LA MONTAGNE DE LA TABLE 3S
Bul)Ulo, qui duncmit à Lous les objcls dos Iodb argentins el mûtulliqucs, Je remarquai un arbre mort, mais quiporlait encore toutes ses feuilles, et je fus frappé do leur étrange nuance d'argent terni : un spectre au milieu de la forêt. Tout en coupant des rameaux, avec celle joie enfantine qu'on éprouve à se dire qu'on rapportera cela on Europe, Je ne me lassais point d'admirer ces feuilles tailléeB en tôtes de lance, dressant vers le ciel leurs pointes aig;u<)s, d'une rigidité métallique, puisqu'elles sont d'argent. Ces arbres merveilleux, d'une taille de sept à neuf mètres, sont connus au Cap sous le nom de Silvertrees, Les botauisles rappellent Leutodendron argenleum. On noies trouve que dans la péniii' suie du Cap, où ils se plaisent surtout dans les passes montagneuses de TaùLe Mountain. Leurs feuilles sont, à Cape-'i'own, l'objet d'une industrie spéciale : ou y peint des vues du pays pour les vendre aux étrangers.
Regagnaut la grande route, j'ai continué ma promenade pédestre jusqu'à ce que j'eus atteint la passe qui s'ouvre, à quoique cinq cents mètres d'altitude, entre le Lion et la Table. Là, je me suis arrêté pour contempler le tableau qui sa déroulait à mes pieds, et j'ai eu une de ces rêveries qui comptent parmi les beures les meilleures de la vie. Qu'on eu juge.
Cinq lieures du soir, l'heure du soleil coucliant en cette saison d'iiiver. Un air pur, transparent,
VEIIB L'AFRIQUE AUSTItALE
^^H élastique. Un ciel si lumineux qu'on ne pourrait ^^H bVti faire aucune idée dans nos contrées d'Eu- ^^H rope. Sur ce fond 1res clair, le glulio de feu flam- ^^H boie, dardant des rayons d'or, et descend dei ^^H rière la fantastique montagne du Lion 'qui r ^^r semble, dit-on, au roi de la Taune africaine.
mes pieds scintille la baie de la Table, se déJ ployant en un immense demi-cercle. Le soleM
I couchant projette sur cette surface niiroilantl des lumières magiques, presque surnaturellenj des incandescences d'une surprenante inteasitâj passant par toute la gamme de l'arc-en-ciel, juft qu'à ce que le rideau de la nuit tombe sur cetl^ féerie. Au bord de la baie se déploie un blanft damier, dont les ligues géométriques se croiseffl à angle droit : c'est Cape-Town, assise à l'un^ dos extrémités du rivage en demi-cercle, ei|| sorte que l'autre extrémité lui fait face; poui une ville maritime, quel puissant élément do» ^^ beauté que |deux rives ainsi situées à l'oppositol ^^L l'une de l'autre! Au-dessus de ma tète surplom- ^^B bout les corniciies aériennes, de sinistre aspect, ^^^ de Table Mountain, à laquelle l'œil revient toujours, comme fasciné par cette puissante mu'^ raille de granit qui semble monter jusqu'au ciel^l écrasant de toute sa hauteur les maisons à toit J plat de la ville couchée au pied du mont géant. Et là-has, très loin, à dix lieues, mais dans une 1 atmosphère si limpide, si diaphane, qu'on croi-i KTait pouvoir les toucher du doigt, les Montagnes J
LA MONVAISINE QV. LA TABLE S7
Bleues, qu'empourprent Jes foux mouraiils du soleil, cliaine dénudée, sévère et sourcilleuse, qui ferme l'Iiorizon comme une barrière énigmatique. Je n'ai rien vu do semblable à ce paysage sud-africain éclairé par une lumière propre, cette lumière australe, plus pure, plus vivo, plus chaude que celle du nord. Voilà pour les yeux. L'oreille aussi vousavertit que vous avezchangé (l'Uémisphère : à part les rumeurs loijitaincs de la ville couchée à vos pieds, aucun bruit, aucun son ne traverse les airs : ccllo nature est silencieuse et muette, et c'est au plus si, do loin en loin, on entend la note triste que jette un grand oiseau noir, qui ressemble au corbeau de nos contrées.
