‹ A travers cinq siécles de gravures, 1350-1903; les estampes célèbres rares ou curieuses (volume 3)Chapitre 45 sur 84 · MAITRE DU CABINET D'AMSTERDAM · texte numérisé non relu

MAITRE DU CABINET D'AMSTERDAM

Artiste de l'école de van Eyck, sur le compte duquel on ne sait pour ainsi dire rien. Très habile et de premier ordre, il traita avec un égal bonheur les sujets les plus divers, sacrés et profanes. Le musée d'Amsterdam possède, croyons-nous, 80 pièces du Maître ; elles sont toutes d'une extrême rareté et proviennent de l'héritage du baron de Leyde en 1806. — On le désigne aussi quelquefois sous le nom du Maître de 1480.

1 Barlsch dît : Un chien et un singe.

3 On désigne aussi cette pièce sous la rubrique plus claire, selon nous, de : L'homme mis à la torlion et décapité à Bruges l'an 1402.

Les Stigmates de saint François (Passavant 36). — Le saint est à genoux, tourné à gauche, les yeux fixés sur un crucifix muni de six ailes qu'on aperçoit dans les airs. Devant lui, un petit livre terme ; plus loin, le frère Elie endormi. Dans le fond, au bord d'un fleuve à droite, un rocher surmonté d'un château.

Estampe rarissime île l'école ilu Maître, si elle n'est de lui-même, dont un exemplaire fut adjugé à la vente Camberlyn 205 francs; il en existe des copies.

La Vierge debout (P 9). — La Vierge est debout de face, sur un croissant, la tète auréolée d'éloiles et couronnée ; elle tient l'Enfant Jésus sur le bras gauche, et un livre de la main droite qui sort des plis de son manteau ; elle a les yeux baissés et la tète penchée à droite.

Fort belle pièce.

Saint Georges (P 25). — Au pied d'une colline que couronne un château fort, saint Georges tue de son épée le dragon qui est renversé sur le dos à droite de l'estampe ; derrière lui, une femme est debout tenant par la bride le cheval du guerrier; dans le ciel, un vol de cinq oiseaux.

Estampe superbe rappelant par sa finesse un dessin à la plume.

MOREELSE (Paul)

Artiste graveur sur bois, ayant fort peu produit, et de modeste notoriété, naquit à Utrecht en 1Ô71 et y mourut en 1038.

Nous n'hésitons pas cependant ù le mentionner, car il y avait de lui, à l'Exposition de la Gravure sur bois, le superbe clair-obscur que nous allons décrire ici :

L'Amour dansant avec deux Femmes. — L'Amour tient par la main deux femmes costumées h l'antique; il regarde celle qui est à sa droite ; par terre dans le coin gauche, est déposé son carquois, sous lequel on lit : /'. Morelse 1612. La femme de droite tient sa jupe qu'elle relève de ses deux mains ; celle de gauche laisse voir ses jambes Dues qui se sont découvertes dans le mouvement de la danse. En liant de l'estampe, au-dessus d'ornements représentant une tète de bouc et une chauve-souris encadrées de deux singes, quatre lignes : Aligerum trahit hiepueram, . .

MULLER (Jean)

Elève de Gollzius, de la vie duquel on sait fort peu de chose, naquit vers 1570. Très habile graveur de portraits, d'un métier très synthétique et très sommaire.

L'Archiduc Albert, d'après Rubens (Bartsch 62).

Une épreuve d'essai, avec la tête seule terminée, unique sans doute, fut adjugée à la vente Didot, 440 francs.

Christian IV, d'après Rémy Rit (61).

Une épreuve : avec la tête et le fond seulement terminés, vente Didot, 465 francs ; un autre état, le 2e, non décrit, avec le portrait et la partie gauche entièrement terminés, 500 francs ; un 3« état, non décrit également, la planche complètement terminée, et avant toutes lettres, 325 francs, et enfin l'épreuve de tirage, 22 francs.

0 STADE (Adrien van)'

Né à Lubeck en 1610, mourut en 1685. — Son œuvre se compose de 51 pièces reproduites par Aman Durand. Artiste intéressant et original, s'est appliqué à reproduire avec une rare fidélité les scènes populaires de danse, cabarets, tabagies, etc., ses figures sont toujours lourdes, vieillottes et courtes; on le croit élève de Franz Hais. Ses eaux-fortes comportent en moyenne deux ou trois états, quelquefois davantage, tels, par exemple, que Le Goûté et Le Charcutier qui en comptent six, le classement en est fort difficile. Il n'y a d'intéressant que les premiers états et les pièces dites à la bordure fine, c'est-à-dire avant que le trait carré qui entoure l'estampe ait été renforcé au burin. Les premiers états à l'heure qu'il est sont extrêmement rares. Le catalogue de l'œuvre de l'artiste a été établi par Bartsch, par Faucheux en 1862, et enfin par E. Dutuit; ce dernier est admirablement bien fait, cependant nous lui reprocherions presque d'être un peu trop touffu, il y a là des descriptions d'états qui atteignent jusqu'à quarante-cinq lignes ! !

La Famille (Faucheux 46). — Dans l'intérieur d'une chaumière, une femme assise à droite donne à manger à un enfant qu'elle tient dans ses bras; derrière elle, un homme debout coupe du pain. Autour d'une table, deux enfants, dont l'un présente quelque chose à un

i Consulter: Eaux-fortes de van Oslade: 51 planches gravées a L'eau-forte, à Paris chez Rapilly.

chien. Au fond de l'estampe, un lit, près duquel on distingue les premières marches d'un escalier et des ustensiles de cuisine disséminés. En basa droite: A. V. Ostade 1647.

Ventes: Guichardot, avec la coulure d'eau-forte en bas à droite, 920; avec les trois marches de l'escalier presque blanches, et le trait carré très légèrement indiqué, 470; 2« état, 400 — E. Galichon, C00, eau-forte pure, même état que celui vendu 470 à la vente Guichardot — Knowles, 1" état, 764, provenant de chez Marshall et Alferoff — Didot, même état, 350 — Oppermann, même état, 376 — Fisher, 575 — L. Galichon, 285, de chez Didot — Straeter, 394, toutes ces épreuves en 1" état — Dreux, à la bordure fine, 95.

La pièce capitale de l'œuvre.

Le Peintre dans son atelier (32). — A gauche, assis dans son atelier devant son chevalet dont la toile est violemment éclairée par la gauche, un peintre coiffé d'un haut bonnet a près de lui à droite un banc sur lequel est posé un livre ouvert et par terre un autre livre fermé. Au dernier plan à droite, un escalier tournant, sous lequel on aperçoit deux enfants broyant des couleurs, ainsi qu'une malle ouverte. Dans la marge un quatrain en latin: Pictor Apelœa . . . Signé A. V. Oslade fecit.

1" état. — Avant le quatrain.

2e état. — Le mot Auferet du quatrième vers est écrit Auferret. 3e état. — Le mot est corrigé.

4« état. — Le bonnet est diminué.

.">•■ état. — Le montant du bas qui soutient l'escalier est strié de tailles perpendiculaires et porte : .4. V. Oslade fecit cl excud.

Ventes: Guichardot, 1«", 2e et 3« états, de Faucheux, croyons-nous, vendus 2600, 1100 et 980; il y avait à cette vente 11 exemplaires différents de cette pièce — Knowles, 2° état de Faucheux, 437 — Oppermann, 51-- état, 277 — Fisher, 925 — Angiolini, avec le haut bonnet et avant les hachures sur la table du chevalet et avant la troisième taille sur les deux premières marches de l'escalier, 600 — Straeter, avant le quatrain, 637, rarissime , avec la correction au mot Auferret, 500.

Cette estampe est extrêmement rare. — Il existe à Amsterdam une épreuve unique dans laquelle le banc, sur lequel est le livre du peintre, est remplacé par un tonneau.

La Dévideuse à la porte de sa maison (25). — Sur le seuil delà porte d'une maison que décore une luxuriante vigne à droite, une femme est assise dévidant sa quenouille ; une poule picore devant elle, et un homme vu presque de dos, un bâton à la main, cause avec elle ; derrière l'homme est un seau. En bas à droite : A. V. O.

Ventes : Guichardot, 1er état, 115; 2e état, 92 — Fisher, 1" état, 662 — Straeter , épreuve , croyons-nous , avec le seau qui est derrière l'homme presque blanc et l'absence de nombreux travaux tels, par exemple, que les cercles qui entourent ce seau, exemplaire probablement unique, 1875.

Paysan payant son écot (42). — Dans une auberge, un groupe de personnages assis boivent et causent entr'eux. Au fond de la pièce près d'une vaste cheminée à droite, un tabouret sur lequel une cruche est posée ; à gauche sur le premier plan, une femme légèrement penchée en avant, reçoit l'argent qu'un homme qui est en face d'elle lui met dans la main. En bas à droite : A. V. Ostade.

Ventes : Guichardot, état non décrit par Faucheux, intermédiaire entre le l«r et le 2e, 300 — Oppermann, 4e état, 74 — Buccleuch, 300, même état — Fisher, 1050, même étal — Straeter, avant les contre-tailles sur le dos et sur le jupon de la femme qui reçoit l'argent, et avant celles sur les linges pendus au fond de la pièce à gauche, 2562 : épreuve unique sans doute, car on ne la connaît pas dans les cabinets de Vienne, Harlem, Amsterdam, Paris ou Londres.

La Danse au cabaret (49). — De nombreux personnages sont réunis dans un cabaret ; au milieu de l'estampe, l'un d'eux danse, son chapeau sous le bras droit ; derrière lui, un violoneux assis sur la table, sous laquelle on aperçoit un chien. A droite, un couple assis se lutine ; à gauche, une femme et un homme un pichet à la main descendent un petit escalier ; près d'un homme debout de trois quarts à droite, une femme est assise ayant dans sa main un gobelet que prend un enfant. Sur le tout premier plan, un escabeau renversé et un homme assis tournant presque le dos. En bas à droite : A. V. Ostade fecit et excud.

Ventes . Guichardot, 4e état, 460 — Didot, 80 — Knowles, 1« état, c'est-àdire avant les travaux de pointe sèche, 781 — Schloesser, même état, 850, de chez Kalle — Oppermann, 443 — Fisher, 5e état, 462 — Straeter, épreuve provenant de la vente Simon, avant les travaux de pointe sèche sur les ombres, 1287 — Rosenberg, 116, avec la bordure fine — Hansen, 62, sur papier aux armes d'Amsterdam.

Cette estampe, très finement gravée, est remarquable surtout par sa jolie distribution de lumière, comme format c'est la plus grande pièce de l'œuvre.

Le Goûté (50). — Dans l'intérieur d'une ferme, autour d'une table, quatre hommes, et une femme à droite, près de celle-ci un chien, et l'entrée d'une cave dont l'un des battants de la porte est

fermé. L'homme de gauche est debout un verre à la main ; près de la chaumière tout à fait à gauche, deux enfants et des cartes éparses sur le sol. La lumière vient de droite. En bas dans le coin gauche : A! Ostade, et dans la marge deux vers latins de Tibulle : Securx reddamus.

Ventes : (îuichardot, eau-forte pure, la draperie qui est sur le manteau de la cheminée n'a qu'une seule taille, la petite tille qui boit a an bonnet sur la tête, avant les vers, 1600; avec les eontre-tailles sur la draperie, 1500; avec les vers, 460 — Oppermann, avec la bordure fine, 101 — Griffiths, avant les vers, 50 — Buccleuch, avant les vers, 925 — Fislier, 525, de chez Hawkins — Straeter, avant les vers, 725 • — Hansen, 75 — Rosenberg, 110.

Le Charcutier (41). — Devant une ferme, au milieu de l'estampe, un paysan à genoux sur le porc étendu par terre qu'il vient de tuer, fait couler le sang de l'animal dans une poêle que tient une femme placée près de lui. A droite, deux enfants près d'une pompe; à l'extrême gauche, un paysan debout de profil à droite, regarde la scène, plus trois autres assistants ; en tout huit personnages. Au bas à gauche, A/ Ostade.

Petite pièce ronde. Le 1" état à l'eau-forte pure est de toute rareté, une partie du ciel est blanche, mais il n'y a pas d'éclairage; c'est au 2" état surtout qu'apparaît la scène de nuit vraiment saisissante, la caractéristique de cet état est que le bonnet est presque blanc, ainsi que le bras et la jambe droite du paysan qui est debout tout à fait à gauche.

Ventes : Guichardot, 180 — Oppermann, 90 — Fisher, 187, de chez Guichardot — Straeter, 356.

