‹ A travers l'Afrique australeChapitre 17 sur 29 · LV- MONT AMAJUBA · texte numérisé non relu

LV- MONT AMAJUBA

aentimcat d'avoir été dupés. Us improvisent une assembléo nationale, proclament la république, ot jurent de vaincre ou ^j(»*^/f«i., .c'est-à-dire, que s'ils ne peuvent chîrs^erles Anglais, ils iront cliercher une nouvelle pairie entre le Limpopo et le Zambèse. Krugor, Prelorius et Joubert.

composent un triumvirat, et Joubert envoie un corps de volontaires intercepter la marche d'un régiment anglais qui se dirige sur Pretoria, Lo colonel qui commande le régiment, ignorant que les Boers ont pris les armes, est attaqué à l'improviste dans le défilé de Bronkers Spruit, où le régiment est anéanti par ces Boers qui sont les meilleurs tireurs du monde, D'autres défaites ternirent le drapeau britanniaue à Langs Neck, à Ingogo River. Toute la camfagne ne fut qu'une suite de revers pour les Anglais, q\ii furent massacrés dans tous les engagements. La déroule d'Araajuba, où un général et l'élite des officiers perdirent la vie, acheva d'humilier la gloire militaire do l'Angleterre. Mais il appartenait à M, Gladstone de mettre le comble à celte humiliation.

Si, revenu au pouvoir, M. Gladstone avait tenu les promesses prises dans sa campagne du Midlotliiau,s'iI avait rendu leTransvaal auxBoers, il eût fait preuve de loyauté et de magnanimîlc ; mais, après avoir refusé do remplir ses solennels engagements, il traita en révoltés , ceux qu'il avait lui-même encouragés à la résistance, et il

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envoya contre eux une armée de iouie cniUe hommes commandée par les meilleurs généraax de l'Angleterre. Celte armée débarqua à Porf- Natai pour marcher sur le Transvaal ; maïs elle n'avait pas encore commencé ses opérations, qu'il y eut un nouveau changeroent de tableau : M. Gladstone couronna sa politique de l'imprévu par la convention d'Amajuba, qui rendait le Transvaal aux Boers, et dont la conséquence fut le rappel des troupes qui brûlaient d'effacer l'humiliant souvenir du désastre essuyé au lieu même oii fut signée l'incroyable capitulation. À

L'histoire a-t-elle jamais oiferl l'exemple d'unM grande puissance jouant un rôle aussi piteux I -« Et faut~il s'étonner que le nom de M. Gladstone soit honni de tous dans l'Afrique du Sud ! Honni des Anglais, honni des Boers, bien que ceux-ci n'aient qu'à se féliciter d'une attitude vacillante à laquelle ils durent leur salut, car, sans elle, le Transvaal, de l'aveu même des Boers, serait J resté aux Anglais. Leurs idées religieuses leur! firent voir dans tout cela rinlervenlion de la Pro- " vidence. Une rétrocession opportune et honorable du Transvaal eût inspiré aux Boers des sentiments de respect et de gratitude pour ceux qui auraient accompli cetactc dejustice; mais après -^ l'ignominieuse capitulation d'Amajuba, signée | sur le territoire anglais envahi par l'ennemi, aUrfl moment même où douze mille Anglais s'apprâtaient à venger l'honneur de leur drapeau, les.

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Boers n'eurent pas assez de sarcasmes pour les armes et le nom de l'Angleterre : leur attitude provocante força tous les Anglais qui s'étaient établis au Transvaal à quitter le pays, ruinés et humiliés. Dans les colonies anglaises voisines, il ne fallut rien moins que le bon sens des Hollandais pour éviter que l'antagonisme de races ne dégénérât en sanglants conflits. Toutes leurs sympathies étaient, naturellement, pour leurs frères du Transvaal, et la convention d'Amajuba les exalta autant qu'elle consterna les colons anglais. Heureusement, ils étaient Hollandais, et si ce peuple, paisible par nature, est capable d'accès d'enthousiasme, ces accès sont passagers : ils ne chantèrentpas trop longtemps le triomphe de leurs Frères, et graduellement les éléments inflammables se calmèrent. Mais le pays n'en a pas moins conservé une empreinte qui n'est pas encore complètement effacée. Autrefois, les colonies sud-africaines semblaient n'être peuplées que d'une seule race; aujourd'hui, on parle sans cesse d'union, de confédération, de Sud-Afrique unie, mais tous ces mots ne servent que trop à mettre en évidence la diversité des éléments do la population.

Un colon né au Cap, avec qui j'ai fait route du Transvaal au Natal, m'a accompagné au champ de bataille d'Amajuba. Nous partons à cheval, cl nous nous dirigeons vers une montagne jaune

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et pelée, dont la cirao, de forme tabulaire, dSè coupesur le ciel une fantastique ligne horizontale] Cette montagne fait partie de la grande cliainà] des monts Drakensberg, qui sépare leTransvaal et l'Orange du Natal. Sur ses lianes arides, sinistres d'aspect, pas un arbre ne croit, pas un fllet d'eau ne coule. C'est là le mont Amajuba, qu'enveloppe une auréole funèbre, depuis le terrible désastre qu'éprouva ici l'orgueil national l'Angleterre, le 21 février 1881, Dans la langud cafrc, son nom, qui se prononce AmadjoubaJ signifie a la Montagne aux nuées de colombes » Sa cime bizarre, coupée si net qu'elle semblé) avoir été décapitée, s'élève à 2.140 mètres ! dessus du niveau de la mer, et domine de 500| mètres la plaine environnante.