C'est du Kloof que j'ai pu me faire la meilleure idée de la montagne de la Table : d'ici ou la touche du doigt, et comme elle grandit à être vue (le prosi Lorsqu'on la voit de loin, les contreforts qui s'en détachent et s'abaissent vers la mer en diminuent la hauteur; mais lorsque ces contreforts no s'interposent plus entre la montagne et le spectateur, lorsqu'on se trouve tout au pied des immenses parois dont le faite découpe en ligne droite l'azur du ciel, alors on en apprécie mieux les grandioses dimensions, et, la table qui eu forme lu courouuement apparaît si aérienne et si haute, qu'elle semble toucher lu voûte du ciel, à demi perdue qu'elle est dans l'espace, à 1.174 mètres au-dessus do Table liay.
A TRAVERS L'AFfltljUi; AUSTRALIC
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Mais ce qui saisit plus en(!urc que la haulour ce mur de gradil, c'est son elIVoyablo verlici lité : il s'élance vers le zénilli lout d'un jet, tant (le hardiesse et de précision, qu'il semble que la main des hommes y ait appliqué l'aplomb. Les puissantes murailles qui dunilnenl le cirque de Gavarnie, dans les Pyrénées, peuveat seules donner une idée de celte prodig;icuse architecture, borne sublime d'un continent, cam| depuis les origines du monde sur scb massi' et inébranlables assises.
L'immobilité du roc olfre un parfait contraste avec la mobilité des aspects qu'il emprunte aux variations atmosphériques. Ses parois changent de teinte aux dilférentes heures du jour : bleuâtres le malin, dorées lorsqu'elles rêlléchisseut le flamboyant soleil do midi, roses au soleil couchant, d'argent à la clarté do la lune. Presque chaque matin, la crête tabulaire se couvre d'uai longue bande de vapeurs blanclics et flocoonei ses, comme d'un voile de mousseline qui a'i tache au Iront du géant, eu suit les contours, et granditencore l'architecture : c'est laNappe delà Table, Table-cloth, comme disent les habitants du Cap. Ce phénomène se produit régulièrement sous l'intluence do certaines conditions météoroiogiques, et avec une telle fréquence que c'est là une des caractéristiques de cette étrange L moQtagne. Les anciens Ilolteotots éprouvaieni tit-on, unecrainlereligieuse à la vue de ce voil
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LA SIONTAUNIi Dlî LA TAULE 39
tianc qui leur caciiaîl, croyaient-ils, le dieu mystérieux des nuées et des tempêtes. Rien de plus variable et de plus divers que les aspects do ce voile, si prestigieux, si poétique, en dépit de son nom très vulgaire : lanlût c'est une furieuse cataracte, sorte de Niagara aérien se précipitant en écume blanche sur les lianes de la montagne, comme pour engloutir la ville couchée à ses pieds; tantôt une éblouissante nappe de neige qui vous donne l'illusion de quelque cime glacée des Alpes; tantôt une immense draperie déroulant majestueusement ses plis du haut des corniches vertigineuses. Puis, voici que tout à coup, sous l'action des courants d'air ascendants, la draperie se hrise, ilotte en lambeaux épars, s'évapore au soleil, et découvre dans son austère nudité le vieux mont carré et chauve.
