LE PARADIS DE L'AFRIQUE
Autrefois les cliars à bœufs meltaient dix à quinze jours pour franchir les cinq cents kilomètres qui séparent Charlestown de Port-Natal. Actuellement, on parcourt cette distance en moins do vingt-quatre heures, sur un des plus beaux chemins do fer du monde, qui m'a rappelé, mais sur une échelle réduite, lo célèbre chemin de fer de Mexico à Vera-Cruz.
Réunir le plateau de l'Afrique Australe à l'Océan Indien était une entreprise presque aussi hardie que de réunir le plateau de t'Anahuac au golfe du Mexique, De part et d'autre on franchit plusieurs climats, on descend en quelques heures des saines terres froides aux terres chaudes insalubres, et on voit, dans le même jour, le pin et le palmier, le chêne et la canne à sucre. Le chemin de fer natalien n'est, toutefois, qu'une gracieuse miniature du chemin de fer mexicain, un léger chemin de fer de montagnes, à voie étroite, construit à pou de frais, comme le réseau de la colonie du Cap, auquel il sera relié dans
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*' un avenir prochain. On a, autant que possible,
évité les tunnels, les ponts, les remblais, les
^^^ tranchées ; aussi, ce ne sont que méandrcs,^^
^^L courbes et foslons, «jui font ressembler la voie|^|
^^B un immense serpent déroulant ses anneaux si^H
^^ les flancs des montagnes. Un des points les plu^|
curieux du parcours est celui connu sous l^M
nom de Reverslng Station^ oh j'ai vu opérer loH
même manœuvre qu'à Souram, sur le chemin de fer transcaucasien : en cet endroit, la voie, au lieu de suivre une courbe en U ou en S, affecte la forme d'un Y : arrivée à la naissance d'une des deux branches de la voie, la machine est dételée, passe de l'avant à l'arrière, et le « renversement u du train s'opère sur l'autre branche, dont le hardi plan incliné vous mèneen quelques minutes à mille pieds plus bas que la branche, supérieure.
Pendant tout ce trajet, riche en émotiom vives, il est bon, si l'on n'a les nerfs solides, de ne point plonger les yeux dans les abîmes que le train côtoie ou franchit à des hauteurs qui donnent le vertige : des abîmes vaporeiixj violets, bleuâtres à force de profondeur. Quoh que la machine s'avance avec une prudente lenteur, on ne peut se défendre de réflexions peu rassurantes. Mais, après tout, c'est une charmante sensation que de rouler en wagon au sortir d'un « Concord Coach >
Ce que je ne saurais dire, c'est l'impression àm
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LE PAKAOIS IIE L'AFUIQUE 23D
ravissement dont vous saisit l'admirable chaagcment de décor qui s'opère au delà des monts.
Après les monotones et lernes horizons du plateau, nue grandiose vision s'ouvre sur la terre promise : du haut dos gradins du Drakensberg, on voit so dérouler une immense carie en relief, on domine à vue d'aigle un océan de montagnes et de vallées, une mosaïque d'une inflnie variété, coupée de forêts d'un vert sombre, de prairies d'un vert pâle, de rivières miroitantes sur lesquelles l'ccil s'égare à perte de vue, entrevoyant vaguement, aux dernières limites de l'horizon, le reflet des lueurs bleuâtres de l'océan Indien. Celte contrée enchanteresse, qui se dévoile tout entière dans une atmosphère d'une incomparable pureté, sous les flamboyantes clartés du soleil du Midi, c'est le « fair Natal », l'Italie de l'hémisphère austral, le paradis de l'Afrique. Terre poétique et parfumée, dont la vue splendido m'a causé la même iunubliable émotion que la première apparition de la Lombardîe du haut du Simplon.
Les Alpes sont ici les monts Drakensberg, et elles grandissent à mesure qu'on en descend les gradins. Du haut des plaines du Transvaal, ces montagnes m'étaient apparues comme d'insignifiantes collines, en raison de la grande altitude du plateau ; mais, parvenu au pied du versant opposé, qui s'incline vers les basses régions du littoral, je pouvais mieux juger des
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véritables proportions do !a cliaîae : elle m'apparaissait maintenaat comme une formidable muraille à pic qui forme l'assise du soulèvement intérieur, le grand plateau central. Sur le bord do ce piédestal surgît, çà et là, un cône coupé, un trapèze, un bastion, dont les lignes ont toute la précision des ouvrages de fortification.
