LE PAYS DES ZOULOCS
Tonnée de courants do civilisation, n'est encore qu'un continent sauvage peuplé d'innombrables indigènes.
La roulo de Verulam au Zoutouland court, tout le temps, à une lieue do la mer, et cependant la mer reste constamment invisible, tellement le pays est accidenté ; les pentes succèdent aux pentes, et comme la route ne dévie jamais de ta ligne droite, les clievaux franchissent descentes et montées avec une vitesse vertigineuse : rien ne les arrête, pas même les rivières qui, naturellement, n'ont jamais de ponts. A mi-chemin, on francliit la grande rivière Umvoti, aussi largo que la Loire : heureusement, les eaux sont basses en cette saison, et comme les roues du coclio sont immenses, les chevaux seuls prennent un bain. C'est un spectacle pittoresque que de voir les indigènes, hommes et femmes, franchir ces rivières à gué, portant sur la tète leur petit bagage. Sur un parcours d'une vingtaine de lieues, on ne rencontre qu'un seul village, Slanger, fondé, comme son nom l'indique, par des colons norwégiens. C'est là que descendent tous les voyageurs, avec un missionnaire norwégien que nous avons pris en route. Le village se compose d'une église, d'une école, d'un bureau de poste et do quelques échoppes oii l'on vend des peaux de chat-tigro dont les Zoulous se font des couvertures.
Il nous reste sept lieues à parcourir jusqu'au
\ TRAVKBS L'AFRIQUE AUSTRALE
fort Pearson. Le temps de changer les ehevaiixj et nous voilà (le nouveau sur la route du Zouloua land, devenue plus mauvaise que jamais, coucher du soleil, lo ciel, depuis longtemps soni' bre et menaçant, s'illumine d'éclairs qui sillon* nent la nue dans tous les points de l'espacei Pendant toute la journée la chaleur a été accar blante, et maintenant de sourds grondement!
annoncent l'approche de l'orage, qui se déchaîna bientôt avec une violence inouïe. Pendant un« heure entière, une véritable trombe d'eau s'ahafj sur la toile de la tente avec un bruit que domîn* la grande voix du tonnerre; on a beau rabattre la bâche, la pluie nous inonde de tous côtés. Lei coups de foudre se succèdent avec une effrayanta continuité, et les chevaux, talonnés par la peur, nous entraînent avec une vitesse vertigineuse au milieu des éclairs et des détonations. Mais ce n'est qu'un orage des tropiques, et le calnc succède à la tempête comme par cnchantemeDt Il fait nuit quand nous arrivons au derniei relais. Seul avec le postillon, nous filons toujourï au triple galop, malgré l'obscurité. C'est l'heure où mille réflexions assiègent l'esprit du soUtaîra voyageur qui pense aux siens qu'il a laissés si loin pour courir sur les chemins du Zoulouland Vers six heures du soir, un ruban d'argent ) brillé dans la nuit, au fond d'une profonde vallée, C'est la Tugela. Une demi-heure après, nom arrivons au terme du voyage, brisé, meurtri.
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couvert He bosses et de plaies, et heureux de nous reposer dans une maison de bois qui est la maison de poste et qui constitue à elle seule le village- frontière de Lower-Tugela. L'unique chambre des voyageurs n'a d'autre plancher que la terre battue ; les carreaux de la fenêtre sont absents, et de tous côtés il y a des Irous minés par les insectes, donnant accès aux rats, et, ce qui est pis, aux serpents. Je soupe avec le postillon et le maître de poste qui a péché, dans la Tugela, un poisson à queue de crocodile, qu'il appelle « serpent de mer ». Le plat de résistance est un poulet si dur que je me casse une dent à vouloir le manger.
Après le souper, il fait bon rêver à la belle étoile. Une admirable nuit d'été, ehaudo et embaumée, tout comme si nous n'étions pas au cœur de l'hiver, La Croix du Sud brille d'un éclat incomparable. L'immense concert d'insectes est dominé par le cri sinistre d'un oiseau qui imite à s'y méprendre le hurlement du chacal. Le coassement des grenouilles annonce la proximité des marais et des fièvres.
De bonne heure le chant du coq me réveille.
Promenade matinale à la rivière, où l'on descend par un ravin «'ouvrant dans la forêt vierge : de gigantesques figuiers multiph'ants, de gros arbres indigènes au tronc noueux, des bananiers sauvages, et une foule de plantes que je n'ai jamais vues, et qui portent des Heilrs d'un colo-
A TRAVERS L'AFRTQDE AUSTRALE
ris mervoilleus. Mille oiseaux dont j'entende pour la première fois les cris étranges animent cette luxuriante végélalioQ africaioe.Les herbes, encore iiumïdes do l'orage d'hier, cachent des reptiles que j'entends fuir, mais que je ne puis apercevoir.
j'arrive ainsi au bord de la Tugela, qui forme la frontière natiirelle du Natal. Ici, à deux lieues de son embouchure, c'est une imposante rivière, d'une largeur de deux cents mètres, profondément encaissée entre des montagnes à pic. Mais daus cette saison sèclie, l'eau est si basse que les Zoulous la passent à gué, et que les transports d'une rive à l'autre se font dans des chars à bœufs. J'arrive juste pour assister à une scène de ce genre, que l'entêtemenl des bœufs, combiné avec les cris des Zoulous, rend aussi amusante qu'animée. C'est à grand renfort de cris et de coups de fouet — des fouets de douze mètres de long I — que les Zoulous parviennent à faire descendre de la berge dans le fleuve le lourd chariot attelé de dix-huit bœufs et à le hisser ensuite sur la rive opposée, ce qui est la plu», grosse difficulté.
La Tugela est une des rivières les plus piti resques de l'Afrique australe : elle prend naissauce au Mont aux Sources, une des plus hautes cimes du Drakensberg, d'oii elle se précipite dans le Natal par une chute verticale de cinq cents mètres ; puis elle s'élance dans des gorges
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