‹ A travers l'Afrique equatorialeChapitre 16 sur 86 · FEU DE BROUSSE. ROUTE D'ENTEBBÉ A TORO · texte numérisé non relu

FEU DE BROUSSE. ROUTE D'ENTEBBÉ A TORO

André Pilette. A travers l'Afrique Éqitatoriale.

Au jour convenu, les porteurs se présentèrent à l'hôtel, mais le bateau arriva sans mes bagages ; je pris la décision de ne pas attendre davanta{?e, et dans l'après-midi, je partis presque sans matériel de campement. Mon désir de chasser était tel que j'avais hâte de gagner le territoire belge.

La route que je pris, assez mauvaise et très montueuse, traverse alternativement la prairie et la forêt. Grand nombre de papyrus couvrent le fond des vallées marécageuses, tandis que les collines et les mamelons disparaissent sous les herbes à éléphant. Les bois peuplés de géants centenaires, encombrés de lianes parasites, empêchent la vue de s'étendre à plus de quelques mètres. Le chemin est sillonné par des porteurs et par les habitants des huttes qui i'avoisinent. Au passage tous nous saluèrent cordialement et répétèrent : « "Yambo buana » (bonjour maître). Les enfants coururent derrière la bicyclette et, poussant dans les côtes, m'aidèrent à gravir les pentes les plus rudes. Je parcourus ainsi chaque jour de 20 à 25 kilomètres, mes porteurs ne pouvant faire davantage. Le long du chemin, je trouvai échelonnés, de distance en distance, des gîtes d'étape (i), fort bien entretenus. On y trouvait une maisonnette de paille abritant le voyageur aux heures les plus chaudes du jour; une clôture empêche les indigènes de pénétrer dans l'enclos où sont dressées les tentes. A proximité, un réduit est réservé au cuisinier et sert, aux boys, d'abri pour la nuit. Un gardien permanent est chargé d'entretenir le gîte et de procurer aux Européens le nécessaire. Les porteurs sont logés à l'extérieur afin de leur ôter le moyen de troubler, par leurs interminables bavardages, le sommeil des voyageurs. Les vivres destinés

[1) Voir photographie no 4.

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aux blancs arrivent assez régulièrement, mais ceux des noirs leur parviennent parfois bien tard dans la soirée. J'ai eu pitié souvent de ces pau\Tes hères qui, après une si rude journée de travail, attendent patiemment leur nourriture ; chaque matin, dès l'aube, ils reprennent la marche sous les fardeaux dont ils tentent d'alléger le poids en chantant à tue-tête tout le long de l'étape.

La fraîcheur des premières heures du jour rend le voyage exquis. Une vie intense règne jusque dans les moindres bosquets où quantité de petits oiseaux gazouillent en sautillant de branche en branche et égayent la marche du voyageur qui en oublie les fatigues de la route. Ces mignonnes créatures sont cruellement éprouvées à la saison sèche par les feux de brousse (i). Alors la flamme détruit inexorablement la végétation et les nids qui y sont suspendus et, dans les lieux où, naguère, la vie et la gaîté régnaient, l'incendie sème le silence et la mort. Il arrive qu'un vent violent active l'œuvre de destruction et que les flammes s'étendent rapidement à d'immenses territoires. Seuls, de rapaces milans planent au-dessus de la fumée acre et épaisse, s'élevant lourdement du brasier, et saisissent les gros insectes qui tentent, d'un effort suprême, d'échapper au désastre. Au loin, quand tombe le crépuscule, l'incendie illumine l'horizon de lueurs écarlates.

Je me souviens qu'un soir, après le dîner, j'éprouvai une grande surprise ; étendu sur m-a chaise-longue, contemplant le fléau mourant sur la plaine où crépitaient les dernières herbes consumées, j'entendis dans ces régions perdues, un cor de chasse moduler les notes d'un xieil air breton cher à

(i) Voir photographie n° 5.

UGANDA

Photo de l'auteur.

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