‹ A travers l'Afrique australeChapitre 19 sur 29 · LE PARADIS DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

LE PARADIS DE L'AFRIQUE

ferrée et le train franchit les flammes à toute vapeur.

J'ai passé une nuit à Ladysmith, alin de ne rien pcrdredesadmirablespaysages que traverse le chemin de fer du Natal, et le lendemain j'ai repris le train du jour. Quoique Ladysmîlli soit la troisième ville de la colonie, grâce à sa situation au point de jonction des routes commerciales du Transvaal et de l'Oranfic, je n'y ai trouvé qu'une misérable hôtellerie où, contre toute attente, je me suis réveillé transi. C'est que Ladysmith se trouve sur une des terrasses les plus élevées du Natal: à une altitude de mille mètres, il gèle la nuit tout comme de l'autre côté des monts. Et puis, ici comme dans toute l'Afrique Australe, les chamhres d'hôtel s'ouvrent invariablement sur des cours dont l'air froid se glisse aisément sous la porte : on se couche par quinze degrés au-dessus de zéro, el on se réveille par cinq degrés sous zéro.

Aux environs de Ladysmith lo paysage est charmant. La voie suit tous les méandres d'une rivière romantique qui rappelle les parties les plus pittoresques de la Semois ou de l'Amblèvo. A Colenso nous franchissons la Tugela, la plus grande rivière du Natal, qui prend naissance sur le revers oriental d'un des plus hauts pics du Drakcnsberg nommé par les missionnaires français le Mont aux Sources.

Celte région, située au cœur du Natal, fut

au A TBAVERS L'AFRIQUE AUSTRALE ^

autrefois le théâtre dos horribles massacres qui ensanglaotèrentlesdébuls de la colonie. Chaque montagne, chaque rivière, chaque ruisseau porte un nom qui rappelle quelque scène de carnage. Le massacre qui eut lieu au Maordipruit (ruisseau du meurtre) est resté, en Afrique Australe, un aussi effroyable souvenir que le massacre de Cawnpore dans l'Inde anglaise : plus de six cents personnes y furent traîtreusement égorgées par les Zoulous sur l'ordre de leur grand chef le féroce Dingaan, et les Boers ne connurent le sort de leurs frèresque par le récit d'un Iloltentot, le souisurvivant de l'odieux guet-apena. On m'a montré l'endroit précis oii eut lieu cette trahison, dont les Bocra, quelques mois aprôi tirèrent une éclatante vengeance dans un combi oii périrent des milliers de Zoulous.

Aujourd'hui les Zoulous se servent du chcrai de fer pour parcourir leurs anciens domaines. chaque arrêt du train, on peut les voir, presque aussi peu vêtus qu'ils le sont dans leurs kraais, monter dans le wagon de troisième classe destiné aux indigènes et aux coolies. Ici, comme dans toutes les colonies anglaises, l'indigène est traité on nègre, en homme de race inférieure, et jamaisjen'ai vu un Anglais voyager entroisièmo classe et se mêler à la population de couleur.

Longtemps avant d'atteindre Pieter-Maritzburg, j'ai aperçu la petite capitale du Nal couchée dans son nid de verdure. Les quii

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derniers kilomètres de la voie offrent une différence de niveau de cinq cents mètres, et le tracé présente des courbes d'une hardiesse insensée : accoudé à la fenêtre du wagon, on peut voir à ]a fois la dernière courbe franchie et la courbe prochaine. On éprouve unevéritablo impression de soulagement quand, aiibout de cette périlleuse descente, le train vous dépose à la gare, d'oii un cab vous mène en quelques minutes à « Impérial Hôtel 0.

PIETER-MARITZBUBG

Pïeter Retief de Paarl , un descendant des Huguenots de France, et Gert Maritz, un bourgeois de Graaf Reinet, élaicq^ les chefs des Boers qui, lors du grand exode, émigrèrent au delà des monts du Dragon et fondèrent, en i840j la république de Natalia. A l'imitation de Pierreie-Grand, qui donna son nom à la capitale de l'empire moscovite, les deux chefs des Boers ont donné les leurs à lacapitale du Natal. Il fallait cette explication pour comprendre un nom aussi compliqué.

Pieter-Maritzburg,ou plus brifevement Maritzburg, est le siège du gouvernement de la colonie du Natal, comme Cape-Town est le siège du gouvernement delacolonie du Cap. MaisMaritzburg est une ville intérieure, tandis que Capc- Town al'inappréciablo avantage d'être située au bord de la mer. Durban, le port de mer du Natal, éclipse la capitale par l'importance de son commerce et do sa population, Marilzburg est à Durban ce que Washington est à Now-Vork-

Durban est le centre commercial de la colonie, Maritzbur^encslle centre politique et militaire. Marilzburg a été préférée à Durban à cause de sa situation sur le plateau, qui lui procure un climat plus tempéré.

