‹ A travers cinq siècles de gravures, 1350-1903. Les estampes célèbres, rares ou curieusesChapitre 12 sur 20 · GABRIEL (J.-J · texte numérisé non relu

GABRIEL (J.-J

Nous signalons aux amateurs les délicates petites eaux-fortes suivantes entrevues aux salons de la Société Nationale ; certains n’excèdent pas les dimensions d’une grande carte de visite :

En Provence (1896), série de 9 pièces — Venise (1898) — Marseille — Martigues (1903) ; elles sont, croyons-nous, peu connues, mais très dignes néanmoins d’attirer l’attention du collectionneur.

GAILLARD (Claude-Ferdinand)

Né à Paris le 5 janvier 1834, il mourut à l’hôpital Saint-Jacques le 19 janvier 1887. On l’ensevelit dans la robe de bure des Franciscains — tiersordre de Saint-François — auquel il était affilié sous le nom de frère Marie- François-dc-la-Crèche; l’enterrement eut lieu le 21 janvier à Saint-Sulpice; ce jour-là l’art français fit une perte irréparable. Il était élève de L. Cogniet.

Dessinateur impeccable, coloriste merveilleux, inventeur d’une technique absolument sienne, Gaillard est un incomparable virtuose dont l’œuvre demeurera à jamais immortel.

Le Département des Estampes possède l’œuvre complet du graveur. Le catalogue de Réraidi, tome VI (1887), mentionne 84 pièces de l’artiste. Plusieurs expositions de ses tableaux, dessins et gravures, furent failes, l’une à l 'Ecole Nationale des Beaux-Arts l’année même de sa mort en mars 1887, avec une notice de M. L. de Ronchaud, et l’autre au Musée

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

National du Luxembourg en 1898 par les soins de son conservateur, M. L. Benedite, qui écrivit une intéressante préface en tête du catalogue. Une troisième eut lieu au Grolier Club de New-York en novembre 1900, exposition très complète où figurèrent 9 numéros inconnus 1 à Béraldi, ce qui porte l’œuvre entier du Maître à 93 pièces.

Voici, selon nous, les quatre pièces qui à elles seules eussent suffi pour établir sa renommée :

L’Homme à l’Œillet 2 (Béraldi 25). — A mi-corps de trois quarts à gauche, regardant de face et coiffé d’un large chapeau rond posé très en arrière, la bouche légèrement entr’ouverte, le personnage porte un vêtement à parements et collet de fourrure ; à la cordelière qui lui passe au cou pend une croix et une clochette, les deux mains écartées sont ramenées à la hauteur de la poitrine, la droite à l’annulaire de laquelle est une bague, tient un œillet.

Au point de vue gravure, comme à tous les autres du reste, c’est le chefd’œuvre des chefs-d’œuvre, pas un Maître, pas une école n’a approché de cette formule, il n’y a donc aucune espèce de comparaison à essayer d’établir entre ce métier et celui des devanciers. Les tailles sont tellement fines et serrées, surtout dans la partie du vêtement qui recouvre la poitrine et l’épaule gauche que l’on serait fortement tenté de supposer qu’un nuage d’aquatinte est venu aider le graveur, or, il n’en est absolument rien; examinez le travail à l’aide d’une forte loupe, vous n’y verrez que de la taille, de la ligne — qu’il fallait l’œil extraordinairement subtil du graveur pour pouvoir tracer — mais aucun truquage, aucune sauce, aucune supercherie, du burin pur dans son honnête et merveilleuse naïveté, mais un burin exceptionnel, manié avec une maîtrise, une dextérité, une sûreté sans égales et inconnues jusqu’à ce jour.

On demeure véritablement stupéfié de la puissance du modelé de la face et des mains, et l’émotion vous étreint poignante et douloureuse quand on songe que l’artiste, auteur de tant d’admirables choses, n’est plus, et qu’il a quitté la vie au moment même où prêt encore à enfanter des chefs-d’œuvre, il allait continuer sa marche en avant comme dans le rayonnement d’une merveilleuse apothéose! La Gazette des Beaux-Arts, tome I, 1869, en a publié le sixième et dernier état, les premiers tirages sont encore très beaux.

En avril 1893, à la vente de M. P., faite par Dumont, un exemplaire admirable d’un état terminé, mais avant ta signature à la pointe, et quelques bavures en dehors du trait carré, fut adjugé 1150 francs; à cette même vente, un deuxième exemplaire sur chine, avec la signature à la pointe, à droite,

I Savoir: Une Académie de vieil Homme — Trois sujets sur un même cuivre: Abrocomas et Anthia; Tallicn ; Dumas pcre — Portrait d’un jeune Homme — Tête d’Enfant souriant — Portrait de lfaphacl — Portrait d’Homme — Portrait de il/" de Ségur.

J D'après le tableau de Van Eyck du Musée de Berlin; on a dit que peinture et gravure avaient été enlevées en dix jours I

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

sous le trait carré et signe avec cette mention : Dernier état avant l'aciérage, tiré à 6 exemplaires, fut adjugé 560; et enfin un troisième exemplaire, également sur chine avec la signature au milieu de la marge du cuivre et signé 1872, atteignit 580 francs; à la vente Courtry, un avant lettre fut payé 82 francs.

Notons en passant que Charles Blanc jugea celte estampe inacceptable pour la Gazette des Beaux-Arts !! ! Moralité: Jugez-donc par vous-même et, une fois pour toutes, ne soyez à la remorque de personne, et souciez-vous des critiques comme de Colin-Tampon; si vous vous rencontrez avec eux, ça va bien, si c’est le contraire, ne vous en préoccupez pas davantage, nous le répétons, ne relevez que de vous-même. Quand vous goûtez un vin pour l’acheter par exemple, qui est-ce qui déguste? qui est-ce qui apprécie? vous, n’est-ce pas; eh bien! en art ce doit être la même chose, jamais il ne faut agir par procuration.

La Tête de Cire du Musée de Lille (36). — Busle de femme tourné de trois quarts à gauche, le modèle regarde en bas et sourit.

Nous signalerons cette pièce pour l’acquit de notre conscience, la sachant généralement très admirée, mais nous confesserons — ayant l’habitude de dire toujours notre pensée — la goûter fort peu ; nous la trouvons, qu’on nous passe le mot bien irrévérencieux, fadasse et sans couleur. Nous avons dit tout à l’heure que nous n’avions cure des appréciations d’autrui ; nous affirmons donc notre dire, quitte à nous faire conspuer, en passant pour un prétentieux, ce dont cependant nous nous défendons vivement. — Publiée dans la Gazette des Beaux-Arts, tome XVII, 1878. — Il y avait eu une première planche où la figure était de face, elle fut refusée et non publiée ; une épreuve de cette planche fut exposée au Grolier Club en novembre 1900.

Dom Prosper Guéranger (38). — En buste, le corps de trois quarts à gauche, l’abbé de Solesme est revêtu de son habit monacal à capuchon, la tête est coiffée d’une calolle, les yeux sonl perçants, les narines frissonnantes, il regarde bien de face, à son cou est passée une cordelière qui retient une croix.

D’un tout autre métier que L'Homme à l'Œillet, ce portrait n’en est pas moins un des plus beaux gui soit au monde ; la physionomie mâle et singulièrement énergique du célèbre moine est rendue avec un relief et une intensité de vie si extraordinaire qu’il serait impossible de les dépasser. — Publié dans la Gazette des Beaux-Arls, tome XVIII, 1878.— Les états sont fort nombreux; H. Béraldi en mentionne treize; le plus beau et le plus recherché est l’avant-dernier, au fond uni. Le 1*»' mai 1900, à une vente faite par Danlos, un exemplaire avant la lettre, signé et encadré, lut adjugé 200 francs.

Le comte Matheus en possède une épreuve au fond blanc ; c’est peut-être le plus bel exemplaire connu ; il porte une dédicace de l’immortel artiste. Il nous a été donné de l’admirer chez cet amateur courtois et érudit qui a su réunir une des collections les plus réputées de Paris, en Maîtres du xix° siècle, romantiques et contemporains, et une collection Napoléonnienne sans rivale et irréconstituable aujourd’hui.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

C’est cette gravure qui réveillant un feu, qui sans doute dormait sous la cendre, alluma la passion de la collection chez notre ami Alfred Barrion, de Bressuire ; qu’on nous permette d’en raconter l’histoire.

C’était en 1879, par une radieuse matinée de printemps, Barrion flânait sur le quai des Grands-Augustins, à Paris, quand, arrivé au 53 bis, à la hauteur du magasin de L. Dumont1 2, il s’arrêta machinalement pour jeter un coup d’œil sur la montre, soudain son regard fut arrêté par l’estampe en question ; il entra, l’examina avec soin, en demanda le prix et, sans marchander, s’en rendit sur-le-champ acquéreur. Dumont, avec son flair habituel, sentant qu’il était en face d’un délicat à en juger par le choix qu’il venait de faire, lui demanda s’il était collectionneur ; sur la réponse négative de notre ami, il ajouta : eh bien, Monsieur, laissez-moi vous montrer autre chose et permettez-moi de vous envoyer de temps en temps un carton en communication, vous me retournerez ce qui ne vous plaira pas, ou vous ne prendrez rien si d’aventure le lot n’est pas à votre convenance.

L’étincelle avait jailli sous le marteau ; à l’heure actuelle — il y a de cela 23 ans — Barrion a 8000 estampes en portefeuilles. C’est dans cette maison hospitalière et charmante, regorgeant d’objets d’art originaux des plus grands artistes de notre époque — bronzes, terre cuite, ivoire, faïences, dessins, peintures, etc. — que nous avons puisé presque tous les documents qui nous ont servi à établir notre école du xixe siècle. Durant plusieurs étés, nous allâmes nous installer chez ce raffiné qui nous donna une chambre contiguë au Cabinet des Estampes ; les jours étaient longs, dès quatre heures et demie du matin nous étions à la besogne, travaillant là dans ce calme et ce silence si appréciables pour ce genre d’études, ayant sous la main le maître de céans érudit et serviable qu’à chaque instant nous mettions à contribution, soit pour un renseignement, soit pour un conseil ; nous avons vécu là des heures de paradis !

Nous tenons donc à dire ici bien haut la reconnaissance affectueuse que nous lui gardons et à signaler aux amateurs une des collections les plus complètes et les plus choisies que nous connaissons.

Car ici toutes les épreuves sont de qualité absolument exceptionnelle, chose rare à rencontrer en province, il faut le reconnaître. Indépendamment des estampes originales, il a rassemblé, avec un soin judicieux, nombre de gravures d’interprétalion ; il y a joint — corollaire indispensable — tous les livres illustrés remarquables de l’époque. Sa collection présente donc une physionomie complète et fidèle de la gravure au xix« siècle: but auquel tendaient tous ses efforts... Et voilà comme quoi, une fois de plus encore, le proverbe : L’occasion fait le larron, a trouvé son application dans sa plus heureuse acception*.

1 Actuellement 27, rue Laffitte.

2 Ces lignes étaient écrites depuis longtemps, lorsque, le 11 mai 1903, une dépêche vint nous annoncer le décès de notre ami. Une maladie cruelle le tenait alité depuis plusieurs mois déjà, mais nous nous étions toujours pris à espérer; il était jeune encore, et les soins tendres et dévoués de sa sœur M“" Tadieu n’étalent-ils pas là pour relever nos courages? C’est à Paris, où nous étions pour nos travaux, que nous lut acheminé le télégramme, trop tard, hélas! pour nous permettre d’assister à la cérémonie funèbre et de conduire à sa dernière demeure l'ami dévoué' que nous pleurons et auquel nous adressons ici un suprême adieu.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

La Sœur Rosalie (48). — Complètement de face et en buste, la Révérende Mère regarde droit devant elle, des yeux noirs cl profonds illuminent sa physionomie sévère mais douce, et la lumière qui filtre à travers la large cornette éclaire le visage qu’elle modèle et enveloppe d’une façon merveilleuse. Une guimpe blanche recouvre la poitrine.

La sœur Rosalie, fille de Saint-Vincent-de-Paul, est célèbre par ses œuvres de charité ; elle était née Jeanne-Marie Rendue et décorée de la Légion d’honneur ; elle mourut en 1856. Nous ne rééditerons pas ici les éloges que nous venons de décerner aux portraits précédents, celui-ci est absolument digne de ses devanciers.

11. Réraidi en décrit 29 états; nous en possédons une épreuve aux geux noirs sur chine collé, sans signature et avec la remarque, la tête de saint Vincent de Paul de l'ace, au milieu de la marge inférieure ; elle nous fut choisie par M. Burney, l’élève préféré du Maître, c’est la j>lus belle qu’il nous ait été donné de rencontrer.

M. Lovs Delteil a consacré deux intéressants articles «à l’artiste, dans L'Estampe et l'Affiche de janvier-février 1898. — M. C. de Beaulieu, Paris, 1888, a écrit une intéressante plaquette sur le Maître. — M. Gonse, dans le numéro de mars 1887 de la Gazette des Beaux-Arts, a également rendu hommage au Maître disparu.

G-AVARNI (Guillaume-Sulpice Chevallier, dit)

Né à Paris le l3 janvier 1804, rue des Vieilles-Haudriettes, 5, il y mourut le 24 novembre 186G.

Puissant peintre des mœurs de son époque, il s’est immortalisé et par l’esprit de ses légendes et par la fécondité de son crayon. Son œuvre, kaléidoscope vivant, compte plus de dix mille pièces, composé surtout de séries ou suites. Pende morceaux isolés ou particulièrement caractéristiques émergent de cette imposante réunion, aussi est- il fort difficile de conseiller un choix, une sélection raisonnée dans ce colossal inventaire.