Nous abordons la montagne historique par loî côté qui fait face au Transvaal, suivant autaal que possible le chemin que suivirent les Boerd en venant de leur camp qui était établi derrièrQB les collines s'élevant à droite do lapassedoLangn Nek, par où s'élève la grande route qui mènefl du Natal au Transvaal, Comment les Boers purent-ils monter à l'assaut par ce chemin, c'e ce que l'on a peine à comprendre. Le mont Amajuba domine de COO mètres la passe doLanga ( Nek et de 300 mètres le mont Prospect, d'oùj les Ariglais partirent pendant la nuit. La moQ-r tagne présente, de ce côté, une suite de lerrasses^J et, pour s'élever de l'uneà l'autre, il faut gravir!

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des pentes très rapides, herbeuses, glissantes et couvertes de broussailles. Arrivés à la première terrasse, nous confions nos montures à la garde d'un Cafre, et nous poursuivons à pied la pénible ascension que les Boers purent faire à cheval jusqu'à la seconde, et même jusqu'à la troisième terrasse. Il nous a fallu une heure entière pour atteindre le sommet de la montagne, qui présente l'aspect d'un plateau légèrement concave, dont la plus grande longueur est d'environ 330 mètres. Au milieu du plateau s'élève un petit monceau de pierres marquant la place oi!i tomba sir George Colley, gouverneur du Natal et commandant en chef des troupes anglaises. Sur une pierre on lit, grossièrement taillés, ces mots d'un troublant laconisme : « Hère Colley felL a Au milieu des sépultures, entourées d'un mur en pierres sèches, se dresse une croix de pierre sur laquelle sont gravés ces mots: n For Queen and country. Jesu 1 mercy 1 a

Après avoir traversé toute la largeur du plateau, nous dominons le côté opposé de la montagne, celui qui fait face au Natal, et par où montèrent les Anglais après la longue marche qu'ils avaient fournie depuis leur camp du mont Prospect. Si l'on a peine à comprendre comment les Boera purent gravir la montagne à cheval, en plein jour, on se demande avec stupéfaction comment les Anglais, chargés comme ils l'étaient, purent escalader à pied, pendant la nuit, ces rochers à

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pic : la tentative paraît être au-dossus des fore( humaines; et cependant, leurs sépultures atte lent assez qu'ils atteignirent le plateau termina Mais dans quel état d'épuisement 1 On racoo que le général Ccilk-y était si harassé qu'on ei grand peine à le réveiller quand les Boers sur vinrent à l'improviale par le revers opposé de là montagne. Au sud le plateau domine le raoni Prospect, qui commande le délilé de Langs Nek on aperçoit, au Fond de la vallée, une maison blanche : c'est la ferme d'O'Neil, ofi sif Eveliq Wood signa la convention d'Amajuba. Au nord; la vue s'étend sur les plaines du Transvaal, que les Boers franchirent dans leurs chars à bœul^ pour venir camper derriiire loa collines qui sur. gissent au delà du délilé de Langs Nek. Oà s'explique, k la vue des lieux, que du haut du mont Amajuba les Anglais no pouvaient distinguer l'emplacement du camp ennemi. Par contre, dès que le jour parut, les Boers aperçurent les habita rouges qui se mouvaient au sommet do la montagne, et, supposant à tort que les Anglaîa avaient de l'artillerie, ils se hâtèrent de metlr6 leurs chariots hors de la portée du feu et les dirigèrent vers leur camp. Ce ne fut que lorsqu'ils virent que les Anglais restaient inactifs qu'ils se décidèrent à envoyer des éclaireurs sur la montagne afin de s'assurer de l'état des choses. Les éclaireurs furent bientôt suivis par ua< nombreuse troupe d'assaillants, que les Aq-

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glaia n'étaient nullement préparés à recevoir. Co fut une dos plus complètes déroutes que l'histoire militaire ait jamais enregistrée. Le malheureux général Colley tomba l'un des premiers sous le tir infaillible des Bners, et ce fut alors un sauf-qui-peut : les soldats se mirent à dégringoler en désordre sur les flancs à pic qu'ils avaient pn escalader en bon ordre, se culbutant les uns les autres, se brisant bras et jambes dans la précipitation de la fuite; et les Boers, qui rampaient sur le revers oriental de la montagne, tiraient sur les fugitifs qu'ils prenaient en flanc. Sur quatre cents hommes, ils leur tuèrent un général, six officiers et quatrevingt-dix soldats ; presque tous les survivants furent blessés et faits prisonniers ; du côté des Boers, les pertes se réduisirent à un seul mort et cinq blessés : aussi leur général, le brave Joubert, no put-il s'empècbor d'attribuer son succès à la Providence, ff Les troupes, écrivaitil dans son rapport, ont été liéroïqucs, mais c'est Dieu qui nous a donné la victoire ! » Les Anglais, pour se laver de cet échec humiliant, prétendent que le général Colley devait avoir perdu la tète et que ses soldats avaient perdu toute confiance en leur chef qui, peu de jours avant, avait éprouvé deux autres défaites sanglantes à Langs Nek et à Ingogo River.

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