‹ A travers l'Afrique australeChapitre 4 sur 29 · IL · texte numérisé non relu

IL

onze francs par mot. C est up peu cher, mai j'imagine que dans trois ou quatre heures met) style télégraphique aura comble ilc jo:

mille que j'ai laissée si triste dausTaulre hémîs phèi Le cfi;ur allégé après ce devoir accompli,

I voici au Royal Uûlel, situé au centre de la vîllt^ daoB une des rues les plus mouvementées. Là maison est fort vieille, et le salon du rez-decliaussco possède une antique cheminée monumentale, style Louis XV, qu'on n'est pas peu surpris de trouver dans une jeune ville anglaise, à deux mille lieues de l'Europe. C'est que cette maison fut autrefois la demeure de quelque patricien d'Amsterdam, à l'époque lointaine où la puissante compagnie hollandaise des Indes- Orientales était établie au Cap. Dans le vestibule est installé le har, l'inévitable bar cher aux Anglo-Saxons, oii trùne une majestueuse fille d'Albion, qui distribue du matin au soir l'aie et le wliiskey. J'occupe, au premier étage, une chambre très petite, dont la fenêtre à guillotine s'ouvre sur une longue cour étroite et humide, le long de laquelle régnent dos vérandas peuplées de perroquets et de canaris du Cap. Malgré son nom pompeux, le Royal Ilùtel est une déception : les chambres sont petites, 1 meublées, mal éclairées, la table médiocre, vins chers ot mauvais, et l'on ne doit

DANS L'Hémisphère: austral s

^ôïnt s'étonner do n'y trouver ni confort ni propreté quand on sait que lo service est fait par des hommes noirs. Dans toute l'Afrique Australs il en sera de mémo ; on m'en a prévenu. Aussi beaucoup d'étrangers préfèrent-ils descendre au club.

Puisque mon gîte est mauvais, allons courir la ville.

Ce qui me l'r.3ppe tout d'ahord en parcourant les rues à pied, c'est l'épaisse couche de boue sur laquelle on patauge: pour passer d'un trottoir à l'autre, il faut s'engluer dans dos bourbiers que tous les feux du soleil d'Afrique no parviennent pas à desséclier. C'est que nous sommes dans la saison dos pluies, et qu'à Cape-Town les pluies persistent pendant des semaines entières. J'ai débarqué au moment où un de ces interminables déluges vient de finir, etil paraît qu'il fera beau pendant quelques jours Jusqu'au prochain déluge. Dans l'hémisphère austral, les saisons sont renversées : le mois de juin correspond à notre mois de décembre. Je suis donc arrivé au cœur de riiiver, aux jours les plus courts de l'année, et je vois lo soleil se couclior ici trois heures plus tôt qu'il no se coucliait lorsque j'ai quitté l'Europe, il y a trois semaines. Et parun do ces brusques sauts d'idées qu'amènent souvent les souvenirs de voyage, je me rappelle qu'à l'autre bout du monde, au delà du cercle polaire arcli- I, j'ai vu le soleil à minuit à cette même épo-

I' qui! do l'année. Frappant conlrasto entre le Nord et le cap do Bonnc-Kspéraocc, placés deux exlrémités de la terre !

Nous sommes donc dans l'hiver austral pourtant le soleil a, au milieu du jour, lei deurs d'un soleil d'été, mais tello est la froidi des nuits qu'on no peut dormir sans une chaude couverture de laine. Dans k'S appartements, on peut, à la rifçueur. so passer de feu, le ihermomè-i tre variant entre quinze et dix-aeptdegrésiausi la plupart des maisons n'ont point de chei nées; pour les cliaufTcr, point n'est besoin dé poêles : il suflit, à l'heure où le soleil luit, , d'ouvrir la fenêtre qui sert do bouche de calori-

fère.

C'est une dos singularités de ce climat, qu'au température égale on y est plus frileux qu'en Europe. Le jour même de mon déharquemeat, j'ai appris à mes dépens combien perllde est l'hiver du Cap, Voulant tout ile suite me faire une idée de la topographie de la ville, j'ai gravi jusqu'à mi-côre la montagne de la Table. Le ciel était si bleu, le soleil si ardent, que je n nullement songé à me munir de mon manteau Après le coucher du soleil, triis brusquement l'air. s'est refroidi. J'ai eu un frisson mauvais, imméf diatement suivi d'une courbature aiguë dans ]i . J'ai descendu la montagne en courant et, onlré en ville à la nuit close, transi et fié- : tous les caractères de l'influcnza chassée

! av^H durS aude s, on

ussI^H

leni^H

DANS L'HÉMISPHÈRE AUSTRAL 7

au départ de l'Europe et revenue au galop à l'autre bout du monde.