Je me rends immédiatement à Thôtel du gouvernement, afin de présenter à sir Ciiarles Milchell, gouverneur de la colonie, la lettre que m'a remise pour lai le gouverneur du Cap. Government f/ouse est situé près de la gare, au pied des hauteurs que couronne la forteresse, La résidence est d'ufi aspectcalme et champêtre. N'était lo soldat de faction, on serait tenté de prendre celte liabilation de modeste apparence pour un de ces paisibles presbytères de stylo gothique qu'on rencontre dans les campagnes de l'Angleterre, Un joli parc entoure la maison, parc anglais à livrée africaine, où l'arbre le plus en vue est un gigantesque euphorbe plus vieux que la colonie, véritable monstre végétal dont lo grotesque branchage consiste en une forêt de candélabres rigides et immobiles.

J'apprends que Son Excellence a quitté hier même la colonie pouraller occuper son nouveau poste de gouverneur des Settleraents, à Singapore; on attend l'arrivée prochaine de son successeur, sir \V. F. Hely Hutchîson, qui arrive du gouvernement des îles Sous-le-Vent. C'est le secrétaire colonial, sir Seymour Haden, qui remplit par intérim les fonctions do gouver-

PlETER-MARITZltUEtG ÏW

neur. Un coolie intlîen m'introduit dans sa biliIiolhë(]ue, ornée d'une superbe panoplie d'armes zouloucs, boucliers, assagaîes et ftnobhirries. Sir Seymourme retient à déjeuner avec. sa famille : un déjeuner frugal, composé d'une viande froide et d'un currie indien. Les étrangers, me dit-il, sont les bienvenus à Natal, pourvu qu'ils n'écrivent pas sur la politique, ce qui ne l'empêche pas de mo parler longuement de politique et de m'expliquer le mécanisme de la nouvelle constitution qui vient d'être élaborée et qui érige la colonie duNatalau même rang que la colonie du Cap. [En vertu de ce nouvel état de choses, le secrétaire colonial disparaît pour céder la place à un premier ministre llanqné d'un ministère complet. Le premier ministre sera vraisemblablement M. Robinson, un des hommes politiques les plus en vue dans la colonie, et le chel du mouvement autonome.

Sir Seymour, dont le poste est supprimé, quittera la colonie prochainement pour retourner en Europe.

Mes devoirs présentés au gouverneur intérimaire, je visite la ville de Pieter-Maritzburg, Disons tout de suite qu'elle m'a paru jolie, la plus joliepcut-ètre de l'Afrique Australe. Si j'habitais cette partie du monde, c'est dans le beau Natal que je voudrais vivre, et c'està Maritzburg que je voudrais me lixer. Située à sept cents mètres au-desBUsdu niveau delà mer, elle n'est

ticulièrement saillant àMarilzhurg, dont les rues fourmillent de noirs, qu'on les appelle Cafres ou Zoulous. L'usage est ici d'appeler Cafre tout individu à la peau noire; maïs quand on arrive de la colonie du Cap, on voit tout de suite que le type de l'indigi'^ne a cJiangé : le Zoulou a remplacé le Cafre; il est plus fort, plus agile, plus beau, et, si peu vêtu qu'il soit, il dispose avec plus d'art lesdéfroques européennes dont il se couvre. La population du Natal peutètre évaluée à 430,000 noirs cL à 45.000 blancs. Il est d'ailleurs difficile d'évaluer exactement la population noire, qui s'élève probablement à un cliiffre plus considérable; mais peu importe le chiffre exact, la proportion reste à peu près de dix noirs contre un blanc. Et le nombre des noirs ne fait que croître chaque année, parce que les Zoulous, qui se souviennent des mœurs sanguinaires de leurs anciens rois, viennent volontiers s'établir an Natal pour y vivre sous la tutelle dos blancs : ils aiment le gouvernement européen, et ils ont été grandement déçus de ce que le pays du Zoulouland n'a pas été annexé lors J de la dernière guerre. Le nombre des Zoulous al plus que centuple depuis les débuis de la colonie, I car les vieux résidents se souviennent au'il v a^ cinquante ans il n'y avait pas plus j

indigènes au Natal. Aussi Maril I

plutôt l'aspecld'une ville zoulouf 1

blanclie.Des Zoulous partout, ct^^^^^^^^^^l

i'IETER-MARITZBU KG ï:i3

loua, et toujours des Zoulous, Déjà dans la colonie du Cap j'avais été frappé de la prédominance des noirs qui sont aux blancs dans la proportion de quatre à un ; qu'est-ce donc ici, où ils euat au moins dix contre un ! C'est lo nombre de ces hordes qui donnait à Cetliwayo le sentiment do sa force. La ville est remplie de chevaux lancés au galop. Des Zonlous les montent, et si vous n'y prenez garde, ils vous galoperont sur le corps. Une autre scfine locale, ce sontleschars à bœufs, les altehtgeslongscomme une rue, conduits par des Zoulous qui crient comme des démons contre les bœufs qui s'ea vont de leur pas mesuré et ilegmatique.

