LE PAYS DES ZOULOOS
mares d'eau où gîtent peut-être les crocodiles ; mais quoiqu'on ni'ait averti que ces sauriens sont nombreux en cet endroit, je n'en ai pas aperçu im seul. Dans cctto saison les chutes sont fort maigres : ce sont à peine des rapides; mais on s'imagine combien plus belle doit être la scène en été, quand la Tugela, grossie par les pluies, déborde de son lit actuellement presque à sec. Ce doit être alors un spectacle aussi grand que les cataractes du Nil.
En revenant des cbutes, j'ai rencontré, se cliauffant au soleil, sur les rochers, un monstrueux iguane dequatre pieds de long. Cette promenade pédestre, par un soleil ardent, m'a mis tout en nage, et je me suis reposé l'après-midi à Lower- Tugela, m'amusant avec un joli petit singe du pays, d'un gris cendré, aux grands yeux vifs et intelligents, adorant les caresses, et très drôle lorsqu'ilagace un jeune chientrès gauche auquel il joue les tours les plus pendables.
Après avoir exploré la rive natalienne de la Tugola, allons voircequi se passe auZoulouIand, do l'autre côté do la rivière. Mon désir est de me rendre à Eshowe, résidence du commissaire Osborno; mais personne n'a pu me renseigner sur les moyens d'y arriver. Emportons des provisions, passons la rivière, et nous verrons.
C'est dans une lourde embarcation indigène, conduite parunZouIou qui mauie liabilemeDll'avi-
ron, que je gagne la rive opposée. J'y cherche vainement le fort Tenedos, indiqué sur macarle comme faisant face, sur la rive zouloue, au fort Pearson, sur la rivenatalienne. N'apercevant pas une seule habitation ni un seul être humain, je ne trouve rien de mieux que de suivre la route des chars à bœufs et la ligne télégraphique par lesquelles le conquérant s'est assuré des communications avec Eshowe, capitale dupays conquis. Au sortir de l'Afrique des blancs, me voici dans l'Afrique des noirs, me promenant le bâton à la main en terre zouloue. La roule s'élève rapidement vers le haut plateau intérieur, et j'atteins bien tôt le faîtedola première croupo montagneuse d'oi'il'on dominelecours tourmenté de la Tusela et d'où le regard erre à la fois sur le Natal et sur le Zoulouland.
Le contraste est indicible. Les deux contrées que sépare la Tugela ont la même configuration physique, c'est le mômoéchoveau compliqué de plateaux et de dépressions, de montagnes aux croupes arrondies et de vallées tortueuses, mais les deux contrées portent une livrée bien différente : d'une part, c'est l'Afrique sauvage et inviolée, d'aulre part l'Afrique transformée par la conquête blanclie; d'une part un peuple pasteur et guerrier, à demi nomade, d'aulre part des villes et des villages édiliés par l'Anglo-Saxon et l'Hindou. Du haut du plateau, lo Zoulouland m'apparaît comme un océan de croupes déniidéoflj