Nous renvoyons donc les curieux de cette œuvre si vécu et si français à: Béraldi, tome VII, Paris 1888 — Edmond et Jules de Concourt : L’Homme et l’Œuvre, Paris 1878 — Armelhaut 1 et Bocher : Catalogue raisonné, Paris 1873, ils y trouveront groupés tous les documents nécessaires à la mise en relief d’une ligure si sympathique et si profondément originale.

Béraldi nous apprend que les deux nombres réunis par un trait-d’union qui se trouvent souvent sur ses lithographies, comme, par exemple, 33-11 signitient que c’est la onzième lithographie de l’année 1833. Le premier nombre est donc l’année, le second le numéro d’ordre de l’année.

i Anagramme (le Ma liera ult.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Si nous voulions faire mettre en portefeuille quelques pièces de l’artiste, voici celles que nous conseillerions :

Hertz, banquier anglais, vente Moignon 80 francs, rarissime — Portrait du Prince Napoléon — Mme Montigny, même vente, épreuve d’essai, rarissime, 50 francs — Chandelier — Mélanie Waldor — Henry Monnier, 1840 — Les Dames de la Halle — La Loge à l'Opéra — Les Forts de la Halle — Le premier de l’An chez l’ouvrier — Le Bouquet — A Highland Piper — Gavarni à la cigarette — Raymond la Garrigue — Mn>e de Viefville — Bal ci la Chausséed'Antin 1 — Dans les Coulisses — Eludes d’Enfants — Satan, 1850 — La Lanterne magique, 1850 — Rosa Bonheur, rarissime.

A la vente Mahérault, en 1880, l’œuvre du Maître fut adjugé 12000 francs, c’était le plus beau et le plus complet connu ; Conquet acquit pour 3750 francs celui de la vente Destailleur, il comprenait 2190 pièces et avait été formé par Mis de la Salle, il était contenu dans seize volumes reliés.

A la vente de Goncourt, ami intime du Maître, l’œuvre, comprenant 2021 pièces, fut adjugé 5150 francs; il était incomplet, il est vrai, mais en revanche toutes les pièces rares s’y trouvaient, la plupart en épreuves de premier tirage et dans des conditions parfaites de conservation. 11 y avait surtout des avant lettre sur chine tirées à 5 ou 6 épreuves auxquelles ne ressemblent en rien les feuilles du tirage courant, certaines contenaient aussi des notes manuscrites de la main de Gavarni extrêmement intéressantes et pleines de cet esprit que l’illustre artiste jetait à pleines mains dans ses légendes.

Le 23 avril 1903, une matinée de gala, organisée par la Société des Peintres Lithographes, fut donnée à l’Opéra-Comique au bénéfice du monument à élever à l’illustre disparu; le programme était imprimé en couleurs sur dix éventails différents, signés des noms célèbres de : Maurice Eliot, Patrice Dillon, Abel Faivre, Forain, Charles Léandre, Louis Morin, Jules Chéret, Maurice Neumont, J. Griin, Georges Redon, le verso de ce programme était d’Abel Triicliet.

On avait, par une délicate attention, songé aux collectionneurs, et une série de 10 exemplaires sans texte avait été tirée pour eux et mise en réserve; cette suite, qu’il nous a été donné de voir chez Sagot, est devenue déjà fort difficile à se procurer; elle vaut, croyons-nous, une centaine de francs.

Nous recommandons surtout aux amateurs ceux de : Forain, Neumont, Faivre, Léandre, Redon et, très particulièrement, le bijou qu’a signé Eliot : Une jeune femme assise de trois quarts à droite, le coude appuyé sur un coussin, regardant passer des couples 1830, elle est décolletée et coiffée d’un chapeau à larges bords qui abrite son délicieux visage.

GERICAULT (Théodore)

Né à Rouen en 1791, mort à Paris en 1824. Élève de C. Yernet et de Guérin. Son œuvre lithographique se compose de 102 pièces exécutées de 1817 à 1824, plus une seule et unique eau-forte : Un cheval gris pommelé de trois quarts.

1 Une des plus séduisantes de l'œuvre.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

L’artiste s’adonna particulièrement à la reproduction de scènes militaires et à des études de chevaux; ses principaux imprimeurs furent Engelman, Delpech, Motte, Vilain et C. Hullmandel, à Londres.

Le catalogue de son œuvre fut fait par Ch. Clément, Paris 1879. Voir aussi II. Béraldi, tome VII, 1888, et la Gazette des Beaux-Arts, tome XX, 18GG.

Combat de deux Chevaux gris pommelés dans une écurie militaire (Clément 11). — Ils se mordent au cou en se cabrant au milieu d’une écurie, le garde d’écurie en bonnet de police accourl à droite et cherche à les séparer en les frappant avec un balai. Dans l’ombre au premier plan, éveillé par ce tapage, un hussard couché sur la paille les regarde en jurant. A gauche, une tète de cheval audessus de la mangeoire.

Celte pièce, un peu surfaite, est d’une insigne rareté. On croit qu’il n’en existe en tout que 5 épreuves : Une sur papier blanc qui a passé par les collections Jamar et de Triqueti; deux sur papier jaunâtre, l’une aux Estampes provenant de chez Bruzard, l’autre chez Moignon, à la vente duquel elle fut adjugée 500 francs, elle venait de chez IL Bcllangé qui, en 1863, l’avait payée 550. Les deux autres imprimées à deux teintes, l’une a appartenu à His de la Salle, l’autre à Parguez, à sa vente elle fit 5G0 francs, il l’avait payée la somme énorme de 1500 à l’imprimeur Motte qui lui avait affirmé qu’elle était unique ; une de ces deux épreuves est actuellement au Département des Estampes. Or, on suppose que l’imprimeur voulut faire, sans consulter l’artiste, des essais à deux teintes, mais que la pierre cassa dès les premières épreuves et qu’il lui livra seulement celle tirée à une seule teinte, gardant les autres dont il disposa pour divers collectionneurs. Les épreuves sur papier teinté sont de beaucoup plus harmonieuses de ton, elles constituent de véritables dessins; une se trouvait à la vente Moignon, elle y fut adjugée 475 francs.

Artillerie à cheval changeant de position (Cl 15). — Des soldats du train arrivent au galop, conduisant une pièce de canon attelée de quatre chevaux et se présentent de face.

Cette estampe, célèbre dans l’œuvre, n’a été tirée qu’à G exemplaires; voici les collections qui les ont possédées, nous ignorons où elles se trouvent à l’heure présente : Aux Estampes — His de la Salle qui l’acheta 200 francs, en avril 1861, à M. Dauvin — Mène, qui la paya 235 à la vente Parguez — Langlais, qui la vit adjuger à sa vente, en 1868, au duc d’Aumale 455 francs, elle était faible de tirage — Moignon, qui l’acheta à Gihaut 1000 francs le 16 février 1866, c’est la plus belle connue, elle est coloriée à l’aquarelle par Gericault lui-même qui lui a fait subir de nombreuses modifications, ainsi le bas de la tête du cheval vue de face a été refaite entièrement, le museau rond dans la lithographie a été allongé avec un blanc mis dessous pour détacher la tête, le pied du cavalier est droit dans l’étrier au lieu d’être relevé. Gihaut aîné avait acheté cette pièce 50 francs dans une vente en 1856, à la vente Moignon elle fut adjugée 1005. Cette pièce est signée de l’artiste, à droite, au grattoir — Pils en a fait deux copies.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Cheval attaqué par un Lion (Cl 100). — Un cheval tourné à gauche se cabre sous l’étreinte d’un lion qui lui laboure la poitrine de ses griffes.

Deux exemplaires sont seuls connus : l’un est aux Estampes, l’autre, qui était chez Moignon, fut adjugé à sa vente 700 francs, c’était une épreuve d’essai qui portait de la main du Maître dans la marge de droite : plus noir ; l’épreuve qui a suivi, après l’ordre exécuté, est moins bonne, la finesse du dessin s’en est trouvée considérablement amoindrie. Cette lithographie est admirablement belle.

Citons encore comme extrême rareté : Trompette de lanciers (Cl 4) dont il n’existe que deux épreuves, une aux Estampes, et l’autre dans la collection Triqueti, et : Gros cheval gris pommelé vu de trois quarts (Cl 101), la seule et unique eau-forte qu’ait fait mordre le Maître, quatre épreuves connues, une aux Estampes provenant de chez Bruzard, et trois autres qui ont passé par les cabinets de Triqueti (de chez Jamar), Gigoux et Moignon, à la vente de ce dernier collectionneur elle fut adjugée 50 francs. L’épreuve du Cabinet des Estampes doit être une épreuve d’essai, car elle porte dans le haut à droite une tête de femme, remarque qui a disparu dans les épreuves postérieures.

Pendant son séjour à Londres, en 1821, l’artiste composa une suite de 13 lithographies (le titre compris), dite Suite d'Hullmandel qui en était l’imprimeur; on les trouve assez facilement isolées mais très rarement réunies et en lionne condition, îi la vente Moignon cette suite de qualité exceptionnelle, à toute marge, fut adjugée 600 francs.

Mentionnons pour en terminer : Les Boxeurs (Cl 9), superbe pièce, un peu surfaite cependant, adjugée à la vente Parguez 96 francs; Moignon, 171 ; Mallet, en 2« état, 155, et enfin Dreux, 180, avec marges; les vraiment belles épreuves sont très rares.

Le 6 mai 1872, à la mort de M. Thayer, sénateur, ancien Directeur général des Postes, M. Moignon acheta 800 francs à son héritier sa collection ; le défunt, particulièrement lié avec Gericault, n’avait que des épreuves de choix, essai, ffr état, toutes pièces publiées par Gihaut et Mmt> Hulin et encore sous leurs couvertures originelles.

Les plus belles collections de l’œuvre de Gericault furent formées par His de la Salle, Bruzard (passée toute entière au Cabinet des Estampes), Constantin (les plus belles chez feu le duc d’Aumale), Jamar (acquise par de Triqueti) et Thayer ci-dessus nommé. Les belles pièces de tête sont presque introuvables aujourd’hui. Notons que Gericault est très inférieur à son contemporain Delacroix.

GrODIN (Georges)

Soleil levant sur la neige. — A gauche sur un petit tertre, une chaumière en ruine ; à droite une rangée d’arbres hauts et grêles qui bordent un chemin que gravit une charrette. Au fond, le soleil se lève.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Jolie pièce en couleurs que Ch. Hessèle a publié sous la rubrique Effet de Lime, erreur qu’il nous charge de rectifier.

Citons encore du graveur qui est jeune et très ardent sur les questions d’art i : Nuit calme — Retraite aux Flambeaux (une de ses premières) — et Le Christ, pièce extrêmement curieuse, relative à l’affaire Dreyfus, tirée à 5 exemplaires ; elle est devenue fort rare ; dernièrement nous avons eu l’occasion d’en voir une épreuve chez Hessèle.

M. Godin ne tire jamais à plusieurs planches, mais toujours à la poupée ; il préfère aussi le zinc au cuivre.

GŒNEUTTE (Norbert)

Né à Paris en 1854, mort à Auvers-sur-Oise le 8 novembre 1894. Laisse un œuvre gravé d’environ 200 pièces ; a touché un peu à tous les genres avec un égal bonheur, en y donnant une note originale, reilct sincère d’un caractère éminemment primesautier et sympathique. Ses dessins sont aussi très particulièrement remarquables, il y tenait beaucoup et s’en dessaisissait difficilement ; c’est lui qui disait un jour à M. Antonin Proust : « Je renoncerai un jour à faire de la peinture, parce que cela change de mode ; le crayon suffit, parce que le crayon reste, au milieu des variations du goût, l’éternel traducteur des éternelles beautés. »

Parmi ses meilleures eaux-fortes et pointes sèches, nous mentionnerons :

A travers la porte. — Une jeune femme à travers une porte entrebâillée regarde à gauche.

La Place de la Concorde. — Une jeune femme vue de dos monte dans sa voiture ; elle tient une ombrelle fermée dans sa main gauche. Au fond à gauche, on aperçoit l’obélisque. Sous la colonne du réverbère qui est à droite : Norbert Gœneutte.

Au Coin du Feu. — Etendue sur un canapé, les jambes croisées, la tête à gauche, une jeune femme semble dormir, le pied droit est soulevé. Au fond de la cheminée le feu brille. Sans signature.

Le Pont-Neuf. — Le pont avec son mouvement de piétons et de voitures ; à gauche, la statue de Henri IV. Sans signature.

i Lire sa revue : Le Mouvement esthétique, curieuse publication qui paraît quatre fois par an.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

L’Armoire (?) — Une jeune femme vue de dos, vient d’ouvrir un petit meuble en hauteur dont elle tire un livre, que d’après son attitude, elle semble en train de regarder. Sans signature.

Le Marché de Dinan. — A gauche de l’estampe, le marché avec ses arches devant lequel circulent les acheteuses. En bas à gauche : Norbert Gœneutte - Dinan et une date illisible.

A signaler encore : Le Rialto — Maud — La Cigale — Gaérard regardant une épreuve.

Voir H. Béraldi, tome VII, Paris, 1888. — Une exposition de l’œuvre de l’artiste eut lieu à l’Ecole des Beaux-Arts en 1895 et la vente de son atelier fut faite en décembre 1897, mais il n’y figurait aucune pièce gravée. — La plus belle collection existante de Gœneutte — 364 pièces — est à la Bibliothèque de New-York, don de M. Avery.

GOFF (Colonel Robert C.)

Summer storm in the Itchen Valley. — Une prairie et sur le tout premier plan, un étier bordé à droite de roseaux du milieu desquels s’élève un petit arbre touffu ; au dernier plan de ce même côté, trois petites chaumières très basses aux toits blancs tout près d’un rideau d’arbres ; à gauche, une barrière rustique derrière laquelle paissent des vaches ; la prairie est bornée par une rangée d’arbres à l’épais feuillage. Un vent violent soufflant de gauche à droite, disperse dans le ciel un vol d’oiseaux, secoue les arbres et courbe les roseaux. A l’horizon, se profile indécise la silhouette de collines. Dans le coin gauche inférieur: R. Golf 1892.