Des Zoulous, des chevaux, des bœufs, est-ce tout ? Non, il y a encore les coulies qui offrent deux variétés, les Hindous et les Cliinois : ceuxci d'ailleurs assez clairsemés. Ces coulies sont importés chaque année par le gouvernement, qui affecte à cet effet une grosse somme votée annuellement; ils s'engagent par contrat à servir régulièrement et d'une façon continue, ce qu'il est impossible d'obtenir des noirs. Le Zoulou, comme le Cafre, comme le nègre d'Afrique en général, est incapable de s'attacher à un maître : il le sert poudant quelque temps, jusqu'à ce qu'il ait amasse une somme suffisante [(our aciieter une femme et construire uneliutle, puis un beau jour il se sauve pour retourner à son kraal ou pour s'engager chez un autre maître.

A TRAVERï; L'APRtQCR AUSTRALE ^H

Depuis fjue la culture do la caune à sucre a pria de grands développements dans la colonie, il a fallu recourir à des travailleurs plus soumis et plus sûrs, et c'est ce qui anécessité l'imporlation des Hindous et des Chinois. Ces Hindous ont, en grandcpartie, supplanté les noirs comme domestiques : chez le gouverneur, au club, à l'hôtel, dans les magasins, le service est fait par des gardons hindous : aussi Cafres et Zuulous les détestent-ils cordialement, et l'antipathie est réciproque. J'avais remarqué, en voyageant en chemiu de fer, que les wagons de troisième classe sont divisés en deux compartiments absolument séparés : l'un destiné aux Zoulous, l'autre aux Hindous : liers de leur qualité do sujets britanniques, les Hindous ne consentent pas plus que les Anglais à se trouver en compagnie des noirs.

On peut s'imaginer l'étrange variété de costumes qu'oQreat les différentes races qui se coudoient ici. Los Hindous s'habillent à la mode de l'Inde, portant les tissus aux couleurs les plus voyantes : robes de soie ou do mousseline, vertes, blanches, rouges ; quant à la coiffure, c'est généralement un turban rouge et, plus rarement, une calotte très richement brodée d'or et d'argent. Les femmes se drapent comme des statues r antiques avec leurs châles dont les couleurs

^^^ éclatantes se marient si bien avoc l'olive de leiuM

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aux chevilles, les bracelets aux poignets, les bagues aux doigis et aux orleîls, les pendants d'oreiiie, et elles se percent même les narines pour y appliquer des bijoux : ce que cela doit les gêner pour se moucher ! Lorsqu'elles relèvent leur bras nu pour soutenir te fardeau qu'elles portent sur la tête, il semble qu'elles évoquent l'image de l'Inde i sous le flamboyant soleil du Natal, elles sont encore dans leur cadre naturel.

Entre ces Hindous si artistemcnt velus et les Zoulous, vêtus à la manière des sauvages , le contraste est grand. Les Zoulous, comme les Cafres, ont une singulière prédilection pour les défroques militaires : ils préfèrent à tout autre vêtement une vieille tunique de soldat ou d'ofticier ; et l'on devine l'eûet burlesque d'un habit rouge très court sous lequel se meut une paire do cuisses nues, car le Zoulou a horreur du pantalon. Comme les tuniques anglaises ne sufQsent pas à l'énorme consommation, il on vient de tous les pays à armées permanentes : j'ai même reconnu , sur le corps d'un Zoulou, l'uniformo qui orna, il y a vingt ans, la poitrine d'uo colonel de garde-civique belge. Quantum mulatus!

A Maritzburg comme dans toutes les villes flu Natal, l'ordre est maintenu dans les rues par un corps de police indigène, et rien n'est plus comique que l'air digne et important de ces Zuu-

as-i A TRAVERS L'AFRIQUE AUSTRALE ■

lous alFublés d'un casque et d'une tunique bleue serrée par une ceinture; comme cauccssion aux Européens, ils portent une culotte courte qui Jaiaso à nu la jambe. Ils sont très liera de leurj Knobkervies, bâton à poignée spbérique qui ei le symbole de leur autorité, et qu'ils ont seul le droit de porter. Il est interdit aux indigent de circuler avec des lances ou des assagaies, même, dans les villes, avec des knobkerrieB, armes encore assez dangereuses entre leurs mains. Us se consolent en portant une cnnae, une houssine ou une gaule, par précaution contre les serpents qui foisonnent dans le pays. On ne rencontre jamais un indigène qui ne soit muni d'une arme de ce genre.

On a vite épuisé les curiosités de Maritzbur^; qui, pour une capitale, est assez pauvre eo édifices et en monuments. Il y a bien un parlement dans ce style gréco-moderne pour lequel les Anglais ont une triste prédilection, et puis un hôlel-de-ville gothique, et puis encore une colonne coramémorative érigée à la mémoire des Anglais qui succombèrent dans la guerre avec les Zoulous, mais tout cela n'est guère digne d'être noté que par l'auteur consciencieux qui fera un jour le guide du voyageur en Afrique Australe, Maritzburg n'est intéres^ sanle que par ses Zoulous et aussi par ses jolis environs.