Conclusion : sous ce ciel trompeur, n'oublions plus notre pardessus I

Aprt'S avoir conlemph'; de loin la capilaleilola colonîcdu Cap, il nous faut mainlenaut la regarder de prés. Disons tout fie suite que t'impres- 6100 est peu favorable : c'est l'avis de tous les voyageurs, c'est aussi le nôtre. Cape-Town.

comme Naples et Constantinople, gaguo autre vue de la mer : c'est, dans un site d'une merveilleuse beauté, la ville la plus laide, la plus mesquine, la plus embryonnaire qui se puisse imaginer. Quand on songe que le territoire do la colonie du Cap est presque le double du territoire de la France, on peut s'étonner que la capitale du pays, fondée au dix-seplième siècle, do compte qu'une population de 40,000 âmes, alors que Melbourne et Sydney, fondées deux siècles plus tard, ont pris un si prodigieux développement. Le fait est qu'à Melbourne el à Sydney les blancs sont chez eux, tandis qu'à Cape-Town ils sont en l'ace des noirs : pour s'en convaincre, il suffit d'une promenade dans les rues ; on s'a- H-çoil tout de suite que le noir est ici chez lui

A TRAVERS I/AFRrQUE AUSTRALE

sur on lo ronconlro partuuL, même dans le c]uar- Ftiér dos afTaircs. Or, les blancs n'émigrenlgttèro! ^Vftra les conlrûos où ils ont k soiilcnir la concur- ^rencedu travail noir. Ville rudimentaire, àpeina ibaucliée, Cape-Town n de grands espaces viriles attendant leurs constructions futures, dc^ KÎiifices isolés, surgissant loin les uns des autres, Mes maisons sans clago, comme on en voit dans, "es villes nées d'Iiîer, des rues boueuses, mal empierrées, bordées de primlLifs trottoirs eo planches. Les rues se coupeni à angle droit : trois ou quatre grandes artères parlent de la baie pour aboutir à la base de la montagne, et sont, traversées par des mes de moindre largeur, courant de t'est à l'ouest. Ce ne sont point les colona anglais, comme on pourrait lo croire, qui ont congu ce rigide tracé d'une régularité géométnV; que chère à leurs cousins d'Amérique : la ville actuelle est bâtie sur le même plao que celle édifiée par les premiers colons, les Hollandais, et leurs successeurs anglo-saxons, en construisant dos rues nouvelles, n'ont rien modifié à leur orientation primitive.

En voyage, il faut attacher une grande importance à l'aspect des habitations. Un esprit investigateur peut émettre des inductions philosophiques sur les tendances et le caractère d'un peuple en observant comment il bâtit. Puisque nous en sommes à l'architecture, faisons, en passant, une remarque qui n'eût pas échappé ii la sagacité

GAPE-TOWN U

de Darwin, car elle montre d'une maniiire frappante l'ialluence des milieux. Les tiabitants do Capc-Town ayant constamment sons les yeux une montagne aplatie, dont le profil terminal coupe le ciel en ligne droite et liorixontale, no voient plus autre chose que cette ligne droite et horizontale. Leurs maisons sont autant de miniatures de Table Mountain : ce ne sont partout que toits plats et terrasses iiorizontales, et cette absenccdo pignons donne à la ville une physionomie mauresque très accentuée. Les maisons sont gi5ncr:itcraentdela même hautour,et les clochera ne s'élèvent guère au-dessus du niveau de la ligne des toitures. Il n'est pas jusqu'aux arbres ombrageant les rues dont les cimes ne soient nivelées et coupées en ligne droite, mais moins cette fois sous l'influence du milieu que sous l'influence dos vents du sud-est. Ceux qui aiment le nivellement doivent être heureux ici.

Les vieilles maisons hollandaises construites il y a un siècle — et elles sont nombreuses encore — ■ s'écartent seules de la monotonie générale lie la ville : leurs vastes et solides façades, avec leurs stoeps, vieux perrons tels qu'on en voit le long des canaux d'Amsterdam, contrastent hcurciiacmcnl avec les constructions modernes par leur originalité arcbitecluralc et aussi par leur intérêt hi3tori(|uc. Plus d'une de ces antiques demeures seigneuriales, dont le, lioyal Ifùtcl offre un spécimfn, portent encore

A TnAvi'.ns i,'ApiiiQU[': AUSTitALli

noms des lleeren qui les occupèrent autre fois ; mais ces vénérables vestiges ne larderont pas a disparaître, comme a disparu la fenôlrff sur Jaqueilo le capiLain» Cook avait gravé son nom lors do son dernier voyage au tour du monde. Sur les anciennes gravures qui représentent Kapstad — l'ancien nom de Cape-Town, — voit un grand canal bordé de chênes, qui donnait à cette ville une physionomie hollandaise^ Ce canal, aujourd'hui comblé, est dcvenui Adderleij S/reel,\e Strandde l'endroit. Très animée, cette large artère, qui s'appelait jadis, ert hollandais, la /leercn Orac/tf, et qui porlff aujourd'hui le nom d'un ancien gouverneur de; la colonie, sir Charles Adderiey. Là sont Icft. somptueux magasins, les stores anglais qui onb remplacé les wiiikels de ta Heeren Gracht, 1^ Bourse, la gare du chemin de ler, la Cour suprême, les bureaux des compagnies de na.\u gation à vapeur. Union etCasf/e, les maisons dfi banque, parmi lesquelles \e Standard Banfc &^ fait remarquer par son luxe d'architecture.