Quand on » contemplé la montagne de la Table des hauteurs qui dominent Cape-ïown, on ne la connaît que sous une do ses faces. Pour la connaître complètement, il faut en voir la face méridionale. Et ici, il faut dissiper une confusion lopographîquo dans laquelle je versais, comme tout le monde, avant d'être venu au Cap. Qui ne s'imagine que la capitale de l'Afrique du Sud se trouve assise sur la pointe sud du continent, à l'extrémité de ce cap de Bonne-Espérance auquel elle emprunte son nom, et que par suite ellâ se trouve sur le versant méridional de la Table? Eh bien! il y a là une triple erreur que la vue des lieux m'a fait reconnaître. Contrairement aux idées reçues, Cape-Town ne se trouve ni au cap de Bonne-Espérance, ni à l'extrémit6 de l'Afrique, ni sur le versant méridional de la Table. Nous sommes habitués à confondre le cap de Bonne-Espérance avec l'extrémité sud de l'Afrique depuis que CamoBns, qui était aussi iiocre géograplie qu'il était bon poêle, a com-
A TBAVKRS L'ARRrOLE ACSTRALE H
mis cette fâcheuse confusion en ïdeotifîaat le promontoire que doubla Vasco de Gama avec la pointe ultime du continent. Cette pointe ultime est. enréalité, le cap Agulhns ou des Aiguilles, situé à quelques lieues sud-est du cap de Bonne-Espérance . Pour se faire une idée claire de cette partie si déchiquetée de la i méridionale de l'Afrique, qu'on se représeatc le revers de la main gauche étendue, la doigts juxtaposés, le pouce écarté : le médian figurera la pointe méridionale ou cap des .
guilles. le pouce fip^urera la péninsule oii : lève la montagne de la Table, l'ongle du pouof le cap de Bonne-Espérance, enfin l'espace entnj le pouce et les doigts représentera ce qu'on 8 pelle la Fausse Baie, par opposition à la baM de la Table, l'une regardant l'Atlantique, l'autl l'Océan Indien. Nul n'a jamais pu dire ce qiu signifie ce nom bizarre de Fausse Baie : ne sej rait-ce pas que les premiers navigateurs qui I visitèrent crurent qu'elle communiquait avec! baie de la Table, puis, ayant reconnu quelei idée était fausse, rétablirent la vérité en appU quant l'idée à la chose? Disons ici en paBsaii que rien ne serait plus facile que d'esécuter f projet, autrefois conçu par les Hollandais, percer un canal qui unirait les deux baies et ÏH deux océans, et séparerait ducontinentla langoî qui s'allonge vers Je cap do Bonne-Espérance'â . l'ile ainsi créée n'aurait que quinze lieues i
longueur sur deux de large, mais ce serait assurément le plus piLliiresque morceau de terre détaché do l'AfrifjL'c. C'est au nord de cette Suisse péninsul.iire (]ue surgit la Table, et c'est au pied du versant nord de la montagne que s'ouvre la baie de la Table, au bord do laquelle est assise la ville du Gap, à plus de douze lieues du véritable cap do Bonne-Espérance, et à plus de soixante lienes de la véritable pointe méridionale do l'Afrique,
Maintenant que nous avons une idée claire de la topiigrapliio assez compliquée des lieux, nous pouvons prendre le train pour un des charmants faubourgs de Capo-Town situés sur le revers méridional de la Table. La capitale n'est point, il faut bien le dire, un aimable séjour au point de vue sanitaire : la ville est humide et sale, le climat souvent énervant, surtout quand souflle le <( sonlh-past », qui est le mistral du Cap. Do l'autre côté do la montagne, on est à l'abri do loulos CCS petites misères. Aussi la plupart des résidents no pussent-ils en ville que les heures du jour et, leurs affaires terminées, s'empressent de regagner la campagne, ofi ils ont mansion ou collage, suivant les principes en honneur chez tout bon Anglais. A l'heure où ferment bureaux, banques et magasins, la ville so dépeuple, les trains s'emplissent, les hansome cafjs blancs à cochers noirs forment une longue file sur les routes, chacun court vers le « paradis du Cap ».
it A TRAVERS L'AKUIOUE Al'STHALr. ^
Ce paradis occupe tout le district qui s'étend de Tautrc cûlé de la Table, district où cent villages se touchent et forment comme autant de faubourgs tels qu'aucune autre capitale n'en de plus joliSj de plus séduisants, de plus sali bres.