J'ai fait, autour de la capitale du Natal, de

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cliarmantes excursions en voiture avec lady Haden et sa jeune fille. Il y a, près de la ville, un parc absolument merveilleux dont les allées, qui suivent tous les caprices des ondulations naturelles du terrain, courent à travers une forêt de vieux chênes ou suivent les méandres d'une adorable petiterivière bordée de saules pleureurs. Ce parc, où la musique militaire se fait entendre à certains jours, est le rendez-vous des équipages, des cavaliers et des joueurs de criquet et de foot-ball, sports aussi en honneur au Natal et dans la colonie du Cap que dans la mère patrie. Une autre promenade favorite des habitants est lo jardin botanique, situé à une lieue de la ville, au milieu des i)oia et des montagnes. Sans être très riche en plantes indigènes ou exotiques, ce jardin est beau comme un rêve, avec ses grands arbres touffus, ses bassins et ses cascades. L'excursion classique est colle de la chute de la rivière Umgeni, à Howick, à laquelle on se rend en chemin de fer. Cette chute mesure cent mètres do hauteur, et elle est vraiment superbe, soit qu'on la contemple du haut de la corniche qui la domine, soit qu'on descende au ibndde l'abîme par lo vertigineux sentier que les Cafres y ont pratiqué.

A Maritzburg, j'ai été hanté par la touchante figure du prince impérial Louis-Napoléon, comme à Queretaroje revoyais sans cesse celle de Maximilien. C'est d'ici que le jeune prince partit pour

aller prendre part à cette fatale expéHitiun contre les Zoulous, où il devait perdre si miséral)lement la vie. Pendant quelques jours, il fut l'hôte du gouverneur : on m'a fait voir, au Government Hoïtse, la chambre ofi il dormit la dernière fois dans un lit, et où l'impératrice Eugénie viut coucher l'année suivante, lors du pieux voyage qu'elle entreprit, en 1880, pour pleurer son enfant au lieu même où une embuscade de sauvaf^es avait rais fin à ses rêves de gloire. Le prince, admis comme volontaire dans l'état-major de lord Chelmsfonl, accompagnait une petite troupe d'éclaireurs dans une expédition de reconnaissance : dès qu'ils se virent surpris par les cinquante ou soixante Zoulous qui firent irruption d'un donga où ils étaient cachés, tous les cavaliers, sous la conduite d'un triste officier, se sauvèrent par la fuite, sauf le malheureux prince, dont le corps fut retrouvé plus tard criblé de flèches et d'assagaies, toutes reçues en face pendant qu'il se défendait l'épée à la main. On dit ici qu'il fut victime de l'habitude qu'il avait de monter à cheval le dernier, après que tous ses camarades étaient en selle. Devant le danger, seul il garda son sang-froid, et, fidèle à sa coutume, voulut monter le dernier; mais les Zoulousne lui en laissèrent pas le temps. Une tomlje élevée par la reine d'Angleterre marque l'endroit précis où il périt si bravement, dans cette solitaire vallée du Zoulouland qu'arrose la rivière

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Ityotyosi^ non loin du mont Isandhlouana où, quatre mois avant, les Anglais avaient essuyé l'épouvantable désastre qui détermina la campagne à laquelle le prince prit part.

Lorsqu'on ennsiflère sur la carie la colonie de Natal, on lui trouve la forme d'un iliaiiiant (aillé, et elle est, en elTet, le joyau do l'Afrique Australe. Elle no serait pas un joyau si elle n'était petite: son clenduo est celle de la Grèce, ou les deux tiers de celle de l'Lcosse, ou le sixième des îles Britanniques; comparée à la colonie du Cap, elle est onze fois plus petite, et elle n'occupe que la six centième partie du territoire du gigantesque continent noir.

Aperçue du haut d'un liallun, cette terre de Natal oflVirait l'aspect d'une bande do collines, do forêts et de prairies, s'inclinanl en pcnle rapide d'un grand rempart roclieux vers une mer sans limites. Le rempart est la chaîne du Drakensberg, la mer est l'Océan Indien. Du Drakensberg à l'océan serpentent trois grandes rivières : la Tugela, l'Umkoniaas et rUinzimkoulou, Çà et là l'œil aperçoit ces étranges montagnes tabulaires, dont les cnucln's de grès silurien a'iippnient sur des contieiorls de gritnil <m de gneiss.