Si l'on préfère le calme au bruit des affairea^ il faut aller à Government Avenue, qui est le prolongement d'Adderley Street. Cette avenua est belle comme un rêve. Le gouverneur Vaa der Stell y planta, il y a deux siècles, deux rangées de chênes qui, sous le beau ciel du Cap, int une taille gigantesque. En hiver, ccS' majestueux sont dépouillés de leurs

aïs on peul s"iinaj2;iner ce qu'ils doivent ôtre en été, lors(|u'i[s forment un tunnel do feuillage de plus d'un kilcunètre de longueur. Ni les Cascino do Florence, ni l'Alameda de Gre- . nade no doivent offrir aux promeuours de plus charmants ombrages. Government Avenue n'a pas seulement ses chênes séculaires, elle a encore des jardins d'une beauté sans pareille, d'un cûté lo3 Municipal Gardens, de l'autre le parc du palais du gouverneur général.

Les Municipal Gardens sont le jardin botanique (lu cap de Bonne-Espérance. A l'origine, au temps de la Compagnie des Indes Orientales, on y cultivait les fruîls et les légumes destinés à l'approvisionnement des iloltcs hollandaises qui se ravitaillaient au Cap. Aujourd'hui les potagers se sont transformés on un jardin d'acclimatation sur le plan do ceux d'Alger, de Ténériffe, de Port-Natal, des Pamplemousses. Ce jardin est unique au monde, car il n'en est point où l'on trouve réunis, comme ici, à cflté des espèces indigènes, tous les produits de la dore exotique, à quoique latitude qu'ils appartiennent. C'est merveille do voir nos arbres du Nord y croître à cfilé de ceux delà zone torride, leclièno auprès du palmier, le pin auprès du camphrier, l'orme auprès du doodar de l'Himalaya, le tilleul auprès de l'araucaria do Norfolk. Nos arbres fruitiers d'Europe, pommiers, poiriers, pêchers, s'accommodent du voisinage des orangers, des

I bananiers et des manguiers, cl l'on voil s'épa-j

f nouir à ciel ouvert les azalées et les camélias i

i côté (les roses et (les violettes. Quel splendidf

[abrégé de la flore des cinq parties du monde'

I Les mois me manquent pour décrire l'aspee

[ tout à fait grandiose de l'allée centrale, qu'om

f bragcnt les géants de la végétation arborescente

I le magnolia, le lauriis camphora. le coco plu-

\ mosa, et surtout le gigantesque eucalyptus gl»

I bulus, qui atteint ici des dimensions phénomÂ^

aies : j'en ai vu un dont le tronc, mesurant six

I mètres de diamètre, a'élance à soixanle-diji

mètres du soi. Cet arbre, importé d'Australie

s'acclimate admirablement sous la latitude d'

[ Cap, qui est celle de Sydney. Mais co qui m

I surprend le plus, je le dis encore, c'est de vœu

ces arbres des tropiques se porter si bien à côtij

des arbres de la Norwège ou du Canada, quï

jouissent, eux aussi, d'une santé excellente.

Étrange climat qui commet de telles contradicr

tiens t Etrange 1 étrange !

L'homme qui a congu les plans de ces admirables jardins mcrilait une statue ; cette statufT' I a été érigée par souscription publique à l'entrée» I même de l'allée centrale : elle représente siri ' George Grey, qui fut gouverneur de la colonie^ de 1854 à 18G1. Le rêve de Groy était de fairot; de Cape-Tov\n une capilale digne de cellegrand©', ' colonie de l'Afrique du Sud, qui venait d'ètPâ; k admise, en 485.'), à se gouverner elle-même : ilï

^^TOilait la doler d'un palais législatif, d'uDC université, d'un musée, d'une bibliotliôquc pubHiine; il fonda labibliolhèque en faisant don à la colonie de sa superbe collection do livres el de manuscrits rares et pi-écieuj[. Si l'excentrique, mais généreux gouverneur vivait encore, il aurait la satisfaction de voir ses rêves en partie réalisés ; le long des jardins où se dresse sa statue s'élèvent aujourd'hui un palais législatif, une galerie des beaux-arts, un musée suil-nfricain, gerroe de la fulureuniversilé où, comme ledîsail Grey, la jeunesse de la colonie iras'initieraux sciences qui pourront contribuer au progrès des peuples de l'intérieur du vaste continent noir.