Nous considérons cette eau-forte comme la perle de l'œuvre, il est impossible de rendre avec plus de sobriété, mais aussi avec plus d’énergie, la rafale. L’éminent artiste, qui compte parmi les premiers de l’Angleterre, a quitté l’armée depuis une vingtaine d’années, il consacre son temps aux arts qu’il aime avec passion, il est membre de la Royal Society of Painter- Etchers and Engravers, de Londres, où il expose régulièrement chaque année. Son œuvre absolumenl personnel est déjà considérable et compte 159 pièces ; ce qui séduit et charme chez cet artiste, c’est la simplicité ; point de supercheries de métier, l’eau-forte tirée nature, mais néanmoins puissante, souple et colorée. 11 envoya en 1899 *, à la deuxième exposition

* Ainsi qu'en 1892.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

de la Société de Peintres-Graveurs français, quelques pièces qui furent très remarquées, ce qui fit dire à Ph. Burty :

«... Ici, un artiste nouveau venu, qui se sert habilement de la pointe » sèche, complète les effets vigoureux et sans tricherie des aquarellistes, des » peintres de marine ses compatriotes, par une visée particulière. Les levers » de brouillards, les mouvements d’atmosphère animant les falaises, les » moires argentins traînant sur la mer au pied des rochers, sont le lot du » colonel R. Goff ».

Grand voyageur et pêcheur enragé de saumons, il ne manque jamais de noter le site qui le frappe, aussi son œuvre est-il singulièrement intéressant et varié; il s’imprime généralement lui-même, mais si le temps vient à lui manquer, il confie ce soin au célèbre imprimeur de la Royal Society of Painter-Etchers and Engravers, Frederick Goulding, 53Shepherd’s Bush Road.

Wild Ducks, evening: Avington Park. — Une mare couverte de roseaux de laquelle s’élèvent à droite trois canards, un quatrième est encore à l’eau. Au fond, des arbres et une sorte de vanne ou barrage en bois. Dans le coin intérieur droit : R. Gofj' 1893.

Charing Cross Bridge. — Le pont de Charing Cross sillonné de locomotives, occupe toute la partie gauche de l’estampe; derrière lui, s’étend la ville avec ses hautes cheminées et ses monuments ; à droite, la Tamise sur laquelle on aperçoit deux barques. Sur le tout premier plan, légèrement esquissé, le quai, des arbres, des hansoms, etc., et à droite, une grille en forme de rotonde ; près de cette grille, très légèrement gravé : R. Goff.

Middlebourg, Hollande. — A droite, la rivière très éclairée avec deux bateaux à la voile ; à gauche, une large route ombreuse et tournante plantée d’arbres, au milieu de laquelle sur le tout premier plan, un homme et une femme se sont arrêtés pour causer; une charrette attelée d’un cheval vient vers eux. Dans le bas du coin gauche : R. G.

Il y a dans cette pièce une distribution de lumière absolument merveilleuse et c’est ici qu’on peut se rendre compte des valeurs, de la puissance des noirs et des blancs ; un peintre avec sa palette n’arriverait pas à ce degré d'intensité, ou tout au moins il ne le saurait dépasser. Cette eau-forte est donc de tout premier ordre et à noter très spécialement dans l’œuvre.

Newcastle-on-TYne. — A droite de l’estampe, la rivière Tyne, avec ses docks et ses bateaux à vapeur qui la sillonnent, s’étend à perte de vue ; à gauche, ses quais et ses maisons. Le ciel est très noir,

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

sauf dans le milieu de l’estampe où il existe une éclaircie. Dans le bas du coin gauche, à peine lisible, on lit gravé à la pointe : R. Goff 1894.

Cannon Street Station. — La Tamise occupe tout le premier plan de la partie droite de l’estampe ; au second plan, un bateau à vapeur descend le fleuve remorquant deux gabarres, il vient de passer sous le pont qui aboutit à droite à la station de Cannon Street. Au fond, le ciel est très clair. Dans le bas du coin gauche : R. Goff.

Cette estampe qui est une pointe sèche pure, exécutée un peu dans le même sentiment que la précédente eau-forte et pointe sèche, est certainement une des plus belles pièces de notre époque ; nous ne parlons ici, comme toujours du reste, que de l’épreuve de tirage exceptionnel et nous ajouterons qu’elles sont rares de cette qualité.

Sussex Fields. — Une prairie ceinturée de collines, dans laquelle paissent des vaches ; sur le sommet de la colline gauche qui est dans l’ombre, quelques arbres ; au flanc de celle de droite, un moulin à vent violemment éclairé et dont les ailes sont orientées à gauche. Une bordure de roseaux légèrement esquissée semble indiquer un ruisseau qui va se perdre à gauche dans la prairie. Dans le coin gauche inférieur : R. G.

Westminster. — Au tout premier plan à gauche, la Tamise avec quelques barques amarrées au quai ; dans le fond, la silhouette imposante de Westminster et du Parlement. La partie droite de l’estampe représente la Tamise s’étendant à perte de vue sans qu’on aperçoive la rive droite. Dans le bas du coin gauche au pied de la construction en bois qui forme une portion d’estacade : R. Goff 1900.

Destruction of old chain Pier, Brighton. — A droite, les quais de Brighton sur lesquels la foule est accourue pour voir se briser par la tempête les chaînes et la vieille jetée qui est à gauche ; à l’extrémité de ces quais on aperçoit la ville dont la masse sombre se détache nettement sur un ciel très clair. Au fond à gauche, deux estacades et le ciel noir comme de l’encre déversant une pluie diluvienne. Dans le bas du coin droit de l’estampe, encadré d’un vigoureux trait, on lit cette inscription : Brighton. Chain. Pier. Opened. 23. Nov. 1823. Destroyed. By. South. Easterly. Gale. A. Déc. 1896.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Pièce d’un accent superbe, quelquefois peut-être un peu trop encrée; il faut donc choisir les beaux exemplaires qui alors sont admirables.

Valley of the Itchen, above the Osier Bed. — Un tertre à pente raide couronné d’un bosquet touffu qui occupe tout le milieu de l’estampe, et au-dessus duquel on aperçoit un vol d’oiseaux ; à gauche, formant l’horizon, des collines. Le tout premier plan de l’estampe est vide de travaux. Dans le coin droit inférieur à la pointe : Valley of the Itchen — R. Goff.

The South Cône. — Des vagues tumultueuses occupent toute l’estampe; à droite au fond, se détache en vigueur une estacade en bois. En bas dans le coin droit : The South Cône. R. Goff.

Storm driven. — Une prairie au milieu de laquelle serpente un ruisseau bordé d’arbres que couche et secoue un épouvantable vent d’orage, la pluie tombe à l’horizon ; à gauche, un troupeau de moutons que garde une bergère, s’est mis à l’abri sous un chêne. Dans le bas du coin gauche : R. Goff. 1901.

Pièce d’une sauvage beauté, traitée — on devrait plutôt dire sabrée — avec une infernale maestria.

Bazaar Cairo. — Devant un bazar où s’étalent toutes sortes de marchandises, quelques arabes sont rassemblés. La partie du milieu de l’édifice est violemment éclairée, tandis que celles de gauche et de droite, cette dernière plus particulièrement, sont plongées dans l’ombre. Dans le bas du coin droit : R. Goff 189S.

The Nile at Assouan. — Le Nil bordé de rives à pic à gauche, et de collines à droite, avec des rochers au milieu. Entre la rive gauche et les rochers à fleur d’eau, une petite barque au premier plan. Au bas de l’estampe séparée de la partie gravée par un trait, la légende suivante qui occupe toute la largeur de la pièce : It flows through old hushed Egypt and its sands, Like some grave mighiy thought theading 1 a dream. Reigh Haut. Assouan 1897. R. Goff.

1 Une erreur matérielle a fait écrire theading, quand c’est threading qu’il faut lire. Voici la traduction de cette légende : Il coule à travers la vieille Egypte endormie et ses sables, comme quelque grave et puissante pensée suivant le cours d’un rêve.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

The Mouth of the Thames. — Un petit tertre montueux qui longe un étroit sentier traversé par une barrière rustique que vient de franchir un homme qui s’éloigne. Le tout premier plan à droite est très embroussaillé et la Tamise que l’on voit s’étendre à perte de vue occupe tout le reste de ce côté de l’estampe. Dans le coin gauche inférieur : R. G.

Nous en possédons une épreuve sur japon que nous considérons avec celle de Cannon Street Station, qui est également dans notre collection, comme les plus beaux exemplaires connus. — Nous nous sommes rendu acquéreur de ces deux perles à l’Exposition des Peintres-Graveurs français qui eut lieu chez Durand-Ruel en 1890, où nous les avions remarquées.

Brighton’s Beach. — A gauche, le rivage sur lequel le flot vient mourir ; au second plan, une sorte de barrage en bois qui s’avance dans la mer; à l’horizon une estacade, et à droite la silhouette délicatement esquissée de la ville de Brighton. Dans le coin inférieur droit : R. Goff.

Cette petite pièce, qui est de la dimension d’une grande carte de visite, fut gravée en 1894. Elle est d’une exquise finesse.

The Sun’s last rays. — Une barrière en planches et une mare légèrement éclairée et plantée de roseaux occupe le premier plan. A droite, le soleil disparait à l’horizon, derrière la plaine qui s’étend à l’infini, mélancolique et sombre ; à gauche, on aperçoit une tour, celle d’une église sans doute. Dans le coin droit inférieur : R. Goff 1901.

One of London HighwaYS. — La Tamise et un pont en fer très cintré sous l’arche duquel vient de passer un chaland ayant une voile à son arrière et se dirigeant vers la droite. De l’autre côté du pont à gauche, la ville avec ses hautes constructions et ses cheminées fumantes. Dans le bas du coin droit : R. Goff 1898.

Cette pièce qu’on eut très bien pu baptiser A misty Day — un jour de brouillard — est extrêmement curieuse, car elle rend à souhait et avec une absolue sincérité une de ces journées brumeuses si fréquentes au climat londonien, l’artiste a su fixer l'impalpable ; elle a, en outre, une saveur toute particulière de difficulté de métier vaincue de la plus habile façon ; toute la planche est noyée par un retroussage d’une exquise et transparente légèreté rompue de ci de là de quelques touches lumineuses. Le cuivre a été préparé très légèrement à l’eau-forte, puis terminé et enveloppé à la pointe sèche ; le tirage, rendu très difficile pour donner complètement l’effet, n’a pu fournir qu’un nombre très restreint d’épreuves, la planche n’ayant été attaquée que très superficiellement.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Citons pour terminer comme pièces encore très intéressantes et très remarquables : Peut Moss Banavie (Scoilandl — Saint Cross Winchester — A Sliidy on the river Test [IlampshireJ — The light-house Shoreham — The Pool Aldringlon [SussexJ.

L’éminent artiste, absent au moment de l’Exposition de 1900, avait eu le regret de ne pouvoir exposer, les collectionneurs et scs amis en ont éprouvé une cruelle déception.

Ses eaux-fortes sont encore assez difficiles à se procurer en France, mais en s’adressant à Robert Dunthorne, son dépositaire, 5 Vigo Street, à Londres, nous croyons qu’on les pourrait aisément avoir en communication.

G0TTL0B (Fernand-Louis)

La Dame aux Cygnes. — Dans un parc, sur le bord d’un étang, une jeune femme se promène se dirigeant vers la droite, sa main gauche tient un réticule et un livre ; ce dernier est vivement éclairé ; derrière elle, des cygnes glissent sur l’eau nageant vers la gauche.

Superbe lithographie.

Signalons encore : Le Marché aux Cochons et Les Filles de Nuit à Paris , deux lithographies également remarquables, la dernière surtout.

GOYA (y Lucientes-Francisco)

L’artiste naquit le 31 mars 1746 à Fuentetodos, petite ville de la province de l’Aragon, et mourut à Bordeaux le 16 mars 1828. Plein de fougue et d’originalité, il s’est rendu particulièrement célèbre par ses scènes de Tauromachie' (33 pièces), Les Caprices * (80 pièces), et Les Malheurs de la Guerre (80 pièces) 3. — L’œuvre gravé ne compte guère qu’environ 278 numéros, beaucoup sont de second plan ; nous ne nous occuperons, selon notre programme, que des pièces de tête.

Index bibliographique : Goya, par Laurent Matheron, Paris 1858 — Goya, par Ch. Yriarte, Paris 1867 — Francisco Goya, par Paul Lefort, Paris 1877 — Les Graveurs du xixe siècle, tome VII, Béraldi, Paris 1888 — Goya, par P. Lafond, Paris 1900.

' La première édition est sans titre, la seconde avec le titre fut adjugée en 1895, vente Deslailleur, 180 francs.

5 II y a deux tirages, le premier se distingue par la couleur de l’encre qui est plus rousse ; un exemplaire de ce tirage, en 1895, à la vente Destailleur, fut adjugé 440 francs.

3 Ces trois séries sont des eaux-fortes aquatintees. La seule collection complète connue des Malheurs de la Guerre a été et est peut-être encore chez M. Carderera, à Madrid ; les cuivres existent. — Un exemplaire d’ancien tirage, en 1895, vente Destailleur, fut adjugé 300 francs ; il provenait de chez Paul de Saint-Victor.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Le Supplicié par le Garrot (Lefort 246). — Assis sur l’escabeau fatal presque de face, les pieds nus, les mains liées dans lesquelles est passé un crucifix, le condamné grimace sous les douleurs que lui font éprouver la terrible pression du garrot. Un cierge allumé est à gauche.