V TRAVERS L'AFItlQUIÎ AUSTRALK

oqb9 oosfl

Quoiqu'elle soit située en dehors de la zoQ^tropicale, la terre do Natal jouit, dans les régions basses, d'un climat semi-tropical, à cause du t équatorial venant du canal de Mozambique, qui en baigne les côtes; mais, comme le pays s'élève graduellement depuis l'océan jusqu'aux monts du Dragon, il en résulte des différences climatériques bien marquées sur une aire relativement très restreinte, puisqu'elle n'a guère que quarante lieues de largeur. Le Natal offre, sous ce rapport, une analogie frappante avec le Mexique : dans l'une et l'autre contrée, c'est la même succession de terrasses étagées à des altitudes croissantes, avec leurs variétés correspondantes de climats et de productions : air hu^ mide et chaud sur le littoral, air sec et frais dao* la région moyenne, air vif et froid dans les highlands. La côte se prèle à la culture du sucre, du coton, du café, du thé, du tabac, des épicéa et de la plupart des fruits que produisent les climats tropicaux; dans les régions moyennes et élevées, on cultive le froment. l'orge, l'avoinOi les fruits et les légumes de nos climats.

Le Natal est, comme l'Orange et le Transvi une contrée essentiellement pastorale, et coraine*' toute contrée pastorale, elle est peu peupb population dèpasseàpeine un demi-million, otlenombre des blancs n'atteint pas cinquante mille^ Environ les trois cinquièmes des blancs sont des^ Nataliens nés dans lepaysion compteparmi eu:

un grand nombre d'Allemands qui ont fondé des colonies agricoles, telies que New Germany, New Hanover, Hermannsburg ; il y a aussi, mais en plus pelil nombre, des Bocrs établis dans les hauts districts. Les Anglais vivent principa- Itîment dans les villes, sur la côle et dans la région moyenne.

Hier encore, le Natal ûlait une colonie de la Couronne administrée par un représentant do la Reine, qui était tout à la fois gouverneur, commandant en chef des forces britanniques, viceamiral et chefsuprêmc des populations indigènes. Le gouverneur était assisté d'un conseil exécutif où figuraient le secrétaire colonial et quatre autres autorités, et d'un conseil législatif compost- de deux membres nommés par le gouvernement, des cinq membres du conseil exécutif, et de vingt-trois membres élus parles comtés. Le gouvernement offrait donc un bizarre mélange d'autorités officielles et d'autorités élues. Mais le corps électoral s'est prononcé récemment, h une faible majorité, pour une réforme qui coofère au Natal son autonomie et l'érigé en colonie à gouvernement responsable; la métropole vient do ratifier la réforme, et lanouvelle constitution entrera hienlôtenvigucur. Le Natal, tout comme la grande colonie voisine, aura désormais un parlement colonial, une chambre haute et une chambre basse ; l'une, sous le nom de conseil législatif, sera composée de onze membres dési^

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gnes par le ^ouvorneur; l'autre, sous le noi4 d'assemblée législative, comptera trente-s membres soumis à l'élecLîon. Le Natal, qui d'^ vail jamais connu la vie politique, va donc entre) dans Vbro des agitations électorales. Si l'on rappelle quecolte colonie n'appartient à l'Angle terreque depuis trente ans on nepeut qu'admirerJ son rapide développement, elaujourd'liuî qu'elle^ acooquis son autonomie, elle paraît appelée à de plus grands progrès encore sous l'impulsion des hommes nouveaux qui présideront à sesdeslinées. Avant la conquête anglaise, la terre de Natal rosia longtemps oubliée. On peut dire qu'avant l'arrivée des Anglais son histoire se réduit aftj fait de sa découverte par Vasco de (la; jour de Noël do l'an do gntco 1497. Les érudl{|i prétendent que le nom du pays est la traductioljS du latin «< Dies Nnlalts » ; mais ils oublient qaaa Yasco de Gama était beaucoup plus fainili^ avec sa langue maternelle qu'avec la langue latine. « Nalal n est tout simptementlemot portugais qui répond à notre mot « Noël ». Ce n'est que deux siècles après la découverte des Port»; gais que les Hollandais établis au Cap, rem gués sur le pays par des marins qui y avaicol fdit naufrage, passent un acte d'acliat avec u cbef indigène, l't ajoutent Port-Natal à leurs po) sessions sud-africaines ; mais ils n'occupead point le pays d'une fagon effective etu'y foodoiq point d'établissement permaEieat, Lors du gram

trek do 1836, une troupe de Boers quitte la colonie du Cap, traverse le territoire de l'Orange, franchit les monts Drakensber^, etvient cliercher uno nouvelle pairie au Natal qu'on leur a dépeint comme un riche pays de pâturages arrosé par des eaux limpides, comme une terre oi'i coulent le lait et le miel. Le premier convoi est bientôt suivi d'un second, conduit par Pîcter Relief et fiert Maritz. Ce deuxième convoi est massacré parles Zoulous, mais les Boers, revenus plue nombreux, infligent aux Zoulous une sanglante défai te, fondentPieter-Maritzhurg, et s'établissent dans lo voisinage d'un campement anglais, à Durban, Bientôt après, les Boers se constituent en Etat indépendant, sousle nom de Hépublique de Natalia.Mais celte république n'a qu'une existence éphémère. Lo gouvernement du Cap, considérant lescmigrants hollandais comme n'ayant pas cessé d'être sujets anglais, envoie contre eux un navire do guerre chargé de troupes auxquelles les Boers font leur soumission. En 1843, le Natal estdéfinilivement déclaré colonie britannique, et la plupart des Boers repassent les monts Drakensberg pour se fixer dans l'Orange et au Transvaal. Dôserlé par les Hollandais, le Nalal est aujounrimi une colonie beaucoup plus anglaise que la colonie du Cap, quia gardé une empreinte hollandaise très accentuée. La colonie de Natal est d'ailleurs plus jeune : Cape- Town compte deux siècles de plus que Durban,