A chaque visite que j'ai faite à la bibliothèque, j'y ai trouve un public nombreux et assidu. J'ai toujours été frappé de l'imporlance que les colonies anglaises attachent à la possession d'une bonne bibliothèque. Il n'est si petite ville en Afrique Australe qui n'ait la sienne: elles peuvent manquer de toute autre chose, mais elles ne manqueront jamaia d'une bibliothèque et d'une librairie bien fournies, où l'on peut aclieler des livres au même prix qu'à Londres. A Capo-Town la bibliothèque occupe un des plus jolis édifices do la ville, conçu dans cet austère style grec qui convient si bien à un temple de la science. La collection de sir George Grey fait honneur à la munificence de cet homme d'Ltat : elle contient cinq mille volumes, parmi lesquels dos manus-

A TRAVERS L-AFRIQUE ACSTKALE

crits d'une grande rareté, entre autres des c(

pies manuscrites des œuvres de Tite-Livc et

I Jules César. 11 y a aussi de vieilles bitiles enll

33, un missel qui appartint à Marguerite

A'aloîs,et encore deux vieilles cartes qui portf

' les dates de 1489 et 1540, et qui toutes deux

f di(|uent les lacs de l'Afrique Centrale, que

l'réconts explorateurs n'ont fait que retrouvai

. l'intérêt spécial de celte bibliothèque I trouve dans une très riche collection d'ouvrages I imprimés et manuscrits relatifs aux peuples de l'Afrique et aux langues indigènes, entre autri les lettres et les vocabulaires inédits de Livinj Blone, documents ijue complète une curii lection de photographies représentant tous 1< types indigènes de l'Afrique Australe, depuie Bushmen et les Huttentots jusqu'aux Zoulous aux Matabélés. La salle de lecture est décorée deux grands tableaux devant lesquels je me sûl arrêté, non à, cause de leur valeur artistiqi mais parce qu'ils représentent des scènes offn un intérêt d'histoire locale : le débarquement Cap du Hollandais Van Riebecket duPortugj Bartholomeo Diaz. C'est le cas de répéter I mot : « Sic L'OS non voùis! m

Le musée se trouve sous le même toit que II

I bibliothèque, en sorte que l'on ne peut quitter

\ l'un sans faire une visite à l'autre. Le directeur

r*lu musée sud-africain, M. Roland Trimen, m'

"appelé le célèbre naturaliste Alfred Russel Wt

m aw

lace, dont il a non seulement les traitS; mais aussi la majestueuse barbe blanche : qu'on explique le fait comme on vou Jra, j'ai été souvent frappe de la ressemblance physique des savants, et surtout des savants anglais, M. Trîmen est connu depuis longtemps non seulement dans le monde scientifique, mais aussi dans le monde des voyageurs : son nom est cilé par tous les étrangers qui. depuis trente ans, ont visité le Cap. Il aime à leur montrer son musée, auquel il est attaché depuis la fondation de l'établissement, en 1853. Dans ces derniers temps, il s'est adjoint, comme assisinnf curalor, un jeune naturaliste français de grand mérite. M. Peringuey, dont l'accent t r ah it^oi ipStvB o r d e lais. Le musée contient une o^le^Ciot^^ra^omplëlede la faune sud-afrîcainR des forints, des déserts et dea' girafes, hippopotames, jusqu^aux jjlusira^ona oiseaux et aux plus petits îiraê^s^î^jjn peut faire là un cours complet de zoologie comprenant des centaines d'espèces de mammifères, de reptiles, d'oiseaux, de poissons, d'amphibies. Quant aux insectes, on en a réuni plus do vingt mille individus. Parmi les espèces fossiles de l'Afrique Australe figure le gigantesque reptile que le professeur Seely a exhumé tout récemment sur le plateau du Karou. L'anthropologie africaine est représentée par une collection do crânes de différentes races, parmi lesquels celui

A TRAVERS L'AFHIOIIR AUSTRALE

des Bushmcn se. fait remarquer par son extrèn petitesse ; à côté des crânes liumains IJgi celui du gorille, et la comparaison n'est guère l'avantage do certaines races noires. Il y ai tout dans ce musée, même une collection ettia graphi([ue comprenant les armeset les prodoï de l'industrie des sauvages de l'Afrique, d< puis l'arc et les flèches du Buslimao jusqu'ai instruments de musique des tribus du Zambës M- Trimen a bien voulu m'olfrir la primen d'une nouvelle vitrine qui n'était pas encore m verte au public : on y voit une collection abs< lument unique d'objets de toute nature qui oi été trouvés dans les ruines de Zimbabwe, i Mashonaland, récemmcntexplorées par l'Angla Théodore Bent, qui croit y avoir reconnu Ij ruines d'un établissement phénicien. Que et ruines soient réellement pliénicionnes, et ( Zimbabwe no soit ni plus ni moins que le paj d'Ophir où Salomoo chercha son or, la thèse e très discutable; mais ce qui est certain, c'e qu'un peuple disparu y recherchait et y explû tait l'or, puisque parmi les objets que m'a très M. Trimen, se trouvent des creusets e terre, des fragments de fournaise ayant servi la fusion du métal précieux, des moules à Itrf gots d'une pierre particulière connue sous I nom de soapslone, une tète de lance en bronz portant encore dos traces de dorure ; il y i aussi des cylindres, de» emblèmes phalliquesi

«e^iBeaux embli^ninliqiiPS qui somblenl représenter l'aigle, et surlouL un très curieux bol autour duquel sont sculptées des figures, un homme et un chien, des zèbres, des oiseaux.