Nous avons mentionné, pour l’acquit de notre conscience, cette pièce dite célèbre, malgré le peu d’enthousiasme que nous professions pour elle. Les anciennes épreuves en sont très rares.

Le Joueur de Guitare (248). — De nombreux personnages écoutent un guitariste qui chante; un marchand de rafraîchissements, la gourde sur le dos, s’arrête aussi pour prêter l’oreille. A gauche, un homme avec deux bœufs se dirige de ce côté. Sur le tout premier plan, deux enfants sont couchés par terre. Au fond, se profile un château-fort et derrière le groupe du milieu émerge un homme à cheval. En bas, à gauche, sur une pierre, on lit inscrit en gros caractères : Goya.

Cette eau-forte, qui ne semble pas terminée, est en travers et la plus grande, croyons-nous, qu’ait gravée le Maître. Nous en avons vu un superbe exemplaire chez M. Barrion. Elle est d’une insurpassable rareté ; on la dit tirée à 3 exemplaires seulement. Le British Muséum en possède une épreuve.

El famoso Americano Mariano Ceballos (272). — L’arène est entourée de spectateurs ; à gauche, l’Américain armé d’une lance, monté sur le taureau qui rue, se dirige vers la droite sur un autre animal qui s’avance. Dans la marge du bas, le titre ; à gauche, le mot : Déposé, et à droite : Lith. de Gaulon.

Le Picador enlevé sur les cornes du Taureau (273). — Au milieu de l’estampe, un cheval est tombé ; le taureau a le pied droit posé sur lui et vient d’encorner le picador ; à gauche, un homme à cheval, armé d’une lance, pique le taureau. Au fond, à gauche, un groupe de spectateurs et un cheval.

Dibersion de Espana (274). — Dans l’arène entourée de spectateurs, quatre taureaux ; celui de gauche, qui est au premier plan, se précipite sur les étoffes qu’on lui jette sur les cornes.

La Division de Place (275). — L’arène entourée de spectateurs est séparée en deux par une barrière de madriers sur laquelle un

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

homme est à cheval ; de chaque côté, un toréador est aux prises avec un taureau ; dans la portion de l’arène de gauche, au fond, un cheval mort est couché près d’un autre qui est debout.

Les quatre dernières pièces que nous venons de décrire sont désignées sous la rubrique Les Taureaux de Bordeaux, parce que ces lithographies furent imprimées en 1825 dans cette ville. Il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible aujourd’hui, de trouver ces quatre pièces réunies. M. Alfred Barrion en possède une suite superbe, les nos 272 et 275 sont même avant toutes lettres, ne portant que le nom de Goya dans le coin de l’estampe.

A la vente Moignon, trois de la suite — le n° 274 manquait — furent adjugées 400 francs; les trois mêmes, à la vente de Goncourt, atteignirent 350 francs.

GROUX (Henry de)

Les lithographies suivantes, aux compositions étranges mais pleines d’originalité, sont à recueillir, elles dénotent un très curieux tempérament d’artiste, bien lui-même et pas banal : Le Christ aux Outrages — La Vigne abandonnée — La Veillée de Waterloo — Le Sommeil d'Ève — Le Carnage — Le Chambardement — Quand les Bourgeois dorment.

C’est un grand artiste disait quelque part Arsène Alexandre. ... « parce que si on lui donnait des murailles à couvrir, murailles de palais ou de temple, ou de campo santo, ou de n’importe quel édifice plus moderne où doivent se réunir des hommes, il ferait naître, aux regards de ces hommes et devant leur esprit, des compositions profondément émouvantes, poétiques et d’une extraordinaire envolée. »

GUÉRARD (Maurice-Henri)

Naquit à Paris en 1846 et y mourut 4, avenue Frochot, le 24 mars 1897. L’artiste que nous avions le plaisir de connaître et que nous aimions, fut un des plus habiles manieurs de cuivre de notre époque, c’est lui qu'Uzanne appelait dans un langage imagé le cordon bleu de Veau-forte. Son œuvre est très considérable ; dans son tome VII des Graveurs, en 1888, H. Béraldi mentionne déjà 602 pièces; ajoutons que dans ce nombre beaucoup de pièces sont de peu d’importance.

Guérard est l’inventeur de la pyrogravure; il désignait tout simplement sous le nom de Panneaux au fer chaud les jolies productions qu’engendrait son tisonnier.

Quatre expositions de son œuvre eurent lieu : l’une en 1887, Galeries Bernheim jeune ; les autres en 1891 et 1896, au Théâtre d’Application, rue Saint-Lazare (actuellement La Bodinière), et à New-York, en décembre de cette même année, aux American Art Galleries, mais à cette dernière ne figuraient pas d’eaux-fortes.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Dans la préface qui précède le catalogue de 1891, M. Roger Marx vient délicatement souligner les qualités de notre artiste. En voici quelques extraits :

« Toutes les roueries il les connaît,

» tous les procédés il les met en usage sous l’attaque de son burin,

» plus volontiers violent que tendre, le métal mis à nu, sillonné de rides, » reflète les tourments d’une imagination irrassasiée de nouveau, il dit le

» réel et le rêve, le funèbre et le comique, l’absurde et le charmant

» il dit la vie des ports, des quais, des gares, les aspects de Paris et de » Venise, montre la mer sous des clartés lunaires, la campagne par la neige, » Londres dans le brouillard. Ici encore la particularité de ces spectacles de » nuit ou de brume est soulignée, précisée par le ton approprié du tirage » par l’encre grise ou bleue »

Le pauvre artiste, dont la santé très délicate ne se soutenait que par une dose d’insurmontable énergie, avait, croyons-nous, le pressentiment qu’il mourrait jeune, car il grava lui-même, vers 1876, un grand cuivre qui est sa lettre de faire-part, ainsi conçue :

Vous êtes prié d’assister aux Convoi, Service et Enterrement de Maurice- Henri Guérard, peintre-graveur à l’eau-forte et Maitre imprimeur, décédé en son domicile, à Paris, à l’âge de ans, qui se feront aujourd’hui courant, à midi. De la part de ses parents et amis.

De Profundis !

Sous ce texte était gravé un cadavre étendu sur le dos, la tête à droite. La lettre V de : Vous êtes. . . était portée par la Mort qui chevauchait appuyée sur une pointe sèche.

Celte pièce est devenue fort rare ; il existe des tirages sur papier foncé avec lettres rouge et argent.

Le Moulin de la Galette (Béraldi 133). — Le célèbre moulin a les ailes tournées vers la gauche ; la butte sur laquelle il est bâti projette son ombre sur le terrain au tout premier plan. Le ciel est nuageux. Sans signature.

Nous possédons de cette pièce, tirée généralement en bistre, un 4e état unique en couleurs obtenu à l’aide de plusieurs planches. L’exemplaire est tellement beau que, le montrant un jour à Buhot, celui-ci émerveillé s’écria : « Si j’avais imprimé une telle épreuve, je ne m’en serais jamais dessaisi. »

Le Quai de la Gare à Dieppe (444). — Au fond de l’estampe, on aperçoit à gauche une forêt de mâts, et à droite le quai, le long duquel s’alignent les grues qui servent au chargement et déchargement des marchandises. Une drague occupe le devant de la composition. La lune qui brille à droite se reflète argentée dans le miroir des eaux clapotantes. Dans le bas du coin droit : H. Guérard. Dieppe.

Effet de nuit d’une grande intensité, imprimé en bleu; tiré en noir, il eut élé impossible d’obtenir une vision d’un effet aussi puissant et aussi sincère.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Les Corbeaux dans la neige. — Il y a deux planches pouvant se faire pendants. Dans l’une et l’autre, il y a six corbeaux — grandeur presque nature — dans différentes attitudes; l’une est signée dans le bas du coin gauche : H. Gucrard ; l’autre, celle où les six corbeaux sont en deux groupes de trois oiseaux, est sans signature.

La planche, complètement usée, ne tire plus. Les premières épreuves de cette merveilleuse pointe scche, lorsque le cuivre est dans toute sa fleur, sont d’admirables estampes qu’il ne faut à aucun prix laisser échapper si le hasard vous les fait rencontrer, mais elles sont devenues fort rares K Nous en possédons deux exemplaires dédicacés d’une éblouissante beauté.

Mentionnons encore comme très intéressantes : Corbeaux pendus — Le Chat noir sur un journal — Carmen — Tète de Tigre — Effet de Lune à Monaco — Locomotive, etc...

GUIGNARD (Gaston)

Nous ne pouvons passer sous silence l’exposition si remarquable de monotypes que cet éminent artiste lit en juin 1901, chez Arthur Tooth et Sons, boulevard des Capucines, puisque certains collectionneurs d’estampes à l’heure actuelle leur ouvrent leurs portefeuilles. Il y avait là des morceaux de tout premier ordre et d’une incomparable séduction ; nous citerons particulièrement :

Le Coucher de Soleil sur les varechs — Les Sapins dans la neige — Le Taureau — Meules en feu — Clair de Lune sur les falaises — Les Marécages — Chez l'Equarrisseur — Grande Marée par la lune — Dans les Brisants.

Interrogé par nous sur son procédé, M. Guignard, avec sa bonne grâce habituelle, a bien voulu se prêter à cette petite interview. Voici donc comment il opère :

Sur une plaque de cuivre ou de zinc il peint un sujet quelconque, pour lequel il emploie des couleurs à l’huile ordinaires, généralement du noir d’ivoire, de la terre de Sienne brûlée ou naturelle, du bleu de Prusse, et c’est tout, couleurs transparentes avec le moins d’épaisseur possible. Le tableau rapidement composé — car il faut éviter que la couleur sèche — est mis sous presse, et l’impression sur papier, japon ou autre, donne l’épreuve, l’épreuve unique, le monotype. Quant à avoir deux exemplaires semblables il n’y faut pas songer, le coup de presse enlevant sur la plaque la couleur liquide qui est toute en surface. Le procédé est, comme on le voit, de la dernière simplicité, mais présente cet avantage qu’il est la reproduction fidèle de la touche de l’artiste. Le métier disparaît complètement et et l’écrasement du rouleau donne des trouvailles souvent inattendues et quelquefois délicieuses.

1 En mai 1902, nous en rencontrâmes chez Hessèle deux superbes exemplaires ; ils n’ont pas dû y rester longtemps.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Ajoutons, mais ceci sans toutefois l’affirmer, que c’est M. Degas qui, le premier, usa de ce procédé dont il serait en quelque sorte l’inventeur, procédé charmant mais où la gravure brille absolument par son absence.

Il existe, bien entendu, des monotypes polychromes et monochromes; c’est à ces derniers que nous donnons de beaucoup la préférence.

HADEN (Sir Francis Seymour)

Thames Fishermen (Drake 11 — Kœhler1 17). — La Tamise avec ses rives parsemées de bouquets d’arbres s’éloigne vers le fond de l’estampe en décrivant plusieurs coudes. Dans une barque amarrée à droite dans les roseaux, deux pêcheurs ; l’un est debout et tient une ligne; l’autre est assis. A droite, dans l’éloignement, un vol d’oiseaux. On the Thames F. S. Haden 1859.

Cette estampe, eau-forte et pointe sèche, est extrêmement rare ; elle figura au Salon de 1859 sous la rubrique Vue prise de la Tamise et sous le N° 3657. C’est la première œuvre du Maître qui, croyons-nous, fut exposée en France, elle y produisit une profonde sensation dans le monde artistique. — La planche est détruite.

Mytton Hall (D 13 — - K 22). — Une allée ombreuse de vieux ifs conduit à la porte cintrée d’un ancien château violemment éclairée. Sur le premier plan, deux gros boulets en pierre. Seymour Haden 1859.

Quelques épreuves d'essai sans signature. Le lei état, que 'nous venons de décrire, a été publié dans Etudes à l’eau-forte sous le No 24. Cette admirable pointe sèche, d’une insigne rareté et dont le cuivre est détruit, représente la maison de plaisance d’Henri VII, elle était louée pendant la belle saison par Sir Seymour Haden qui se livrait à la pèche du saumon dans la petite rivière Ribble qui passait non loin de là.

Egham Lock (D 15 — K 27). — La vue est prise dans un endroit où la rivière s’étrangle pour passer à une écluse en bois qui occupe le milieu de l’estampe. Les deux rives sont boisées et au tout dernier plan on aperçoit un arbre touffu dont le mirage dans l’eau est rompu par le courant. En bas, à gauche : Egham-Lock. Seymour Haden.

Cette eau-forte fut gravée en 1859 et reproduite dans la Gazette des Beaux- Arts, tome XVII, en 1864 et publiée dans Etudes à l’eau-forte sous le N» 23. Le

> Numérotage établi dans le Catalogue de l’oeuvre du Maître exposé à Boston en mars-mai 1896. Chaque état portait un numéro di//ércnl.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

1er état est avec le ciel et la signature; le 2>' sans la signature et au ciel blanc ; au 3e état, la planche a été terminée en manière noire, et quelques épreuves seulement en ont été tirées, car la planche a été perdue, croyonsnous. Le 1er état seul est recherché ; il est assez rare.

Sub tegmine... (D 16 — K 31). — Au premier plan à droite, un homme coiffé d’un chapeau à haute forme est couché à l’ombre de deux gros arbres ; à sa droite, le terrain est inondé de lumière. Au fond de l’estampe, un homme et une femme sont assis l’un près de l’autre. En bas, à gauche : Greenwich Park, 1859. Seymour Haden.

Eau-forte et pointe sèche rarissime, car la planche n’a guère tiré en tout qu’une trentaine d’épreuves. Au 1" état, le nom de l’artiste n'existe pas encore. — Planche détruite.

