L£ PATS SES ZO0LOUS
Le gouverneur intérimaire m'a remis à Maritzburg une lelire d'introduction pour M. Osliorne, le commissaire britannique quiréside àEshowe, etil m'a recommandé une promenade au Zoulouland comme le complément d'une excursion au Natal. Suivons donc le conseil de sir Seymour, et allons au pays de Ccttiwayo.
Cette terre du Zoulouland, berceau de la race zoulouo, dont le nom siguiGo «céleste n, est située au nord du Natal, au delà de la rivière Tugela. C'est un territoire grand comme la moitié de la Belgique, circonscrit par l'Océan Indien, le Transvaal et le Natal, ot comprenant l'ancienne réserve zoulouo et environ les deux tiers du territoire qui fut restitué h Cettiwayo en 1883. Les Zoulous sontbeaucoup moins nombreux au Zoulouland qu'au Natal, puisqu'on estime, d'après le nombre de huttes (axées, qu'ils n'y sont pas plus de 141), 1)00, tandis (ju'ils sont iOO.OOO dans la colonie; mais ils y vivent chez eux, car, à parties ol'Cciers et les mission-
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nairos, il est défendu aux Européens d'y réaidi
La nation zouloue, sur laquelle la morl prioce impérial appela naguère ralleulion dtr monde, n'était, au début de ce siècle, qu'un peuple faible et méprisé. Le génie militaire de r.liaka, le Napoléon de l'Afrique Australe, la lira de l'obscurité. Il mit vingt ans à soumettre toute) les tribus voisines, et il les incorpora successi' vemeut à la nation zouloue, dont le petit noy priiiiitif devint un puissant peuple guerrier. Soo, frère, le féroce Dingaan, l'assassina et lui sui céda, pour périr à son lour de mort violeulel après onze années de caroag;os et de massacrca< Puis régna, jusqu'en 1872, Umpandé. L'anni suivante, son fila Cellîwayo fut solennelleinei couronné roi des Zoulous avec l'assenlimei des Anglais. Mais le nouveau roi, fidèle at système militaire de Chaka, se déclara bientâl l'ennemi résolu des blancs. Les Anglais, lui ayai envoyé un ultimatum qui resta sans réponi entamèrent cette campagne fameuse où, aprj avoir essuyé au début de terribles revers, finirent par anéantir à jamais la puissance raiUi taire des Zoulous, qui jusqu'alors avait été li caucliemar des colonies sud-africaines. Gel liwayu, vaincu et prisonnier, ciubit quelques années d'exil au Cap, puis il fut restaure à condition qu'il partagerait son ancien royaume enl plusieurs chefs. Mais après lamortdeCettîwayo, ces roitelets se montreront impuissants à mail
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tenir chez eux l'ordre et la paix, et les Anglais finirent en 1887 par déclarer leur pays territoire britannique. Depuis lors, le gouverneur du Natal est en même temps gouverneur du Zouloulaod.
Le pays est administré par un commissaire anglais qui réside à Esliowe, quartier-général des troupes impériales, et l'ordre y est maintenu par un corps indigène de police montée commandé par des officiers européens. Dinizoulou, fils et successeur de Cettiwayo, fit une tentative de révolte en 1889; mais, condamné à dix ans d'internement pour haute trahison, il fut jugé digne du sort de Napoléon I""", et il subit sa peine à l'île Sainte-Héltne.
Telle est l'histoire de cette éphémère nation des Zoulous, dont je repassais les faits dans mon esprit au moment de prendre la route du mystérieux Zoulouland.
Par une superbe matinée, j'ai pris le train de Verulam, petite ville située dans le comté de Victoria, à trente kilomètres au nord deDurban, au cœur de la' région sucrière. Le train court pendant une heure et demie dans un payscliarmant, au milieu des plantations de cannes, au pied des verdoyantes collines qui s'élèvent à peu do distance do la cote. L'aspect du paysage est franchement tropical ; des bosquets de palmiers, de bizarres cactus arborescents alternent avec les champs de cannes et de bananiers. A chaque station, oa voit des brigades
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do nègres et de cotilies occupés au chargemenl des cannes que le <-,heinin de fer transpurtc aux moulins à sucre. Les nègres paraissent beaucoup plus nonchalants que les coulîes : ils ne font pas lo quarl de la besogne qu'ils pourraient faire. Voici un puliceman indigène, qui déjeune tout en surveillant les travailleurs : il déjeune d'uae canno à sucre, que ses dents blanches commerivoireraccourciasent prestement; quand il a flni, il tiro de sa poclio un mouchoir et se nettoie les mains. Ce Zoulou est évidemment un dandy. Le rafQné tire ensuite un cigare de l'ouverture percée dans le lobe de l'oreille, et le voilà le plus heureux dos Zoulous.