De tous les villages situés dans ce coin de teri fortuné, Wynberg — la Montagne des Vigi est le plus enchanteur, et comme il n'est qu'j quarante minutes de chemin de fer de la capitale, c'est là que résident la plupart des notabilités do monde politique et judiciaire, du commerce et de la banque. Qu'on s'imagine une antique etluxuriante forêt se développantsurune pente douce qui monte graduellement vers la base de la Tahle, et qui a nom Wynberg Hill.
Sur oello vaste terrasse inclinée, toute couverl de vieux pins, de chênes séculaires import»
d'Europe au temps des Hollandais, on a traci à perle de vue, de larges allées se coupant ei tous sens, et sous les épais ombrages de ces avi nues pleines de fraîcheur, de silence et de myi tèro, il y a des villas, des manoirs, et encore des manoirs et des villas, qui portent des noms tantftt hollandais, tantôt anglais, tonjours heureux et poétiques, tels (]ue Sonnenstrahie {Rayon de soleil), ou Woodside (Lisière du bois). Les habitations sont très espacées, séparées par de grands parcs, en sorte qu'on ne se douterail ire qu'on se trouve dans un faubourgde Cape^;
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WYNBERG
Towti. Ce n'est oî une ville ni ud village, c'est un immense jardia, un éden où il doit faire boa de résider, où l'on doit être heureux de vivre. L'air qu'on y respire, parfumé par les saines senteurs des pins, est pur, frais, velouté, un air spécial, qui vous pénètre de plaisir. Et ce qui est bien spécial aussi, c'est la couleur de la terre sur laquelle sont tracées les allées: une terre rouge que le vent soulève eu une impalpable poussière, et qui rougit le feuillage des chênes et des eucalyptus, les toits des maisons, et même les vêlements des passants.
Le grand charme deWynberg.e'esllepaysage.
trèsrichede forme et dccouleur, que j'ai contemplé delà ierrasso do Wy/i6crff Ilause, l'Iiospitalière demeure de l'éminent juriconsulle sir Henry de Viiliers. chief justice et présidcntde la chambre iiaule. Ici eornmede l'autre côté de la péninsule, c'est la Table qui forme le fond du tableau, mais la Table vue par son revers, et comme la nature ne se répète point, l'archi lecture du monument a des aspects nouveaux :ce sont les mèmeR lignes générales, la même crête aplatie, les mêmes masses cyclopéennes, mais ce sont d'autres colonnades, d'autres arcs-boutanls, d'autres cannelures, d'autres portails ; l'édifice est le même, la fagade est d'un style dllférent.
Du faite de Wynberg Hill, on domine deux Océans : d'un côté l'Atlantique, de l'autre la mer des Indes, que j'ai apenjue d'ici pour la première
A TPAVEHS LAKBIQUE AUSTRALE
, fois, déployant sousie ciel clair sod infinie nappa bleue, El c'est parce que Wynbcrg regarde un autre océan que le faubourg a un autre climat que la> capitale voisine, climat plus frais, plus tuDÎque, plus vîvifîant : mémo dans la saison cbaude, la nuit offre ici un lel contraste avec le jour que l'on ne dort jamais sans une épaisse couverture de laine.
Voilà pourquoi do tout temps ce climat déncieux a été recherché par les grands du pays, depuis les jours du célèbre Van Riebeek. 11 y a plus de deux siècles que le premier gouverneur de la colonieavait fait de Wynbcrg sa résidence favorite : il y possédait une ferme et un jardia où il cultivait l'oranger, le citronnier, l'oHvier, le bananier, la vigne et tous les arbres fruitiera< d'Europe, C'est à Wynbcrg que fut signée la pitulation de 1795, qui fit du Cap une colonie' anglaise. C'est à Wynberg qu'est établi aujour-' d'hui le camp militaire, dans des bàtimeats ea bois à toitures en fer, sur les hauteurs de Wyn-' berg Hill, où les soldats jouissent d'un aird'une^ incomparable pureté : tous les régiments qui y ont stationné proclament qu'il n'est point de meilleure garnison dans l'immense étendue de»' possessions britanniques : c'est presque le tropique, avec toutes ses séductions, mais le tropique sans les chaleurs énervantes, sans les fièvres paludéennes.