Fulham (D 18 — K 38). — Des maisons le long de la rivière, et au fond de l’estampe l’église de Fulham avec ses deux tours; à droite, un pont. A gauche, sur le tout premier plan, très vigoureusement accusés, des arbres. Fulham. S. H.

Cette très jolie eau-forte et pointe sèche fut gravée en 1859, elle est actuellement épuisée et fort rare ; au Fr état, qui fut publié dans les premiers numéros de : Etudes à l’eau-forte, sous le N" 6, on lit : Seymour Haden. Fulham ; et seulement Fulham S. II. dans les tirages postérieurs de ces Etudes. Il existe des épreuves portant les mots : Sculpsit et Fulham sur la Tamise ; elles sont à rejeter, car elles proviennent de la planche usée, et ces addenda n’ont jamais été autorisés par l’artiste.

On the Test (D 19 — K 42). — Le soleil vient de disparaître à l’horizon derrière les collines ; au milieu de l’estampe, on distingue un pont rustique qui met en communication les deux rives d’une tranquille petite rivière bordée à gauche par de grands arbres touffus. A droite, sur le terrain nu de la berge, un troupeau de moutons. Dans le coin droit : Seymour Haden.

Cette pointe sèche, que Burty appelle Le Crépuscule, dans son catalogue, est une des plus merveilleuses pièces de l’œuvre, il s’en dégage une poésie d’une intensité pénétrante et d’un charme indéfinissable ; nous nous étonnons qu’elle n’ait pas la réputation du Sunsel in Ireland, Calais Pier, Shere Mill Pond, etc..., et nous venons ici attirer sur elle l’attention d’une façon toute particulière et revendiquer hautement la place qu’elle doit occuper dans le groupe des pièces célèbres. — Le comte Matheus en possède un admirable exemplaire. — Cette estampe, ainsi que la suivante, A Water Meadoiv, furent gravées toutes deux le même jour en 1859, la première le soir, et la seconde en plein midi,

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

A Watep Meadow (D 20 — K 46). — En plein midi, une prairie bordée d’arbres, avec un bouquet de "peupliers se détachant sur la droite ; sur le tout premier plan, une mare avec des roseaux, et à gauche les débris d’une vieille écluse dont le bois semble vermoulu. Au tout dernier plan à gauche, se profilent, à peine esquissées, des collines. Sans signature.

Il existe des épreuves d'essais extrêmement rares dans lesquelles l’eau n’est pas encore indiquée ; dans les premières on lit la date 1859, dans les autres ce millésime a été effacé. Cette estampe est particulièrement aimée de sir Seymour Haden qui nous a fait hommage d’un superbe exemplaire délicatement retouché au crayon par lui-même. Cette eau-forte est quelquefois désignée sous le titre La Prairie, ou encore La Prairie inondée. Il existe une épreuve d’essai marquée Romsey Meadows.

Early Morning Richmond (D 21 — K 52). — Une plaine tout ensoleillée s’étend à gauche derrière une rangée d’arbres qui traversent obliquement la composition. Sur le premier plan, d’autres arbres projettent leurs ombres sur le chemin. F. S. Haden 1859.

Cette eau-fortc et pointe sèche est devenue fort rare, surtout en 1er état. Dans le 2e état, qui a été publié dans Etudes à l'ean-forte sous le N» 10, la signature a disparu et a été remplacée par : The lark at heaven's gâte sings <. Planche détruite.

The Mouth of a brook (D 24 — K 58). — En plein été, sous un bois, de jeunes chênes et de hauts genêts qui se penchent, se croisent et font un pont de verdure ; un ruisseau coule lentement, mystérieusement au milieu des roseaux et des joncs. Dans le bas du coin gauche, à peine lisible : S. Haden 1859.

Cette cau-forte pure est tellement rare qu’il nous a éfé impossible de nous la procurer, nous avons donc été forcé d’en emprunter la description à Ph. Burty. Sur l’exemplaire qui figurait à l’exposition de l’œuvre du Maître en 1896, au Muséum of Fine Arts de Boston, on lisait au dos, de la main de Sir Seymour Haden, la note suivante : « La plus rare et une de mes meilleures planches. Sir W. Drake en possède une épreuve ainsi que le British Muséum ; je crois qu’il en existe une quatrième, mais je n’en suis pas sur » -. Après avoir tiré ces 4 exemplaires, on retoucha la planche, on fit remordre, mais l’opération n’ayant pas réussi, le cuivre fut perdu, on en tira néanmoins une épreuve dans laquelle on distingue à droite le tronc de deux arbres.

1 L’alouetle chante à la porte du ciel.

1 Nous venons cl’npprenilre que c’est bien quatre exemplaires qui existent ; trois sont actuellement aux Etats-Unis.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Ne pas confondre cette estampe avec la pointe sèche de même rubrique (Dr. 25) qui est une répétition de la précédente dans la disposition générale, mais d’un effet tout différent ; tirée à 8 exemplaires.

A By-Road in Tipperary (D28 — K (58). — A peine tracée sur le gazon et le terrain blanc, la route passe sous la voûte que forment en se croisant les branches presque horizontales d’un bois de frênes centenaires. Dans le lointain, entre la ligne des troncs tachetés, on aperçoit des champs, des maisons et une colline basse. Seymour Haden 1860.

N’ayant pu rencontrer cette pièce d’une insigne rarclc, nous avons encore dû en emprunter la description à 13urty. Un exemplaire sur japon et encadré passa à la vente Michelin en 1898, il fut adjugé 1320 francs, plus les frais; c’était une épreuve d’une beauté éblouissante. Au 1er état seulement, on aperçoit sur la route une charrette qui s’éloigne ; elle a été effacée dans l’état suivant.

Cette eau-forte et pointe sèche, dont il n’a guère été tiré qu’une quarantaine d’épreuves, figura au Salon de 1864 (N° 2993) sous la rubrique : La Route traversant la Forêt. Elle fut prise, de même que A Sunset in Ireland, dans le parc du vicomte Ilawarden, c’est-à-dire dans un des sites les plus séduisants de ce merveilleux comté de Tipperary.

Combe Bottom (D 29 — K 72). — Au premier plan à droite, sur un terrain sablonneux, deux lapins effrayés par leur ombre ; au fond de l’estampe, un bois. S. Haden Shere.

L’état que nous venons de décrire est le 1er état, celui qui fut, en 1865, publié dans les premiers numéros de : Etudes à l’eau-forte.

Il y a de nombreuses épreuves d’essai — cinq, croyons-nous — dans les premières, les lapins n'existent pas. A l’exposition du Musée de Boston déjà mentionnée, figuraient deux exemplaires d'essai non signalés par Drake ; en voici la description :

1° Une colline occupe le premier plan, s’élevant de gauche à droite, elle est couronnée de sombres buissons ; le sommet lui-même de cette colline est fortement ombré pour faire opposition à la partie du milieu qui est très lumineuse. On ne voit rien encore de la charrette et du cheval suivis par un homme à pied. Dans le bas du coin gauche, on lit : F. S. Haden. 1860, et dans celui de droite : Combe Bottom Coing up to fold, suivi d’une autre inscription, une signature sans doute, rendue très difficilement lisible par les indications de gazon qui la viennent complètement masquer.

2° La colline avec son couronnement de buissons à droite a disparu ; la signature du coin gauche est devenue Seymour Haden ; l’inscription de droite subsiste encore, mais apparaît beaucoup plus pâle.

Cette toute petite pièce est un bijou ; faite de rien, elle n’en est pas moins d’une extrême séduction. Elle est de toute rareté, aussi engageons-nous vivement le collectionneur qui la rencontrera à ne la laisser échapper à aucun prix. On la désigne quelquefois aussi sous le nom de La Garenne ; c’est une pointe sèche et eau-forte.

A Cottage Window (D 33 — K 80). — A travers une fenêtre, on aperçoit des roses en treillis et l’église d’un village. Sur le seuil de la croisée, un chat blanc est en train de faire sa toilette avec sa patte.

Cette pièce — eau-forte et pointe sèche — qui n’a pas eu de tirage régulier, est absolument introuvable ; il en existe peut-être 4 à 5 épreuves, pas davantage. Au second essai, la planche a été coupée et : S. Haden 1860 ont été ajoutés. — Elle est actuellement détruite.

Shere Mill Pond 1 (D 35 — K 83). — Tout le premier plan de l’estampe est occupé par une large nappe d’eau dormante dans laquelle les arbres qui l’entourent viennent se refléter. A gauche, des plantes aquatiques, des constructions basses, des peupliers dominant de toute leur hauteur les arbres derrière lesquels ils s’élèvent et une silhouette de cheminée de fabrique émergeant à droite des peupliers ; tout au fond, on distingue la toiture d’un moulin à eau ; à droite, une masse sombre d’arbres très touffus, et sur le tout premier plan, un fouillis de roseaux d’où s’envole un canard. Dans le coin inférieur : Seymour Haden 1860.

Cette pièce, qui se raréfie tous les jours, est célèbre à l’instar des plus fameux Rembrandt ; c’est une admirable eau-forte dont cinq exemplaires d’états différents furent exposés au Muséum of Fine Arts de Boston en 1896 ; nous croyons intéressant de les mentionner ici :

1» Epreuve d’essai fa) de Drake ; c’est-à-dire, avant la signature, les peupliers à droite et l’introduction du canard. Exemplaire retouché, la retouche comportant un grand vol d’oiseaux dans le ciel.

2« Epreuve d’essai fb) de Drake ; cet auteur indique ainsi le titre dans le bas du coin gauche : Shere Mill Pond, quand dans l’épreuve exposée ici on lit : Shere mill pond ; de plus, il y a dans le bas du coin droit : Seymour Haden 1860, ce que Drake à omis de signaler ; le ciel et le canard existent. L’épreuve est retouchée et porte la mention : 1er état avec le ciel.

3° Etat non décrit, marqué Ie r état. La désignation Shere mill pond, qui se trouve dans le bas du coin gauche, a été effacée puis remise, mais alors le premier mot Shere est seul lisible.

* La grande planche, car il en existe une petite (Dr. 34) qui est une réduction de la précédente. — A l'exposition de l'œuvre à New-York, en 1901. il y avait une copie de la grande planche par Barry.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

4" 2e état publié de Drake ; toutes traces d’inscription dans le bas du coin gauche ont disparu. — C’est l’état publié sous le N» 21 dans Etudes à l’eau-forte ; le ciel a été effacé, et dans le coin droit inférieur on lit : Seymour Haden 1860.

5» Etat non décrit par Drake. — La signature du bas du coin droit a été effacée. — On a écrit sur cette épreuve : Planche remordue et immédiatement détruite, ou plutôt biffée, ce qui revient au même.

Le l*?r état publié de Drake, qui ne figurait pas à cette exposition, est avec le ciel et avec la signature et le millésime dans le coin droit inférieur.

Il n’existe que 2 ou 3 épreuves connues avant le canard et on ignore absolument où elles sont actuellement •. — Le cuivre biffé est actuellement entre les mains de M. Frederick Keppel, de New-York. Sir F. Seymour Haden lui en fit cadeau, il y a quelques années, avec sa pointe, longue barre d’acier ronde, mesurant initialement 18 pouces* anglais et réduite maintenant, après 40 ans de merveilleux travaux, à la moitié de sa longueur. — Cette estampe est surtout connue en France sous la rubrique : L’Etang au Canard.

The Letter (D 41 — K 99). — Une femme vêtue de noir, avec une chemisette blanche, s’appuie contre une porte entrouverte, la main retombe le long du corps, tenant une lettre. On lit dans le coin, en caractères renversés : Seymour Haden 1863.

Cette pointe sèche n’a été tirée qu’à 3 exemplaires ; deux sans la lettre dans la main, et un avec cette lettre. — Burty dénomme cette pièce : Tristesse.

A Sunset in Ireland (D 44 — K 106). — C’est le soir, une petite rivière aux bords gazonnés serpente limpide et calme au milieu d’un bois aux arbres sombres et touffus. Au tout premier plan, l’eau très transparente est violemment éclairée ; à droite, une partie de la prairie est sans arbre, et près de la rive, une perche émerge de l’eau ; à l’horizon, au-dessus des bois, des oiseaux dans le ciel très légèrement esquissés ; tout à fait à gauche sous les arbres, deux personnages vus de dos s’éloignant. Dans le coin gauche inférieur : Seymour Haden 1863.

Qu’on veuille bien nous permettre d’évoquer ici un très agréable souvenir et de faire revivre une histoire qui, si elle ne fait point honneur à notre discrétion, nous sera pardonnée — nous l’espérons du moins — en raison de la franchise avec laquelle nous allons la conter :

C’était en 1888, nous revenions de Paris où nous avions eu l’occasion d’examiner un merveilleux œuvre du Maître, fortement impressionné et

1 Un exemplaire d’essai, unique sans doute, avec le ciel et le canard, a figuré à l'Exposition faite par The Grolier Club à New-York, en avril et mai 1902.

* Soit environ 54 centimètres.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

n’écoutant que notre enthousiasme, nous écrivîmes sur l’heure une lettre aussi chaude que respectueuse à l’éminent artiste, lui demandant humblement s’il serait assez aimable de vouloir bien échanger la moindre de ses eaux-fortes contre le méchant volume — Les Estampes du XVIIIe siècle — que nous venions de publier. La lettre était à peine partie que nous nous sentîmes épouvanté de notre audace, il était trop tard... La semaine ne s’était pas écoulée que nous recevions — jugez de notre surprise et ajoutons de notre joie — en même temps que quelques lignes charmantes A Sunset in Ireland sur peau de vélin d’une insurpassable beauté, rendu plus précieux encore par un mot de gracieux envoi dans la marge. Nous en fûmes et en demeurons encore confondu et, malgré les années écoulées, nous sommes heureux de remercier encore du fond du cœur et publiquement ici le grand et sublime artiste qui a bien voulu détacher pour nous le plus pur et le plus rare joyau d’un écrin riche entre tous, et l’assurer de l’éternelle reconnaissance que nous lui gardons pour l’exquise et continuelle jouissance qu’il a bien voulu nous procurer.