Les Pécheurs (26). — Dans la campagne, un canal avec un pont de bois, sur lequel est un pêcheur à la ligne, ayant près de lui un garçonnet portant un panier. Au fond à gauche, un grand arbre ; à droite, maison et personnages. Dans le bas à droite dans l'eau : A. V. 0.

Ventes : Guichardot, tout 1" état, de nombreux traits échappés perpendiculaires coupent le deuxième poteau à gauche sur lequel repose le pont, le ciel est blanc, la bordure est fine; de toute rareté, 1165 — 2'' état, les traits échappés oui été effacés et tics travaux ont été exécutés dans le ciel, 210 — Oppermann, 2« état, 94 — Straeter, sur papier à la folie, 150 — Rosenberg, sur même papier, 2" état, 77 — Dreux, avec la bordure fine, 330.

' a cette vente, le dessin original, sépla smis trall de plume, lui adjugé 837 francs. Ceci nous suggère en passant la remarque suivante, que les dessins originaux dis peintres-graveurs

ms sont bien n ipayi qu leui beaux états d'eau-forte. Rembrandt en sel on exemple

particulièrement frappant; le enti Dldot ses dessins atteignirent péniblement 17, 30. 70... 380 francs, tandis que sis eaux-fortes s'enlevèrent allègrement A 2.000, 3.900... cl 17.000 francs II

Notons encore comme extrêmement rares, quoique bien peu intéressantes cependant: Le Coup de couteau (19) dont le 1" état, eau-forte pure, fut adjugé 760 francs à la vente Guichardot, et 1375 à la vente Knowles, et L'Epouitleuse, que l'on considère comme douteuse, gravée selon Dutuit, par W. Basse, d'après Isaac van Ostade.

Parmi les plus beaux œuvres du Maître, citons ceux formés par : Van den Zande, un ancien administrateur des douanes, vendu en 1855; Auguste Simon, un tourangeau, vendu en 1862; Guichardot le marchand d'estampes, cette collection admirable comprenait 364 pièces en différents états — elle provenait en partie de chez Verstolk de Soelen où elle avait été adjugée 4420 francs — à sa vente elle fit modestement plus de 57000 francs ! ! et enfin dernièrement celui du docteur Auguste Straetcr vendu en 1898, l'œuvre était complet, il ne lui manquait que L'Epouitleuse , encore est-il probable qu'il l'avait écartée à dessein vu son peu d'authenticité. Actuellement les deux plus belles réunions de van Ostade se trouvent chez le baron Edmond de Rothschild et au musée Teyler, à Harlem.

Les premières épreuves, les seules qu'il faille recueilli, sont claires de ton, et les meilleures impressions sont souvent tirées avec une encre légèrement brune. Le Maître a eu de nombreux imitateurs, parmi les principaux nous pouvons citer Cornélius Bega, Brauwer et Dusart, tous leurs personnages étaient laids, canailles, vulgaires et mal bâtis.

Au commencement du xvmc siècle les cuivres étaient aux mains de Bernard Picart qui les publia, à Amsterdam, vers 1720, sous ce titre : Œuvre complet d'Adrien van Ostade, peintre célèbre, inventé et gravé par luy même.

POTTER (Paul)'

Né à Enkhuizen en 1625, mort à Amsterdam en 1654, peintre-graveur animalier dont les 20 eaux-fortes qui forment l'œuvre sont assez recherchées ; nous nous sommes toujours demandé pourquoi? car c'est d'un poncif et d'une banalité désespérante. Il a eu comme imitateur Marc de Bye. Mentionnons néanmoins, pour les enragés que cela peut intéresser, les moins mauvaises et les plus rares.

Le Vacher2 (Bartsch 14). — Sur le premier plan, trois vaches couchées et deux debout, une de celles-ci, celle de gauche, vue absolument de dos. A droite sur un tertre dont une partie est boisée, le vacher poussant devant lui trois vaches à l'aide d'un bâton qu'il tient de ses deux mains. Dans le coin inférieur gauche : /. Paulus Potier. In et fecit A" 1643.

1 Consulter : Eaux-fortes de Paul Potter. reproduites et publiées par Amand Durand, texte par G. Duplcssis, à Paris, chez G. Rapilly. 3 Ne pas confondre cette estampe avec celle de Le Berger (B 15).

Dutuit rubrique cette estampe, la première qu'ait gravée l'artiste, Vue d'une Prairie. Il existe au British Muséum la seule épreuve connue du 1er état, la vache couchée à gauche a la tète tournée à droite et le dos presque blanc, elle provient du cabinet de Fries; la signature et la date n'existen\. pas dans le coin gauche. Il y a des épreuves avec l'adresse de de Wit et d'autres avec celle de P. Schrnck. — Le cuivre existe encore et a été publié en 1866 dans la Gazette des Beaux-Arts.

Ventes : Schloesser, la planche coupée avant l'adresse, 66 — Oppermann, même état, 138.

La Tête de Vache (16). — Au-dessus d'une barrière en bois

entrecroisés, la tête d'une vache de profil à gauche. Au second plan,

également à gauche, un tronc d'arbre.

Pièce rarissime, dont il existe 5 ou 6 copies, entre autres par Bartsch, A. Schouman, Claussin, J. Bemme

Ventes : Didot, 760, provenant de chez AlferofF — Straeter, 875 t ! ! Certes, voilà de l'argent qui pourrait être mieux placé, car cette somme est vraiment hors de proportion avec la valeur d'art de l'estampe.

La Vache couchée près de l'arbre (17). — La bête est couchée la tête tournée à gauche, regardant de face, entre un petit bouquet d'arbres à droite et un gros tronc à gauche ; dans le ciel, trois oiseaux. Sans signature.

Il existe une copie par Bartsch. — A la vente Aylesford une fort belle épreuve fut adjugée 700 francs.

Enregistrons enfin une pièce de la dernière rareté, rubriquée Le Zabucaia (B 18), qui représente de profil à gauche, un singe à longue queue accroupi au pied d'un arbre et mangeant un fruit; à gauche, sur le ciel, en gros caractères Zabucaia et, à droite, touchant le trait carré : Panlus Potter fecit 16.Î0. Il existe un 1" état au Musée d'Amsterdam avant le nom de l'artiste et le millésime.

REMBRANDT (Harmensz van Rijn)'

Né à Leyde le 16 juillet 1606», mort à Amsterdam le 8 octobre 1669, il était fils d'un meunier et eut pour maîtres, dit-on, J. van Swanenburch et Pierre Lastman. Nous ne nous étendrons pas en lignes dithyrambiques sur

' Consulter: Œuvre de ncmbrandi. reproduit el publié pur Arnaud Durand, n Paris cher

n.ïj>i!ly.

' Celte date esl dfacufaMe, puisque l'épreuve: Rembrand au chapeau rond ri nu manteau brodé (BarUefa 7), de Holford, portail de !•• main de l'artiste une note Indiquant qu'en mm il avall M aiUi

l'insurpassable Maître, chacun sachant qu'il demeure le géant de la gravure. Aucun artiste n'a tenté les iconographes autant que l'immortel Hollandais, douze catalogues ont été faits de son œuvre gravé. Les voici dans leur ordre chronologique :

Le premier fut dressé par Gersaint, le marchand d'estampes, qui s'aida de la collection du graveur Jacques Houbraken qui avait appartenu au bourgmestre Six, l'ami de Rembrandt, malheureusement il mourut avant d'avoir pu le mettre au jour, le manuscrit fut alors acquis par Helle et Glomy qui le complétèrent en scrutant avec soin les collections de Marolles, Beringhen, Coypel, Julienne, Potier et le Cabinet des Estampes, et le publièrent en 1751, il fut traduit en anglais par T. Jefferys et parut à Londres l'année suivante. En 1756, Pierre Yver en donna un supplément rectifié. Les autres furent faits par Daniel Daulby en 1796, Bartsch en 1797, Josi en 1816, le chevalier de Claussin < en 1824-1828, Wilson en 1836, Blanc en 1859-1861, Ch.-H. Middleton en 1878, Dutuit en 1882*, Rovinsky » en 1890 et enfin von Seidlitz en 1895 ♦.

Nous ne saurions passer sous silence la très remarquable Etude monographique de l'œuvre gravé de Rembrandt 5 et Rembrandt authentique et apocryphe (1896), publiés par l'éminent peintre-graveur sir Francis Seymour Haden, nous y renvoyons le lecteur, c'est du plus puissant intérêt. Il y verra entre autres choses curieuses, la classification de l'œuvre du Maître en trois périodes bien distinctes.

La première période de 1628 à 1639 — eau-forte pure — où on rencontre de nombreux portraits de lui-même, de sa mère et de sa femme, puis la série des fameuses pièces fausses, avec preuve à l'appui, nous citerons parmi celles les plus connues et des plus populaires : La fuite en Egypte (Ch. Blanc 25), d'après le dessin de Lastman, de Bol probablement; Le Ron Samaritain (41), par Bol ou Rottermondt ; La grande Résurrection de Lazare (48), où il semblerait que Bol et Lievens ont travaillé; La grande Descente de

' Il y a là une classification du travail en 7 procédés qui est d'une adorable naïveté, d'autant que l'auteur cherche à les expliquer, après avoir dit plus haut en parlant du Maître.... « dont il est en grande partie l'inventeur et qu'il parait n'avoir voulu transmettre à personne, puisqu'on assure même qu'il avait la précaution de s'enfermer quand il gravait ou imprimait ses planches. »

s II a fait reproduire l'œuvre complet dans ses dimensions originales.

3 A aussi reproduit toutes les pièces dans leurs états successifs en 1000 pholotypies sans retouche : il a suivi les numéros de Bartsch. en face desquels il a mentionné ceux de Gersaint, Claussin, Wilson, Blanc, Dutuit et Middleton. C'est, selon nous, le meilleur catalogue actuel du Maître.

* Dans les catalogues de ventes publiques on se reporte généralement, en France, pour les numéros, à Bartsch, Claussin et Ch. Blanc; en Allemagne à Bartsch et en Angleterre à Wilson. Les catalogues les plus prisés aujourd'hui sont ceux de Dutuit, Rovinsky et Seidlitz, tous sont dressés par groupement de sujets similaires, il n'y a que celui de Middleton qui suit le seul ordre rationnel de classement, l'ordre chronologique.

5 Elle fut rédigée pour servir d'introduction au catalogue d'une exposition des eaux-fortes du Maître classées pour la première fois par ordre chronologique, exposition qui fut organisée sous la haute direction de sir Seymour Haden. au Burlington Fine Arts Club en 1877. II y eut là, dit M. Gonse, un intéressant échenillage qui émut fortement M. Dutuit qui, du reste, en parla longuement dans son travail. — A consulter encore le bel ouvrage de M. Emile Michel, Rembrandt, sa vie, son œuvre, son temps, Paris, Hachette, 1893, ainsi que les différentes éditions de Vosmaer.

Croix (56), par Lievens; La Fortune contraire (81), sans doute par Bol; Ecce Homo (52), par Lievens ; Saint Jérôme en méditation (77), par Bol (?) ; Le Peseur d'or (189), dont la tête et les épaules seules sont du Maître; Rembrandt dessinant d'après le modèle (157), ces deux pièces de Bol probablement; Les trois Têtes orientales (173-28S-289), de Lievens, etc.

La période moyenne de 1G40 à 1G49 — eau-forte et pointe sèche — avec les admirables paysages: Les trois Arbres (315); Vue d'Omt'al (312); Campagne du Peseur d'or (334); L'Homme au lait (316); Paysage aux trois Chaumières (318); La Pièce aux cent Florins (49); Docteur Fauslus (84); Paysage à la Tour (324); La Grotte et le Ruisseau ou l'Abreuvoir (331).

Enfin, la dernière période, 1650 à 1661 —pointe sèche — c'est la plus belle; il ne fait plus le paysage, sauf un seul : Le Bouquet de Bois (323), mais en revanche il grave des merveilles : Lulma (182), Tholinx (188), Les Deux Haarings (178-179), Le Christ présenté au Peuple (51), Les Trois Croix (53).

Un autre peintre-graveur de talent, M. Alphonse Legros, un Français qui habite depuis longtemps l'Angleterre, que nous avons consulté quelquefois et qui nous a aimablement répondu comme on le verra plus loin, s'est aussi beaucoup préoccupé de Rembrandt surtout au point de vue métier; sur les 363 pièces qui sont censées constituer l'œuvre du Maître, il n'en trouve que 71 d'indiscutables ; les voici avec les numéros d'ordre de Dutuit :

19 Rembrandt et sa femme.

20 Rembrandt au bonnet orné d'une

plume.