Les deux coloDÏBs, quoique très voisines Tuoel de l'autre, ont toujours vécu éloigoées. Mais lel petit territoire indépcndaut du Poodoland, quien 1 sépare les frontières, ne tardera point à être in" corporé àla colonie duCap (1), etcelte annexion qui rendra leurs frontières continues, les réconciliera en les rapprochant, à moins qu'elle ne soit une première étape vers l'absorption future de > la petite colonie par la grande. Le fait est qu'entre les deux colonies anglaîsesrègiieune étrange rivalité, tout comme s'il s'agissait de deux " peuples différents, et cette rivalité est d'autant plus surprenante qu'elle est plus inégale : la j colonie du Cap est si vieille et si grande, riche et si peuplée 1 la colonie de Natal est si 1 petite et si jeune I Aussi les sentiments qu'elles nourrissent l'une conire l'autre ne sont-ils pas les mêmes : au Natal, c'est l'en vie et la jalousie; au Cap, c'est le dédain et l'indifférence. La petite colonie ne pardonne pas à la grande son immense expansion en Afrique Australe, et elle lui ^ fait grief de détourner à son profit lo commerce' I du Transvaal et de l'Orange, qui s'écoulait autrefois par les routes indiquées par la situatina ] géographique du Natal, et qui aujourd'hui coule par les voies rapides des chemins de fer 1 qui mènent do Joliannesburg à Cape-Town et i ] Port-Elisabeth, ports plusrapprocliés de l'Europt^J et de l'Amérique que Port-Natal.

I (i) fonne^ion

Le Cap est tSvidemment le plus puissant Élat de l'Afriinie Australe, mais le Natal se refuse à accepter cette suprématie. Aux yeux du Natal, le Cap abuse tlo sa force pour opprimer ses voisins plus faibles, et Tatitagonisme amène ce résultat inattendu, que le Natal, au lieu de rechercher l'alliance de la grande colonie anglaise, vise à une alliance avec ses voisins du Transvaal, et recherche l'amitié des Boers, ces ennemis naturels de l'Angleterre 1 On devine bien que les Boers ne manquent pas de faire leur profit de la situation et se gardent bien d'apaiser des querelles qui ne peuvent que servir leurs intérêts. Le Natal se refuse à entrer dans l'union douanière conclue entre le Cap et l'Ëtat libre d'Orange ; le Natal fait au Cap une guerre de tarifs de chemin de fer; l'année dernière le Natal s'abstenait de participer à l'exposition colonialo que le Cap organisait à Kimherley ; dans toutes les questions d'intérêt commun, le Natal pratique la politique de l'isolement ou de l'opposition, et c'est un spectacle unique dans l'histoire de la colonisalion anglaise que cette bouderie entre deux colonies sœurs, vivant côte à côte et peuplées de colons de même sang.

Il suffit souvent d'un événement heureux pour mettre fin à une brouille de famille. Aujourd'hui que la mère patrie a émancipé le Natal en lui conférant la majorité politique, on peut raisonnablement croire que la. sœur cadette cessera

V TRAVERS L'AFBIQUIÎ AUSTRALE

do jalouser la sœur aînée : lorsqu'elle était mineure et sous tutelle, elle se trouvail di état d'infériorité vis-à-vÎ3 de la colonie du Cap ^ désormais elle se gouvernera elle-même, elli sera responsable do ses acteSj et la sœur aînéft' ne pourra plus la dédaigner nî l'humilier reste, ce qu'elle a fait avant son émancipatioi répond de ce qu'elle fera maintenant qu'elle lâclié lo jupon de la mèro patrie. Elle a pu, étant BOUS tutelle, développer son commerce, créer des villes, construire des chemins de fer ; elle saura, étant majeure, veiller ù ses destinées mieux qtio no pouvait le faire le gouvernement, do la métropole, et le sentiment de sa responsa»* bilitc lui Fera éviter les Fautes qui coûtent si pou. à un gouvernement irresponsable.

