On voudra bien nous accorder qu’en musique comme en gravure, dans une création ou

1 L’flge <l’or cio ln renaissance italienne commença vers 1470 avec Laurent le Magnifique, pour sc terminer avec Raphaël en 1520.

PRÉFACE

dans une interprétation, l'instrument joue son rôle indiscutable, eh bien, si nous ne craignions de risquer une comparaison qui pourra sembler quelque peu saugrenue, nous dirions que l’allemand joue du violoncelle et l’italien de la clarinette, marquant ainsi nettement et matériellement l’abîme qui sépare pour nous les sensations éprouvées.

Pendant les xve et xvie siècles, les sujets gravés furent pour ainsi dire, à l’exclusion de tous autres, ceux ayant trait à l’ancien et au nouveau testament, ainsi qu’aux scènes mythologiques ; le bois et le burin jouèrent seuls leur rôle dans ces interprétations, et il y avait à ces époques fort peu d’états *.

C’est au xvne siècle seulement avec les maîtres Hollandais qu’apparaissent les marines et les paysages.

Aujourd’hui comme aux premiers siècles, les estampes ne portent pas de titre * et souvent même pas de signature et on n’abuse plus des états comme au xviic et au xvmc.

Il est curieux de constater que les deux grandes écoles Allemande et Italienne — les deux écoles mères comme on se plail à les nommer — n’existent plus comme école contemporaine, la dernière surtout. A l’heure qu’il est il n’y a plus à avoir de grande envergure que les écoles Française, Anglaise et Américaine 1 * 3, ce qui ne veut pas dire, entendons-nous bien à cet égard, car c’est loin de notre pensée, que l’Allemagne, la Hollande, la Belgique et la Suède ne comptent pas de très grands artistes, cela signifie tout simplement que la production de ces pays étant relativement très limitée, ne constitue pas un ensemble pouvant prétendre, croyons-nous, au titre d’école.

1 Chacun sait qu’on entend généralement par état les différentes transformations que subit une planche de la première à la dernière épreuve; ce mot. état, ne peut cependant pas toujours être pris dans cette acception et s’appliquer à toute modification apportée au cuivre dans le cours de son impression. Sir Francis Seymour Haden l’a si bien compris qu’il a appelé trial proofs — épreuves d’essai — les exemplaires que de temps en temps l’artiste juge opportun de tirer de sa planche pour se rendre compte de l’avancement de ses travaux. Il fait fort judicieusement remarquer que ces exemplaires répondent exactement aux épreuves soumises à l'auteur qui vient faire imprimer son manuscrit tandis que le 1" état correspond seul à l’œuvre finie, c’est-à-dire à la première édition du livre; les états qui suivent sont donc comme autant de nouvelles éditions.

On a souvent abusé de l’édition — de l’état voulons-nous dire — aux xvn* et xvnr siècles, et toutes les particularités de : avant les noms des artistes, avec les noms des artistes à la pointe, avant toutes lettres, avant les armes, avant la dédidace, avec les armes mais avant la déilicace, etc..., n’étaient que des moyens commerciaux bien transparents qui devaient exciter le désir de la possession et par suite occasionner une majoration de prix.

s Au début de la gravure, les sujets ne portaient aucune rubrique, c’cst Bartscli, le premier des catalogueurs, qui leur donna celles qui servent à les désigner et qu’ils conservent encore aujourd’hui.

* Presque tous les artistes Anglais et Américains portent en leur œuvre les traces indélébiles des manières de Seymour Haden et de Whistler, ces puissants génies ont tellement impressionné leurs compatriotes, que ceux-ci, inconsciemment hantés par eux, arrivent difficilement à s’affranchir d’une technique qui les a si profondément séduits.

PRÉFACE

Si les gravures datent du xive ou du xve siècles, l’idée de les collectionner ne prit guère naissance que vers 1625 ; c’est l’abbé de Marolles qui le premier — et avant que tout cabinet public y ait songé — s’occupa de les réunir, et ce n’est que cent trente ans plus tard qu’on commença à les inventorier et à en dresser des catalogues '. Aujourd’hui on peut presque dire que les monographies de tous les grands artistes sont faites, c’est assez marquer combien la tâche se trouve singulièrement facilitée pour nos collectionneurs.

Les estampes ne deviennent vraiment intéressantes au point de vue métier ou dessin que dans la seconde moitié du xve siècle pour les écoles étrangères ; avant cette époque, il faut carrément le reconnaître, elles ne doivent attirer l’attention que par leur caractère archéologique ; leur naïveté et leur brutalité leur enlèvent en effet tout le charme qu’on serait tenté d’y chercher.

En France, ce n’est qu’à partir de la fin du xvic siècle, sous le règne de Henri IV, qu’on commence à trouver le portrait volant, si nous pouvons nous exprimer ainsi, c’est-à-dire le portrait détaché, l’estampe en un mot, car avant cette époque il faisait partie intégrante du livre qu’il servait à illuster, représentant la plupart du temps l’auteur ou le personnage principal du volume en question, les Maîtres graveurs de cette période étaient alors Jean Rabel, Thomas de Leu, Léonard Gaultier, etc., etc.

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