21 Rembrandt appuyé.

22 Rembrandt dessinant.

32 Rembrandt gravant sur une planche haute et étroite.

1 1 David en prières.

45 Tobie le père aveugle.

16 L'Ange qui disparaît devant la fille de Tobie.

50 La Nativité.

52 La Circoncision.

66 Saiule Famille au chat.

67 Jésus au milieu des Docteurs.

68 Jésus discutant avec les Docteurs

la loi.

71 La petite Tombe.

77 La Pièce aux cent florins.

83 Jésus présenté au Peuple.

85 Les Trois Croix.

89 Descente de Croix (esquisse).

90 Descente de Croix (effet de nuit).

94 Les Disciples d'Kmniaùs.

99 Saint Pierre.

107 Saint Jérôme1 (goût de Durer).

113 Médée.

121 Petite Bohémienne.

126 Jeu du Kolf.

127 La Synagogue des Juifs.

129 Le Charlatan.

131 Le Paysan avec femme et enfant.

132 Juif à grand bonnet.

135 Le Joueur de cartes.

143 Paysan et Paysanne marchant.

153 Le Cochon.

154 Le petit Chien endormi.

166 Vieille Mendiante.

172 Mendiants à la porte d'une maison.

192 Les Baigneurs.

193 Académied'hommc assis a terre.

200 Jupiter et Antiopc.

205 Le Pont de Six.

206 Vue d'Omval.

207 Ancienne vue d'Amsterdam.

209 Paysage aux trois Arbres.

210 L'Homme au lait.

21 1 Les deux Maisons à pignon pointu.

215 Paysage à la Tour carrée.

216 Paysage au Dessinateur.

1 11 .liste dnns l'œuvre 7 Saint Jérôme.

219 Le Bouquet de Bois.

220 Paysage à la Tour.

221 La Grange à foin et le Troupeau.

222 La Chaumière et la Grange à

foin.

223 La Chaumière au grand Arbre.

224 L'Obélisque.

225 La Barque à la Voile.

229 La Chaumière •*"' uirée de plan-

ches.

230 Le Moulin de Rembrandt.

231 La Campagne du Peseur d'or.

232 Canal avec les Cygnes.

234 L'Abreuvoir de la Vache.

254 Renier Ansloo.

259 Faustus.

263 Clément de Jonghe.

265 Jean Lutma.

267 Bourgmestre Six.

269 Jean Silvius.

273 Homme sous une treille.

277 Homme avec chaîne et croix.

280 Vieillard à barbe carrée.

282 Jeune Homme assis réfléchissant.

322 Buste de jeune Homme au trait.

344 Jeune Fille avec panier.

352 Grilfonnements avec taillis, cheval, etc.

Il considère qu'on en pourrait peut-être ajouter encore 42, mais il n'en désigne pas les numéros.

Quant à nous, suivant nos pointages et d'après les appréciations de gens compétents et autorisés, nous estimons que l'œuvre authentique du Maître peut se monter de 160 à 180 pièces ; il y a loin de là aux 363 ! environ, qu'on a cherché à lui faire endosser.

Les élèves du Maître furent nombreux, trois surtout sont considérés comme ses meilleurs, ou tout au moins comme ceux ayant eu avec lui des attaches plus marquées, ce sont : Bol2, Lievens3 et van Vliet l ; le premier et de beaucoup le meilleur, pastichait merveilleusement Rembrandt ; le second retouchait ses eaux-fortes au burin, et le troisième — dont le métier était sans style — se faisait remarquer souvent par sa violence dans ses effets d'ombre et de lumière. Il faut encore citer parmi ses disciples : Philippe de Coninck, Rottermondt, Savry, de Poorter, de Wedt, J. Backer, Flinck, van den Eckout et Verbeecq.

Les plus belles collections anciennes de l'œuvre du Maître furent — en suivant à peu près l'ordre chronologique — celles de l'abbé de Marolles, Zoomer, Six, Halling, Maas, Molewater, Jacques Houbraken, puis plus récemment, celles de Zanetti, Sloan, Burgy, Mariette, Peters, Barnard, Cracherode, van Leyden, Denons, Pôle Carew, Wilson, Debois, Verstolk de Soelen", Didot, Slade, Abraham Hume, Griffiths, Buccleuch, sir Seymour

i Bartsch en relève 375. Claussin 365, Wilson 366, Blanc 353 et Middleton 329. — On estime que le nombre de ses tableaux s'élève à environ 550, tous dispersés de par le monde ; une trentaine seulement sont restés en Hollande. - On sait qu'il n'a jamais gravé ses toiles.

' Son œuvre, 19 pièces.

3 Son œuvre, 71 pièces.

* Son œuvre, 92 pièces.

s A sa vente en 1826, dirigée par Duchesne aîné, l'œuvre mis sur table fut retiré faute d'enchères suffisantes.

« Collection admirable dispersée à Amsterdam en 1847, les Rembrandt seuls atteinrent 80000 florins. Toute la fine fleur des cabinets Dumesnil, Pôle Carew, Denon, Wilson, Six, etc.... s'y était donné rendez-vous. Le catalogue de cette vente en 3 parties est de la dernière rareté, nous n'avons pu nous le procurer qu'après quatre ans de recherches incessantes chez R.-W.-P. de Vries, libraire à Amsterdam.

Haden, Rovinsky ', Holford, Straeter et Artaria, toutes dispersées à l'heure qu'il est.

A Moscou, il existe encore une admirable réunion de l'œuvre de l'artiste; elle appartient à M. MassalofT, qui, croyons-nous, achète toujours et ne laisse jamais échapper la belle pièce quand il lui est encore donné de la rencontrer.

Parmi les expositions les plus intéressantes qui ont été faites, il faut citer celles du Burlington Fine Arts Club 1877, Musée de Boston 1887, Galeries de Wunderlich et C° en 1888, à New -York, et enfin celle du British Muséum' en 1899, de beaucoup la plus remarquable. Constatons douloureusement qu'en France, où nous possédons les plus beaux Rembrandt du monde, nous sommes encore à attendre la nôtre...

Les dépôts publics les plus importants sont, dans l'ordre de leur richesse : Paris, Londres, Vienne, Amsterdam et Dresde.

Nous ne parlerons pas des copies très nombreuses qui existent dans l'œuvre du Maître, quelques-unes, il faut l'avouer, sont désespérément trompeuses. Dès l'année 1768, La Chronique de Saint-James signalait au public les pastiches que faisait un Anglais qui habitait Bruxelles à cette époque.

Basan a publié un recueil de 85 pièces provenant des planches originales, auxquelles il a ajouté, gravé par lui et Watelet, 35 copies des planches les plus rares du Maître, soit en tout 120 pièces. — Ces cuivres, dispersés à l'heure présente, ont été à un moment la propriété du fonds Jean ; les épreuves qui en proviennent sont sans valeur.

Disons pour en terminer que la question des états demeure toujours d'une extrême difliculté, au moins pour certaines pièces; il faut absolument avoir les exemplaires sous les yeux pour pouvoir constater et saisir les différences, quelquefois infimes, qui n'apparaissent même souvent que la loupe à la main. — Les classifications variant avec les catalogueurs, il faut faire suivre l'état indiqué du nom de l'iconographe, si l'on désire bien préciser dans l'esprit de l'amateur la pièce en question, car le 3* état de Wilson peut être différent de celui de Bartsch et celui de Bartsch ne pas correspondre du tout à celui de Rovinsky ou de von Seidlitz.

Rembrandt au chapeau rond et au manteau brodé (H 7 —

Cl 7 — W 7 — Bl 211 — D 7). — A mi-corps, tourné de trois quarts à gauche, la tète de face, les yeux dirigés légèrement à droite, l'artiste très jeune et imberbe est coiffé d'un chapeau rond au bord très roulé sur la droite, il semble être appuyé sur le bras gauche, dont la main fermée et gantée sort du manteau brodé. Le cou émergé d'un large col blanc, la figure esl éclairée de droite à gauche. Dans le haut du coin gauche de l'estampe : lit 1681.

' L'auteur <ln catalogue <iul, h u mort, en Bl don au Mutée de l'Ermitage, h Sjiint-PHtTsboura. ' il existe de cette exposition un peUI guide inj lali du \>\u\ haut tntirit, annoté pnr le distingué conservateur, M. Sldnej Colvin, il le i.uti avoir.

1er état. — La tète, les cheveux et le chapeau seuls, sont très légèrement gravés; le bord du chapeau à gauche est sans contre-tailles obliques dans la partie ombrée.

2e état. — Avec les contre-tailles. Au Dritish Muséum il existe une épreuve où le reste du corps est dessiné à la pierre noire par le Maître; en haut, à droite, on voit le cintre d'une fenêtre, puis l'artiste l'a signée dans le fond à gauche avec ce même crayon, ajoutant : MT 27 ' anno 1G31.

L'épreuve de cet état provient, croit-on, de la collection de sir Hans Sloane acquise par le Musée en 1753.

Il existe des copies.

Ventes : Hume, avec la date, 380 — Didot, l'œil gauche a été redessiné, 600 — Schloesser, 1120 — Oppermann, 5G2 — Buccleuch, avant les broderies au manteau, 625 ; avec la date, 1050 — Gutekunst, 1875 — Artaria, la fraise est avant la dentelle, 220.

Rembrandt appuyé (B 21 — Cl 21 — W 21 — Bl 234 — D 21.) — A mi-corps, tourné de profil à droite, la tête complètement de face, le bras gauche appuyé sur un parapet, l'artiste aux longs cheveux frisottants et épars sur les épaules vous regarde. Il porte moustache, et son bonnet de Mezzetin est crânement posé sur l'oreille. En haut, dans le coin gauche : Rembrandt, f. 1639.

Ce portrait, un des plus rares du Maître, est de ceux qui a été le plus souvent reproduit par les différents procédés 2, on le considère comme un des plus beaux. M. Sidney Colvin assure que l'attitude et le motif de ce portrait ont été empruntés par Rembrandt à celui de Castiglione par Raphaël.

Il n'existe que deux états : le 1er, dans lequel le cordonnet ourlant la partie inférieure du bonnet est plus court sur la droite, et le 2e, dans lequel le cordonnet ayant été rallongé, va rejoindre la naissance des cheveux au-dessus de l'œil gauche. Il y a, parait-il, des épreuves truquées de ce 2e état, dans lesquelles le nom de l'artiste a été effacé.

Se défier des copies dont il existe un grand nombre.

Ventes : Liphart, le.- état, 375 — Hume, le.- état, 656 — Didot, 1er état, 5730 ; 2e état, 900 — Schloesser, 363 — Oppermann, 331 — Buccleuch, 1er état, 3375 — Webster, 2e état, 800 — Seymour Haden, 1er état rehaussé par

' Ou Si, on n'est pas absolument sur de ce dernier chiffre, en tous cas ce n'est pas 28 comme l'affirme Blanc.

* Et truqué, hélas I avec une précision merveilleuse, à telle enseigne que tout dernièrement — nous garantissons expressément le fait, car nous étions présent — un exemplaire de ce portrait, devant passer en vente publique, fut présenté à un de nos plus fins connaisseurs en estampes anciennes qui le déclara nettement authentique, mais, que doutant encore, le marchand vendeur alla le porter au Département des Estampes où, après une minutieuse confrontation, il fut reconnu faux. Ceci dit, pour constater une fois de plus, combien la connaissance parfaite des estampes est hérissée de difficultés.

Rembrandt, 625 ; 2» état, 2275 — Fisher, 1er état, 2050 — Hulot, 2" état, 655 — Gutekunst, 1" état avec marge, 4325 — Artaria, 2e état, 160 — Straeter, 2» état, 1287 — Heredia, 2e état, 339 — Defer Dumesnil, 880 — Hansen, 1« état, sur papier à la fleur de lys, 4137 — Rosenberg, 169, en 2e état.

Rembrandt dessinant (15 22 — Cl 22 — W 22 - Bl 235 — D 22). — De l'ace, coiffé d'un chapeau et vous regardant, l'artiste est assis à une table, dessinant sur un cahier de feuilles blanches très éclairées appuj'ées sur un livre. A gauche une croisée laissant entrevoir un paysage ; en haut de la croisée une banderole sur laquelle est écrit : Rembrandt f. 7645.