Des hauteurs de AVynbcrg j'ai aperçu Cons-'
tnnlia, i|m[ produit le fameux cru connu en Eiiropiî snus le nom de vin de Constance, bien décliu iLiijourd'Iiui de son ancienne renommée. L'explication de cette liécadcnce est assez curieuse, comme exemple de la vanité des gloires de ce monde. Le vin de Constance devait autrefois sa vogue à ce qu'il figurait sur la table de la reine d'Angleterre, sons forme d'un tribut annuel ; mais un jour les vignerons du Cap demandèrent A 6tre décharges do cette légi^re reilevanco ; par malheur, il fut fait droit à la pétition : ce fut l'histoire de la poule aux o>ufs d'or, et du jour où le vin du Cap disparut de la table royale, on ne le vit plus sur la table dos millions de sujets de Sa Majesté Britannique. Grandeur et décadence du vin do Constance 1 Oh! inconstance !
Après les frais ombrages do Wynberg, j'ai voulu jouir des horizons ensoleillés de la mer. J'ai repris le chemin do fer, qui m'a emporté à travers une région sablonneuse et déserte, et bientôt j'ai débouché devantia Fausse Baie, oij les larges vagues de l'Océan Indien se brisent sur la grève et viennent mouiller les roues du train qui court presque dans la mer. Au."c senteurs balsamiques apportées par la vague se mêle l'odeur do poisson que dégagent les pêcheries établies le long du rivage. La Fausse Baie nourrit des espèces inconnues de l'autre côté du Cap, et il n'est pas rare d'y voir 8'écUQ\i.(i\
A TRAVRBS L'AFRIQUIC AL'STBAL].;
des baleines venues des parages antarctiquetoj Au bord de la Fausse Baie, et au pied i.^ Muizenbcrg (montagne des Souris), se trouV) une exquise pclito ville balnéaire qui 8 Kalli-Bay, On ne saurait rêver un plus joli site,-^ C'est le Scarborough du oap de Bonne-Espérance. On y trouve des hôtels et des « boarding Iiousea >• ofi affluent en été les baigneurs en quôle d'air frais et de brise de mer. Lea Malais y viennent en foule aux jours de fête.
Au delà de Kalk-Bay on côtoie la merpendai^n quelques milles encore, jusqu'à Simonslown, débarquèrenl, en 17t)3, les troupes britannlquâi qui forcèrent les Hollandais à capituler. Là r Bide aujourd'hui le comniodore qui commanda les eaux anglaises de la côte d'Afrique. C'est In seule station navale que l'Angleterre possède e su<l de l'Equateur dans l'Océan Indo-Paciliqui Le site, d'une beauté morose et sombre qui convient bien à une place de guerre, m'a rappelé les sévères fjords de la Norvfge. La ville est adossée aux flancs grisâtres et nus des masses rocbeuses qui forment les derniers anneaux de la cbalne péninsulaire terminée par le cap de Bonne-Espérance, M. Weech, ingénieur de la marine royale, quej'avais rencontré à bord du k Drummoud Casile », a bien voulu me faire les hondockyards >i qui s'étendent le long de la liaii! sur une distance d'uu kilomclro, pourvus de tout l'outillage nécessaire pour réparer
les navires de guerre. Marins et soldats forment les trois quarts de la population, qui ne dépasse guère deux mille âmes. Située à cinquante-trois kitomèires do Cape-Town, Simonstown est le terminus actuel du chemin de fer qui traverse presque d'un bout à l'autre la péninsule. Du haut (les montagnes voisineS:i'ai salué Cape-Point,\^ véritable cap do Bonne-Espérance, surmonté de s^jn phare qui domine de jirès de trois cents mètres les deux Océans dont les eaux se rencontrent au pied du fameux promontoire. Salut, cap de Bonne-Espérance 1 Salut, cap des Tempêtes ! Par quel pliénomène u[) cap pent-il purter à la fois deux noms si diiïérents, éveillant dans l'âme des sentiments si contradictoires , la crainte et la cooliance ? Suivant une explication ingénieuse mais fantaisiste, le calme et la tempête s'y suivent souvent de si près que le marin y est Umr à tour balancé entre l'espoir et la crainte. J'aime micuxune autre explication. N'en déplaise aux mânes do Yasco de Gama, n'en déplaise à la mémoire de Meycrbeer, qui lait de ce héros le Christophe Colomb do l'Afrique Australe, le Cap avait été doublé dix ans avant lui par un autre navigateur portugais, Bnriliolomeo Diaz, qui lui donna le nom de Cabo Tormentoao ou Cap des Tcmpôles, tant la mer était eilroyable lorsqu'il franchi! ces parages, à la recherche d'une nouvelle route des Indes. Mais le roi Dom Jean H changea un nom de mauvais augure en un autre
50 A TEIAVERS L-AFRIOL'E ACSTHALE
plus propre à encourager i!c nouvelles Iciiliilivcs pour atteindre les Indes par mer.