L’état que nous venons de décrire est celui publié dans Etudes à l’eau-forte sous le N« 15. Une épreuve de cette pointe sèche figura au Salon de 1864 sous le N" 2994 et sous la rubrique : La Rivière au milieu du parc. Cette estampe, la plus rare de l’œuvre, est d’un classement fort difficile; Drake, y compris les épreuves d’essai, compte 9 états, et il doit être incomplet, car à l’Exposition de Boston figuraient trois états non décrits, ce qui porterait finalement à 12 leur nombre définitif. Dans les trois premières épreuves d'essai, le bâton — ou la perche — planté dans l’eau à droite n’existe pas encore. On désigne quelquefois cette pièce sous la rubrique : Coucher de Soleil en Tipperary. Le cuivre de cette estampe, pour laquelle nous jetterions par dessus bord tous les paysages de Rembrandt, est actuellement biffé et se trouve en Amérique. Une épreuve admirable de cette estampe en 1er état — l’exemplaire de Burty — est aujourd’hui dans la collection du comte Matheus qui possède, du reste, un des plus beaux œuvres du Maître.

Batte rsea Reaeh (D 45 — K 114). — La Tamise à Battersea. Au premier plan, deux flâneurs le long du parapet ; au milieu du courant, un certain nombre de barques amarrées ensemble ; à droite, les faubourgs de la ville avec l’église et le toit rond d’une fabrique ; au fond, un pont occupant toute la largeur du fleuve, et sur la gauche, presque au premier plan le long du quai, deux grands mâts où sont amarrés des bateaux. Tout à fait dans le haut du coin gauche : Old Chelsea, Seymour Haden 1863, et immédiatement au-dessous de cette autre ligne : Ont of Whistler's window.

C’est ce 1C| état que nous venons de décrire qui a été reproduit dans le xviiic volume de la Gazette des Beaux-Arts en 1864; cette planche extrêmement mordue fut tirée à Londres par Delâtre. Dans le 2e état qui fut publié dans Etudes à l’eau-forte sous le N° 2, l’inscription de gauche Old Chelsea, etc., a été effacée et remplacée à droite par : Battersea Reach, Seymour Haden, de plus, on aperçoit un ballon qui s’élève au-dessus du pont du chemin de fer, en haut de l’estampe.

DIX -NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Nous avons eu occasion de voir dans la collection de M. A. Barrion un exemplaire de 2« état, avec un homme assis avec son singe sur le parapet du tout premier plan, au lieu et place de l’homme debout adossé contre le dit parapet, particularité qui n’avait encore jamais été signalée. A l’exposition laite par Frederick Keppel, à New- York, en 1901, il y avait aussi deux curieuses épreuves, l’une avec un singe et un cliat, l’autre avec deux singes ; il y figurait également un 3® état non décrit par Drake, dans lequel de nombreux travaux étaient ajoutés dans le ciel ; une fumée plus épaisse sortait aussi des cheminées. Le ltr état de cette eau-forte est extrêmement rare, ainsi que le 2e, la planche s’étant brisée avant que le tirage n’en fut terminé.

Whistler’s House, Old Chelsea (I) 47 — K 118). — A marée basse, sur la vase, nombre de bateaux brisés, allèges, barques à charbon sont à sec. A gauche, Lindsay Row, et au delà sur la droite, l’église de Old Chelsea et Battersea Bridge. Une étoile ressemblant à un petit soleil indique les cheminées de la maison de Whistler. Quelques personnages parmi lesquels les deux plus avancés s’acheminent vers la rivière, armés de perches. Dans le bas du coin gauche : Whistler’s House ni Old Chelsea, Seymour Haden, f1 an : 1863.

Cette eau-forte, dont la planche est détruite, fut publiée sous le N° 8 dans Etudes à Veau-forte. Les épreuves d’essai avant l'étoile sont rarissimes. Sir Seymour Haden a dit quelque part que le dessin de cette planche, dont il prit un soin infini, lui donna énormément de mal, particulièrement dans le raccourci des barques, et qu’au tirage les épreuves baissant rapidement, il fut forcé de détruire la planche avant qu’cllc n’eut donné son quantum normal.

Newcastle in Emlyn (D 55 — Iv 129). — Sur le bord ponté de la rivière Teivy, dans le South Wales, deux vaches sont couchées à droite. Au fond de l’estampe, sur le sommet d’une colline boisée derrière laquelle le soleil se lève, on aperçoit une maison carrée. Dans le haut du coin droit : Newcastle in Emlyn. Seymour Haden.

Dans l’état d’essai, la maison carrée n'existe pas. — Cette eau-forte, qui fut faite en 18G4, parut dans Etudes à l’eau-forte sous le N® 20. C’est une très intéressante petite pièce gravée en manière de grifionnis, très séduisante dans sa simplicité ; c’est la maison de Benjamin Davis. — Planche détruite.

Kilgaren Castle (D 58 — Iv 138). — A droite, sur le sommet d’une colline au liane complètement dénudé, les ruines d’un vieux château fort. Au pied de la colline, serpente une rivière ; sur la berge gauche, au bois touffu et sombre faisant un puissant contraste avec la rive opposée qui est violemment éclairée, on distingue des person-

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

nages ayant leur coracle 1 sur le dos. Dans le bas du coin gauche : Kilgaren Castle 17 Aug. 186k.

Gravée dans la même manière que la pièce précédente, elle est peut-être plus remarquable encore dans sa merveilleuse synthèse, c’est fait de rien, et cependant ça y est! On y sent la griffe puissante du lion. — Planche détruite.

Cardigan Bridge (D 60 — K 142). — Près de la mer, la rivière Teivy ; à droite, les murs blancs d’un village, et à gauche, le soleil qui se couche derrière les collines. Puis l’inscription : From the Bridge cit Cardigan. Aug 17. 186k.

Cette eau-forte fut publiée dans Etudes ci Veau-forte sous le N° 16. — Drake raconte que l’artiste grava 5 autres planches dans cette même journée du 17 août.

Brentford Ferry (D 66 — K 161). — Une rivière dont la rive est bordée d’arbres touffus et près desquels, au tout premier plan, on voit quatre étais soutenant les terres. Au fond à gauche, un petit bouquet d’arbres se reflètent dans l’eau. Dans le bas du coin gauche : Brentford Ferry. Seymour Haden 186k.

Il existe une épreuve d’essai tirée à deux exemplaires seulement, dans laquelle on distingue un banc de vase au milieu de la rivière. Le le>' état a été publié dans Etudes à Veau-forte sous le N° 14. Dans les toutes premières épreuves seulement, croyons-nous, on voit dans le haut du coin gauche à la pointe sèche : To Whistler. — Planche détruite.

The Towing Path1 2 (D 67 — K 163). — A droite, sur le bord d’une paisible rivière, au milieu de laquelle est une île boisée, une dame se promène tenant un chien en laisse. Dans le coin droit inférieur : The Towing Path, et dans le coin droit supérieur : Seymour Haden 186k.

11 y a plusieurs épreuves d’essai; dans la dernière, c’est-à-dire dans celle qui précède le 1er état régulier, on lit IJampton Court à gauche dans le coin inférieur et pas encore Tlie Towing Path; mais cet essai n’est pas à l’effet et est beaucoup moins avancé que le vrai ffr état définitif, ainsi, par exemple, l'ombre projetée par la femme n’existe pas.

1 Le coracle est une sorte de petit bateau — véritable coquille de noix — dont se servent les paysans indigènes du pays de Galles pour pêcher ou traverser un petit cours d'eau ; il est fait d’une carcasse d'osier recouverte en cuir et est extrêmement léger.

2 Le Chemin île llalage ou La Promenade au bord de l'eau.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

L’état que nous avons décrit est le premier et celui publié dans Eludes à l'eau-forte sous le N<> 4; dans le second et dernier, la femme a été effacée et remplacée par un second chien.

Cette pointe sèche est fort belle, cependant nous sommes obligé de confesser que la présence de la femme encombre vraiment un peu trop la composition par l’importance qu’on lui a réservée, sa suppression eut été, croyons-nous, de beaucoup préférable. Sir Seymour Haden en avait eu du reste comme un vague pressentiment, car dans le catalogue de l’Exposition de New-York, en 1901, nous lisons au-dessous de cette pièce la curieuse note suivante, écrite de sa main, que nous traduisons presque littéralement:

« M. Haden a toujours considéré celte planche comme une de ses meilleures, » cependant il doit avouer qu’il semble être le seul de son opinion. Est-ce lu » faute du chien ou celle de la dame, il l’ignore, toujours esl-il que la pièce » est peu appréciée. »

A River in Ireland (D 82 — K 193). — Elle traverse, paresseuse et cristalline, un de ces grands parcs où les arbres croissent librement pour la paix des oiseaux, rébattement des écureuils, le plaisir des yeux. A droite, sur la berge, une barrière rustique marque la séparation du parc avec la campagne au fond de laquelle on aperçoit quelques maisons. A gauche : Seymour Haden t86ï; le 4 est renversé.

N’ayant pu voir cette rarissime eau-forte, nous en avons emprunté la jolie description à Ph. Burty. Le Ie* état que nous venons de décrire a été tiré à 32 exemplaires seulement; le 21', dans lequel un pêcheur, la ligne sur l’épaule, s’apprête à passer la rivière de droite à gauche, n’existe probablement qu’à deux épreuves. La planche fut détruite, et Drake affirme que l’épreuve tirée et emportée subrepticement à Paris disparut au moment même où on allait la mettre en vente; il pourrait bien se tromper, car nous voyons un exemplaire sur chine volant de cet état passer à la vente Louis Galichon en mars 1895, où il fut adjugé 610 francs ; un timbre humide, maladroitement placé sur la partie gravée, venait gâter la condition de l’estampe.

Signalons aussi une épreuve d’un état non décrit, c’est-à-dire avec deux pêcheurs, qui passa à la vente Michelin en avril 1898 et qui fut adjugée 410 francs.

Sunset on the Thames (D 83 — K 194). — La soleil sombre à l’horizon qu’il éclaire de ses rayons. Au milieu de la rivière, une barque, dont les voiles sont carguées, descend avec le Ilot. Dans le bas du coin gauche : Seymour Haden ad nat 1S65.

Le bel état, est le 1er que nous venons de décrire, où les rayons sombres qui étaient autour du soleil ont été effacés, et où les deux rayons de gauche présentent entre eux un intervalle de blanc très accentué. Dans le 2e état, l’intervalle blanc a disparu sous de nouveaux travaux, et des stratus se forment à l'horizon. Le 1er état a été publié sous le N" 5 dans Eludes ci l’eau-forte, il est devenu extrêmement rare. Celle pièce, par sa beauté est a

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

maîtrise, se recommande hautement aux collectionneurs ; nous la leur signalons donc d’une façon toute particulière. Il existe un 3<? état, que Drake n’a pas mentionné, dans lequel on aperçoit dans le coin droit inférieur un jeune garçon à la nage. — Planche détruite.

Horsley’s Cottages (D90 — K 217). — A droite, des arbres, et au fond, des chaumières ; à gauche sur le premier plan, vide pour ainsi dire de travaux, à part quelques indications d’herbes, un taureau la tête tournée à droite. Dans le coin droit inférieur : Seymour Haden.

Cette eau-forte et pointe sèche, gravée sur zinc en 1865, est extrêmement séduisante. — Il existe des épreuves d’essai où, à droite, se promène un sportman ; d’autres épreuves sont sans le taureau et le sportman et avec, dans le bas du coin droit : Willesley. S. Haden 1865 ; d’autres enfin portent l’inscription : Cottages behind Horsley Home. S. Haden dans le coin gauche inférieur ; les mots Willesley, etc., sont alors effacés.

Old Chelsea Church (D 99 — K 240). — La Tamise à Chelsea ; à gauche, la vieille église et Battersea Bridge ; au centre, une partie du vieux palais hollandais connu sous le nom de Lindsay Bow ; à droite, des arbres et des madriers sur un débarcadère ; des gabares descendent avec le flot : Old Chelsea. Seymour Haden.

Cette eau-forte et pointe sèche publiée par The Etching Club après la réduction du cuivre fut gravée en 18G5, elle est d’une extrême rareté. Il existe une épreuve d’essai unique où sur une barque qui est à droite on lit : The Berthe Laure of Paris; il y a encore deux états d’essai en plus de l’état définitif publié que nous venons de décrire. — Planche détruite.

The three Sisters (D 116 — K 283). — Sur un premier plan sablonneux et très éclairé ont poussé quelques fougères ; à droite, trois gros arbres dépouillés de leurs feuilles, celui qui est le plus en avant est brisé et fortement incliné sur la droite ; un sous bois accidenté forme le fond de l’estampe. Dans le bas du coin droit : S. Haden.

Cette eau-forte fut gravée en 1868.

Breaking up of the Agamemnon (D 128 — K 325). — Le vieux navire démantelé est converti en ponton; il occupe le milieu de l’estampe, l’avant tourné à gauche vers Greenwich ; le soleil est indiqué sur l’estampe par un simple cercle. Très à gauche, presqu’au dernier plan, le grand bateau The Dreadnought et l’hôpital de Greenwich. Dans le coin inférieur du même côté : Seymour Haden 1870.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Une des pièces célèbres de l’œuvre. — Il existe des épreuves d'essai où on a ajouté sur le premier plan à droite une grosse pièce de bois, ainsi qu’une église avec sa tour carrée tout près de l’oreille de l’ancre. Dans le l«r état la poutre a disparu et l’cglisc à l’horizon a été remplacée par une cheminée qui fume. Il existe une épreuve d’essai non décrite dans laquelle la grosse pièce de bois ainsi que l’église vue à distance ont été effacées, à la place de l’église on aperçoit une ligne de rivage et de nuages.