Au 1er état il n'y a ni millésime, ni signature. La pièce est extrêmement difficile à classer, Bartsch mentionne 4 états, mais Blanc et Rovinsky en donnent 10. Le bel état est celui où se trouve la banderole où sont inscrits le nom et l'année, mais avant le paysaye,\u main gauche n'étant ombrée que tt'nne seule taille.

Le paysage n'est pas de la main de Rembrandt. Il faut beaucoup de bonne volonté pour reconnaître dans ce portrait celui du Maître, car il n'a aucune espèce de ressemblance avec ceux faits antérieurement ou postérieurement ; ceci, du reste, n'a rien qui nous étonne, et nous pourrions citer comme exemple les six cents et quelques portraits de l'infortunée reine Marie- Antoinette, parmi lesquels il n'y en a pas dix qui lui ressemblent, ou plutôt qui se ressemblent entre eux, les artistes y apportant souvent une fantaisie extraordinaire qui enlève à l'œuvre toute espèce de sincérité. — La planche existe encore.

Ventes : Didot, avant le paysage et avant les manchettes ombrées, 1000 — Griffiths, même état, 625 — Buccleuch, même état, 2000 — Webster, même état, 1425 — Artaria, 480; une autre épreuve du bel état, 1320 — Straeter, avec le paysage, 104.

Rembrandt au sabre et à l'aigrette (B 23 — Cl 23 — W 23 — B1232 — D23). — De trois quarts à droite, vu jusqu'aux genoux et très ventru, l'artiste est coiffé d'un petit bonnet de fourrure portant une aigrette blanche fixée par un gros diamant. Les cheveux sont crépus et l'oreille droite est ornée d'une perle. Il porte un justaucorps à brandebourgs, la main gauche s'appuie sur un sabre et le poing droit est posé sur la hanche. A droite de l'estampe : Rembrandt f. 163t.

On ne connaît que quatre épreuves du U'état*, c'est-à-dire avec la planche rectangulaire. Ces épreuves se trouvent actuellement ainsi réparties: au Département <lrs Estampes, provenani du cabinet Peters qui l'avait payée

1XU0 lianes et la revendit à notre merveilleux dépôt eu 17iS.~> avec nombre

' Il existe une toptt mim valeur pu I umono.

d'autres pièces ; au Biïtish Muséum, elle passa par le cabinet Denon où elle fut achetée par Verstok de Soelen et acquise par le Musée à la vente de ce dernier en 1847, pour la somme de 1805 florins, soit environ 4300 francs ; au Musée d'Amsterdam, provenant de la collection van Leyden, en 1805 (?) ; enfin la quatrième fut adjugée 50000 francs à la vente Holford en 1893, c'est le prix le plus élevé atteint jusqu'ici par une estampe, elle avait passé successivement par les cabinets Muilman, Georges Andrew, Ploos van Amstel et Josi qui la vendit en 1810, à lord Aylesford, 9187 francs en dernier lieu.

Au 2e état la planche est réduite en ovale avec quatre oreilles, et au 3e et dernier, l'ovale est complètement régularisé.

Avec une loupe très puissante et une attention extrême on peut, au 1er état lire dans le haut du coin gauche Rembrandt f. et, au-dessous 163b, la date surtout a été gravée avec une telle légèreté qu'il faut être prévenu et la connaître pour la pouvoir déchiffrer.

Ce portrait, qui n'est rien moins que séduisant, est fort rare, on suppose que c'est le portrait du Maître, mais cette assertion est purement gratuite et ne repose sur rien, c'est un portrait de pure fantaisie très probablement.

On n'en connaît pas d'épreuve tirée sur japon ; à cette occasion, qu'il nous soit permis d'élucider ici un point relatif au mot japon ; on voit souvent dans les monographies et les catalogues : épreuve sur chine, épreuve sur japon. Or, à notre époque, le différence entre ces deux sortes de papier est absolument tranchée, il ne viendra à l'idée de personne de confondre l'une avec l'autre; du temps de l'artiste, nous ignorons s'il en était autrement, tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous n'avons jamais vu d'épreuves du Maître tirée sur ce que nous appelons le chine de nos jours, nous estimons donc que Rembrandt se servait de deux japons, l'un épais et jaunâtre, l'autre plus mince et plus blanc, c'est de ce dernier dont on veut parler, quand on dit sur chine '.

Ventes : Didot, 600 — Knowles, 475 — Schloesser, 328 — Griffiths, 450 — Buccleuch, 1650 - Holford, 1" état, 50000!!! — Artaria, 700; 3<-> état, 80 - Straeter, 769 — Hansen, 206 — Rosenberg, 112. — Tous ces prix sont pour des 2es états, à moins d'indications contraires.

Agar renvoyée par Abraham (B 30 — Cl 37 — W 37 — Bl 3 —

D 37). — A la porte de sa demeure, le pied droit sur la première marche, Abraham richement vêtu, le corps de face, mais regardant à droite, congédie Agar qui s'éloigne de ce côté en s'essuyant les yeux avec son mouchoir, elle est accompagnée du petit Ismaél que l'on voit de

1 Nous croyons, du resle, que le papier de chine ne fut importé en Europe que vers 1750. on s'en servit fort peu à cette époque, puisqu'il n'existe pas une seule gravure de l'Ecole dite du XVIIIe siècle tirée sur ce papier, quelquefois cependant on en lit usage pour des titres de livres qu'on collait sur un feuillet de papier. M. Didot imprima, vers 1770/73, un livre entier sur chine, La Dame de Neaers; mais on peut voir que l'emploi en était très restreint. C'est à l'époque de la Restauration surtout qu'il entra réellement dans la consommation, et encore fut-il promptement détrôné par un simili beaucoup plus propre et plus égal.

dos sur le tout premier plan à droite. De la fenêtre du logis, Sarah assiste à cette scène. Près d'Abraham, un chien sort de la maison. Dans le haut du coin droit de l'estampe on lit : Rembrandt f. 1637.

Cette petite pièce, une des plus séduisantes de l'œuvre, est extrêmement difficile à rencontrer en belle épreuve, c'est-à-dire avec toutes ses barbes. Deux admirables exemplaires passèrent aux ventes Didot et Knowles, celui de cette dernière, un des plus beaux connus, provenait des collections Barnard et Esdaile. — M. A. Legros semble douter de son authenticité, elle a été faite, nous écrit-il, d'après un beau dessin de Rembrandt que j'ai vu. — Ne pas confondre cette estampe avec les deux autres portant le même titre (Bartsch 31-32) d'une conception toute différente, et bien gratuitement attribuées à Rembrandt.

11 n'y a qu'un seul état. — Il existe des copies.

Ventes : Guichardot, 200 — E. Galichon, 290 — Liphart, 325 — Hume, 612 — Didot, 800 — Knowles, 312 — Hebig, 340 — Schloesser, 252 — Oppermann, 90 — Buccleuch, 200 — Hulot, 135 — Holford (?) — Artaria, 102 — Straeter, 505.

Le Triomphe de Mardochée (B 40 — Cl 44 — W 44 — Bl 12 - D 48). — A cheval, un sceptre à la main et se dirigeant vers la gauche, Mardochée richement vêtu est désigné au peuple qui l'entoure, par Aman ; à gauche, un homme d'armes à genoux ; à droite à un balcon, Esther et Assuérus ; à travers une porte cintrée on aperçoit au fond l'esquisse d'un temple. Sans date ' et signature.

Le 1"' état seul avec toutes ses barbes est intéressant, le 21' est sans valeur, la planche ayant été maladroitement retouchée. C'est une fort jolie pièce, presque au trait, mais pleine de couleur. Quant à sa date, on l'ignore absolument, Wosmaer la croit exécutée entre 1640 et 1645, Middleton au contraire opine pour l'année 1657; ce sont des suppositions purement gratuites et fantaisistes ne se basant sur rien de sérieux; il est bien plus simple de dire carrément qu'on n'en sait rien, c'est du reste, de mince importance. M. A. Legros range cette pièce dans les douteuses.

A la vente Emile Galichon, en 1875, il en passa une épreuve d'une qualité exceptionnelle, c'était une Heur de cuivre, où les barbes du haut ù gauche, donnaient ces merveilleuses taches de velours rappelant les beautés du crayon lithographique, celle de la vente Schloesser pouvait seule lui être comparée.

Ventes : Guichardot, Gl — E. Galichon, 850 — Liphart, 262 — Hume. 262 — Didot, 790 — Knowles, 187 — Schloesser, 626 — Oppermann, 337 — Buccleuch, 997 — Webster. 200 - Seymour Haden, 825 — Hulot, 550 — L. Galichon, 100 — Artaria, 100 — Bouillon, 200 — Cope, 150.

Il existe des copies.

' Dates présumées, paraissant les plus vnlaainblabltt, 1GJ2-Itjj4.

L'Annonciation aux Bergers (B 44 — Cl 48 — W 47 — Bl 17 —

D 49). — La nuit dans la campagne ou l'on distingue des arbres et un pont, une gloire d'anges apparaît dans une lumineuse clarté, un de ces anges plus grand que les autres montre du doigt le ciel, terrifiant par son apparition les bergers et leurs troupeaux qui fuient épouvantés. La partie basse de l'estampe est seule éclairée, le reste est dans une profonde obscurité. En bas à droite : Rembrandt f. 1634.

Il n'existe que deux épreuves de let étal, sans nom ni date et avec les bergers, les anges et les animaux au simple trait ; elles se trouvent : l'une au Brilish Muséum de la collection Cracherode; l'autre au Musée de Dresde. Dans le 2e état, également fort rare, on voit portées au premier plan de nombreuses ombres, ainsi que dans la gloire d'anges, et un violent coup de lumière sur le grand ange, les brandies supérieures des arbres sont encore blanches. Il n'existe également que deux exemplaires connus de cet état: l'un au Brilish Muséum, provenant, croyons-nous, du cabinet Denon, acquis en 1848, est retouché par l'artiste à l'encre de Chine pour souligner les ombres qui devaient être ajoutées ; l'autre au Musée d'Amsterdam.

Au Louvre, sous le n° 2372, il existe un tableau du peintre hollandais Govaert Flink, rappelant quelques-uns des détails de la scène que nous venons de décrire ; l'artiste a dû certes s'inspirer de Rembrandt.

Ventes : Liphart, 443 — Hume, 1800' — Didot, 255 — Schloesser, 500 — Oppermann, 50 — Buccleuch, 2125 — Webster, 350 — L. Galichon, 305 — Bouillon, 650 — Straeter, 2862 ; cette épreuve superbe avait été achetée à la vente Buccleuch, provenant de chez Hawkins — Defer Dumesnil, 85 — Rosenberg, 2525.

La Fuite en Egypte (B 53 — Cl 57 — W 58 — Bl 26 — D 58). —

Montée sur un àne se dirigeant vers la gauche, la Vierge Marie s'enfuie

conduite par saint Joseph qui, muni d'une lanterne, éclaire la route

en tenant la monture par la bride. En bas à droite : Rembrandt fecit

1651 ; le 6 est renversé.

Effet de nuit très intense dans lequel on ne distingue guère que la lanterne. — Nous ne mentionnons cette petite pièce de second plan que pour signaler un curieux état qui a passé en 1896 à la vente Artaria : les personnages et l'àne n'étaient ombrés que d'une seule taille, présentant beaucoup de parties blanches ; les jambes de derrière de l'àne étaient parallèles et se touchaient, et la lèvre de saint Joseph était très proéminente; ce morceau très rare fut adjugé 800 francs. — Blanc dit qu'il existe des épreuves truquées dans lesquelles on a introduit un croissant qui n'a jamais existé dans aucun état.

Il existe une copie en contre-partie.

1 C'est une épreuve du 4° et dernier état, fort belle, dans laquelle on aperçoit distinctement tes arches du pont, ceci est un critérium.

La Fuite en Egypte, dans le goût d'ELZHEiMEH (B 56 — Cl 60 — W 61 — Bl 29 — D 61). — La Vierge montée sur un àne que conduit saint Joseph, tient l'Enfant Jésus enveloppé dans son manteau, ils descendent en se dirigeant vers la gauche une colline à pente douce ; derrière eux à droite, au deuxième plan, s'élève un houquet d'arhres, l'autre colline vers laquelle ils s'acheminent est très hoisée ; au fond de la vallée où serpente une rivière, des coteaux et deux tours. Sans date, ni signature.

Cette estampe fort rare est très recherchée, elle sort absolument de la manière ordinaire du Maître. — Voir notre note à Hercule Seghers.