Par un bizarre phénomène, la réforme constï-. tutionneile n'a été volée qu'à une faible majorité. A Pieter-Maritzburg, les électeurs ont voté contre elle presque à l'unanimité ; à Durban, au contraire, elle a emporté presque runanîniité des sulfrages. Les partisans du statu quo objectaient qu'une colonie qui prétend so gouverner elle-même doit pouvoir elle-même se défendre contre les ennemis du dehors et assurer le mainlien de l'ordre à l'iolérieur. Or, si l'ordre et la paix régnent actuellement parmi les Zoulous, c'est à cause de la présence des troupes impô^ riales cantonnées au FortNapier. Le self-goveri ment implique nalurellcmenl le retrait A&tî-

in

troupes, et comme ce sont elles qui font prospérer la capitale et lui donnent sa vie et son animation, on comprend que la capitale se soit montrée hostile au changement.

Il y avait aussi à considérer la question des indigènes, la plus grosse question qui intéresse le passé, le présent et l'avenir de la colonie. Comment accorder au gouvernement local le contrôle et la surveillance de cette immense population noire, dix fois plus nombreuse que la population blanche, et dont les masses toujours croissantes sont un éternel danger? Pouvait-on laisser aux mains de la colonie la solution des problèmes qui touchent à la sécurité de tous les États de l'Afrique Australe ? Le gouvernement impérial n'a pas hésité, tout en concédant l'autonomie, à se réserver le règlement des affaires indigènes. Maïs la colonie jouira désormais d'une autonomie suffisante pour conquérir son raofî parmi les Étals de l'Afrique Australe, et rien mieux que le sentiment de son autonomie ne contribuera à effacer les vieilles rivalités entre deux colonies qui ont tout intérêt à se rapprocher.

A poine ai-je pris place dans ie train de Durban, que mon compartiment est envahi par des gentlemen grisés par lo whiskey, et beaucoup plus familiers que je ne le voudrais. Plutôt que de voyager en leur compagnie, je saisis ma valise et me réfufifie, au grand étonnement do ces messieurs, dans le compartiment voisin. C'est là un incident ordinaire dans les colonies sudafricaines, où l'abus du whisliey prend de déplorables proportions même chez les classes élevées de la société; au club comme à l'hcUel, le har est constamment assiégé par des messieurs du meilleur ton, qui font d'effrayantes consommations d'alcool. Ce n'est qu'ici qu'on peut être expose à voyager en première classe en compagnie de gens ivres.

Pendant plusieurs heures, je ne perds pas de vue Table Mountain, que lo chemin do fer contourne par une immense courbe de soixante kilomètres, s'étendant de Marilzburg à Botha Hill:

K TRAVERS L'AFBIQPE ACSTRALE

qu'oD ]a voie du nord ou du sud, toujours elle présente la même silhouette. A partir de Botha- Hill, où l'on s'arrête pour dîner, on commence la descente du dernior gradin de ce gigantesque escalier dont la locomotive est venue à bout. Icî les courbes se multiplient au point que la longueur de la voie ferrée est double de celle de l'ancienne route des chars à bœufs : constamment on côtoie des abîmes devant lesquels ma voisine ferme les yeux, imitant la tactique de l'autruche. Voici justement des autruches paissant au milieu des vaches qui ne paraissent pas trop étonnées de la compagnie de ces bipèdes ; les autruches ne s'émeuvent d'ailleurs pas plus que les vaches du passage du train : ce sont des autruches apprivoisées, qui feraient ia joie de Tartarin.

Après le coucher du soleil, la température, au lieu de se refroidir, s'élève sensiblement : c'est que nous approchons delà zonedu littoral. Longtemps avant d'arriver à Durban, on distingue dans la nuit le feu tournant du phare érigé sur le haut promontoire du Bluff : qu'on arrive par terre ou par mer, ce feu s'aperçoit à plusieurs lieues de distance. Bientôt des milliers de lumières annoncent que nous sommes arrivés. En descendant du train, à dix heures du soir, j'éprouve l'impression que j'eus il y a dix ans, lorsque le train que j'avais pris le matin à Mexico me déposait le soir àVera-Cruz:je suis en terre chaude,

en quelques heures j'ai pusse de la zone tempérée à la zone tropicale.

Je no trouve plus une chambre au Royal Ifôtel, n'ayant pas pris la précaution nécessaire d'en retenir une parle télégraphe. Je suis réduit à passer ma première nuit sur un lit decamp qu'un coulie nie monte dans la salle de billard. Dans la salle voisine, de passionnés joueurs de poker me lienncnt éveillé pendant la moitié de la nuit, et j'entends le carillon voisin du Town- Hall sonner tous les quarts d'heure. Le lendemain, j'obtiens une des petites chambres distribuées autour du patio : un rêve que ce patio, avec SCS palmiers, ses fougères arborescentes, SCS pandanus et autres arbres de serre chaude au milieu desquels se jouent des jets d'eau, comme dans les patios de Sévillo et de Grenade. Dans ce cbarmant hûlcl, point de garçons en morose habit noir, mais une phalange d'Hindous vêtus de blanc et coilfés d'un turban : à tous les repas, ils nous servent un savant curric, le mots national de i'inde. C'est dans ce même hûtel, le meilleur de l'Afrique du Sud, que le célèbre explorateur Serpa Pinto, le Stanley portugais qui traversa l'Afrique, passa quelques jours avant de reprendre la route de l'Europe.