Calais Pier (D 140 — K 380).

Ayant eu le regret de ne pouvoir nous procurer cette' pièce rarissime, gravée d’après le tableau de Turner qui est à la National Gallcrg, nous ne pouvons en donner la description. La planche était préparée pour la mezzotinte, niais le but ayant été, croyons-nous, dépassé, elle fut publiée en eau-forte. Il n’y a guère en tout qu’une centaine d’exemplaires, épreuves d’essai et d’états compris. Gravé en 1874.

The Keep (D 151 — K 411). — Au fond de l’estampe, à droite, la silhouette d’un château en ruine ; au milieu, deux vaches, et sur le premier plan à gauche, un arbre près du tronc duquel on lit : Seymour Haden 1S77. Le nom Haden, qui est sur le tronc même, est illisible.

Windsor (D 183 — K 484). — De l’anse où les élèves d’Eton ont coutume de se baigner, on aperçoit la tour et les vieux murs du château ; sur la rivière, une barque est à l’ancre. Deux enfants à droite s’apprêtent à entrer dans l’eau. Seymour Haden 1878.

Cette cau-forte, dont la planche est détruite, n’a guère été tirée qu’à cent trente et quelques exemplaires y compris les épreuves d’essai et les états réguliers. L’esquisse en fut faite, un peu imprudemment, par l’artiste sur le pont même du chemin de fer, légèrement inquiet de se voir dérangé de son travail par l’arrivée soudaine d’un train.

Greenwich (D 184 — K 501). — Tout le milieu de la composition est occupé par la façade de l’hôpital ; dans la partie gauche, on distingue des navires avec leur haute mâture, leurs pavillons et la silhouette des maisons de Greenwich. Sur la Tamise, des bateaux louvoyent ; un charbonnier ' ayant en coupe une barque est ancré au milieu du courant. Le soleil baisse. Seymour Haden 1879.

Cette cau-fortc, dont la planche est détruite, a de très nombreuses épreuves d’essai et seulement deux états réguliers de publication ; elle est comme la précédente rare et recherchée.

I Steamer spécialement affecté au transport des houilles.

A Lancashire River (Béraldi 191 — K 523). — La rivière occupe tout le premier plan et s’en va se perdre à gauche au milieu de rives hautes et escarpées; celle de droite est très hoisée. A l’extrême gauche, on aperçoit des bateaux et des filets qui sont étendus pour sécher. Des vaches sont à l’eau et d’autres sont dispersées sur une petite presqu’île, du même côté. Il y a des nuages dans le ciel, à droite et à gauche, avec un espace clair entre eux et une indication de pluie à gauche. Dans le coin droit inférieur : Seymour Haden 1881.

Pièce très remarquable et fort recherchée, tirée à 105 exemplaires dont 5 d'essai.

River Test at Long Parish (Béraldi 198 — K 552). — Une rivière occupant le plan de gauche et celui du milieu, le côté droit se trouve masqué par l’élévation de la berge sur laquelle croissent deux arbres et des fougères. Au centre de la composition, un long pont de bois — au delà duquel on aperçoit des fermes — traverse la rivière. Plus loin encore, et occupant tout le fond, une forêt. Dans le ciel, de brillants nuages blancs, et dans le bas du coin gauche : Seymour Haden 1882.

Nous eussions pu mentionner encore beaucoup d’autres pièces remarquables, mais nous avons été forcé de nous limiter ; nous estimons cependant avoir donné, dans ce choix tout restreint qu’il soit, la physionomie générale et fidèle d’un œuvre magistral et merveilleux entre tous. Pour les curieux et les amoureux du Maître — un des plus puissants des temps modernes1, dont le nom, brillant comme un météore, illumine l’horizon de notre siècle d’une incomparable clarté — nous allons indiquer les principales sources où ils pourront puiser les documents complémentaires qui leur seraient nécessaires, s’ils tenaient à pousser plus loin leurs investigations:

L’œuvre de M. Francis Seymour Haden par Ph. Burty ( Gazette des Beaux- Arts, tome XVII), 1864.

1 Voici cc qu’écrivait le regretté Paul Mantz en 1889, au moment où l’artiste venait d’être Grand-Prix de l’Exposition universelle, récompense la plus élevée qui lui fut renouvelée à celle de 1900 : «... Mais toutes les eaux-fortes des graveurs anglais pâlissent devant celles de M. Seymour Haden. C’est vraiment lui le Maître. Il est essentiellement paysagiste et il exprime à miracle la transparence des eaux donnantes, le mouvement des ciels tumultueux, les belles découpures que les arbres dessinent à l'horizon. Artiste au travail libre, il invente et renouvelle ses procédés pour traduire plus fidèlement l'impression que lui donne la nature, cl les résultats qu'il obtient sont délicats et superbes. Il a des noirs veloutés qui valent ceux de Itembrandt. » — Sir Seymour Haden est président de la Société Royale des Peintres-Graveurs de Londres. — Il fut créé baronnet en 1891,

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES 455

A descriptive catalogue of thc etched work of Francis Seymour Haden by Sir William Richard Drakc ', London 1880.

Catalogue of Etchings by !VF Seymour Haden exhibited by F. Keppcl, New- York 1883.

Les Graveurs du xixi: siècle par Henri Réraidi, tome VIII, Paris 1889.

Catalogue of Francis Seymour Haden... First part: The complète etched work... Hermann Wundcrlich et C<», New-York 1890.

Muséum of Fine Arts Print Department : Catalogue of a collection of Etchings by Francis Sevmour Haden formerly the private property of the artist, Roslon 189G 1 2.

Fine Prints by Frederick Wcdmore, London 1897.

Catalogue of a second exhibition 3 of Etchings... by Sir Francis Seymour Haden. P. et D. Colnaghi et C", London 1901.

Catalogue of an exhibition of Etchings by Sir Seymour Haden. Frederick Keppel et C», New- York 1901.

Catalogue of Etchings, Dry points and Mezzotints by Sir Francis Seymour Haden. Exhibited* at The Grolier Club, april-may 1902.

Sir Seymour Haden, Paintcr Etehcr, by Frederick Keppel, New-York (s. d.).

Ajoutons qu’à l’heure actuelle l’œuvre complet de l’artiste s’élève à 233 pièces — nous tenons le renseignement de Sir Seymour Haden lui-même — mais plusieurs, une quinzaine peut-être, ne sont qu’ébauchées; la dernière planche: The Haanl of the Mosqueto, fut exécutée en 1897; c’est une mezzotinte. — Un supplément au catalogue de Drake paraîtra bientôt, nous l’espérons du moins, car le manuscrit en est complètement terminé, l’auteur est M. Henri Nazeby Harrington, de Birkenhead ; il comprendra non seulement les planches terminées, mais encore celles manquées ou fragmentaires.

La plus belle collection existante du Maître est à la Biblothèque publique de New-York, elle fut gracieusement offerte par son propriétaire, M. Samuel Putman Avery en 1901, et se compose de 308 pièces; quant au British Muséum, il ne possède rien de son illustre artiste, n’est-ce pas un véritable comble ! ! ! aussi cherche-t-il à rattraper le temps perdu en rachetant, à n’importe quels prix, les beaux exemplaires qui se présentent. En

1 II contient la description de 185 pièces; la vente du catalogueur eut lieu en mars 1892; inutile d’ajouter que c'était un des œuvres les plus complets qui aient été formés jusqu’ici.

- Catalogue rédigé avec une haute compétence par le distingué conservateur M. Sylvester Rosa Kœhler, actuellement décédé. — Cette collection avait été vendue à M. Hermann Wunderlich de New-York, en 1889.

3 II y avait eu un catalogue antérieur qui, tiré avec trop de précipitation, contenait quelques erreurs ; elles furent rectifiées dans cette seconde édition.

* Cette exposition peut être considérée comme la plus complète et la plus parfaite de l’œuvre de l’illustre Maître qui ait été présenté jusqu’à ce jour. Le catalogue, qui contient environ 554 pièces en différents états, est un modèle de concision et de clarté. Il a été rédigé par M. Kennedy, de l'importante et honorable maison Wunderlich & C” de New-York.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

En 1865-66, il fut publié en France, sous la rubrique : Etudes à l'eau-forte , un portefeuille avec texte de Burty contenant 25 planches; on avait annoncé primitivement qu’il y aurait 250 exemplaires, mais il n’y en a eu réellement que 180, certaines planches ayant baissé rapidement ne purent fournir le tirage. Cette publication, dédiée à M»*e Seymour Haden, très délicatement par Ph. Burty, est devenue fort rare. Delâtrc, à qui l’impression des épreuves avait été confiée, s’en acquitta avec un soin tout particulier.

HAIGr (Axel-Herman)

Peintre graveur d’infiniment de talent, originaire de l’île Gotland, en Suède, mais domicilié depuis de longues années en Angleterre, expose depuis très longtemps à Paris, à la Société des Artistes français ; de son œuvre déjà fort considérable, nous ne retiendrons que les pièces suivantes qu’il faut avoir, car elles sont de tout premier ordre :

Clair de Lune à Tolède — Intérieur de la Cathédrale de Burgos — Retour de Foire à Pampelune — Notre-Dame de Reims — Le Port de Stockholm le soir — Saint-Marc de Venise, et enfin ses dernières : Sur le grand Canal à Venise — L’Etoile de Bethléem — La place de la Constitution à Séville — Wisby, ile de Gotland, etc., etc.

L’artiste a obtenu la médaille d’or à l’Exposition de 1900.

HEINS (Armand)

Etable à Chèvres (1888). — Dans une étable, une chèvre est couchée à gauche avec cinq chevaux. Très vif éclairage à droite.

Berger d’Ostie (1891). — De trois quarts à droite et coiffé d’un large chapeau, un berger légèrement penché en avant, la main droite sur son bâton, regarde par l’embrasure d’une croisée.

Sous la Neige (1900). — Des cabanes à demi-ensevelies occupent tout le fond de l’estampe ; sous une sorte de hangar à gauche (?) on aperçoit une vieille près d’une petite charrette. A droite, dans l'amoncellement des neiges, on voit émerger le haut d’une cheminée. Dans le bas à gauche : A. Heins 1900.

A Tessenderlo (1887). — A gauche, des arbres ; à droite, dans un terrain vague et escarpé, un berger avec son troupeau ; au fond de l’estampe, un village avec son église.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Très bonnes pièces tirées nature, un peu de retroussage quelquefois, niais rarement cependant. M. Paul Bergmans a déjà numéroté les eaux-fortes de l’intéressant artiste belge — 168 pièces environ — mais sentant l’importance de l’œuvre de son compatriote, il est en train d’en établir le catalogue complet raisonné et descriptif.

A signaler encore : Dans les Dunes de Knocke — Le vieux Cheval — Maisonnettes au Zoete — A Arncmmunden, etc., etc.

HELLEU (Paul)

Les Tanagra du Louvre. — Une jeune femme vue de dos et penchée en avant, les mains derrière le dos, examine avec attention les statuettes placées devant elle et qui sont tirées en sanguine.

Jeune Femme à la barre. — Assise de face, les bras croisés et appuyés sur une barre, une jeune femme regarde devant elle.

The Studio. — Une jeune femme assise de prolil à droite et coiffée d’un chapeau, tient sur ses genoux, The Studio; elle regarde devant elle.

Jeune Femme au buste de Marie-Antoinette. — Vue de dos, une jeune femme assise devant une cheminée, se penche en avant pour arranger le feu. Sur la cheminée, entre deux vases, le buste de la Reine Marie-Antoinette.

La Femme au Divan. — Demi-couchée et appuyée sur ses coudes, la tète de profil à gauche, une jeune femme, le chapeau sur la tète, lit le volume qu’elle a placé debout contre le dossier du divan.

La Cigarette. — Etendue ou plutôt demi-couchée de face sur un canapé dans une pose alanguie, le poids du corps reposant sur le coude droit, une jeune femme, la cigarette aux lèvres, le regard perdu dans l’infini, semble rêver.

Un exemplaire de cette estampe — qu’a reproduit le Studio — passa à la vente de Goncourt où des circonstances particulières, que la discrétion nous interdit de dévoiler, la firent monter jusqu’à 650 francs. Elle est actuellement introuvable.

La Femme aux Saxe. — Debout de profil à droite, une jeune femme est accoudée sur une console où deux figurines de Saxe sont placées.

Les Dessins de Watteau au Louvre. — Une jeune femme vue de dos, une longue ombrelle de la main gauche sur laquelle elle s’appuie, se penche en avant pour examiner les dessins du Maître placés sur la cimaise devant elle.

Whistler. — Assis à mi-corps et de face, la tête appuyée sur la main gauche qui est passée sur le dossier de la chaise, le célèbre artiste, le monocle dans l’œil, sourit ; de ses cheveux souples et frisottants, émerge la légendaire mèche blanche.

Cette pointe sèche est un pur chef-d'œuvre et la plus admirable qu’ait jamais gravée l’artiste. C’est en 1897, après un déjeuner à Paris en compagnie de MM. Forain et Boldini — nous tenons ces détails de M. Helleu lui-même — que ce portrait, frappant de ressemblance, fut fait directement sur le cuivre; très emballé par son modèle, l’artiste y déploya une ardeur extraordinaire, en une heure et demie il était achevé, Whistler était rayonnant. Vingt épreuves seulement furent tirées, inutile d’ajouter qu’elles s’enlevèrent en quelques jours et qu’elles sont devenues aujourd’hui introuvables, car ceux qui les ont les gardent précieusement. Le dernier exemplaire fut cédé par M. Helleu pour mille francs à M. R. Dunthorne, le marchand d’estampes de Londres, 5 rue Vigo. Nous en avons revu un autre en maijl902, chez Dumont, il en demandait 1200 francs et encore, semblait-il ne s’en séparer qu’à regret. Le comte Matheus en possède une superbe épreuve.