Il n'existe que deux épreuves du 1" et du 2e' état. Ces deux états sont, croyons-nous, chez le baron Edmond de Rothschild; le Brilish Muséum possède l'autre épreuve du 1er, et le Musée Rijks d'Amsterdam, celle du 2e.

Le Musée d'Amsterdam possède encore une épreuve unique d'un 5e (?) état avec trois tours au lieu de deux dans le lointain.

Ventes : Liphart, 532 — Hume. 2« état (?), à droite le bouquet d'arbres est couvert de feuilles, tandis qu'au 1" état il y a plusieurs places restées blanches dans le feuillage, 577 — Didot, 250 — Schloesser, 2e état de Blanc, les noirs de l'estampe sont, dit-on, obtenus à la pierre ponce, 1000 — Oppermann, 344 — Buccleuch, 1" état sur parchemin, 2875, cette pièce provenait de chez Ilawkins; une autre épreuve du 21' état, avec le feuillage terminé au dernier arbre de la touffe droite, fut adjugée 2500 francs, elle provenait de la collection Denon — Webster, G25 — Hulot, 250 — Holford, 3500 — Artaria, avec la teinte de lavis produit par l'emploi de la pierre ponce, 610 — Straeter, 844 — Hansen, 218, de chez Aylesford et Artaria.

Jésus prêchant ou la petite Tombe (B 67 — Cl 71 — W 71 -

Bl 39 — D 71). — Au milieu de l'estampe, adossé à une colonne, les yeux baissés, les bras étendus et levés, Jésus Christ prêche, entouré du peuple. Au premier plan, un petit enfant est couché à plat ventre, sa toupie près de lui, et tout à fait à gauche au tout premier plan, un homme vu presque de dos est debout, coiffé d'un turban et vêtu à l'oriental. Sous les pieds du Sauveur, une partie restée planche faisant songer au couvercle d'une tombe. Sans date ', ni signature.

Le cuivre de cette estampe était la propriété d'un ami de Rembrandt

nommé La Tombe, d'où la dénomination, comme la pièce est petite, de : Lu petite La Tombe, puis enfin, par corruption, de : /.</ petite Tombe, pour la raison donnée dans la description ci-dessus.

' Date présumée, ic">l.

Cette pièce est une des plus séduisantes de l'œuvre, mais il faut l'avoir ù la manche noire, c'est-à-dire dans l'état où la manche de l'homme de gauche vêtu à l'oriental est encore couverte de barbes.

L'exemplaire qui est au Département des Estampes et qui provient de la collection Peters a été falsifié par le grattage de la toupie ; cet effaçage, très habilement pratiqué, a-t-il été fait par Peters ou par le premier propriétaire de l'estampe? nous ne saurions nous prononcer. Rovinsky signale encore des exemplaires traqués au British Muséum et à celui de Cambridge, mais les falsifications sont autres que celles de la toupie.

Dans une des ventes faites par Robert Dumesnil il a passé un très curieux état dans lequel le cuivre, non ébarbé, ne laissait apercevoir ni les mains du Christ, ni la tête de l'homme au turban placé au second plan, tout à fait à gauche; cet exemplaire, très probablement unique, était sur japon.

M. Colnaghi, de Londres, acheta le cuivre original en 1830, il avait précédemment appartenu à Pierre Norblin.

Il existe des copies en contre-partie.

Ventes : Guichardot, C80 — E. Galichon, 1100 — Liphart, C25 — Didot, 399 — Knowles, 612 — Hebich, 800 — Schloesser, 625 — Oppermann, 569 — Buccleuch, 775 — Webster, 760 — Seymour Haden, 800 — Fisher, 206 — Hulot, 300 — Holford, 776 — L. Galichon, 330 — Artaria, deux épreuves, 324 et 292 — Bouillon, 130 — Straeter, 3375, le plus bel exemplaire connu — Heredia, 155 — Rosenberg, 750 — Hansen, sur papier à la cloche, 294.

Tous ces exemplaires étaient ù la manche noire, mais le plus merveilleux de tous était sans contredit celui de Straeter.

La grande Résurrection de Lazare (B 73 — Cl 77 — W 77 —

Bl 48 — D 79). — A gauche, vu presque de dos et monté sur la pierre qui recouvrait le tombeau, le Christ, la main gauche étendue, ordonne à Lazare qui était dans le cercueil de se lever. Derrière le Sauveur, un groupe de six personnages, dont l'un debout les mains jointes regarde le ressuscité et, saisi d'épouvante, semble vouloir prendre la fuite. Devant le tombeau, d'autres personnages, entr'aulres près de Marthe, un homme effrayé se rejetant brusquement en arrière ; Marie, sœur de Lazare, penchée en avant les bras levés au ciel semble éperdue de bonheur. Au-dessus de cette scène dans le cintre de l'estampe, on voit accrochés des draperies, des armes et un turban. Le rocher et Lazare sont violemment éclairés par la lumière venant de droite. A la hauteur de la poitrine du Christ on lit : Rt. v. Ryn f. Sans date, mais on suppose qu'elle fui gravée vers 1632-34.

Cette pièce, grand in-folio en travers, n'a point été gravée par le Maître qui, croit-on, l'a seulement dessinée ou composée; on suppose que l'exécution en a été faite par Bol et Lievens. — Blanc, contrairement à ce que nous venons de dire, est convaincu qu'elle est du grand artiste et l'admire dans des lignes absolument dithyrambiques.

Il y a dix ou onze états, très difficiles à classer, les épreuves à retenir sont celles où l'homme effrayé est avant le bonnet ; elles sont rares.

La planche existe encore et a été retravaillée au 7« état. — Il y a de nombreuses copies, une entre autres extrêmement trompeuse du i<? état par Uenon, reconnaissablc au trait vertical ajouté après la lettre f, particularité qui n'existe pas dans l'original.

Ventes : Liphart, le veillard barbu, à droite au fond, dont on voit la tête près de la main de V Homme épouvanté, a un turban au lieu de la calotte plate de l'état précédent, 187 — Hume, les deux petites figures à droite de l'Homme épouvanté ont été brutalement retouchées, 918 — Didot, 170 — Schloesser, 450 — Oppermann, 612, japon — Ruccleuch, l'Homme effrayé a la télé nue, 3375 - Webster, 375 — Holford, 3125 — Artaria, 280 — Straeter, 500 — Hansen, 756, de chez Poggi — Rosenberg, 394.

Jésus guérissant les malades (B 74 — Cl 78 — W 78 — Bl 49 — D 77). — Debout et de face, la tète dans un rayonnement, le Christ au milieu de l'estampe tourne le dos à une sorte de voûte; autour de lui, le peuple et des malades, parmi lesquels une femme se dirigeant vers lui portant un enfant dans ses bras, une autre est étendue par terre ; plus loin, un enfant dans un berceau placé sur une brouette, et près de lui un vieillard s'appuyanl sur un bâton, le bras droit soutenu par une vieille femme. Tout à l'ail à droite, un âne dont on aperçoit le cou et la tête penchée en avant. Ni date, ni signature.

Michel et Seidlitz supposent qu'elle fut gravée en 1649, Rovinsky en 1650. Cette admirable pièce, le morceau-roi de l'œuvre est vulgairement connu sous la dénomination de La Pièce aux cent florins, en anglais The hundird Guildcr J'riiit, en allemand Hundertguldenblatt. On donne comme origine à cette désignation deux versions : la première, c'est qu'a l'époque même et du vivant de Rembrandt on la payait déjà cent florins, la seconde — écrit Gersaint — c'est qu'à Rome un marchand échangea avec l'artiste un lot d'épreuves de Marc Antoine estimé cent florins, contre un des exemplaires de Jésus guérissant les malades.

La planche au 3e état a été reprise et éreintéc ' par le capitaine Guillaume lînillîf, graveur-amateur, qui l'acheta, très oxydée, en 1775 du graveur anglais Grecnwood, il en tira cent épreuves, dont quelques-unes sur japon, puis la coupa en quatre morceaux dont il tira encore quelques exemplaires.

Il n'existe que H épreuves de /"" élal. c'est-à-dire avant les contre-tailles sur le cou de l'une. — Voici les noms des différents Cabinets où elles se trouvent actuellement :

A Paris, au Département dis Estampes, provenant de chez le peintre Peters ; chez M. Dutuit, sur japon, à grandes marges, il l'acheta à la vente Palmer en mai 1868 et la paya 27500 francs, elle en avait coûté au vendeur 29500;

• Tel n'eal cependant pu l'avli de Bartsch, qui en considère ii"> épreuves commr étant aussi belles « | > i « ■ iiiii-, ] > i . » \ < - 1 1 . 1 1 1 1 (ii- in planche avant les retouchée,

voici les différentes collections par lesquelles avait passé cette épreuve en suivant l'ordre chronologique: Jean Petersen Zoomer, Zanetti, Denon, Woodburn, Wilson, Verstolk de Soelen ', Smith, et enfin Price2; c'est peutêtre un des seuls exemplaires dont on ait pu noter le passage à travers les nombreux cabinets sans en jamais perdre la trace : à Vienne à la Bibliothèque Impériale, provenait de la collection du prince Eugène de Savoie et acquise par Charles VI vers 1736; à Berlin, de chez le duc de Buccleuch; à Amsterdam», portant une note manuscrite de Petersen Zoomer en hollandais et dont voici la traduction : Don de mon respectable ami Rembrandt en échange de la Peste de Marc Antoine; au British Muséum, deux exemplaires sur japon de nuance différente, provenant des collections Hans Sloane et Cracherode, l'un est retouché à l'encre de chine par une main inconnue. La dernière et huitième fut adjugée à la vente Holford, c'est le plus bel exemplaire connu, il est sur japon. Holford, en juin 1840, l'avait payé 231 livres sterlings, soit 5775 francs, cette pièce avait passé par les cabinets Esdaile et Hibbert. Au temps de Rembrandt cette pièce se vendait dans les 210 francs. En 1873, Léopold Flameng en a fait une très belle copie, le prix avant la lettre était de 100 francs et sur japon de 200 francs. T. Worlidge et d'autres anonymes l'ont également reproduite.

Cette estampe étant très particulièrement intéressante, nous allons remonter plus haut dans les ventes, et donner les prix d'exemplaires des 1ers et 2es+ états à partir de la vente Burgy en 1755, en suivant comme toujours l'ordre chronologique.

Ventes : Burgy, 175 — Barnard, 827 — Hilbert, 1025 — Pôle Carew, 4095 — Esdaile s, 1er état, 5775 — Debois, 2800 « — Verstolk de Soelen, 3600', 1er état — Johnson, 4000 — Simon, 3050 — Price, 1« état, 29500 — Palmer, 1er état, 27500 — E. Galichon, 9600» — Liphart, 1912 — Hume, 5380» — Didot, 8550 — Schloesser, 5125 — Oppermann, avant la retouche de Baillie, 475 — Griffiths, 7625 i" — Buccleuch, 1er état, 32500" — Webster, 4e état,

■ A sa vente en 1847, elle fut adjugée 1600 florins, soit 3G00 francs ! ! !

2 Price l'avait acquise en novembre 1847 pour 5000 francs.

3 II y a en plus à Amsterdam une maculatiire de cet état, mais nous ne la mentionnons ici que pour mémoire, cette pièce étant sans aucune valeur artistique. On sait qu'au xvir siècle, quand on avait fini le tirage d'un cuivre, avant de le ramasser, on le huilait et que pour vider les tailles on retirait une dernière épreuve qui servait à envelopper cette planche permettant au besoin de la retrouver sans avoir la peine de la développer, le côté imprimé du papier étant à l'extérieur. C'est cette mauvaise impression que l'on désignait sous le nom de maculature.

* Les ventes où il n'y a aucune mention sont de 2' état.

5 L'acquéreur était Colnaghi de Londres.

6 L'épreuve avait 4 centimètres de marge efprovenait de la collection Revil, 1838. ' Provenait des collections Denon et Wilson.

8 Provenait du cabinet Aylesford avec 4 centimètres de marge et sur japon.

9 Sur japon avec 4 centimètres et demi de marge de la collection Pôle Carew.

1° Avait passé par les collections Dr. Roy, Josi, sir Thomas Lawrence, Harding et Maberly.

11 Sur japon épais avec cette curieuse note au dos de J. Barnard, que nous traduisons : Cette estampe qui appartenait à M. Paul Painter fut vendue dans la collection de ses estant/ies pour £ 26.jf5.6 à M. IJudson Painter le 2.> auril HdG, elle était alors considérée comme la plus belle existant en Angleterre; elle est actuellement à Berlin.