La voie ferrée, qui sera prolongée un jour jusqu'à la rivière Tugeta, s'arrête actuellement à Verulam, petite ville qui doit son nom aux Wesleyens de Saint-Alban qui l'ont fondée. Pour une livre sterling, on me laissemontordans je ne sais quelle affreuse patache qui fait le service postal entre Vcrulamct la frontière du Zoulouland, un trajet d'une centaine de kilomètres : ce très primitif mail-coach est une petite charrette à deux roues, surmontée d'une tente, comme les chars à bœufs, et munie de deux banquettes disposées dos à dos, et pouvant recevoir chacune trois personnes, y compris le conducteur; mais, dans certaines circonstances, le corps liumainest doué d'une telle élasticité que nous ne sommes ni plus ni moins que huit voyageurs : le postillon, trois
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■dames, un monsieur.unepetite fille, accompagnée de sa poupée, et un hébé. Nous voilà partis au galop de six chevauxqui courent untraind'enfer, franchissant quinze kilomètres à l'heure sur une route qu'on peut peindre d'un mot en disant que c'est uue roule africaine. Chaque fois qu'une des deux immenses roues de la carriole tombe dans un do ces trous perfides dont la route est criblée, il en résulte des cahots et dos oscillations si invraisemblables, qu'on acquiert bientôt la conviction que cette carriole ne saurait verser, pas plus qu'elle ne saurait se remplir. Et en effet voici, aupremier relais, deux nouveaux voyageurs, un blanc et une négresse. Quoiqu'il n'y ait plus de place, on les embarque tout de même, et on les loge tant bien que mal sur les bagages. Une fois le coche parti, la négresse, dont les jambes pendent dans le vide, du haut d'un sac sur lequel on l'a hissée devant moi, se recule petit à petit, et finit par échanger le sac avec mes genoux, qu'elle trouve un siège plus commode. Larouto n'est, tout le temps, qu'un fleuve do poussière, et celle poussière, soulevée par flots, forme un nuage mobile qui voyage avec nous ; le nuage est si épais que par moments nous ne voyons plus même les chevaux. Pour résister aux cahots imprévus, je me cramponne solidemontaux montants de la tente, la négresse se cramponne à moi, l'Anglaise se cramponne à la négresse. Il n'y a que les Anglaises etlesZouloues puuraffronter un tel supplice.
L'aspect du paya a complèlement change:
depuis Verulam les cannes à sucre ont disparu, car les cultures ne s'étendent pas au delà de la zone des cliemins de fer. Ce pays donne une meilleure idée de l'Afrique que tout ce que j'ai vu : c'est l'Afrique inculte et vierge, avec ses palnniers, ses grands cactus, ses aloës, ses arbres à tète ronde, el, çk et là, des huttes de bambous et de palmier. Et qui anime ce paysage ? Des Zoulous, non plus tels qu'ils se montrent dans les villes, vêtus el sans armos, mais tels qu'ils sont dans leurs kraals, cheminant nus, et armes de leurs arcs, de leurs assagaies, de leurs knobkerries. 11 n'est pas rare de voir, sur le bord du chemin, se chaulTant au soleil, un gros serpent ou un hideux lézard de deux pieds de long.
Et cette colonie du Natal vous apparaît alors sous son véritable jour : pour la bien connaîfrej il faut quitter la région habitée parles blancs, dontles villes, les chemins de fer et les cultures ne Bonl qu'un étroit ruban de civilisation tracé à travers une vaste contrée sauvage. Ici vous touchez du doigt ce fait visible que les indigènes pullulent de toutes parts, et que, parleur immense majorité numérique, ils sont les maîtres du pays : qu'ils le sachent ou non, ils vous le prouvent par leur présence. El ce qui est vrai du Natal l'est aussi de l'Afrique australe et de tout le continent noir, L'Afrique, quoique sil-