Jeune Femme à la croisée. — Une jeune femme vue de trois quarts à droite, se penche à un balcon, semblant faire le geste d’appeler.

Ellen et sa Grand’Mère. — Un piano se profilant à gauche, devant lequel sont assises une grand’mère et sa petite fille déchiffrant à quatre mains ; la fillette occupe le premier plan.

Dans le Rr état qui n’a été tiré qu’à 6 exemplaires, le piano n’est pas ombré et le cadre accroché au mur dans le haut du coin gauche n’existe pas, ainsi que de nombreux travaux.

L’Amateur de Peintures. — Une jeune femme vue de trois quarts et coiffée d’un chapeau semblable un peu à ceux que l’on porte à Nice, c’est-à-dire extrêmement plat, s’est arrêtée devant un tableau accroché au mur ; elle vient de droite, et sa main gauche qui a rejeté son vêtement en arrière, est appuyée sur sa hanche.

Ne pas la confondre avec Les Dessins de Watteau au Louvre.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Méditation. — Absolument de face et couchée sans doute — car on ne voit guère que la taille — une jeune femme tète nue, le menton appuyé dans scs deux mains, les yeux perdus dans l’espace, semble rêver.

Tirée en sanguine.

La Femme au Collet de fourrure. — Jeune femme debout, de trois quarts à droite et regardant de face ; elle est vêtue d’un ample collet de fourrure, le chapeau est plat et la main droite soulève légèrement sa jupe. Elle se dirige vers la droite.

Pointe sèche très remarquable imprimée en deux Ions afin d’obtenir le blond des cheveux.

L’œuvre de Ilellcu est extrêmement considérable, en novembre 1901 l’artiste nous écrivait : « J’ai fait aujourd’hui ma quinze cent quatrième planche d’après nature », c’est, on le voit, un travailleur acharné et infatigable, distingué et féministe jusques aux moelles, il sait mieux que personne rendre dans une adorable synthèse, la femme avec sa grâce, son aristocratie et son charme troublant.

Détail caractéristique, le Maître ne signe jamais ses cuivres, mais toutes scs épreuves portent en marge son nom manuscrit, de plus, il ne rubrique jamais ses sujets, et comme toutes ses pointes sèches sont des études de femmes, quand on en veut causer entre amateurs ou marchands, il est souvent fort difficile de s’entendre, des confusions naissent inévitablement, et c’est là, il nous faut l’avouer, un très grave inconvénient. On nous fait remarquer, avec juste raison, que la plupart de ces éludes étant des portraits, il serait difficile, ou tout au moins délicat de dévoiler la personnalité des modèles en les nommant, nul plus que nous 11e comprend que l’anonymat soit respecté, mais l’arliste pourrait néanmoins nous aider considérablement en griffonnant dans un coin de l’estampe soit une rose, un œillet, une violette, un brin de muguet, un papillon, une abeille, un scarabée, une coccinelle, etc., etc., on dirait alors la femme à la rose, à l’abeille... toute méprise serait évitée, toute erreur interdite.

Les titres que nous avons donnés ci-dessus sont ceux sous lesquels les pièces sont généralement cataloguées. Le nombre des épreuves est très limité, une vingtaine d’exemplaires en moyenne, quelquefois même moins.

Laurent Dumont, 27 rue Laffite, s’est fait une spécialité de l’œuvre de l’artiste, c’est chez lui qu’on peut se procurer les plus beaux spécimens du Maître, nous en avons vu là d’états et de qualité absolument hors ligne ; nous profitons de l’occasion pour remercier l’aimable marchand d’estampes qui nous a toujours ouvert si libéralement ses portefeuilles, et chez lequel nous ne manquons jamais d’aller passer quelques heures quand nos travaux nous appellent à Paris.

En 1896, 1898 et 1900 Frederick Keppel et O firent de très complètes expositions fies pointes sèches et des dessins de l’artiste dans leur galerie de

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

New-York. The Studio a maintes fois entretenu ses lecteurs de ce Maître au talent si français, et dernièrement encore La Revue Illustrée de novembre 1900 lui consacrait un intéressant article sous la signature de M. Gabriel Mourey.

Au point de vue document on peut consulter : Le Catalogue des pointes sèches d’Helleu, Paris, imprimerie Lemercier, 1897; ce sont 60 reproductions héliogravées des pointes sèches du Maître, la couverture de cet in-folio est ornée du portrait de l’artiste par Boldini. Il y a quelques mois, Paul Helleu vient d’offrir au Département des Estampes cinquante épreuves choisies parmi les meilleures de son œuvre, voilà un bon exemple donné à ses confrères et nous serions heureux de les voir l’imiter.

HERKOMER (H.)

Une vieille Femme. — La tête seulement, coiffée d’un bonnet noir, elle regarde presque de face, la joue gauche est vigoureusement éclairée. Dans le coin droit supérieur ; H. Herkomer op : 7 1878.

Eau-forte tout à fait hors ligne, d’une beauté d’expression véritablement extraordinaire, la seule pièce qu’il nous a été donné de voir de l’artiste dont, malheureusement, nous ignorons complètement l’œuvre, qui doit être de qualité supérieure à en juger par cet important spécimen.

HERVIER (Adolphe)

Né en 1821, mort en 1879; un artiste délicieux qui n’est encore à l’heure présente connu que d’un nombre infime de délicats, à peine si on le collectionne ! et Dieu sait cependant les petites merveilles qu’il a enfantées; ses lithographies surtout comptent des chefs-d’œuvre. Malheureusement toutes ces pièces sont sans titre ce qui rend très difficile leur présentation, citons-en néanmoins quelques-unes au hasard, en essayant de donner une description qui, nous le craignons bien, sera de peu d’utilité pour le collectionneur.

A ce propos, qu’il nous soit permis de déplorer profondément l’exécrable habitude qu’ont les artistes de ne jamais rubriquer leurs œuvres. Comment voulez-vous qu’on s’y reconnaisse, quel moyen existe-t-il entre le marchand, l’amateur et l’artiste de s’entendre quand on veut signaler, demander telle ou telle pièce sans litre — surtout quand ce sont des paysages. — On ne se doute pas des difficultés présentes et surtout futures que créera ce mutisme — lâchons le mot — cette incurie. — Quand vous avez des enfants vous leur donnez des noms, n’est-ce pas, eh bien! de grâce, messieurs les artistes, faites-en donc autant pour vos œuvres; c’est un bon conseil que nous vous donnons, croyez-nous, suivez-lc.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

? — Une femme vue de dos, devant une cour de ferme, fait

marcher devant elle un petit enfant, pendant qu’une autre femme accoudée à une porte de la ferme la regarde. Une échelle à droite est appuyée sur la maison. — Très joli vernis mou.

? — Une barque à marée basse est à sec, l’avant tourné vers

la terre ; à gauche, un cheval est debout près de cette barque dans l’ombre qu’elle projette. — Vernis mou (?).

? — Un tertre sur lequel est bâti un moulin dont les ailes sont

tournées à droite ; des maisons l’avoisinent ; à gauche, deux porcs mangent dans un baquet; par terre à droite, une meule en pierre. — Eau-forte.

? — Au fond de l’estampe, des maisons ; sur le premier plan

d’une place de village, une femme tient un enfant par la main ; un gosse joue du tambour en faisant sauter avec son pied des marionnettes ; un autre vient d’écrire au-dessus de sa tète le nom d ’Hervier; enfin à l’extrême droite, une femme balaie. — Eau-forte.

Mentionnons encore les deux lithographies suivantes — toujours sans titre — mais qui sont d'exquis bijoux; elles l'ont partie d’un album de 12 planches publiées par A. Latouche à Paris, rue Neuve-Saint-Augustin, 25; qui avait pour titre : Lithographies artistiques composées et dessinées par A. Hervier, il coûtait 10 francs, chaque planche valait 20 sous. A la vente Mallet elles viennent d’être adjugées 15 francs! c’est pas payé.

? — Au fond de l’estampe, une chaumière basse, près de

laquelle à droite croît un arbre dont les branches viennent frôler le toit. Sur le seuil de la porte de gauche, une femme avec un enfant ayant devant eux un homme debout; à l’autre porte, deux femmes. Sur le premier plan, des poules et deux cochons au pied de l’arbre. Le ciel est sombre, sauf une éclaircie à droite au-dessus de la chaumière.

? — Une chaumière, dans laquelle rentre une vieille femme

accompagnée d’un petit garçon, elle tient un panier dans la main droite, elle est suivie par une autre vieille femme qui porte un enfant sur son dos ; à l’avant-dernier plan à gauche, une meule à aiguiser près de laquelle on voit une poule et une terrine. A gauche : Hervier.

Voir H. Béraldi, tome VIII, Paris 1889, et empruntons-lui, pour finir, la description d’une des pièces les plus curieuses de l’œuvre, La Tempête, que

DIX- NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

nous avons chçrclié en vain. « A droite, une vieille maison à pan de bois, » au bas de laquelle est le mur d’un quai. Sur le mur on voit une femme » debout. Plus à droite sont d’autres constructions, et l’on distingue deux » personnages qui remontent emportant un noyé. Toute la partie gauche de » l’estampe est remplie par un ciel sombre et par la mer furieuse qui vient » battre le mur du quai. »

Cette eau-forte aquatintée est de la dernière rareté, elle existait dans la collection Champtleurj' qui avait dù s’en défaire, car nous ne la voyons pas figurer à sa vente en janvier 1891. — L’éditeur Joly, 19, quai Saint-Michel, a publié en 1888 un album d’Hervier composé de 43 planches.

HESELTINE (Arthur)

Nous ne connaissons malheureusement de ce peintre-graveur, qui est célèbre en Angleterre, que les pièces suivantes : L’Orage — Les Corbeaux — La Dernière Etape qui nous frappèrent aux Salons de la Société Nationale en 1898 et 1899. Un article lui fut consacré dans la Gazette des Beaux-Arts de mars 1897. L’artiste, au goût fin et délicat, est un grand collectionneur d’estampes.

HUARD (Charles)

Neige à Bel-Air. — Une route bordée de maisons, qui tourne à droite et le long desquelles marche une femme en noir. — Eau-forte en noir.

Vieille Femme reprisant. — Elle est assise de trois quarts à droite à sa fenêtre à travers laquelle on aperçoit des navires et se livre au reprisage. — Eau-forte en noir.

Petit Café à Soldats. — Trois soldats, deux assis, un debout, font leur commande à la bonne qui, debout près d’eux, et vue presque de dos de trois quarts à gauche, les écoute tenant deux bouteilles dans la main gauche. — Eau-forte en couleurs.

Très intéressant artiste, très sincère, très humoriste, dessine beaucoup plus qu’il ne grave, restera comme une figure de notre époque, c’est un très jeune qui travaille et produit beaucoup. Une de ses dernières eaux-fortes et des plus importantes est celle-ci :

Intérieur de Paysans. — Près du foyer, une femme est assise de face ; à sa gauche, une table sur laquelle est un pichet et une

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

écuelle, un paysan coiffé d’un chapeau de paille, s’y est accoudé ; sous la table, un panier. La femme est éclairée.

Voir de L’Album le numéro consacré à l’artiste, préface de Lucien Puech.

HUET (Paul)

Né en 1804, mort en 18G9. Paysagiste lin et délicat, a produit des eauxfortes et des lithographies absolument hors pair, mais il a comme tant d’autres omis, hélas! de leur donner des titres; nous attirerons tout particulièrement l’attention sur les troix eaux-fortes suivantes auxquelles nous attribuerons des dénominations fantaisistes; peut-être même font-elles partie de la superbe série du Cahier des Six publié en 1835 par Rittner et Goupil ', le temps nous a manqué pour établir cette confrontation et nous avouons humblement notre ignorance à cet égard; il existe un nouveau tirage fait par Salmon qui est très inférieur, à la vente Hedouin il fut adjugé 40 francs, il manquait un numéro, l’impression était sur japon.

Le Cavalier. — A gauche, un vaste marais, et à droite, une route bordée d’arbres, sur laquelle est jeté un petit pont de pierres qu’un cavalier venant de droite va franchir.

Ruisseau sous bois. — Un ruisseau, dont les quelques pierres du milieu produisent des cascatelles, sort d’un bois touffu ; les deux gros arbres du premier plan qui sont inclinés à gauche, au-dessus du ruisseau, sont fortement éclairés.

La Chaumière. — Une chaumière à gauche, sous les ramures d’un arbre séculaire, devant laquelle sont arrêtés des enfants et des paysans ; entre les deux du premier plan, un chien est couché ; dans le lointain, à droite, sur un tertre, on distingue les ruines d’un château (?).

Les eaux-fortes du Maître ne sont jamais signées; cependant, dans le bas de la pièce, à droite généralement et à toucher le trait carré, il avait coutume d’apposer son nom inscrit dans un tout petit rectangle aux angles arrondis. Parmi les lithographies, la suite la plus recherchée est celle des planches publiées en 1829 par Ch. Motte.

Le premier catalogue de l’œuvre fut dressé par Pli. Burty en 18G9. M. Germain Hediard a fait celui des lithographies. — Voir aussi H. Béraldi, tome VIII.

i Elles ne portent que des numéros d’ordre et H. Béraldi les rubrique ainsi : Le Héron (1) — L'Inondation (2) — La Maison du Garde (3) — Les Deux Chaumières (4) — Le Braconnier (5) — Un Pont en Auvergne (6); à la vente de Concourt, en premier tirage sur chine, elles furent adjugées 210 francs.

DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES

Page 1