65' — Seymour Haden, 4250* — Fisher, 18500' — Hulot, G100» — Holford, 1" état, 43700; 2? état, 32250 — L. Galichon, 14550 — Angiolini, 381 — Artaria, 8000 5 — Bouillon, retouché par Baillie, 102 — Straeter, 11875* — Battig, 8875 " — Hansen, avant la retouche, sur papier à la Heur de lys, 712 — Loyd, 7000, sur japon de chez Esdaile et Galonné.

Nous rappelons que le fer état indiqué par- Bartsch n'est, à proprement parler, que le '2e ; du reste, n'était la question de rareté du l" état, beaucoup de connaisseurs donnent la préférence au 2<", considérant que dans celui-ci la pièce est bien plus à l'effet; un des exemplaires de ce 2e état, provenant de la collection Malcolm, est d'une insitrpassable beauté, il se trouve actuellement au British Muséum. A Nantes, le Musée Dobrée possède un exemplaire de 2e état également superbe, c'est un des plus beaux que nous ayons vus.

Jésus présenté au Peuple (B 76 — Cl 80 — W 80 — Bl 51 — D83). — Sur la terrasse élevée d'un prétoire flanquée de deux bâtiments et dominant la foule qui se presse à ses pieds, le Christ debout de lace, les mains liées et entouré de soldats, est montré au peuple par Pilate qui est à sa droite appuyé sur un pilastre, un long roseau à la main. Au-dessus de la porte à droite : Rembrandt f. 1655.

Dans l'état où se trouvent lu signature et le millésime, les épreuves sont à rejeter, la planche étant complètement usée.

Les belles épreuves de cette grande planche en travers, admirable pointe sèche, sont extrêmement recherchées.

Au Jer état, c'est-à-dire avant que la planche ne fut réduite en hauteur*, lorsqu'on la rencontre sur japon, elle esl toujours avec une bande collée dans le haut, le format de cette sorte de papier étant plus petit que le cuivre, a obligé d'en user ainsi pour obvier à cet inconvénient.

Le classement de cette pièce, dont Bovinsky mentionne !) états, est particulièrement difficile ; elle semble être une réminiscence de celle de Lucas de Leyde (B 71).

Ventes : E. Galichon, tout fer clal avant la balustrade indiquée sur le haut à droite, Vombre du bâtiment de droite n'est pas encore portée sur

• Cei exemplaire retouché pnr Baillie, portait an dos en anglais l'inscriplion suivante de J, Barnard dont voici la traduction: Donné ri mol par le capitaine William Batllle le 7 décembre

Vùb. J. 11.

' Sur japon, provenait du cabinet Monroe.

' Un de* plus beaux exemplaire* connus, provenait îles collections de Pries, Verstolk et Price.

« Provenait de riiez Dldot ; pourquoi pns de i".iKi trancs de laisse j mystère !

* Sur japon, un ilrs plus beau < < onnui.

« Cet exemplaire qui provient de la collection GrMDths avait Oguré à l'exposition du Burlington Fine Arts Club en istt. il peut être considéré comme un det puis beaux connut.

7 Exemplaire snprrhr ayant une marge de 30 sur 11 millimètres, surjapon fort, provenait

du cabinet i hlermann,

" Elle mesurait initiale nient 886™ et après la coupure 859"".

ÉCOLE HOLLANDAISE ET FLAMANDE loi

celui qui fait face, où l'on aperçoit deux figures à une croisée, il n'y a pas de contre-tailles sur la cuisse de l'homme placé à l'extrémité gauche de la terrasse et séparé de Pilate par un socle ; la femme qui regarde à la croisée du bâtiment de gauche a le visage clair, 4700 — Liphart, avec le groupe en bas du perron, 1087 — Hume, avec les trois hommes à bonnet sur le seuil de la porte du bâtiment de gauche, 1125 — Didot, 1er état sur japon, 2905; le même, avant la balustrade au-dessus des fenêtres du corps de logis à droite, 625 — Oppermann, avant l'enlèvement des figures au pied de l'estrade, 1032 — Buccleuch, lei état sur japon, 28750, venait de chez Hawkins ; autre état, de la même provenance, 1875 — Seymour Haden, Ie1 état sur japon, 25000, des collections Reynolds, Festeticz et Galichon — Hulot, avant l'effaçage des figures au-dessous de la plate-forme ', 580 — Holford, 1er état sur japon, 31250, un des plus beaux exemplaires connus, provenait de chez Aylesford — Angiolini, 025 — Artaria, avec la balustrade au-dessus des fenêtres à droite, l'homme au bonnet noir qui sort de la porte à droite est allongé, ses pieds portent sur la huitième marche, avant les tailles verticales dans l'ombre profonde de la fenêtre au fond à droite, l'épreuve a ses barbes et est sur japon, 1300; autre état, avec le nom et l'année, toutes les figures sous la plate-forme sont effacées, 850 — Straeter, état de la vente Hume, 812 — Rosenberg, sur japon, 1687.

Le pendant de cette estampe sont : Les trois Crois..

L'Ecce Homo (B 77 — Cl 82 — W 82 — Bl 52 — D 84). — A gauche de l'estampe, Pilate le bras droit étendu, harangue le peuple, un homme à genoux tient le roseau qu'il va tout à l'heure présenter au Sauveur, qui est debout, le torse nu et revêtu du manteau rouge, les mains enchaînées, près d'un dais à la porte d'un temple, exposé aux regards de la multitude, et entouré de satellites. Un homme à gauche regarde cette scène d'une fenêtre ouverte. En bas à gauche : Rembrandt f. 1636, Cum privile.

M. Sidney Colvin nous apprend que cette estampe reproduit en contrepartie, avec quelques légères modifications, une grisaille peinte par le Maître, naguère en possession de lady Eastlake et actuellement à la National Gallerg. Cette gravure est en grande partie exécutée au burin, et, n'en déplaise à M. Ch. Blanc qui y voit là une des pièces les plus considérables du Maître, nous dirons hautement et nettement qu'elle n'est pas de Rembrandt, et nous ajouterons même que c'est une mauvaise pièce, sèche et dure, où rien ne vient révéler la superbe indépendance de métier de l'admirable artiste; nous gagerions que si l'on soumettait à vingt collectionneurs d'estampes, un portefeuille de Rembrandt authentiques, auxquels l'oeuvre du Maître serait — faisons-en l'invraisemblable hypothèse — complètement inconnu et dans lequel on aurait glissé l'estampe en question,

' Nous avons employé indistinctement, leur donnant le même sens, les mots : terrasse, perron ou plateforme.

les vingt collectionneurs arrivés devant cette dernière s'écrieraient tous comme un seul homme : mais ce n'est pas du même artiste, tant leur œil, ébloui par les merveilles antérieurement entrevues, serait choqué d'une différence de métier si apparente et si brutalement accentuée. Cette expérience purement mécanique, oserions-nous dire, ne deviendrait-elle pas concluante, créant un indiscutable critérium qui rejetterait une fois pour toutes et sans appel une estampe qui ne peut avoir droit de cité dans un œuvre aussi magistral que celui qui nous occupe.

Certains connaisseurs l'attribuent à des élèves ou imitateurs du Maître, tels que : Bol, van Vliet, Livens, ou Salomon Koninck. — Cette pièce rare est aussi rubriquée le Christ devant Pilule.

Il en a été fait des copies.

Ventes : Liphart, avant les contre-tailles sur la figure du Juif qui est audessous de celui qui tient le roseau, 1018 — Didot, même état, 600 — Oppermann, avant l'allongement du manteau du Christ, 4312, ce doit être un 2e état; la même, avant l'adresse, 375 — Griffiths, état Liphart, 900 — Artaria, la jambe du Christ est allongée, 240 — Straeter, état Liphart, 469.

Les trois Croix '(B 78 — Cl 81 — W81— B15;> — D85). — Au milieu de l'estampe, le Christ en croix entre les deux larrons ; saint Jean à droite de la croix baise les pieds du Sauveur, la Vierge évanouie est entourée des saintes femmes ; sur le premier plan, deux personnages s'enfuyant vers la droite ; à gauche dans un groupe, un vieillard défaillant se relire soutenu par quelques personnes ; un chien s'enfuie près de ce groupe ; à gauche de la croix du milieu, des hommes d'armes à cheval. Des rayons obliques inondent les crucifiés. Toute une partie à droite et à gauche de la croix du milieu, n'est indiquée (lii'nii trait, et partant violemment éclairée. En bas à gauche : Rembrandt f. 1653.

Cette pièce rare est une des plus impressionnante qu'ait signée le Maître, il s'en dégage une poésie intense d'une incomparable magie. La signature et la date ne ligurent que dans les derniers états, les premiers sont clairs, les derniers, à partir du troisième, sont sombres, c'est celui-ci, croyonsnous, qui est le plus apprécié par sir Francis Seymour lladen qui considère que c'est là le véritable ell'ct que cherchait à atteindre l'artiste, M. Middleton, au contraire, estime que cet effet a été détruit, la planche ayant été gâtée par une main étrangère; pour notre part, nous n'hésitons pas à nous ranger de l'avis de sir Seymour Haden qui a senti que Rembrandt s'était inspiré du passage des Evangiles: a Alors, depuis la sixième jusqu'à la neuvième heure, l'obscurité se répandit sur toute la terre et le voile du temple se déchira du haut en bas, lu terre trembla, les ruchers se fendirent i et l'a rendu avec une saisissante émotion.

' i tu <■>■ Christ entre li i rfeiu larrom

Cette grande estampe en travers, qu'il ne faut pas confondre avec la petite pièce ovale : Jésus-Christ en croix entre les deux larrons (B 79) fait pendant à : Jésus présenté au peuple.

Il existe des copies.

Ventes : Hume, la tête du vieillard défaillant n'est plus au trait mais est ombrée, 551 — Didot, épreuve sur parchemin, 1er état, avant 1 ebarbage de la planche, le nom et l'année, 1100; autre état, le 3e, croyons-nous, avant le changement dans la composition, qui consiste en ce que : de lourdes et perpendiculaires ombres viennent obscurcir la scène, principalement des deux côtés, les figures du milieu et du premier pian à gauche sont presque effacées, le groupe à cheval, à gauche de la croix centrale, a été complètement modifié, le centurion est maintenant copié, dit M. Sidney Colvin, d'après une médaille italienne de Vittore Pisano, et derrière ce groupe on voit se cabrer un cheval tenu en bride ; le nom et la date sont presque invisibles tant la planche est sabrée par des balafres de pointe sèche non ébarbée, ce qui rend cet état (le 4" ?) extrêmement confus, 7050 ' — Schlocsser, 1«' état sur parchemin, 3750 — Oppermann, avant l'adresse, 275 — Buccleuch, 1er état, la tête du vieillard défaillant est au trait, 7250; autre état, 975 — Seymour Haden, !?>■ état sur parchemin, 2000 2; 3e état, 950 — Hulot, 355 — Holford, 5000 — Artaria, avec le nom, la date et la tête ombrée de l'homme défaillant, 4120 3 — Straeter, 1er état, 769, exemplaire de Didot.

Ch. Blanc signale un état avec l'adresse de Frans Carelse dont il n'existe, parait-il, qu'un exemplaire connu qui se trouve au British Muséum.

La grande Descente de Croix * (B 81 — Cl 83 — W 83-84 — Bl 56 — D 88). — Inondé de rayons obliques qui éclairent d'une façon terriblement tragique cette scène admirable et sublime, un homme penché sur le bras droit de la croix, soutient le linceul dans lequel les personnages placés au pied de cette croix reçoivent le corps du divin Crucifié, qu'un homme monté sur une échelle soutient de son bras gauche. Sur le côté gauche de l'estampe, debout au premier plan, appuyé sur un bâton, la tête entourée d'un turban, Joseph d'Arimathie ; au fond de la composition, on aperçoit Jérusalem. En bas et au milieu sous le trait carré : Rembrandt f. cum pryvl0 1633.

Cette estampe fait pendant à L'Ecce Homo (B 77). — Il y a eu deux planches ; la première trop chauffée fit éclater le vernis. Le Maître la grava, fit mordre, et ne s'aperçut qu'au tirage de l'accident ; il n'existe que trois

l Provenait de la collection Arozarena où elle fut adjugée le 12 mars 1861 à Paris, 1861 francs ! ! elle sortait des cabinets Aylesford et Hawkins.

- Une bizarrerie des enchères, cet exemplaire était celui de la vente Schloesser à laquelle il avait était adjugé 3750 francs !

