‹ A travers l'Afrique australeChapitre 13 sur 29 · UNE CRÉATION DE CECIL RHODES · texte numérisé non relu

UNE CRÉATION DE CECIL RHODES

au grand air; le noir, auquel incombent lesplus pénibles travaux, ne touciie pas le tiers du salaire des blancs et vit sous une surveillance étroite dans une véritable servitude. C'est que la nature et les couditlons du travail varient chez l'un et chez l'autre : Tindigène apporte la force des bras, le blanc est la tète qui la dirige. Les besoins de l'indigène sont d'ailleurs bien plus limités que ceux du blanc. Peu lui importe do faire fortune etde mener une existence luxueuse. 11 ne s'engage au travail des mines que pour satisfaire ses besoins immédiats ; et quand il a amassé le petit pécule qu'il lui faut pour acheter une femme et se construire une hutte, il se considère comme assez riche pour no rien souhaiter de mieux, et il s'en retourne satisfait au kraal de sa tribu.

On raconte ici qu'un pauvre diable de Cafrc vient de. découvrir à Jagersfonlein le plus gros diamant qu'on ait jamais vu (1): ilaregu comme récompense de son aubaine une somme de cent et cinquante livres sterling, un cheval et une selle. 11 n'a pas attendu vingt-quatre heures pour enfourcher son cheval et disparaître avec sa fortune, qui lui permettra de s'offrir di.\ femmes dans sou pays.

On ne peut donc obtenir de ces grands enfants

(1) Celle pierre ne peso pas moios de 971 caral.i. La plus • . grande pierre taillËe à Aroslerilam ea 1S8d no pesait que tS7 caraU et produisit deux millioDS de franus.

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(l'autre effort que celui qui résulte de la contrainte et de la surveillance, et il a fallu imaginer un système qui n'est autre qu'une sorte d'esclavage déguisé. Tel qu'il est, ce système est trop artificiel, trop contraire à la nature pour êlre recommandable; il eût fait horreur au cardinal Lavigerie ; mais il s'en dégage cet utile enseignement qu'il est possible d'employer la race noire aux travaux les plus pénibles, de l'intéresser à l'appiit d'un salaire et de l'initier à la valeur de l'argent. Il n'est pas un blanc qui cousentiraitàaliéuer sa liberté par le régime des compounds qui, appliqué à des Européens, semblerait tout simplement monstrueux; les noirs s'y prêtent si bien que les demandes d'engagement no font jamais défaut; beaucoup se soumettent pendant des années à cette claustration volontaire, qu'il leur est d'ailleurs loisible d'in. torrompre par des congés temporaires.

L'homme qui a donné à Kimberley sa physionomie actuelle, qui rappelle si peu le Kimberley d'il y a vingt ans, tel que nous l'ont décrit les voyageurs de l'époque (IJ, est M, Cecil Rhodes, fondateur de la Compagnie De Beers, et aujourd'hui premier ministre de la colonie. On l'appelle le« Roi des Diamants », et puisqu'il est roi, on voit son portrait partout, et on conduit l'étranger dans ses écuries, pour lui faire

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admirer les zèbres et le superbe ciieval arabe de Sa Majesté. Son nom a été donné à une mine et à un diamant célèbre : ia mine s'appelle « Tiio Premier », et le diamant h Porter Rhodes n.

Il y a quelques années, Kimberley essuya uae de ces crises qui affectent les mines de diamants comme toute autre industrie. Une concurrence elTrénce avait fait tomber le diamant à un prix tcllemeat bas qu'il ne pouvait plus rémunérer l'explnîtation. D'autre pari, l'extraction à ciel ouvert avait dû être abandonnée dans plusieurs mines par suite des éboulements. Deux mesures s'imposaient pour sauver la situation ; la fusion des compagnies et lalimitation de la production. Mais que d'obstacles le conflit des intérêts ne devait-il pas opposer à l'exécution de ce double planl

Cecil Rhodes, l'homme nécessaire, résolut un problème qui semblait insoluble. Arrivéà dixhuit ans àKimberley, ilplaça son petit avoir dans la mine De Beers. Quand vinrent les temps difficiles, il clierclia un remède â la crise, le trouva, et à trente-sixans se vitpossesseur d'une fortune de plus de doux millions de livres sterling. Il eut beaucoup d'envieux, maïs ses ennemis ne purent jamais ternir sa réputation d'honnêteté. Sous sa direction, la compagnie De Beers acheta secrètetement, par des intermédiaires, toutes les mines concurrentes, si bien qu'un jour elle commanda la situation. Elle se reconstitua sous le nom de

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De Bccrs Consolidalod ", et absorba toulos ]cb mines en un vosic syndicat qui exerce aujourd'hui un vérilablo monopole sur rindustrio des diamants. Sous l'empire de ce syndicat, qu'on appelle le «Colosse de RlioiIes»,lc prix des diamanls s'est relevé de cinqiianle pour cent, la production annuelle s'élève à plus de quatre^ millions de livres par an, et les actiounaires'l toucliont une dividende de six pour cent s capital nominal de 3.950.000 livres sterling, c qui représente près de cent millions do francs,^

Lo Colosse de Rhodes est le Pactole de l'Afrique Australe : il enrichit les actionnaircs.en leur donnant de ^ros dividendes; il enrichit la colonie, en conservant la vie à une industrie qui était menacée d'une mort certaine ; il enrichit tous les possesseurs de diamants, on relevant le coùro du carat. Mais c'est un monopole, ot le monopole est d6sastreu.\ pour le commerce local et poui celle classe d'aventuriers qui courent après lei fortunes rapides et faciles.

Aussi, le Kimberley d'aujourd'hui n'est plus It^ Kimberley des grands jours : sa population, loiqi| de croître, a diminué de moitié. Plus de cher* clieurs de diamants travaillant individucllemeoP sur leur parcelle, plus de courtiers, plus d'agenta de change, plus d'intermédiaires à la solde de différentes compagnies rivales. Johannesburg a supplanté kimberley comme lieu d'attractioD,j les chercheurs de diamants se sont faits chera

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