Tous ces objets sont taillés dans celle même pierre dont sont faits les moules à lingots, A côté de ces troublants vestiges d'une civilisation disparue figurent des objets en fer et on bronze qui semblent d'une origine et d'une époque plus récente : ce sont des cloches en fer, simples ou accouplées, telles qu'on en voit aujourd'hui encore chez certains peuples du Congo, des ciseaux, des bêches, des haches en fer, des têtes de lance en bronze. Cette vitrine, qui ouvre un champ si vaste aux hypothèses, sera certainement, lorsqu'elle sera inaugurée, le « clou » du musée sud-africain. Car tout le monde me parle ici des ruines de Zymhabwe et me conseille d'aller les voir. Je n'hésiterais pas si le voyage n'était si long.

J'ai rencontré chez M*'' Léonard nn jésuite allemand, le père Andréas Hartmann, célèbre par SOS travaux sur les Matabclés, dont il connaît admirablement les mœurs et surtout la langue, pour avoir résidé chez eux pendant plusieurs aanées (1). Il a exploré Zymhabwe, dont le nom

(1) La père Andréas Harlmana est l'auleur d'une «rammaire do la languo des MalabëJês. Sur ce peuple, quels guerre conlre la roi Lobengula a mia an relier, on lira le bal ouvrage dus deux courageui misaionnaîrea belges, les pèros Dapelchinat Croonenbcrgs : Troisansaii pay» drs MatahfUs.

A TRAVERS L'APRIQL'E AUSTRALE

signifie, dans la langue du pays, « palais de pierre, forteresse ». A rencontre de l'opinion commune, qui assigne à ces ruines une origine phénicienne, il croit qu'elles sont tout simple ment d'origine indigène, car aucun documei n'attesto qu'une race blanche ait jamais séjoura dans ce district. C'est une race noire très civil séc qui aurait érigé ces constructions. Peul-êtr les bibliothèques arabes pourraient-elles donné la clef de l'énigme.

Mer Léonard, dont je viens de citer le nom esticinne des ligures tes plus en vue : un Irlao^ dais au cœur chaud, ayant l'œil vif et spirituB de sa race. Sur cette fine physionomie celtiquQ encadrée de cheveux blancs, brille la franchiif et l'énergie, et aussi une bonté, une simplicîE douce qui vous scduitdcs l'abord, et qui fait qin l'évÈque catholique a su conquérir popularité 6 respect même dans le monde protestant. Quoii qu'il n'ait que soixante-quatre ans, les fatigue de l'apostolat, qui n'est pas une sinécure au) cette âpre terre d'Afrique, ont labouré ses trait de rides profondes. Ce n'est pas un petit diocèai que le sien : un territoire de 82.000 milles cap rés, comprenant des îles perdues dans l'Océan telles que Sainte-Hélèneet l'Ascension, qui ne r çoivcnt la visite d'un prêtre que tous les quatr^ ou cinq ans : car ce diocèse, cinq fois plus grant que la Belgique, n'est desservi que par dix-sepi b, prêtres. Quoi qu'il soit presque toujours on voya<

CAPE-TOWN ïl

ge, c'est à peine aile vaillant évêque peut visiter de loin eu loin ses ouailles. Les dix mille catlioliques delà colonie sont presque tous Irlandais : on en cumpto deux millo cinq cents à Cape-Town.

Lesnoirs se convertissent peu au catholicisme : on n'eu compte que quelques cculaiues. Parmi les sectes prolestantes, ce sont les reformés hollandais qui comptent le plus d'adliércnls, en raison des origines de la colouie. Les Malais sont maliométans; lesCafres sont, pour la plupart, restés attachas à leurs pratiques païennes.

Nous voilà bien loin du musée sud-africain.

Pour achever de nous instruire des choses de la science, allons à l'observatoire, qui n'est ni la moins ancienne ni la moins célèbre des institutions scientifiques de Cape-Town. Le cap de Bonne-Espérance est une des plus remarquables stations du globe pour les observations astronomiques et raétéurologiques, el depuis longtemps on on a reconnu les avantages. Dès le dixseptième siècle, les jésuites allacliés à l'expédition scientifique que la France envoya à Siam y eurent une station temporaire ely firent les premières observations. Au dix-huitième siècle, un autre savant français, le célèbre abbé La Caille, y passa de nombreuses années et y mesura l'arc du méridien. Les astronomes qui accompagnaient le capitaine Cook dans son second voyage autour du monde y firent également des observations. Mais c'est surtout l'illustre John (Icrschel