1 Provenait de la célèbre collection Verstolk de Soelen.

* Ce motif, dit M. Sidney Colvin, est à peu de chose prés la reproduction en contre-partie du tableau fait par Rembrandt pour le Prince Frédéric Henry, toile qui est actuellement à Munich.

exemplaires de cette planche; à Paris, de la collection Beringhen ; au Rritish Muséum et à Amsterdam. Elle est très confuse, et dans cet état porte comme signature au bas : Rembruni (sic) /"' 1633.

La seconde, un peu plus grande, a subi quelques modifications ; quoiqu'en disent Bartsch, Wilson, Blanc et le docteur Hofstede de Groot d'Amsterdam, ce deuxième cuivre n'est certes point de Bembrandt — il est trop proprement exécuté, dirait Mariette — mais bien plutôt, comme le pense sir Seymour Haden, de Jean Livens.

Ce cuivre, très poussé et très travaillé au burin, sort absolument de la technique habituelle du Maître; quoiqu'il en soit, c'est un beau morceau, de conception magistrale, digne de figurer dans un portefeuille de l'œuvre de l'artiste.

Voici les états de cette seconde planche :

l«=r état. — Très peu d'ombre sur les jambes des deux hommes qui reçoivent le corps du Sauveur — unique à Amsterdam.

2e état. — Les jambes sont recouvertes d'une nouvelle taille.

Se état. — Avec l'adresse : Amslelodumi Hendrickus Vlenbwgensis excudebat.

4« état. — L'adresse précédente remplacée par celle de : Justus Dankerts.

5« état. — Cette dernière adresse est pincer, mais elle apparaît encore un peu cependant.

Ventes : Liphart, 875 — Hume, 815 — Schloesser, 287 — Griffiths, 1250 — Buccleuch, 750 — Artaria, 340 — Bouillon, 435 — Straeter, 975 — Hansen, 3° état, 291.

Tous ces exemplaires sont avant l'adresse, sauf celui d'Hansen. — Ne pas confondre cette pièce avec celle plus petite et de même rubrique (B 57). — Il existe une copie portant la mention : Che: Moncornet.

Le Bon Samaritain ' (B 90 — Cl 94 — W 95 — Bl 41 - D. 75). - Au bas d'un perron auquel conduit un large escalier tournant, un cheval, la tète dirigée à gauche, duquel en descend un homme demi-nu, le chef enveloppé d'un bandeau. Sur ce perron le bon Samaritain s'entretient avec l'hôtelier; à droite en bas, une servante puise de l'eau. Le cheval est tenu par la bride par un jeune garçon, et un chien est accroupi de profil à droite au premier plan. Au haut de l'escalier, une croisée à gauche sur laquelle est accoudé un personnage à toque à aigrette, vu à mi-corps cl contemplant la scène. En bas au milieu de la marge : Rembrandt inventor et fecit t633.

La conception est du Maître, mais il n'en a pus exécuté la gravure; sir Seymour Haden y venait la main de Bol; quelques critiques la croit

i il rxisip mu' r<>i<h- trompeuse dans laquelle on ;i omis l'un des oiseaux perché sur une brnncho d'arbre n droite.

cependant de Rembrandt dans son ensemble avec quelques additions de ses élèves, tels que le chien, le baril, etc.. à notre humble avis, cette estampe est apocryphe, l'ouvrier absorbe ici complètement l'artiste qui disparait entièrement devant un travail de métier auquel, certes, ne se serait jamais astreint Rembrandt.

Un tableau de même composition, mais en contre-partie et sans le chien, se trouve dans la collection Wallace. Claussin considère cette pièce comme une des plus belles de l'œuvre, Rlanc est surpris de sa célébrité, ne la trouvant ni une des meilleures comme conception, ni une des mieux gravées; Blanc a raison, et on la paie toujours t-op cher pour ce qu'elle vaut.

A la vente Thorel, en 1853, il passa un exemplaire de 1"< état contenant dans la marge de droite des attaques de burin et un essai de paysage , cette pièce, unique sans doute, fut adjugée 2100 francs à M. Colnaghi de Londres; elle provenait de la collection Debois, où elle avait été vendue 1800 francs.

Au 1er état, la queue du cheval est blanche et le mur clair; au 2«, la queue est ombrée, mais le mur est resté blanc. La date du 1" état doit être 1632, ainsi que l'indique une note manuscrite de l'artiste sur l'exemplaire de cet état qui est à Amsterdam.

Ventes : Liphart, 2e état, 312 — Hume, 787 — Didot, 1850 — Schloesser, 437 — Oppermann, 2e état, sur papier à la folie, 125 — Buccleuch, 1500 — Webster, 975 — Hulot, 1020 — Artaria, 2" état, 300 — Bouillon, 910 — Straeter, 1250 — Hansen, 255, de chez Thiermann.

Tous ces exemplaires sont en 1" état, sauf celui d'Artaria.

Il existe plusieurs copies ; la plus commune est celle où le graveur a omis l'oiseau qu'on aperçoit en l'air à droite en haut de l'estampe près d'un autre oiseau perché sur une branche sèche.

Le Retour de l'Enfant prodigue (B 91 — CI 95 — W 96 — Bl 43 —

D 76). — Sur le seuil d'une maison à gauche, l'enfant prodigue demi-nu ayant jeté près de lui son bâton de voyage, tombe à genoux dans les bras de son père qui le reçoit en pleurant ; deux serviteurs sortent par une porte de droite lui apportant des vêtements, tandis que sa mère à gauche, entrouvrant le volet d'une croisée placée au-dessus de la lête du vieillard, contemple cette scène émouvante. Sur la marche : Rembrandt, f. 1636.

Cette petite pièce est charmante, et nous nous étonnons de ce qu'on lui fasse si peu d'honneur dans les ventes; elle est assez commune, mais il faut l'avoir chargée de barbes, les épreuves provenant de la planche usée étant sans valeur. — M. A. Legros affirme qu'elle n'est pas du Maître.

Ventes : Kalle, 171 — E. Galichon, 100 - Liphart, 312 - Didot, 105 — Oppermann, 116 — Webster, 29 — Hulot, 65 — Angiolini, 70 — Artaria, 45 — Rosenberg, 87.

11 existe des copies en contre-partie.

La Mort de la Vierge (B99 — Cl 102 — W 104 — Bl 70 — D 102). — Sur un lit à baldaquin placé sur une estrade très basse, entourée de nombreux personnages, la Vierge étendue de gauche à droite est expirante, les deux bras sont hors du lit et la tête est légèrement penchée à droite sur l'oreiller que soulève saint Jean '. Un médecin consulte le pouls gauche, pendant que les saintes femmes qui sont autour du lit se lamentent ; à gauche un grand prêtre, la tète coiffée de la mitre, ayant près de lui un enfant de chœur portant une longue crosse. Sur le tout premier plan du même côté, un personnage vu presque de dos est assis à une table recouverte d'un tapis et sur laquelle est un grand livré ouvert. Au-dessus du lit à droite, une gloire d'anges légèrement esquissée. Tout à fait à droite, de lourdes draperies, et au tout premier plan se profile un fauteuil. Au bas à gauche : Rembrandt f. 1639.

Admirable et superbe pièce dont toute la partie principale, la Vierge et le lit ne sont indiqués qu'an trait, donnant ainsi par cette sobriété de moyens une puissance d'un effet extraordinaire qui synthétise encore, en la dièzant, la scène sublime que l'artiste a reproduite. — M. A. Legros considère cette estampe comme douteuse.

Au 1er état, le fauteuil de droite du premier plan est très légèrement ombré ; au 2'1 il l'est complètement, dans les belles épreuves les essais de pointe dans la marge du bas subsistent encore; au 3t- — la planche existe encore — toutes les barbes et les essais de pointe ont disparu.

La différence de prix entre le l'r et le 2<= état sont extrêmement considérables, comme on peut s'en convaincre par les chiffres suivants :

Ventes : Guichardot, 1" état, 1020 — Liphart, 2" état, 551 — Didot, 2- état, 195 Schloesser, 1" état, 4250 — Oppcrmann, 106 — Webster, 2« état, 115 — Hulot, 2'1 état, 485 — Holford, 3625, merveilleux 1« état, provenant de la collection Aylesford ■ — E. Galichon, 2« état, 275 — Cope, 2= état, 300 — Straeter, 2« état, 169.

Il existe des eoj>ies en contre-partie.

Saint Jérôme écrivant (B 103 — Cl 100 -- W 108 — Bl 74 - I) 106). — Au premier plan, un immense tronc d'arbre très ombré

1 I-'t /to/t saint \n*rph, comme I»' suppose .1 torl Blanc ; le mari do la Vierge était mort longtemps avant elle, il l'était même avant Jësus-I Ihrlst.

i Il y cul uni' vente Aylesford en 1893, peu Emportante, ce n'est pas de celle-là dont nous voulons parler Ici, mais bien de celle à i'omlable que • ■ • le célèbre collectionneur vers 1847 n Woodbunii oui paya la collection en bloc 75000 francs . ce <l< i nier revend il à l loi lord 17 pi< pour 88000 francs, parmi celles-ci Bgurall le Rembrandt au labre <t <• Vaigntte, et le reste I Hawklns et au marchand Smiili rpii. a son tour, vendit le solde au Brllhh Muséum pour 75000, le prii qu'avait coûté le tout I

derrière lequel émerge à gauche une tête de lion ' ; au second plan, saint Jérôme assis et écrivant, son chapeau est près de lui, le saint qui a des lunettes est de profil à gauche, devant lui une tête de mort assez mal indiquée. A gauche au bas de l'estampe : Rembrandt f. 76*45.

Cette pièce est dite : Saint Jérôme au tronc d'arbre. Le 1er état est avant le nom et le millésime; le 2? avec ces indications. L'estampe ne semble pas terminée, il la faut avoir avec ses barbes, elle est fort rare.

Ventes : Hume, 2° état, 412 — Didot, même état chargé de barbes, 530 — Schloesser, même état, 375 — Oppermann, 212 — Buccleuch, 1er état, 1375 — Seymour Haden, 1er état sur japon, 775, provenant de la collection Camesina et Arozarena — Hulot, 2e état, 285 — Holford, 1er état sur japon, 1525, de chez lord Aylesford — Artaria, 2e état, 90 — Rosenberg, 200.

Saint Jérôme, dans le goût d'Albert Durer2 (B 104 — Cl 107 — W 109 — BI 75 — D 107). — Assis sur un tertre le coude gauche appuyé, le saint coiffé d'un large chapeau est tourné à gauche et lit ; à droite le lion son fidèle compagnon vu de dos sur une roche surplombant un torrent ; à gauche, derrière le saint, un gros arbre fortement branché; au second plan à droite un pont, et au fond des fabriques et un couvent à tour carrée ; le milieu du tertre vide de travaux. Pas de signature.

C'est une admirable pièce rare et du plus haut intérêt, elle n'est pas terminée; saint Jérôme est indiqué au trait, la figure seule et le chapeau sont travaillés. On ignore l'année où elle a été gravée ; Middleton suppose que ce fut en 1G53, Vosmaër en 1650 ; ce doit être vraisemblablement vers cette époque, car Rembrandt se servait beaucoup de la pointe sèche de 1650 à 1661. Il faut l'avoir avec ses barbes. On n'en connaît que deux états :

ler état. — Le pilier gauche du pont est formé par /ro/.9 traits. Très rare. 2e état. — Le pilier a été renforcé de deux autres traits.

1 La légende raconte qu'au désert le saint avait retiré une épine de la patte d'un lion qui, reconnaissant, le suivait partout et ne le quittait plus; c'est ce qui explique la présence de l'animal dans toutes les estampes consacrées à saint Jérôme.

2 Dans le goût d'Albert Durer 1 1 Voici certes une désignation singulièrement fantaisiste, et nous nous étonnons vraiment de ce que vient faire ici Albert Durer, c'est sans doute à sa pointe sèche (B 59) que l'on veut faire allusion. Cependant, le style de l'estampe qui nous occupe est du plus pur style italien comme le reconnaît sir Seymour Haden dans About Etchings, le dessin qui est du Titien fut adjugé en 1865, à la vente du docteur Wellesley d'Oxford, par MM. Christie à M. Locker Sampson, il différait de notre eau-forte en ce que le lion n'existait pas et que le saint était remplacé par une Vénus couchée.