La grande cordillièro de l'Afrique du Sud a un aspect étrange et bizarre, et quoiqu'il lui manque la splendide auréole neigeuse des plus hautes sommités de la terre, elle a sa beauté à part, et le lumineux ciel austral lui donne une magie et une coloration qui n'appartiennent qu'à elle ; vainement on y chercherait une ressemblance avec les chaînes montagneuses qui nous sont familières : on ne peut la comparer ni aux AlpeS^ ni aux Pyrénées, ni même au massif de l'Atlas, J ces Alpes de l'Afrique du Nord ; nulle pai ailleurs je n'ai vu des montagnes de cette archî tecture, affectant des formes aussi réguIièresiH aussi géométriques, et, pour les caractériser d'un mot, aussi stéréotypées, car toutes peuvent se rapporter au type classique de la fameuse montagne qui surgit à l'extrémité du continent afri*, caîn, Taàie Mountain.
Cette chaîne du Dragon, ie n Berg )i de^ Boers, le Kahlamba des Gafres, n'est qu'q tron^.on de la longue chaîne qiii, sous des divers, court parallèlement à la côte d'Afriqufd sur un parcours de plus de deux mille ki^
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môLres, dopuis l' embouchure de la rivière Orange jusqu'à la grande courbe du Limpopo, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Ses plus hautes cimes, le pic Cathkin, le cliàteau du Géant, le mont aux Sources, atteignent une altitude de onze à douze mille pieds.
La configuration du Natal m'a rappelé d'une manière saisissante celle du Mexique. Le pays s'élève depuis l'Océan jusqu'au Drakensberg par une succession de terrasses formant comme les marches d'un escalier gigantesque, et le Drakensberg constitue la base de la terrasse la plus élevée, cette ancienne mer intérieure devenue, par un énorme soulèvement, le plateau central. En descendant de gradin en gradin, tout transi encore des nuits glaciales du haut plateau, on sent peu à peu succéder aux morsures du froid les chaudes caresses d'un soleil méridional.
Bienveillante nature ! Comme tu resplendis à mes yeux ! Un fluide vivifiant me pénètre à la vue de cette terre fortunée, dont la splendide végétation fait un si frappant contraste avec l'aridité du plateau. J'ai retrouvé les arbres touffus, la verdure et les fleurs dont mes yeux étaient depuis si longtemps privés, j'ai retrouvé l'été, car sous ce ciel béni du Natal il n'y a point d'hiver, et l'on peut dire que l'été y est éternel, puisqu'en toute saison on peut y semer et récolter. Ce que je ne puis me lasser d'admirer au milieu de cette végétation qui m'annoQceque j'aichangé
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de climat, ce sont les nombreuses variétés d'aloÈs, aux grosses fleurs cooiques d'une teinte orange ou d'un poupre éclatant, et puis encore la grosse lleup écarlated'uneliliacée connue sous lo nom de lys-feu. Puis, ce sont mille variétés de fouf^ères, d'euphorbiacées, de cactus arboreacenls qui donnent au paysage une pliysionoinïe bien africaine.
Vers cinq heures du solr,^ un coucher da K soleil d'une indicible beauté me transporte vers H les sphères de l'idéal. Quand le disque, démesu- ^ rément grossi, plonge derrière les hautes cimes, duDrakcnsberg, le Natal, à l'opposite, s'embrase d'un vaste flamboiement rougeâtre; sur le ciel e fou, à vingt lieues de distance, reparaît soudain^ se découpant en lignes Unes et nettes, la sil^ houette du mont Amajuba, enveloppée de sa funèbre auréole. Peu à peu les lueurs de l'in* cendie s'éteignent, et l'obscurité tombe rapidement, car souscette latitude il n'ya qu'un fugitif crépuscule ; mais il fait déjà nuit, que le ciel a encore de magiques reflets d'un rouge intense, tels que je n'en ai vu nulle part, pas même ait cap de Bonne-Espérance. Et voici que d'autres illuminations brillent dans la nuit : de loin, oa dirait des mille lumières d'une ville perdue dans le désert ; mais ce ne sont que les flammes qui montent des herbes auxquelles les Cafres mettent le feu pour renouveler les pâtis : parfoîé ces incendies s'étendent jusqu'au bord delà voU