I 9S A TRAVERS L'AFRIQCE AUSTRALE

qui consacra dénnilivemeiitlaréputalion du Ga| comme station astronomique. Bien qu'il ait fait un long séjoui' dans la colonie, il ne fut jamais, toutefois, attaché orOcielleinent à l'observatoin du Cap. Il supporta tous les frais de sou expé-' dîtiou. Mais c'est à la puissante influence dont iî jouissait en Aufïlelerre que l'observatoire dut' d'être doté des instruments qui en font aujour-^ d'hui une institution scieolilique de premier ordre. Le De David Gill est aujourd'hui, en sa qualité d'astronome ro^a/, le digne continuateur de ces héros de la science, et c'est lui qui a bien voulu me faire les honneurs deTobservatuireque l'Angleterre a fondé ici en 1820. L'ctablissemeat se trouve à une assez grande distance de la ville, au milieu d'un grand jardin créé dans un terrain marécageux, non loin de la mer. Le D' Gill, dont les travaux ont depuis longtemps illustré le nom dans le monde scientifique, a, dans ceS dernières années, entrepris la tâche de photO'* graphier les étoiles de l'hémisphère Sud et d'e dresser un catalogue qui complétera les tra-' vaux poursuivis parle comité du Congrès astrophotographique tenu à Paris en 1887 . Son télescope photographique est une mcrvcillo de délicatesse et de précision. Pour suivre le mouve-' ment des étoiles pendant le temps de l'espi tiondela plaque sensible, on a adapté à l'instrument équatorial un mouvement d'horlogerie dont* la marche, au lieu d'être intermittente commal

CAPE-TOWN as

Fûn peaJule ordiniiire, est d'une rôgularilé cunstatile; la râfracliou de l'air doit outrer en ligae de cuitipte dans le problème, un des plus compliqués qu'ait résolus la science de la mécanique: c'est réleclricité qui règle le mouvement, obcissaut h la fois à l'horloge astronomique et à la pression de la main de l'observateur. Cette ingénieuse application de la piiotographio à I astronomie donne des résultats surprenants: la photographie détermine la position moyenne des étoiles, enregistre les sciolillations, nous révèle d'une façon permanente tous les secrets du télescope. Le docteur m'a très gracieusement offert une de ses admirables photograplties do la voie lactée. La netteté de l'image varie suivant la durée de l'exposition de la plaque sensible: une exposition de cinq minutes ne donne qu'une image confuse, tandis qu'une exposition do douze heures, divisée entre quatre nuits consécutives, donne une image d'une telle précision qu'on y peut compter les deux cent mille étoiles qu'embrasse un champ de quatre degrés carrés s'étendant autour de ïj Argus: au milieu de ce champ, mon œil s'est arrêté, stupéfait, sur un espace noir, « blackhole, » comme dit le docteur, un vide non piqué de blaaclies nébuleuses, un désert du ciel, pour emprunter une comparaison à notre monde terrestre, qui devient si petit, si petit, en face de ces eifrayantes immensités des espaces célestes.

l TRAVEHS L'AFRIQUE AUSTRALE

Décrirai-jo l'héliomètre c|ue M. Gill m'a pri seDté comme lo plus parfait qui existe, ot doi il s'est servi pourl'observaliondoVictoriajSaplioî et pour la iJélermination de la parallaxe dijl soleil ot (le la masse de la lune? J'aime laisser ce soin à ceux qui sont plus experts qu4i mol ea ces choses. J'ai pass6, sans le vouloirj près de deux heures chez le D' Gill, qui i *^as seulement un savant do premier ordre, maïM aussi un aimable et spirituel causeur.

Dans un pays neuf comme le Cap, les curio sites archéologiques n'abondent guère. Il y a-' pourtant à Cape-Town un vieux vestige auquel se rattachent les premiers faits do l'histoire de la colonie: c'est l'antique château que les Hollandais érigeront au dix-septième siècle au bord do la baie, à l'endroit môme où Van Hiebeek, à peine débarqué, avait construit un blockhouse entouréde palissades. Le blockhouse devint plus tard une forteresse en pierre, entourée de mura épais et de fossés, type des citadelles pentagonales de l'époque. Cette forteresse, qui repoussa plus d'une attaque des Cafres et des Ilottentots, no saurait tenir vingt-quatre heures contre l'artillerie moderne, et n'a plus d'autre utilité que de servir au casernement d'une partie des troupes impériales. Le château est une construclion basse et massive, qui n'a de pittoresque que la porte d'entrée, au fronton en pierre orné du lion néerlandais que domino une tour abritant une cloche

BUfiBi Vieille quo la citadollo. C'est là, devant celle porte, que se dressaient eocore, au siècle dernier, le gihct et les instruments de torture autour desquels les hyènes venaieotrôder la uuit. Dans les premiers temps de l'occupation, les environs de la forteresse étaient hantes par d'autresvoisinsincommodes, lions, léopards, éléphants, rhinocéros, sans compter les Hottentots. On lit, dans les documents de l'époque, que pendant la nuit les lions se réunissaient en tel nomhro autour du château qu'il semblait qu'ils voulussent le prendre d'assaut.