En sortant de l'Iiûtel, je n'ai que la rue à traverser pour me trouver dans le jardin public, au milieu des splendeurs do la végétation tropicale. Quel changement à vue 1 Hier c'était l'Afrique

A TRAVERS L'AFRIQL'IÎ ADSTR^LE ■

du Sud, maintenanL c'est l'Inde. Des palmiers géants, des bananiers, des figuiers nnnltipliaats, des mauguiers, d'énormes bambous, et, au centre, une fontaine monumentale déversaat dans un large bassin ses eaux claires qui vous donnent la tentation d'un bain rafraîcliissanl. Nous re- viendrons souvent dans ce délicieux jardin très poétique le soir, quand le feuillage dei grands arbres s'argente au clair de lune.

De l'autre côté du jardin est le Town-HallJ riiôtel-de-ville de Durban, dont la haute touri qui se voit de partout, renferme un carillon qiin s'entend de partout. Ce Tovvn-Hall, qui fait l'or-l gueil des iiabitants, est un vaste palais de stylen corinthien, abritant la Cliambrc de commerce, le Conseil municipal, la Poste et lo Télégraphe, une immense salle destinée aux réunions publiques, et même un musée d'histoire naturelle:^ où l'on voit, trônant au milieu d'une riche collec-^ tion d'oiseaux d'Afrique, d'immenses autruchea[: de deux mètres de haut, ot aussi, dans la e tion ethnographique, toute la vaisselle en boisj de Cettiwayo, le fameux roi des Zoulous, qxii mangeait sa viande dans un plat ovale de troij pieds de long et buvait sa bière dans des pow dont se serait contenté Pantagruel, C'est dans lé. grande salle do l'hôtel-de-ville que se tiennent les meetings au sujet de l'émancipation de la colonie, où le tribun le plus populaire est M. Ro» 'f binson , le chef du mouvement autonome^"

qu'on dâsigne comme le futur premier ministre.

Durban, que les navigateurs appellent Port- Natal, tloit son nom à Benjamin d'Urban, un tles premiers gouverneurs du Cap, à l'époque où le Cap et le Natal formaient une seule colonie. Dans ce pays, taules les villes portent un nom d'homme, quand elles ne portent pas deux noms d'Iiomme, comme Pietcr-Maritzburg, Cape- Town comptait déjà deux siècles que Durban n'existait pas encore, et de vieux colons se souviennent du temps où l'emplacement qu'occupe la ville était visité par les lions et les léopards, et même par les élépiiants. 11 y a quelques années à peine que Durban n'était qu'un insignifiant village: aujourd'hui, c'est une des plus belles villes de l'Afrique, avec une population à peu près égale à celle de Cape-Town, dont les Européens forment la moitié, les indigènes un quart et les Asiatiques l'autre quart. Les rues, très droites, très longues, et d'une largeur exagérée, oflreot l'aspect dos villes américaines, et ce qui complète l'analogie, c'est le nombre des églises de différentes confessions : il y eu a pour les blancs, pour les noirs, pour les Asiatiques, pour les mahométans, pour les bouddhistes. La cathédrale a été fondée par un évoque français, M^ Jolivei : le dimanche, on y prêche en français, car los trois mille catholiques de Durban sont presque tous dos Mauriciens venus de celte

terre jarlîs frani;aise. qui s'appela luDgtcmps l'île de Fratice.

Les rues de Durban fourmillent d'Uicidous et de Zoulous, et il semble que cette foule bariolée soit mieux encore dans son élémeot dans cet air tiède du littoral que sur les frais plateaux de l'intérieur. Une nouveauté introduite depuis peu attire tout de suite mon attention. Â Durban, il n'y a point de caôs, mais il y a une infinité de dUn-rik-sha. Sous ce nom japonais on une légère petite voiture à deux roues exai tement semblable à celles qu'on peut voir dans les rues de Tokio ou do Vokoliania ; la seule diSérence, c'est qu'ici elle est attelée d'un Zoulou au lieu d'être attelée d'un Japonais. Comme les rues ne sont point pavées, mais pourvues d'un excellent macadam, ces djin-rik-sha roulent aussi bien que sur une route japonaise, tirées par de robustes Zoulous qui vont constamment au trot sur leurs larges pieds nus. lis se contentent, pour une coiirsOj de la modique somme de trois sous, et quand ils ont fait pendant quatre mois ce métier de cheval, ils retournent dans leur tribu pour consacrer le produit dftj leurs économies à l'achat d'une femme.

Si Durban n'avait que son hôtei-de-ville, soa parc, ses djin-rik-slia, elle n'aurait que peu de titres à l'admiration ; mais Durban a son club, dont elle est fière à bon droit, car le Durbaaw Club est le plus beau club do l'Afrique. J'y dt

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