Ce cap, dont la découvertcfut saluée autrefois avec le mèmeenllmusiasmo quela déctiuvertcde l'Amérique, ce cap est bien déchu de sa gloire passée. Depuis le percement de l'isthme de Suez, on a presque oublié le cap de Bonne- Espérance, L'ancienne roule des Indes etdel'Australasic est aujourd'hui dédaignée tout comme le vin que produisent les vignobles de Constance. Mais telle est des hommes la notoire inconstance, qu'on peut se demander si le canal de Suez ne se trouvera pas un jour délaissé à son tour. Le canal offre certes do grandes facilités à la navigation h vapeur ; mais la route du Cap ades avantages incontestables que n'offrira jamais celle de la mer Rouge. Si celle-ci est la plus courte, c'est là uoe supériorité que compense un pou la merveilleuse rapidité de nos modernes paquebots à hélice. Ea outre, le voyage par le Cap sera toujours sûr^ toujours salubrc : sur celte route, les terribles chaleurs de la mer Rouge sont inconnues, de même que l'éternelle menace du choléra de la Mecque et les lenteurs de la navigation à travers le canal, presque chaque jour obstrué par quelque obstacle, même en temps de pai\. Que serait-ce donc en temps de guerre !
En vérité, les Anglais, qui sont gens pratiques 1 haute prévoyance, savaient ce qu'ils fai-
WïNBERG SI
salent lorsqu'ils prirent possessJOQ «lu cap de Bonne-Espérance .
Le phare érigé à l'extrémité de l'Afrique se trouve à l'endroit même où l'auteur des Lusiadea fait dire au géant Adamastor :
< Aqui toda a Africana costa acabo Neste raeii nunca visto promotitorio. »
itrange destinée des choses ! Le Caùo Tormentoso dont Camoëns a fait le théâtre de ses fictions poétiques appartient aujourd'hui au peuple le moins poétique de la terre! Partout où il y a un cap célèbre ou un détroit fameux, on est sûr de trouver la position occupée par ohn Bull.
Après avoir vu, à Cape-Towo et dans virons, ce que pourra recoinmanfler le futur guide du voyageur au cap de Bonne-Espérance, il est temps de nous mêlera la société. L'occasion est bonne, car je suis arrivé en pleine session parlementaire, et je retrouve ici, au bout de l'Afrique, à deux mille lieues de Westminster, uue reproduction fldèlp de l'organisation politique de l'Angleterre, une colonie à gouvernement responsable, ragounéeà l'image delà métropole, ayant un roi, des ministres, des institutions représentatives, en un mot tous les rouages de la machine qui fonctionne dans les États constitutionnels de notre vieille Europe. Ces rouages sont en activité depuis l'adoption du Responsible Governmenl Ad ([ui, en 1871, conféra à la colonie du Cap sa majorité politique et l'éleva au même rang que les colonies de l'Australie et du Dominion Canadien, Conformé- ..mentaux immuables principes du droit public Boderae^qui sévissent avec une ennuyeuse uni-