De sombres drames se sont déroulés dans ces murs d'un aspect rébarbatif. Aux premiers jours delà colonie, les châtiments ctaienld'une atroce barbarie, et l'on trouve à ce sujet de curieux renseignements dans le vieil ouvrage do Muntzel, publié en Allemagne au siècle dernier. Avant de comparaître en justice, les prisonniers étaient confinés pendant un mois ou six semaines dans UD noir cachot, les pieds chargés de chaînes. Le chroniqueur observe naïvementque cette mesure avait souvent un excellent effet sur les prisonniers : ils en devenaient si doux et si dociles, qu'ils finissaient par avouer toute la vérité, et même les méfaits qu'ils n'avaient jamais commis, Un pauvre Français du nom de Barbier, coupable d'intrigue et de mensonge, fut condamné au supplice de la roue : après une courte prière d'un ministre de l'église réformée, on le dépouilla de

A TlUVERS L-AFHHJllt; ACSTKALE ■

ses vêtements et ou l'attacha à l'appareil de torture. On lui tranclia li'uburd la main droite, puis la tète, et le corps l'ut ensuite tcartelé. Les eolrailles furent enfouies sous lu gibet, la tète etlg^ maio furent clouées à un pilori placé ; grande ruute, lea quatre quartiers du corpaS rent envoyés dans quatre diiiereuts districts.

Ces* ici aussi que lurent martyrisés un graù nombre de ces pauvres esclaves que les Uoliandaj impurlajent d'Afrique, de Madagascar et méit de Batavia. Ces esclaves étaient traités de la fl^ çonla plus inhumaine, et les archives de lacom

gniedesindes Orientales sont pleines derévo^ tants détails sur les tortures qu'un leur iniligeai souvent pour do simples peccadilles. Un exemp^ choisi entre cent. Ilolben rapporte qu'en 1712 j vit un esclave livré aux ilarnines pour avoil' voulu mettre le feu àlamaisoude son maître. On l'attacha à un poteau avec une chaino qui lui permettait d'en faire lo tour; puis, on alluma un brasier circulaire, dans un rayon égala la portée de la chaîne. Les ilammes s'élevèrent bientôt. L'es clave courut quoique temps autour dupilîer, sans jeter un seul cri. Eullii, à demi rôti, il s'affaissa et expira en invoquaatle dieu de son pays.

Cen'étaient pas seulement les esclaves et lea crij minels que l'on traitait aveccetto barbarie, maîa aussi les soldats. Voici quel était le chàtimeafl ordinaire d'une infraction aux règlements mitiê

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taires, telle que, par exemple, le fait de s'endormir si l'on étail de garde : on plaçait lo coupable entre trois hallebardes disposées en triangle, de façon qu'il ne pût se mouvoir, et ses camarades le flagellaient dans cette position, avec des roseaux d'un demi-pouce d'épaisseur; après quoi, on obligeait le malhenroux à monter la garde avec einq mousquets sur l'épaule, et on le mettait aux arrêts pendant une période variant do six à douze semaines. On Mt encore dans les vieilles chroniques qu'au dix-septième siècle un volontaire fut condamné à recevoir cent coups de crosse de. mousquet pour s'ètro plaint de ce que le cuisinier avait servi du pingouin au lieu de viande de porc; deux autrespauvres diables, qui avaient volé un chou, expièrent leur crime par trois années de fer.

Le dernier des captifs qui furent incarcérés dans les mors du cliâtoau fut Cotliwayo,lc célèbre rni desZoïiloua. L'Angleterre finit par rendre généreusement la liberté au prisonnier d'Etat, et l'on sait comment il trahit la confiance de ses vainqueurs.

Quand on a vu Addcriey Street, Government Avenue et le château, on a à peu près épuisé les c heauties of thc place». Mais que d'intéressants sujets d'observation n'offre pas'la population do cette ville située sur la route des Indes Orientales et de rOcéanie ! L'Afrique Australe est, pcut-êlrc, de toutes les colonies du monde, celle

A TRAVERS L'AFRrQtlE AUSTRALE ^

qui offre ia plus grande diversité de races, cl la rillo du Cap est peut-être le lieu où l'on voit le plus de couleurs de peaux humaines et le plus étrange bariolage de costumes. Je ne crois pas ;érer en disant que presque tous les peuples de la terre y ont leurs représentants, depuis le Cliinois et le Japonais jusqu'aux insulaires do l'Océanie, depuis l'Arabe du nord do l'Afrique jusqu'au nègre à la peau d'ébène et à la toisoiM laineuse, depuis l'Anglo-Saxon et le BatavejuHîl qu'au descendant des Huguenots fraudai

Dans toute l'Afrique Australe, la classe laborieuse se compose de gens de couleur ; mais au Cap, on trouve une forto proportion mêlé, des descendants des premiers colons bôf* landais et de leurs esclaves, ou encore, raaîal plus rarement, des croisements de Batave et '' de Ilottentot. A Cape-Town, la couleur jaune domine peut-être la couleur noire : on y voit quantité de Cliinois, d'Hindous et surtout do Malais. Ces Malais ont été importés autrefois, soit comme esclaves, soit comme coolies, par la compagnie hollandaise des Indes Orientales. On is rencontre à chaque pas dans leurs pittoresques et séraillanta costumes de soie, coiffés de mouchoirs très amples, de toutes les couleurs del'arc-, en-ciel. Ils forment une partie notable do laM population des gens de travail : la plupart desl cochers sont malais, toutes les lavandières sontfl [malaises. Ils ne se mêlent point aux autres indî-^

