LES RIVES DU VICTOR lA-XYANZA
AxDRÉ PiLETTE. A travers l'Afrique Équatoriale.
joli jardin, l'hôtel fait excellente impression aux nouveaux arrivants ; ils s'étonnent de trouver du confort dans des régions visitées depuis si peu de temps, mais où, chaque semaine, les touristes viennent plus nombreux.
Vers la soirée, je me risquai à faire une promenade dans les larges avenues bien entretenues qui sillonnent la ville. Le terrain, d'un rouge foncé, y contraste étrangement avec le vert vif de la végétation tropicale des jardins. Machinalement, mes pas me conduisirent vers le lac (i) au bord duquel se tenaient de nombreux pique-bœufs qui se dérangeaient à peine pour me laisser passer. A la jetée, le «Clément Hill» attendait patiemment le lendemain pour continuer son vo^^age. Doucement, le crépuscule tomba, tandis que, dans l'herbe, une multitude de grenouilles et de grillons se mirent à faire un tintamarre assourdissant qui dura toute la nuit. En rentrant à l'hôtel, je vis des myriades de petits insectes qui s'abattaient au pied des lampes en s 'accumulant en si grand nombre que leurs cadavres couvraient le sol comme d'un épais tapis.
Devant rester huit jours à Entebbé pour attendre mes bagages et me procurer des porteurs, je m'occupai de compléter mon équipement et de me documenter. La saison des pluies n'étant pas encore terminée, il pleut presque tous les jours, et cela n'était guère pour m'encourager puisque une semaine plus tard, je devais entreprendre par la route des caravanes la traversée de l'Uganda afin de gagner la frontière orientale du Congo. 420 kilomètres m'en séparaient et, comme la route était, disait-on, bien entretenue et accessible en partie aux autos et aux vélos, je lis l'acquisition d'une bécane
(i) Voir photographie n° 3.
pour remédier aux inconvénients des grandes fatigues qu'entraînent les longues marches.
Toujours attiré pai le même objectif, aux heures de promenade, je me dirigeai vers le lac et quoique les hautes herbes qui encombrent ses bords abritassent nombre de Tsé-tsé, semeuses de mort parmi les peuplades des îles et des rives, je me plus à rester immobile durant des heures devant ce monde de volatiles qui s'ébattait près de l'eau. De grosses branches d'arbres pliaient sous le nombre exagéré des nids des bruyants tisserins (i) qui venaient sans relâche porter quelque nourriture à leurs petits, lesquels passaient de temps à autre, timidement, un bec affamé par l'ouverture minuscule de leurs demeures aériennes. A quelques mètres de moi, oies, canards et cormorans glissaient silencieusement à la surface des eaux. Des aigrettes, des grues couronnées et un grand nombre d'autres échassiers, pour la plupart immobiles, se tenaient en équilibre sur une patte et allongeaient, par mo ments, brusquement le cou, pour saisir le menu fretin qui se faufilait à travers les ondes. J'éprouvai chaque jour un intérêt plus grand à les épier jusque dans leurs moindres mouvements.
Afin d'apprendre à connaître la faune et la flore de leur colonie, les Anglais ont eu l'heureuse idée de créer à Entebbé un jardin où sont poussées activement des études sur les animaux et les plantes de cette région, et l'on peut y admirer nombre d'exemplaires zoologiques, mais surtout botaniques de l'Uganda. 11 serait à souhaiter que semblable institution se multipliât dans toutes les colonies pour le plus grand bien de la science.
(i) Grani\-ore de la taille du moineau.
UGANDA