Mais, comme il est de tradition de répéter ce : dans le goût d'Albert Durer, nous sommes parfaitement convaincu que ce que nous venons de dire sera considéré comme nul et non avenu, nous ne nous faisons pas la moindre illusion à cet égard et les catalogueurs futurs continueront à l'enregistrer comme par le passé ; nous avons cru cependant faire notre devoir en signalant aux collectionneurs cette vaste bourde qu'on réédite depuis tantôt 150 ans, car ce furent Gersaint Helle et filomy qui, les premiers, dans le premier catalogue de l'œuvre du Maître (1751), se servirent de cette comparaison ; Bartsch et les autres emboitèrent le pas sans le moindre souci de la vérité.

Ventes : Kalle, 900 — E. Galichon, 1" état sur japon, 2605 — Liphart, 501 — Hume, 750 — Didot, 1" état, 2100 — Schloesser, 2400 — Hebich, 750 — Oppermann, 337 — Grifflths, sur japon, 700 — Buccleuch, 1er état, 3100'; 2e état, 400 — Seymour Hadcn, 1er état sur japon, 1450 — Hulot, 325 — L. Galichon, 570 — Arlaria, le» état avec de grosses barbes dans la crinière du lion, 1240; 2= étal, 460 — Bouillon, 195 — Straeter, 1662, sur papier à la folie. — Bosenberg, 2» état, 681, de chez Galichon.

Toutes les ventes où les états ne sont pas mentionnés sont des 2" états. Ne pas confondre cette pièce et la précédente avec les cinq autres de même rubrique (B 100 — 101 — 102 — 105 — 106).

Saint François à genoux (B 107 — Cl 110 — W 112 — Bl 78 — D 109. — L'ermite est à genoux, de profil à gauche, au pied d'un gros arbre ; il prie devant un crucifix à gauche cpii s'élève au milieu du bois masqué par le gros arbre, les mains jointes sont posées sur un livre ouvert. La partie droite de l'estampe n'est qu'esquissée, on aperçoit, avec une réelle bonne volonté, un autre religieux de profil à droite, et coifî'é d'un capuchon, à genoux, appuyé sur une traverse de bois, priant également avec un livre. Tout en haut à droite, une chapelle bàiie sur les rochers qui occupent toute la partie droite de l'estampe. En bas du même côté dans une petite bande : Rembrandt f. 1657, et plus bas en caractères plus gros et comme écrits avec une plume d'oie, cette même inscription qui vient empiéter sur les premiers caractères très légèrement tracés.

11 y a deux états : dans le 1er, la figure du saint est peu ombrée et l'inscription Rembrandt f. 1657 n'est pas répétée, toute la partie à droite de l'estampe est restée blanche, et tout le haut du corps du saint se détache vigoureusement sur un fond blanc complètement vide de travaux. Le 21' état est celui décrit. — On suppose que dans cette composition l'artiste a dû s'inspirer de quelques Maîtres italiens tels que Le Titien, Giorgione ou Campagnola. L'estampe est superbe et une des plus rares de l'œuvre ; à rejeter celles où les barbes n'existent pas.

Ventes : Kalle, sur japon, un des plus beaux connus, 2260 - Liphart, 1025 — KiKiwks, sur papier à la Heur de lys, 1187 — Didot, sur japon, 2420 — Schloesser, 375 — Buccleuch, 1 ' état, 2750; 2« état, 2500, les deux exemplaires provenaient de chez Hawkins — Seymour Iladcn, 1750 - Hulot, lei état sur japon, 1050, provenait de la vente Arozarena » - Holford, 2' état (?), 2400 — Artaria, même état, 820 — Bouillon, 85, épreuve sans barbes — Straeter, l« état, 2312, épreuve du cabinet Kalle.

' Provenait 'i ■ i ollei Lion Di bol 1 1 Hawkins; a lu prem elle lui adjugée 905 francs,

(ni elle lui adjugée iwi francs.

Le Tombeau allégorique (B 110 — Cl 112 — W 114 — Bl 80 — D 111). — Un tombeau au pied duquel gît un homme renversé sur le sol, les bras étendus; sur le tombeau, un socle portant un écusson au-dessus duquel deux génies ailés et de face sonnent de la trompette, ils tiennent une gerbe sur laquelle est perché entre eux deux, un oiseau aux ailes déployées. Dans les hachures du bas de l'estampe à droite : Rembrandt f. 1658 k

Cette pièce est fort peu intéressante, nous ne la mentionnons qu'à cause de son insigne rareté. — On la désigne en Hollande sous le nom de Le Phénix, et on y voit une allusion à la statue du duc d'Albe renversée en 1577.

Ventes : Didot, sur japon, 2820 — Buccleuch, 875 — Hebich, 2550 — Artaria, 1340, du cabinet Aylesford.

La Médée (B 112 — Cl 113 - W 116 — Bl 82 — D 113). — Dans un temple à colonne, musiciens et nombreux personnages à gauche ; au milieu de l'estampe, sur une estrade, Jason et Creuse agenouillés devant un évêque qui, la crosse dans la main gauche, les bénit de la droite. Sous un baldaquin tout à fait à droite, on distingue la statue de Junon assise ayant près d'elle son paon. Vers l'escalier qui occupe le milieu de l'estampe et dans la pénombre, on voit s'avancer deux personnages. Dans la marge du bas de l'estampe, quatre vers en hollandais et Rembrandt f. 1648.

Cette pièce, qui devait illustrer une tragédie écrite par Jean Six, est fort peu intéressante, mais recherchée cependant. En voici les états :

1er état. — Avant la couronne sur la tête de Junon et le rallongement de

la robe de Médée.

2e état. — Avant la couronne, mais la robe est rallongée. 3e état. — Avec la couronne et la robe rallongée. 4e état. — Avec le nom de l'artiste, la date et les vers. 5e état. — La marge où étaient les vers est coupée.

Ventes : Liphart, 4" état, 187 — Didot, 1er état, 710 — Schloesser, 1« état, 762 — Oppermann, 127 — Hebich, 1er état, 650 — Buccleuch, 4« état, 800 — Webster, Ut état, 625 — Seymour Haden, 1er état sur japon, 775 — Holford, 1er état, 800 — Artaria, 3e état, 620 — Bouillon, 4e état, 100 — Straeter, 2e état, 919, du cabinet Aylesford — Bosenberg, 4e état, 130.

Il existe des copies.

1 Cette date presque illisible est discutée. Bartsch donne 1650. Claussin 1G59. Blanc 1G48, Rovinsky 1650. Middleton 1658; muni d'une loupe puissante nous avons examiné cette date avec un soin extrême, le 4 ou le 5 paraîtraient discutables, mais ayant revu scrupuleusement nombre de pièces bien millésimées par l'artiste et comparé ces deux chiffres, nous pouvons affirmer arec certitude, d'accord avec Middleton. que c'est bien 1C5S qu'il faut lire.

La petite Bohémienne Espagnole (B 120 — Cl 122 — W 124 — BI 83 — D 121). — A l'entrée d'un bois, deux femmes se dirigent vers la droite. La vieille duègne ou bohémienne est à gauche, elle est encapuchonnée et munie d'un long bâton qu'elle tient de la main gauche et semble s'appuyer sur le bras droit de la jeune fdle. Le premier plan à droite devant les deux femmes, est vide de travaux. Sans signature, gravée probablement vers 1648.

Cette petite estampe devait servir d'en-tête à la tragédie de Préciosa, de Cervantes, dit Blanc, ou à la nouvelle La Gitanilla, dit Datait, ce qui nous parait plus plausible. Quoiqu'il en soit, disons-le carrément, cette estampe ne vaut pas un clou, mais le monde est ainsi fait, et il y a des collectionneurs qui enfourchent des dadas quelques rosses qu'ils puissent être, et c'est le cas pour celui-ci. On se cabre quand on les voit payer les prix qu'on va lire; c'est sans doute cette mention de Bartsch : « Un morceau extrêmement rare et du bon temps de Rembrandt » qui a donné le coup de fouet et fait s'emballer le cavalier; il est fâcheux, vraiment, d'obéir ainsi à la chambrière et de n'avoir pas assez de bras pour arrêter le coursier.

Ventes : Hume, 1750 — Didot, 1960 — Hebich, 2200 ! ! 1 - Buccleuch, 1500 - Seymour Haden, 1225 — Hulot, 785 — Holford, 1125 — Artaria, 940 — Straeter, 1887.

Une copie a été faite par Bassan. — Nous n'avons mentionné cette pièce qu'à cause de son extrême rareté.

Le Vendeur de mort aux rats (B 121 — Cl 123 — W 125 —

Bl 95 — D 122). — A gauche, à la porte d'une maison, un vieillard, le bras droit en écharpe, est en train d'acheter de la mort aux rats à un marchand ambulant qui se présente à lui, un sabre au côté, un haut bonnet sur la tèle,*un rat sur l'épaule gauche et une longue perche au bout de laquelle sont pendus d'autres rats à un panier rond ; un enfant, une boite à la main, accompagne le vendeur; à gauche de la porte un gros tonneau défoncé ; au dernier plan à droite, une silhouette de chaumière. En bas de ce côté : Ii' 1632; le 3 et le 2 sont renversés.

Au 1« état, dont il n'existe (pie deux exemplaires connus, au ISrilisb Muséum et à Dresde, /'/ n'y a point de tailles sur le bouquet de branches cpii émerge de la maison au-dessus du panier rond du vendeur; au 2,j état, ces

tailles existent.

("est une fort jolie pièce qui est très recherchée : planche habile, dit M. Legros, mais qui nu rien du style et de la vigueur du Maître. — Il existe des copies.

Ventes : Didot, 810 - Knowles,400 Schloesser, 384 — Oppermann, 380 —

Hebich, 370 — Buccleuch, 70 - Webster, 50 — Bosenberg, 300 - Dreux, 300.

Le Cochon (B 157) Le Chien endormi (B 158) — La

Coquille ' (B 159).

Nous mentionnons ces pièces à cause de leur insigne rareté, quoiqu'elles n'aient vraiment rien de bien particulier qui les puisse désignera l'attention publique ; les deux premières sont remarquablement bien gravées, nous n'hésitons pas à le constater ; quant à la dernière qui, trouvée dans la boîte d'un marchand des quais, serait délaissée pour quarante sous si on n'en connaissait l'extrême rareté, on la voit adjugée ■ modestement dans les ventes publiques 4 à 5000 francs, quand passe un des quatre exemplaires connus du 1" état au fond blanc ; on en demeure baba, et l'on se demande rêveur, s'il n'y a pas un traitement spécial pour les gens atteints d'hystérie artistique; la famille devrait intervenir et les faire soigner, elle y trouverait certes son compte ! !

Trois Mendiants à la porte d'une maison (B 176 — Cl 173 —

W 173 — Bl 146 — D 172). — Un vieillard, le bras gauche en écharpe, coiffé d'un haut bonnet, sur le seuil d'une porte à gauche de l'estampe, donne l'aumône à trois mendiants ; un enfant vu de dos, un homme, et une femme qui porte un enfant sur son dos. En bas à droite : Rembrandt f 1648.

Jolie pièce qui doit être recherchée avec ses barbes. — Il existe des copies.

Ventes : Guichardot, 1905 — Didot, 820 — Oppermann, 2« état, 241 — Knowles, 409 - Hebich, 500 — Buccleuch, 725 - Hulot, 220 - L. Galichon, 1er état, avant les contre-tailles sur le mur près du nez du maître de la maison, 600 — Artaria, même état, sur japon, 400 — Bouillon, 135 — Hansen, sur papier à la fleur de lys, 419.

Le Lit à la Française (B 186 — Cl 183 — W 183 — Bl 283 —

D 183). — Sur un lit à baldaquin et à colonnes courtes, un homme et une femme 3 se rappellent le précepte de l'Evangile : Croissez et multipliez, et le mettent chrétiennement en pratique. Près d'eux, une petite table recouverte d'un tapis, sur laquelle sont déposés un verre et un plateau ; la toque à plumes de l'amoureux est posée sur une des colonnes du lit. En bas de l'estampe à gauche : Rembrandt f 1646.

Pièce de toute rareté*, nombre d'épreuves ayant été anéanties à cause du sujet ; la mal n'est du reste pas grand, la pièce étant fort médiocre. La

1 Dite encore : Tigre ou Damier.

» Ventes : Hume, 1" état, 5000 — Buccleuch. 1" état, 4625 ; 2- état, 1000 francs !

3 Celle-ci a quatre bras.

* Elle est considérée par certains comme n'étant pas du Maître.

planche a été coupée deux fois, voici les différentes dimensions dans ses trois états :

l>r état. — Hauteur 150"»" — Largeur 22G •<""

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