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ghuos : ils ont leur ciraetiêro, leur mosquée, tous sont real6s attachés au chUb mahométaii. Ils forment l'élémeat le plusatTairé, et aussi le plus prospère de la population, gagnant de gros gages, et tenant beaucoup à leurs deux ou trois jours de repos par semaine. Dès qu'ils ont amassé quelque argent, ils achètentde nouveaux vêtements à brillantes couleurs, et leur ambition est de porter la dernière nouveauté pour aller passer les jours de fête à la campagne, chez leurs amis . Le nombre des Malais s'élève à plusieurs milliers.

A côté d'eux, il y a les uoirs enfants do l'Afrique, ceux qu'on appelle les " Cape boys », produits de la traite de.'* noirs qui furent importés autrefois comme esclaves de la côte d'.\friquo. Race très mélangée, par suite désunions avec les Hotlenlots et les autres indigènes du pays. Il n'y a plus guère de purs Holtentols : la civilisation, la maladie, l'indoloiice et ia paresse ont contribue à leur extinction ; leur sort a été celui des Peaux-Rouges de l'Amérique, des Maoris de la Nouvelle-Zélande, des Aborigènesde l'Australie ; ils ont disparu devant la conquête blanclie.

De tous les noirs, les plus vivaccs sont peutêtre les Cafres : c'est la seule race indigène qui ail résisté au courant de la civilisation. Ce nom de Cafre signifie « infidèle u ; les mahométans arabes l'appliquèrenl, à l'origine, à^ton!cs[Iea

races noires de l'Afrique, et il fut adopté par les premiers Européens qui cntrèrcnl en contact avec les tribus des pays du Cap. Leur véritable nom national est « Ama-Kliosa », ou h Fils de Khosa », lo grand chef dont ils préteudent descendre depuis de nombreuses générations.

Le Cafre est supérieur à la race liottentote par SCS qualités physiques cl morales : dans les guerres qu'ils a soutenues contre les blancs, on l'a toujours vu épargner les femmes et les enfants, et bien que l'on ait prétendu que la langue cafre n'a point de mot qui exprime l'idée de reconnaissance, on peut cependant citer des faits qui attestent que les Cafres pratiquent cette vertu tout comme les blancs.

Loin de diminuer, leur nombre s'accroît, contrairement à la loi ordinaire qui amène la disparition des races inférieures mises en présence de la race blanche. Sur une population probable de deux millions d'ànies que compte le pays du Cap, il n'y a pas moins tle huit cent mille Cafres. A Cape-Town on les emploie comme ouvriers des docks, comme domestiques et hommes de peine. Ils sont très enclins au vol, et ce pays de diamants et de moutons leur offre beau jeu à cet égard; c'est parmi eux que so recrute cette armée do convicts que l'on emploie aux travaux des rues et des roules.

Les Zoulous, les plus beaux types de la race noire, sont très clairsemés à Cape-Town : nous

les retrouverons plus nombreux au Natal, leur pays d'origine. Ce sont des hommes d'une Ijcau té sculpturale, grands, solides, admirablement musclés, et alliant à une certaine dignité do main* tien une gaieté et une humeur joviale qui leur donnent un air bon eufant.

Tout ce monde de gens de couleur est dominé par les blancs, qu'ils soient Européens ou Africanders. A eux échoient les positions gouvernementales et commerciales. On donne ici ce nom d'Africander — les Hollandais écrivent Afrikaander — aux (ils de père et mère européens nés en Afrique et à leur descendance : l'Africander est, en un mol, le créole du Cap, L'Africander est généralement d'origine hollandaise ou d'origine anglaise. Les Hollandais sont aux Anglais dans la proportion de cinq à trois. Beaucoup de ces Africanders, qui ne parlent que le hollandais ot l'anglais, porlent de purs noms français ; il y a des Retief, des du PIcssis, des do Villiers, des du Toit; il y a des Jouhert, des Naudé, des Marais, des Le Sueur : autantde descendants des Huguenots qui vinrent chercher ici une nouvelle patrie à la suite de la révocation de l'édit de Nantes. Au bout de deux ou trois générations, cos Huguenots s'étaient tellement identifiés avec les Hollandais, qu'ils avaient perdu tous leurs caractères distînctifs, et que leurs noms seuls pouvaient encore attester leur origine. Leur influence sur la colonie n'en a pas moins été con-

sidérable : c'est aux Huguenots que les Boers doivent en grande partie leurs qualités chevaleresques, leur bravoure, leur ardent amour de !a liberté, leur inébranlable attachement à leurs convictions religieuses.

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